dimanche 31 mai 2015

Du temps de cerveau pour... une nouvelle caisse de vingt sains

La maternité était au dixième étage mais des ascenseurs express la desservaient et entre le moment où les parents arrivaient à l'accueil au rez-de-chaussée et celui où la future mère était installée dans sa chambre, il ne s'écoulait que quelques minutes. C'était vraiment une organisation très efficace.
Très sécurisante aussi. C'est en tous cas ce que s'étaient dit les parents du futur petit Kiloï en choisissant cette maternité. 
Il n'y avait pas vraiment le choix évidemment, car c'était la seule de la ville, mais ils auraient pu déménager et aller dans la ville d'à côté. Mais à quoi bon ? Toutes les maternités étaient gérées par la Compagnie. Et puis ils aimaient bien cette ville.

Ils savaient déjà que leur enfant serait un garçon, lui avaient déjà affecté un nom compatible avec sa future carrière de médecin, et connaissaient son profil. Il arrivait bien de temps en temps qu'un enfant naisse sans être conforme à la commande lors de la conception, mais c'était très rare et cela se limitait à une couleur d'yeux un peu décalée vers le rouge, ou à des cheveux moins bouclés que prévu. Jamais d'erreur sur les capacités intellectuelles naturellement. C'était trop important pour la Compagnie et sa planification.

Trente deux minutes après leur arrivée, Kiloï naissait. Après un rapide examen du bébé, le médecin les félicita pour avoir suivi un processus en tous points conforme aux prévisions, et il leur donna leur billet de sortie. Les deux parents rayonnaient. Ils reprirent l'ascenseur express pour le rez-de-chaussée, passèrent à la caisse pour toucher leur indemnité et repartirent chez eux. Il ne restait plus qu'à attendre un appel de la Compagnie pour un autre enfant, puisque tout s'était bien passé et dans les délais. La mère se reposa un peu, car malgré les progrès de la médecine, c'était toujours un peu fatigant d'accoucher. Le père se mit au travail devant son écran mais déboucha quand même une bouteille d'alcool instantané. 

Et Kiloï au fait ? Vous vous demandez peut-être ce qu'il faisait pendant ce temps ? Et bien il dormait. Au onzième étage de l'hôpital comme tous les nouveaux-nés jusqu'à ce qu'ils puissent marcher. C'était l'étage le plus joyeux de tout le bâtiment. On y entendait des cris de bébés, des gloussements de bambins et des rires de petits enfants. Afin de ne pas perturber les autres étages, les planchers et les plafonds avaient été soigneusement insonorisés. Les personnels qui travaillaient ici vingt-quatre heures sur vingt-quatres étaient doux et souriants. Ils n'étaient pas autorisés à quitter l'étage, au risque de contagion et un espace d'habitation leur y était réservé. Il n'y avait que des jeunes ici. Quand ils vieillissaient trop, on les mutait au douzième étage avec les enfants qui savaient marcher.

Pendant l'année que Kiloï allait passer ici, on le gâterait mais on le testerait également en permanence. Certains enfants passaient d'ailleurs directement au treizième étage, mais ils étaient rares. Kiloï ne serait pas de ceux-là, tous le savaient. C'était écrit sur sa fiche de suivi à partir de son profil initial.

Lorsque Kiloï réussit brillamment tous les tests, sur toute la durée de son année ici, la Compagnie décida pourtant de le promouvoir directement au treizième étage. Une croix fut cependant ajoutée sur sa fiche car il n'aurait pas dû avancer aussi vite. Un point rouge fut également ajouté sur la fiche de ses parents. Ils ne recevraient jamais plus de commande d'enfant. La Compagnie n'aimait pas le hasard et cherchait à le limiter le plus possible. Normalement le douzième étage était consacré aux apprentissages de base, comme lire, écrire et compter. Certains y passaient pas mal d'années car on n'avait pas besoin qu'un marouchifleur par exemple en sache plus, mais en général trois années suffisaient. Le douzième étage était normal. Pas de cris, pas de gloussements, pas de rires. Une image en réduction de la société en fait. Pas besoin de cloisons insonorisées. Tout le monde était studieux ou jouait studieusement. On voyait bien que l'étage ne servait qu'à laisser les enfants grandir un peu avant de les mettre au treizième.

Kiloï, en arrivant directement au treizième étage fut perturbé pendant une semaine, mais il s'adapta tout de suite après. Un temps remarquablement court pour ce type de passage forcé. Décidément il promettait et la Compagnie redoubla les sécurités autour de lui, afin qu'il ne pollue pas les autres. Kiloï savait déjà lire, écrire et compter, sinon ils ne serait pas passé ici directement, mais démontra des aptitudes exceptionnelles pendant ses années d'école. Alors que tous les autres gravissaient normalement les étages jusqu'au dix-huitième, Kiloï sauta encore plusieurs étages.

Au dix-huitième s'opéraient les choix majeurs. Les jeunes etudiants étaient maintenant de jeunes adultes, sauf Kiloï qui n'avait même pas commencé sa puberté. Ses camarades le regardaient bizarrement et la Compagnie avait ajouté tellement de commentaires sur sa fiche qu'elle en était devenue presque illisible. Cet étage était normalement  consacré à la formation des couples et tous s'y activaient avec détermination, assiduité et un sens certain du détail. C'était un étage particulier. On ne devait y rester qu'une année exactement, puis on passait devant la commission finale. La plupart des etudiants étaient alors en couple, et comme leurs profils correspondaient aux prévisions, il étaient envoyés directement au vingtième étage, pour une lune de miel d'une semaine avant de redescendre au rez-de-chaussée pour gagner le logement qui leur était affecté par la Compagnie. Les rares dont les profils ne convenaient pas étaient jetés directement dans le vide-ordures et se retrouvaient au sous-sol pour être étudiés puis récupérés ou incinérés suivant les cas. Ceux qui n'avaient pas formé de couple étaient renvoyés au onzième étage pour s'occuper des enfants et trouver un partenaire.

Lorsque Kiloï arriva devant la commission finale, il n'avait évidemment pas formé de couple, tout en ayant quand même passé une année très instructive sur ce plan. La Compagnie prit une décision rare, après avoir tout bien vérifié, et Kiloï fut envoyé au neuvième étage.

Le neuvième étage était quasiment vide. Chacun habitait dans une partie différente et personne ne voyait les autres. Personne ne savait même s'il y avait d'autres occupants a l'étage. Kiloï aménagea dans son espace un laboratoire qu'il équipa progressivement de tout ce qu'il souhaitait. La Compagnie ne demandait jamais d'explications. Elle se contentait de lui demander - comme aux autres ? - ce qu'il découvrait. Et Kiloï était très créatif. Il le resta pendant les vingt ans ans qu'il passa à cet étage. De temps en temps une femme descendait du onzième étage pour assurer ses besoins, mais il n'y tenait pas vraiment. De toutes façons, la Compagnie avait déjà stocké tous ses gènes et n'avait pas besoin de lui pour en tirer quelque chose, si nécessaire.

Un soir, pendant que Kiloï était au lit, celui-ci descendit d'un étage et lorsqu'il se réveilla le lendemain, il était dans un nouvel environnement. Il s'habilla et sortit de la pièce. Un ambassadeur de la Compagnie l'attendait et lui expliqua en quelques phrases qu'il venait d'être recruté pour faire partie des ambassadeurs, ceux qui dirigeaient la Compagnie. Kiloï eut l'air un peu surpris mais il suivit son interlocuteur à travers le dédale des couloirs. C'était visiblement l'étage administratif. Kiloï rencontra plusieurs personnes, en chair et en os. Il en avait le tournis. Puis on lui demanda de descendre au septième étage. Il pourrait y rester aussi longtemps qu'il le voudrait mais après il devrait descendre au sixième où l'attendait son poste de travail.

Le septième étage était une sorte de paradis où tout semblait possible. Tous les désirs semblaient pouvoir être exaucés ici, se dit-il. Il y resta trois jours, puis il décida que c'était un peu ennuyeux à la longue et il entra dans l'ascenseur et se prépara à appuyer sur le bouton du sixième étage. Mais il n'y avait pas de bouton 6. Ni aucun autre d'ailleurs. Les portes se refermèrent et l'ascenseur descendit. Kiloï eut l'impression que le voyage durait plus longtemps que pour un étage normal. Et quand il arriva, il sut qu'il n'était pas aux sixième mais plus bas. Le directeur qui l'accueillit lui expliqua qu'il se trouvait au deuxième étage. Son bon dossier et son comportement réservé au septième lui avait permis de descendre plus vite les étages. Il lui souhaita la bienvenue dans le club très fermé des directeurs et l'accompagna jusqu'à son espace. Kiloï allait devoir diriger les étages 11 à 19. C'était un poste important pour la Compagnie. Il avait un ascenseur privé qui lui permettait d'aller partout, sauf au premier étage..

Kiloï resta directeur vingt ans. Sous sa conduite, l'hôpital fut amélioré de manière tellement visible que des couples venaient maintenant de partout pour accoucher ici. Et le nombre d'étudiants jetés au vide-ordures fut tellement réduit qu' on pût même réutiliser le sous-sol pour en faire un espace de détente commun à tous les étages.

Kiloï commençait à s'ennuyer après toutes ces années, quand on lui demanda de descendre au premier étage. Il prit l'ascenseur, dans lequel un bouton venait d'apparaître, et il arriva dans une pièce blanche, presque entièrement vitrée. La pièce était vide, à part un bureau et un siège. Il s'assit et regarda l'unique écran qui y était posé. Un vieil homme le regardait, d'une autre ville certainement. Il devait déjà l'avoir vu auparavant mais ne s'en souvenait pas. L'homme parla longtemps à Kiloï puis appuya sur un bouton et sortit de la pièce en tous points identique à la sienne. Kiloï regarda autour de lui. La ville s'étendait de tous côtés, à perte de vue. Blanche et grise, blanchâtre et grisâtre plutôt. L'autre ville aussi.

Alors Kiloï sut qu'il était dorénavant le seul pour diriger la Compagnie. Il avait toujours su que ce moment arriverait. Il allait maintenant falloir qu'il trouve un remplaçant, ici ou dans une autre ville. Mais il fit rapidement le tour de tous les premiers étages de tous les immeubles de la Compagnie. Tous étaient vides bien entendu. Il n'y avait plus que lui. Les autres étaient partis. A moins qu'il n'y en ait eu qu'un ?  Kiloï sortit alors de sa poche le petit tube réfrigéré qui ne le quittait jamais. Il ne voyait que cette solution. Se cloner. Mais pas ici, naturellement. Dans une autre ville très loin. Il en choisit une au hasard et y envoya le tube. 

Il ne lui restait plus qu'à attendre. Heureusement le septième étage lui était maintenant entièrement réservé ! Pourvu que son clone ne soit pas aussi précoce que lui, se dit-il en piquant une tête dans la piscine.

samedi 30 mai 2015

Impressions du Burkina

Juste avant de le quitter pour revenir à Paris, quelques impressions du Burkina Faso et de Ouagadougou.

La ville est en plein développement et ça construit beaucoup. En quelques mois plusieurs immeubles sont sortis de terre, même si le pouvoir politique est toujours ici en interim en attendant les élections de l'automne. 

Je vous rappelle que la première insurrection populaire d'Afrique a eu lieu ici, fin 2014 pour chasser le président de la République qui voulait se faire réélire malgré la Constitution. Depuis d'autres États ont vécu des situations similaires avec des fortunes diverses. Le Burundi est l'exemple d'un autre président qui veut aussi se faire réélire (à vie ?) et qui a réussi à se maintenir malgré un coup d'Etat raté et des manifestations populaires indépendantes, qui ont d'ailleurs repris depuis. Ce n'est pas fini au Burundi. Mais ici, au bUrkina, il y a une grande fierté de la population et des jeunes. Allez savoir ce qui sortira des urnes...

La "gouvernance" est ici un sujet délicat. Il y a des catégories de gens, comme un peu partout sur le Continent, qui sont attachés à leur statut, àleur ancienneté dans le statut, et donc à des privilèges qui devraient leur être alloués. Cela va des billets d'avion en classe affaires, à des positions qui récusent toute tentative d'évaluation de leurs actions, sans même parler de performance. Cela traverse toutes les couches de la société. Chez les politiques, c'est flagrant et l'ancien parti au pouvoir, aujourd'hui dissous, en était spécialiste. Mais d'autres catégories sont touchées, même les universités.

Saviez-vous que en Afrique, l'Universite de Ouagadougou est l'une des mieux classées ? On aurait pu imaginer que de grands pays seraint passés devant, car le Burkina est à la limite du Sahel. Il n'en est rien et l'inventivité universitaire est ici exemplaire. Des leçons à prendre. Cela explique aussi que le Burkina est à la pointe de certaines revendications clés à la limite de la science, de l'économie et du politique.

Le Coton par exemple. Une des principales richesses du pays depuis longtemps. Or l'ancien pouvoir avait autorisé une petite compagnie américaine, Monsanto, à commercialiser son coton transgénique, OGM ou BT si vous préférez. Le résultat des courses est impitoyable depuis plusieurs années : les paysans doivent acheter chaque année des semences nouvelles puisque celles vendues par Monsanto ont été modifiées pour ne pas pouvoir se reproduire (elles on été stérilisées pour mettre en esclavage les paysans du coton, et je pèse mes mots) ; ces semences coûtent beaucoup plus cher que les semences locales ou modifiées par les spécialistes locaux selon des techniques ancestrales ou simplement modernes ; le coton BT était censé ne pas être attaquable par des parasites et donc coûter moins cher en traitement, mais il est attaqué par de nouveaux parasites, la Nature s'adaptant en permanence au changement. Dans ce contexte, le changement de pouvoir a permis d'ouvrir les vannes et la contestation enfle ici contre ces pratiques immorales. Monsanto lance campagne de communication sur campagne pour combattre cela par l'argent. Mais on sent le vent tourner et les scientifiques locaux n'y sont pas pour rien. Même la télé locale en parle soir en des termes très simples et pédagogiques.

La progression du Sahel et la désertification aussi. La situation du pays est à cheval sur cette zone entre le Nord et le Sud. Nous étions par exemple dans le sud, à Leo près de la frontière avec le Ghana plus bas, avec des pelouses et de l'eau alors que même à Ouaga le Sahel se fait sentir - y compris avec quelques degrés de plus en température (plus de 40 en ce moment). Si on consulte des listes de projets et d'initiatives destinées à combattre les effets de la désertification, liés eux mêmes au réchauffement climatique, on ne peut qu'être impressionné par la variété et la créativité des solutions imaginées. Et pas seulement par des ONG internationales venant ici, mais bien par des burkinabés, accompagnés éventuellement par de telles organisations. Un mélange de volontariat, de débrouille, de science et d'enthousiasme qu'il est difficile de commenter sans y avoir été. Il est vrai que le système de la tontine a toujours été un puissant outil de développement de projets et qu'il est très utilisé ici comme dans la région. Si vous ne connaissez pas la tontine à l'africainé renseignez-vous, c'est impressionnant car c'est différent d'autres systèmes de tontines en Europe. On les appelle souvent "cotisation" ici d'ailleurs.

Mais tout cela n'empêche pas des inégalités très fortes, notamment en observant les grandes organisations internationales présentes ici. Leur train de vie et leurs pratiques sont évidemment féodales ou même de droit divin. Inspirées du fameux " fais ce que je dis, ne fais pas ce que je fais" elles permettent tous les écarts. Paradoxalement, ces pratiques sont localisées sur très peu d'individus, mais qui vivent sur une autre planète comme si leur statut (cf. le début de ce billet) les rendait surhumains, alors qu'ils ne sont qu'inhumains. Il est donc urgent, comme dans tout travail avec ce type d'organisation, de bien vite gratter sous la couche d'humus en haut pour arriver à la roche terre nourricière et aux travailleurs sincères qui sont en dessous. C'est une règle un peu partout d'ailleurs, mais elle est évidemment plus visible dans un tel contexte. Et le Burkina est finalement peut-être un peu moins touché que d'autres pays africains. Malgré le fait qu'il soit l'un des 10 pays les moins développés au monde, cela reste le " pays des hommes intègres", un nom remarquable... Il faut quand même faire attention quand on négocie ;)

vendredi 29 mai 2015

C'est footu

Je suis toujours à Ouagadougou et l'Internet est revenu. Avec lui quelques nouvelles partagées.

Les bonnes sont rares : le Nigeria a un nouveau président et en plus le président de la BAD vient d'être élu aussi et c'est également un nigérian. C'est un gros coup d'accélération pour ce pays. Bonne Nouvelle donc.

Les mauvaises sont plus inquiétantes. Les anglais cherchent à dynamiter l'Union européenne. Et ils sont en passe d'y parvenir. Quand à Blatter, il vient de se faire réélire à la tête de la FIFA malgré un scandale majeur. Cinq ans de malheur.

Tout ça me dégoûte un peu. Afrique et Europe inversent les rapports de moralité que la plupart des gens imaginent. Je quitte l'Afrique demain pour revenir en Europe. 

Snif.

jeudi 28 mai 2015

Deux jours sans Internet

Petite expérience à méditer. Je suis au Burkina Faso, cette semaine, mais pas dans la capitale. Et l'Internet est absent ou au mieux aléatoire. En tous cas insuffisant pour communiquer sauf situation d'urgence. Tout cela est lié au fait que je suis ici en mission donc sans clé 3G locale pour me connecter. Même les SMS ne passent pas d'ailleurs. Certains sont mangés à moitié en fait. C'est donc le moment de commenter ce que peuvent être les réactions à ce sujet, pour moi qui suis habitué à être connecté, et pour certains de mes collègues qui sont encore plus drogués à la technologie. Petite revue de détail.

Un collègue est devenu quasiment livide et paralysé. Il n'avait pas envisagé que cela puisse lui arriver un jour, tellement il est naturel pour lui de savoir qu'il est connecté. Il en a même oublié que le téléphone existe encore et qu'on peut l'utiliser pour être joint et pour appeler. Il est vrai que le monde entier vous répète que le téléphone Afrique-Europe est hors de prix et que le roaming est un luxe somptuaire. Alors on n'y pense pas. Comme si l'absence de bruit paralysait la bête au même titre que les phares éblouissent la bête la nuit. Son problème était l'urgence réelle "j'ai besoin de savoir que je suis joignable même si personne ne m'appelle". Ajoutez à cela le réflexe d'aller compulsivement rechercher sur l'Internet tout ce qui pourrait être nouveau. Comme si la coupure loin de ce flux incessant nous coupait de notre humanité.

Un autre s'en est foutu et a pris du bon temps, entre le travail sur place et le relationnel à développer, avec une augmentation du nombre de contacts dans le monde réel, en local. En plus il a pu tranquillement, en dehors de ces moments, se baigner et boire une bière (africaine évidemment). Une mission plus productive que d'habitude pour lui, car moins perturbée par des parasites distants, comme s'il était encore dans son bureau au loin. Et sur le plan personnel, un rappel de son côté humain pas limité à une interface machine-homme-réseau.

J'en ai vu un qui ne s'en était pas rendu compte. Il trouvait juste que c'était très lent et que ses messages ne partaient pas. Aucune culture technique, aucune explication. De toutes façons si ça ne marche pas c'est de la faute de la machine (et des informaticiens en plus). Il est vraisemblable qu'une fois revenu chez lui il sera surpris de la masse de messages tronqués et non reçus, mais, rassurez-vous, il accusera son informaticien.

Un autre a continué comme si de rien n'était. Il envoyait et recevait des messages, surfait et regardait même des vidéos. Tout ça avec son iPhone de luxe en mode 3G ouvert. J'estime sa facture au retour à quelques centaines d'euros au minimum, sinon plus. Comme je pense qu'il est patron il s'en fout, c'est sa boîte qui paye. On ne va quand même pas le priver de son jouet, non ?

Enfin il y a moi. Blogueur quotidien, mon seul souci était de trouver chaque jour une minute d'accès internet pour poster mon billet, car il est hors de question de rater un jour, sauf cas de force majeure et ce n'est pas le cas. Au plan personnel, le téléphone c'est parfait, même si la visio à distance c'est pratique, pour voir l'être aimé par exemple. Finalement, l'absence de lien avec le monde extérieur obligé à privilégier le lien social autour de moi. La capacité à mieux écouter.

M'enfin, j'ai bien fait de charger à l'avance des films et des livres sur mon iPad ;) mais je suis impatient de découvrir les détails de la crise à Madagascar, même si un malgache ici présent s'y attendait et a dit "on est reparti pour plusieurs mois de bordel, mais ça ne va pas nous empêcher d'avancer"...

mercredi 27 mai 2015

To Républicains or not to Républicains ? Une farce Majuscule

En France on se pose toujours de drôles de questions. Intéressantes ou superflues, mais avec un sens du buzz parfait.
L'exemple de la plainte contre le nouveau nom "Les Républicains" de l'UMP est un exemple parfait d'absurdité médiatique.

Pour mémoire une plainte en référé avait été déposée par plusieurs associations de gauche pour interdire à l'UMP de prendre ce nom, pensé discriminant pour les autres républicains, et censé s'approprier un mot du vocabulaire. Un nom commun, vous aurez noté, pas un adjectif comme dans le parti républicain de Giscard par exemple. Et en plus un nom avec un R majuscule, qui réjouira tous les statisticiens qui adorent le logiciel R, mais qui est censé montrer une emphase disproportionnée. Tout ça c'était des arguments contre ce nom, or, las, la justice a jugé en référé qu'il n'y avait pas urgence à interdire ce nom ni danger pour l'ordre public. Les gens de gauche qui avaient proposé ce procès sont tristes. Â droite, on est joyeux, alors même que l'affaire n'a pas été jugée sur le fond, et ne le sera pas avant longtemps, une fois le nom entré dans les mœurs. D'ailleurs l'UMP a dejà commencé une campagne de pub avec ce nom. On rappelle que cette décision n'interdit pas à l'UMP d'utiliser ce nom à ce moment précis, mais que rien n'est décidé sur le fond.

Des deux côtés, on trouve des avantages à ce mauvais procès. A droite, on y voit une légitimité renforcée, une défaite de plus pour la gauche et un gros coup de pub gratuit dans les médias juste avant le congrès refondateur. On oublie d'ailleurs très vite que le même jour le Conseil d'Etat a décidé contre l'UMP qui avait proposé une question prioritaire de constitutionnalité, au cas où le référé aurait été contre eux. C'est donc une défaite aussi pour la droite, qui a montré là sa fébrilité, et sa maîtrise du monde des avocats. A gauche, on y voit le début d'un combat symbolique, en oubliant que les français se contrefoutent de ce type de débat bien loin de leurs préoccupations quotidiennes.

Mais quand on regarde ça d'un peu loin - je suis au Burkina Faso cette semaine, avec des problèmes politiques autrement plus urgents dans toute la région - on ne peut que se moquer de cette enflure médiatique autour d'une question pleine de vide et d'inanité. En France comme aux USA, le mot républicains a été beaucoup utilisé à droite depuis longtemps. L'envie de Sarkozy de ne pas parler de parti dans son titre, même si ce sera un parti comme les autres, le "Parti Les Républicains", ou PLR, est louable, il ne pouvait pas non plus parler d'Union ou de Rassemblement. L'ellipse est cruelle : un parti qui ne s'affiche pas comme tel, mais qui est majuscule. Il est rare en français d'avoir des articles avec une majuscule, et la majusculisation si vous me permettez des républicains est un moyen efficace de les sublimer. Le Front National s'est d'ailleurs précipité dans la brèche en déposant le nom "Front National Républicain" au cas où. 

Avouez que vous moquez du résultat. Ce parti restera l'UMP, à enveloppe identique ou presque, en pire : interdiction des courants, personnalisation de la direction autour de Sarkozy, etc... Quel que soit son nom. Et ce nom n'est pas pire qu'un autre. Qui se souvient que l'UMP s'appelait Union pour une majorité présidentielle avant que Chirac soit élu et donc qu'il devienne Union pour un mouvement populaire, uniquement pour garder les mêmes lettres ? Qui croit encore que le Parti Socialiste soit socialiste, ou le PC communiste, par exemple ? Qui comprend la différence subtile d'usage du mot démocrate entre l'UDI et le MoDem, partis centristes de droite ? C'est en plus sans compter avec tous ces petits partis présents dans certaines élections locales, ou tous ces micro-partis qui servent à financer les gros, à droite comme à gauche.

Alors, oui, cette aventure d'emballement autour d'une procédure sur un nom commun affublé d'un article défini pluriel et d'une majuscule est ridicule. Si sArkozy veut appeler son parti comme cela, grand bien lui fasse, pourquoi l'empêcher. Si on veut le combattre c'est sur un autre terrain qu'il faut le faire, comme disait Sun Tzu, pas sur celui qu'il a choisi. Mais comme les politiques préfèrent parler de cela plutôt que de vrais problèmes... Ça arrange tout le monde. Pas les lecteurs de ce blog, j'espère.

mardi 26 mai 2015

Antichambre du Panthéon

Ce mardi soir, la Sorbonne rend hommage aux quatre personnalités de la Résistance - deux hommes et deux femmes - qui seront panthéonisées le lendemain, mercredi. Gros bordel à prévoir dans cette vénérable ville dans la ville qu’est la Sorbonne. Une ville minérale, le contraire même de ce que devrait être un campus universitaire. Mais enfin, c’est comme cela qu’on a construit l’Université en France. Et si le pâté de maison se vide peu à peu, c’est pour rejoindre des bâtiments plus adaptés. Ceux qui ont déjà franchi le pas, vers les grands moulins de Paris par exemple ne le regrettent pas. Quand on erre dans les couloirs de la Sorbonne, on y voit de moins en moins d’étudiants et de plus en plus de personnes âgées voutées avec des serviettes élimées. Les restaurants du quartier sont de moins en moins pleins et pourtant... le charme de ces voisins de table qui discutent sur une virgule dans une thèse ou sur le charme de telle ou telle étudiante... a un certain charme désuet.

Pour revenir aux Panthéonisés, oui, l’hommage sera vibrant et ce mardi est la journée de recueillement non politique, mais scolaire et universitaire. Les politiques et François c’est pour le mercredi, avec l’esprit de Malraux qui flottera sur les discours.



L’entrée se fait par le 17 de la rue de la Sorbonne qui est plus bas que le 1 alors que les numéros montent, mais c’est parce que le 1 est rue Victor Cousin, de l’autre côté de la chapelle. C’est incompréhensible ? Oui, rassurez-vous, c’est fait exprès pour perdre les étudiants de première année. La Sorbonne labyrinthique n’est pas un mythe, même dans les rues autour. Et ça permet d’avoir un grand nombre de vigiles avec toutes ces portes à surveiller. Alors ça va être un grand capharnaüm dans le quartier, avec en plus des travaux dans la Sorbonne elle-même qui coupent des circulations importantes. Il restera du monde sur le carreau, pi plus exactement sur la place des fontaines Tibéri, devant la chapelle. Ces fameuses fontaines qui font penser à cele de Tati dans mon oncle, avec un bruit étrange et un rythme d’allumage défiant toute logique. C’est rigolo pour les étudiants car ça permet de voir quelques touristes se faire bien mouiller dès qu’il y a un peu de vent ;)... D’ailleurs l’ancien nom de la rue de la Sorbonne, à l’époque de la création du Collège de Sorbon par Monsieur de Sorbon au XIII° siècle, était la rue Coupe-Gueule... Pas très reluisant le quartier à l’époque, non ?


Pour vous faire saliver, quelques photos de la Sorbonne... à différentes époques ;)










lundi 25 mai 2015

Lendemain de fêtes, du rire aux larmes.

Et le lendemain d’une fête on a forcément la gueule de bois.

L’Eurovision a démontré cette année encore que les chansons et les interprètes qui pouvaient gagner devaient suivre un modèle bien précis, ou alors choquer comme anti-modèle bien précis. En tous cas, pas de place pour des interprètes statiques, habillées en noir sans décolleté et avec une chanson à paroles (surtout en français). A propos de décolletés, en voici quelques-uns captés à la télé... A vous d’estimer la distance qui sépare la France du peloton de tête. Je vous rappelle que c’est un homme et suédois qui a gagné.








Quand j’aurai le temps je vous concocterai une petite analyse statistique de la géopolitique européenne sur la base des votes : qui vote pour qui, quelles sont les dynamiques politiques à l’oeuvre... C’est un acquis de l’Eurovision que de mélanger les deux - la politique et la musique - mais le cocktail est bien déséquilibré en faveur de la politique. De toutes façons, tant que la France ne produit pas une chanson dansante, il ne se passera pas grand chose pour nous.

Ensuite c’était dimanche soir le palmarès de Cannes. Entre-deux il y a eu comme d’habitude le week-end de tous les dangers pour les people bling-bling puisqu’il y avait aussi le Grand Prix de Monaco et le début de Roland-Garros. Les initiés savent comment faire pour tout voir. Ils ont lu cet article de blog ;)

Donc à Cannes, il y a eu des vaincus mais surtout des gagnants. Et tous se sont retrouvés autour de coupes de Champagne, ou plus fort pour les perdants. Il y avait aussi des décolletés à Cannes, mais nettement plus chics. Et Sophie Marceau n’a ni montré un sein ni sa culotte hier mais carrément tout... Il y a du progrès.



Chic, hein ?

On a remarqué l’hommage à Jean Zay, créateur du festival de Cannes en 1939 et panthéonisé mercredi, on en reparlera demain. Peu le savaient, dans cette élite bling-blig. C’est drôle mais ça a jeté un coup de froid, non. ET de toutes façons, le festival était ^plein de films graves, à cent lieues de l’Eurovision. Deux facettes d’un monde culturel bien divers. Heureusement The Lobster a jeté un pont entre les deux mondes avec son burlesque total. Mais il est vrai qu’entre les prix, les grands prix et les très grand prix, il y a de la place pour plusieurs vainqueurs, même si la Palme d’Or est entre les mains de Jacques Audiard... un français.

Alors, oui, du rire aux larmes, il y a peu d’espace mais l’Art sait s’y glisser quand il le faut, pour notre bien.
































dimanche 24 mai 2015

Du temps de cerveau pour... une nouvelle 1984

Lucas a vingt-deux ans et il effectue son service commercial obligatoire.

Ca ne l’enchante pas, naturellement, et ça n’enchante personne depuis que ce service a été établi il y a maintenant 20 ans. Lucas fait partie de cette génération qui n’a jamais connu rien d’autre. Il a entendu dire qu’il y a eu des services militaires à certaines époques, mais ça c’était avant la victoire de la Société sur les Etats. Il parait même qu’il y a eu de rares moments dans l’Histoire sans aucun service obligatoire.

Lucas soupire quand il pense à ces époques éloignées. Enfin, tout ça, ce n’est pas pour lui. Il effectue son service obligatoire et doit le terminer s’il veut avoir une place dans la société, ou mieux dans la Société elle-même. Lucas a commencé il y a deux ans. Plus que quatre ans à tirer, s’est-il dit ce matin. Il a de la chance. Il a entendu dire que ceux qui commenceraient l’année prochaine en auraient pour dix ans.

Lucas a été bien élevé, principalement par la Société. Ses parents l’ont abandonné à l’âge de six ans et il ne s’en souvient déjà plus. Ils se sont fondus dans la masse. Lucas sait donc bien se tenir et il est très concentré dans son travail. Il sait que toutes les machines peuvent dérailler avec un simple grain de sable, et il ne veut pas être la cause d’un quelconque dysfonctionnement dans la Société. Il sait aussi, plus égoïstement, que si ses résultats sont bons, il a des chances de se faire recruter par la Société et de mener une vie de rêve. Alors Lucas s’applique.

Le travail de Lucas est simple. Il surveille un groupe de personnes et doit s’assurer qu’elles consomment assez. Encore pas plus tard qu’hier, il est tombé sur un individu qui n’avait pas atteint son quota hebdomadaire de clics sur des publicités pourtant si belles et si merveilleuses concoctées par la Société. Et non seulement cela, mais l’énergumène en question n’avait visité que moins de cent sites dans la dernière journée, en n’achetant presque rien. Un vrai scandale. Lucas avait tout de suite envoyé un message sec au délinquant et avait accompagné celui-ci d’une décharge de moyenne intensité. L’homme avait balbutié quelques phrases et s’était excusé. Il avait invoqué une mystérieuse maladie qui l'aurait empêché de se tenir assis quelques heures devant son terminal de la Société. Lucas n’avait évidemment pas gobé cette histoire bancale et lui avait infligé une amende équivalent eu double du manque à gagner pour la Société à cause des clics perdus.

Et ce matin, Lucas avait pu constater que l’homme avait augmenté son rythme et même dépassé son objectif. Il avait eu un sourire satisfait devant cette victoire. Il gagnait toujours, car la Société gagnant toujours, mais cela lui faisait très plaisir. Et il savait que cela améliorait sa note finale.

Ce samedi, Lucas est donc satisfait. Il contrôle son groupe de personnes de la sourimain droite et il consomme de la sourimain gauche, rejoignant ainsi la frénésie de consommation de tous les humains, au plus grand bénéfice de la Société. Il ne faudrait pas qu’il se mette à poins consommer lui aussi, se dit-il. Car il y a forcément quelqu’un qui le contrôle.

Il y a quelqu’un qui le contrôle ? Intéressante idée, se dit-il. Mais qui ? Un autre appelé du service commercial ? Un officier permanent de la Société ? Un robot automatisé comme ceux qui pullulent partout ?...

Tout en cliquant des deux sourimains, Lucas réfléchit. Il essaye de visualiser l’organisation de la Société. C’est évidemment impossible, car la Société a racheté tous les Etats et presque toutes les compagnies de la planète. Les rares organisations qui ne sont par rattachées à la Société en dépendent comme sous-traitants. La Société est donc une hydre très étendue et forcément complexe. Mais Lucas sait qu’il doit forcément exister des poches sans contrôle au sein de la Société. Au plus haut niveau certainement, celui du Siège, mais également dans certaines entités plus tournées vers la recherche de nouvelles techniques commerciales, par exemple, ou même de manière aléatoire. Il existe ainsi forcément des zones sans contrôle ou alors avec un contrôle très limité.

Lucas se dit que c’est un sujet à creuser. Il décide d’arrêter quelques minutes son contrôle de la sourimain droite pour lancer un robot à le recherche de telles zones et pour dresser une carte du contrôle de la Société par elle-même. Puis il reprend la sourimain et attend que son robot lui fournisse une réponse. Il sait que cela peut prendre des jours et des jours.

C’est pourquoi il est surpris lorsqu’il entend le bip de son robot à peine cinq minutes après l’avoir lancé. Déjà, se dit-il ? Il affiche en un clic rapide le résultat de la recherche. La page apparait directement sur sa rétine. Elle est blanche, limite aveuglante, et se limite à une phrase : « Veuillez vous présenter immédiatement au bureau 109G-H2-V3 ».

Lucas frissonne. Ce message l’inquiète. A-t-il violé une règle ? Quelqu’un l’a-t-il contrôlé justement ? Va-t-il se faire exclure ? Qu’est-ce que ce bureau 109G-H2-V3 ?

Mais le message est clair. Lucas ôte ses deux sourimains et se lève. Sur sa rétine flamboie l’itinéraire pour aller par le plus court chemin possible au bureau 109G-H2-V3. Lucas marche vite car il a peur d’être, en plus, accusé de traîner. Sa destination semble si loin. Il craint de plus en plus d’être en retard et il se met à courir. Les couloirs de la Société tentaculaire sont vides. Il aimerait pouvoir voler pour arriver plus tôt.

Enfin il arrive devant la porte de la pièce numéro 109G-H2-V3. Il frappe. Quelqu’un, un homme, lui dit « Entrez » sur un ton sec. Lucas respire un grand coup et ouvre la porte.

Personne ne reverra plus Lucas après ce jour, ni ses compagnons de chambrée, ni les filles de la buvette d’à côté. Lucas est en effet immédiatement isolé dans une pièce spéciale. Son travail est maintenant d’identifier toutes les zones de non-contrôle sur la planète et de les réduire, de les dominer ou même de les détruire si nécessaire. C’est un travail délicat et seuls les plus doués peuvent le mener à bien. Lucas est le dernier à être recruté pour ce travail, mais il est très prometteur. Grâce à lui, depuis ce matin, la Société a déjà gagné plus que Lucas consommera dans toute sa vie.

On a proposé un contrat très avantageux à Lucas. Il l’a accepté naturellement. Y a-t-il un autre choix possible dans ce monde ?


samedi 23 mai 2015

Les polytechniciens enfin moralement acceptables

Vous connaissez l’X, l’Ecole Polytechnique, la meilleure des écoles ingénieurs en France. La plupart des polytechniciens, une fois terminées leurs études partent dans le privé, et très souvent à l’étranger. Grand bien leur fasse et à notre pays aussi, puisque dans ce cas précis c’est bien l’argent public français qui a enrichi d’autres pays.

Normalement dans les écoles supérieurs publiques,il y a une clause, appelée la « pantoufle », qui oblige les élèvent ne travaillant pas pour la fonction publique française à rembourser tout ou partie de leurs frais de scolarité. Ces frais sont estimés à 45 000 euros pour l’X pour la durée de la scolarité. A l’Ecole Polytechnique c’est plus compliqué (évidemment, dès qu’il y a des X c’est compliqué). Les seuls qui devaient payer cette pantoufle étaient jusqu’à cette année les élèves sortis dans la « botte » - les meilleurs donc - et qui se dirigeaient vers des écoles d’applications prestigieuses, tout en ne donnant pas 10 ans à l’Etat. Ceux qui partaient dans le privé tout de suite ne devaient rien. Comme le disait le député pourtant UMP chargé de réfléchir à une réforme de ce système : "Avant 2000, la tendance était déjà au non-remboursement. Mais, depuis la réforme de la scolarité en 2000, plus personne ne paye, sauf certains élèves issus des grands corps. Absurde! Un polytechnicien faisant sa carrière au sein d'institutions bancaires américaines en est exonéré, contrairement à un ingénieur des Ponts travaillant pour l’État! »

On était évidemment dans l’immoralité la plus complète, à ce point que même la direction de cette Ecole voulait réformer le système, très mauvais pour son image, et typique d’une administration absurde. Las, même le Conseil d’Etat s’est opposé à la réforme. Heureusement le gouvernement a osé agir en sens contraire. Le décret est paru ce samedi au Journal Officiel. Il rétablit le paiement obligatoire de la pantoufle pour tous, en précisant même que ceux qui vont dans le privé doivent passer un an dans la fonction publique pendant les cinq premières années, et dix ans pendant les vingt premières années de leur carrière. Bravo au gouvernement.

Au plan international, 45 000 euros pour une scolarité complète c’est pas beaucoup et bien en-deçà des frais des meilleurs établissements américains, anglais ou autres qui jouent dans la même cour. Quels que soient les effets de cette décision sur le marché pour les X, un petit pan de la morale républicaine est sauf. Pas la morale des Républicains de Sarkozy, qui n’en ont que très peu.

Après la pantoufle et la botte, il reste donc à dire : « Marchons, marchons, qu’un sang impur abreuve nos sillons »... sans aucun racisme évidemment contre personne.

vendredi 22 mai 2015

L'affaire Bluetouff : Google est dangereux

La Cour de Cassation a rendu un jugement défavorable à la liberté dans l'affaire Bluetouff. Faites gaffe donc. Chaque fois que vous cliquez sur un lien issu de Google et que vous téléchargez un document, vous êtes susceptible d'être accusé de piratage, même si ce document est public.

Pardon ? Vous avez sursauté ? Vous avez dit, incroyable, ou je ne comprends pas ? L'histoire est ici dans le Parisien. Elle est racontée là par ceux qui ont donc été condamnés.

C'est un cas particulier, comme toutes les affaires, mais il y a un risque de jurisprudence pour nous tous qui utilisons l'Internet, avec en plus la loi pour le renseignement sur le dos. Cette affaire particulière est simple. Un blogueur cherche des infos sur un sujet scientifique, pour un média en ligne, et télécharge des articles et documents trouvés via Google, en accès libre et public. Il tombe alors sur le site d'une agence française spécialisée et y découvre plein de documents intéressants sur son sujet et sur d'autres dossiers. Il les télécharge. Las ! le site est un site interne et réservé, mais non ou mal protégé et donc Google a indexé son contenu. Le blogueur publie un article et l'Agence se rend compte qu'un document vient de chez elle. Elle porte plainte mais la retire dès qu'elle se rend compte que c'est sa faute et qu'elle aurait dû interdire l'accès à ses documents, ce qui n'était pas le cas - à l'époque. L'affaire arrive quand même au pénal et le blogueur est relaxé, puis condamné en appel et confirmé donc en cassation. Il ne reste plus que la Cour européenne des Droits de l'Homme.


Ce qu'on reproche à cet utilisateur est pourtant pratiqué par beaucoup d'utilisateurs. Chercher quelque chose avec Google, le trouver, le télécharger et se balader sur le site/serveur pour voir si d'autres choses intéressantes y sont : après tout c'est comme cela qu'on a l'habitude de découvrir de nouvelles choses non ? Lorsqu'on publie un blog ou une revue, il faut vérifier ses sources et ne pas publier d'information fausse (c'est de la déontologie) ou piratée (c'est la loi). Mais lorsque des informations sont librement disponibles (parce que leur auteur n'a pas voulu ou su les protéger) où est le piratage ?

On n'est pas dans l'affaire Snowden ou dans le cas des donneurs d'alerte qui cherchent à rendre publiques des informations d'intérêt public justement. L'attitude de la justice est effectivement difficile à comprendre - sauf si on est juriste et encore - dans ce cas. Il semble que le "coupable", après avoir téléchargé le document indexé se soit rendu compte qu'il était sur un site réservé et l'ait parcouru, pour chercher d'autres documents sur le même sujet. Il n'y aurait donc eu intrusion caractérisée que parce que l'utilisateur se serait rendu compte qu'il n'aurait pas dû être là, alors même que les informations étaient librement accessibles.

Comment savoir si on est dans un espace réservé ou pas, surtout quand cet espace n'est pas identifié comme tel ? C'est effectivement de la responsabilité du propriétaire des données que de les protéger. Si je laisse mon coffre à bijoux dans la rue toute une nuit, est-ce que je vais pouvoir porter plainte si on me le vole ? non je pense. Mais si je laisse la porte de ma maison ouverte avec une pancarte dessus "entrée libre, prenez et servez-vous", quelle est la réponse ? C'est évidemment encore bien pire sur l'Internet avec des territoires mal balisés et des moteurs de recherche comme Google qui permettent d'entrer dans les maisons par toutes sortes d'ouvertures virtuelles.

On ne peut qu'être surpris par une telle décision. Une phrase du site qui a été condamné vous explique les enjeux :

"Le pourvoi a été rejeté hier. Désormais, cher internaute, choisis avec soin les liens sur lesquels tu cliques lors d’une recherche sur un moteur comme Google. Car si dans la tête de l’admin responsable de la page que tu consultes, celle-ci est considérée comme confidentielle, et même en l’absence de protection de cette page, par exemple via un identifiant et un mot de passe, tu risques une condamnation. Te voilà pirate informatique."

jeudi 21 mai 2015

Les inégalités progressent, merci Sarkozy : c'est trop injuste

L'OCDE vient de publier un rapport sur les inégalités dans le monde. Malgré le fait que cette organisation soit très libérale, elle se plaint de la montée de ces inégalités qui nuisent à l'économie.

Certains anciens se souviennent des justifications osées de riches qui disaient que c'était eux qui tiraient l'économie et que sans eux, tout le monde serait pauvre. Ce discours est évidemment ridicule mais il a fonctionné pas mal de temps, surtout à droite. Aujourd'hui, comme le démontre par exemple cette étude de l'OCDE, la concentration des richesses nuit au développement. Une petite analyse du Monde ici plutôt détaillée, et une autre du Figaro là  mais dans laquelle on ne mentionne pas la France... Bizarre ? Non, lisez la suite.

La France ? En fait comme le montre la fiche pays pour nous, les inégalités se sont énormément accrues en France sous le quinquennat de Sarkozy. Je suppose que ce n'est une surprise pour personne. La France était enfermée dans un modèle de richesse plus ou moins stable depuis très longtemps, mais ces annees-là ont changé la donne, ce qui nous place au 3° rang des pays où les inégalités se sont le plus développées. Bravo, ah mais bravo !

Ce sont les jeunes qui pâtissent le plus de ce phénomène, partout et donc en France, car ce sont toujours les derniers arrivés et les plus fragiles qui sont les plus démunis. En effet, les autres acteurs, les parties prenantes ou les stakeholders comme on dit en anglais occupent déjà les places disponibles. C'est une réaction classique et de court terme à une politique qui divise. On attend la réaction de Sarkozy à ce propos, d'ailleurs. Par ailleurs les inégalités entre hommes et femmes ne se sont pas réduites...

Le problème avec les inégalités est double : ça n'intéresse que ceux qui sont en bas de l'échelle, et toutes les mesures pour les combattre sont difficile à prendre et seulement avec des effets de moyen ou long terme. Évidemment les classes moyennes font tout pour rester au contact du peloton de tête, mais comme c'est souvent un doux rêve, ils se contentent de ne pas tomber plus bas. Un vrai sujet de fracture. L'OCDE parle même de fossé, qui se creuse et s'agrandit.

On croyait l'OCDE à droite et très libérale. Faut-il qu'il y ait le feu au plancher et au toit pour qu'elle ponde des rapports comme celui-ci. Mais si c'est le prix à payer pour conserver un système libéral qui soit aussi acceptable par les populations et efficace pour gagner encore plus, alors l'OCDE â raison d'y aller. On remarquera juste que sa critique explicite de Sarkozy sera entendue, alors même que la droite risque de reprendre le pouvoir en France. Sar'ozy est donc plus à droite que l'OCDE, ce qui n'est pas peu dire. On en a maintenant la preuve.


mercredi 20 mai 2015

Mad Men... C'est fini - Pas de spoilers

Snif !

La série culte Mad Men est terminée, le dernier épisode de la dernière saison ayant été diffusé dimanche ou mardi suivant les pays. C'est une série qui a duré 8 années, soit sept saisons, la dernière éclatée sur deux ans pour des raisons marketing et publicitaires évidemment, car une série sur les publicitaires ne pouvait par ne pas s'appliquer à elle-même les principes qu'elle nous a montrés depuis tant d'années.

Ceux qui n'ont jamais vu la série, doivent la voir. C'est une leçon d'intelligence car les situations et les enseignements y sont nombreux et interrogent tous les spectateurs. C'est une tranche de culture américaine des années 60, donc de la nôtre en partie. C'est un groupe d'acteurs brillants et ambigus, comme la série. Ce sont des décors et des costumes avec un souci du détail et de l'authenticité rarement atteint. C'est une esthétique remarquable, avec un générique culte (voir la photo par exemple du banc qui a été installé Madison Avenue au coeur du New-York actuel de la pub, et qui est la dernière image du générique de début).


Ceux qui sont en train de la regarder savent que la série est une suite de moments et de phases, comme dans un parcours humain forcément un peu erratique. La fin de la série provoque plein de débats évidemment parmi les fans, les critiques et tous les médias. Les analyses à chaud sont nombreuses et facilement trouvables via Google (qui vit de la publicité) t il y en aura certainement de plus en plus. La richesse d'une série, c'est de susciter des débats, d'avoir envie d'y revenir, bien au-delà de la consommation immédiate d'épisodes les uns à la suite des autres. Sur ce plan Mad Men est une vraie réussite.

Car le maitre mot de la série est l'ambiguité. Un univers impitoyable - celui de la pub - peuplé de personnalités couvrant une large palette de personnages presque tous aussi janus ou ambigus les uns que les autres. Mais également un ton qui alterne léger et profond, parfois dans le même plan. L'influence de cette série s'est déjà fait sentir depuis son lancement. Car si parfois on se sent désarçonné par tel ou tel détail, c'est aussi à l'image de ce monde débridé et des changements majeurs qui le ponctuent tout au long des années 60, voire plus.

Alors un grand merci à ceux qui ont créé et fait vivre cette série. Et ne vous laisser pas influencer par le titre. Rien à voir avec Mad Max, action époustoufifiante sur le grand écran. Les Mad men étaient avant tout les hommes de la pub localisés Madison Avenue. Un slogan comme un autre, inventé par des publicitaires pour eux-mêmes.


mardi 19 mai 2015

Plan de Paris spécial manifestants

Journée de grève des profs de collège aujourd'hui et cortège à Paris. Le beau temps est revenu, il faut donc manifester, même si c'est un peu tard dans l'année par rapport aux examens à venir. Tous les ministres de l'éducation qui font des (petites) réformes craignent ce type de manif, surtout quand les étudiants et lycéens s'y mettent aussi. Mais ça ne les empêche pas de proposer des réformes quand même. Et ceux qui les critiquent ont beau jeu de dire qu'elles ne sont que des réformes partielles - après tout l'éducation est un système, et une partie de la société en plus - ils sont souvent les premiers à proposer des contre-réformes tout aussi partielles ou à dire qu'il vont détricoter ces petites réformes pour proposer la leur plus tard, une grande réforme évidemment...

Notre ministre de l'éducation nationale est bien débordée en ce moment. Heureusement d'ici peu de temps (quelques semaines ?) sera nommé un nouveau ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche pour l'épauler sur ce secteur volumineux de son portefeuille "par intérim" depuis le départ de Geneviève Fioraso. Ce poste fait évidemment saliver dans le milieu.

Mais aujourd'hui, je vous propose une carte originale de Paris, prise ici. Elle s'adresse aux manifestants pour qu'ils se perdent dans Paris et aux amoureux... C'est en fait une carte de Prisa (?) car elle est basée sur des anagrammes de tous les noms des stations de métro. A déguster ;) et n'oubliez pas comme à chaque fois ici de cliquer dessus pour zoomer.


Parmi mes stations favorites, il y a les suivantes. A vous de les trouver sur la carte évidemment, il faut bien que vous travailliez un peu, non ?

Ensevelir sans lingerie... (hum, joli fantasme
Bachoter sa brochure... pour les futurs bacheliers de l'année
Sot zarbi... pour une ligne un peu bizarre il est vrai
Un fâché dessina ta layette... qu'on peut acheter dans les grands magasins
Apéro... évidemment, avec des bouchons partout sur la place en plus
L'os à baleine s'entame... joliment surréaliste
Découpons le bandit glouton... vaut le détour, comme disent les guides gastronomiques

Vous ne manifesterez plus jamais comme avant.

lundi 18 mai 2015

Homophobie et chrétienté : les protestants se démarquent

Ohla ! Vaste sujet et très polémique, tant les points de vue sont nombreux et anciens.

Mais ce week-end, une des églises chrétiennes de France a pris une décision lourde de conséquences. Historique même. Compte rendu ici par exemple, car quoi de mieux que La Croix pour parler de religion ?

Les délégués de l’Église protestante unie de France (EPUdF), réunis en synode, ont décidé à la quasi unanimité ce dimanche - journée contre l'homophobie, tout un symbole - d’ouvrir aux pasteurs qui le souhaitent la possibilité de bénir les couples homosexuels mariés. Il semble que les débats aient été longs (plusieurs années) et houleux, mais le résultat est sans appel. Il ouvre la porte à de telles bénédictions, alors que jusqu'à présent cela ne s'était fait qu'en catimini, une fois dans le Marais à Paris par exemple. On précise que le synode était réuni à Sète, avec sa plage où comme le disait Brassens

L'église protestante française est le principal courant chez les protestants ici, avec à peu près 400 000 fidèles recensés - La Croix dit moins mais c'est normal ;) on croirait voir les estimations de la police et des syndicats après une manif. Ces bénédictions se pratiquent déjà dans d'autres pays - on parle par exemple des USA, du Canada ou de la Scandinavie. Mais en France, vu la mobilisation de la Manif pour tous (qui crée un parti) et la position de l'église catholique romaine, apostolique et vaticane, il y a là un écran de plus en plus grand entre les églises chrétiennes.

Evidemment une bénédiction n'est pas un mariage... mais il n'y a pas de mariage comme tel dans une église protestante puisque c'est une cérémonie entre les deux époux (ou épouses) déjà mariés par ailleurs à la Mairie. Et même si cette décision ne fera pas drastiquement augmenter le nombre de bénédictions gay, c'est un principe posé. Et Dieu sait que les églises adorent les principes (jolie phrase, non ?).

Pendant ce temps les synodes catholiques se succèdent au Vatican avec des pas de deux sur la question du mariage homosexuel. A ce rythme, plus lent que dans le Nom de la Rose d'Umberto Eco, il faudra encore quelques dizaines d'années et quelques papes pour avancer.

Ce blog est laïc, je précise, pour les mauvais élèves au fond de la classe. Mais cette décision valait la peine d'être notée. Car le serpent de mer du rapport de la France avec la religion - les religions - n'est pas prêt d'être enfoui sous un déluge. Il ressort régulièrement à tous propos, même dans la bouche d'hommes politiques (UMP ou FN en général) à propos de l'Islam, des juifs plutôt.

Saviez-vous d'ailleurs qu'en France on compte plusieurs églises chrétiennes réunies dans un Conseil oecuménique chrétien, le CECEF ? La Fédération protestante de France, Le Conseil permanent de la Conférence des évêques de France, l'Assemblée des évêques orthodoxes de France, le Catholicos de tous les Arméniens et la Communion anglicane... Et c'est pire dans le monde.


Pour ceux que cela intéresse, la liste des communautés et églises chrétiennes au Liban est ici. C'est impressionnant.

dimanche 17 mai 2015

Du temps de cerveau pour... Une nouvelle varoise

Alberto était fatigué de cette vie. Par rapport à d'autres, tout semblait parfait pourtant pour lui.

Il faisait presque toujours beau, il était dans un beau pays au bord de la mer, et même les gens étaient beaux. Lui encore plus que les autres bien entendu. Sa maison était belle, vous l'avez deviné, sa voiture et ses serviteurs aussi, et même sa femme. Il avait beaucoup d'argent, du bel et bon argent. Rien à faire sauf ce qui lui plaisait, et pour un trentenaire comme lui, il y avait tellement de choses à faire...

Mais Alberto était là depuis trop longtemps. Il avait le sentiment de tout connaître. Pire, il s'ennuyait. Dans cette société qui offrait pourtant tout le confort nécessaire, il sentait qu'il pouvait y avoir plus. La dernière fois qu.il avait utilisé la porte pourtant, il s'était dit que cela serait la dernière. Quand il avait resurgi de l'eau, il avait tout de suite été frappé par la belle couleur du ciel, dégagé de fumées toxiques et par la propreté de la mer. En regagnant le bord le long de cette côte déserte, il avait eu ce sentiment d'arriver dans un paradis. Et il s'était juré d'y rester. Il ne se souvenait plus combien d'époques il avait visité, mais c'était en tous cas la première à être aussi agréable. Et il était resté là quelques dizaines d'années, le temps de s'installer, de (re)faire fortune et de découvrir une époque sereine. Il avait construit sa villa sur les hauteurs pour profiter de la vue et de la brise. 

Mais il sentait maintenant qu'il était temps de partir. De changer d'époque. Il était né dans un monde agité et il se rendait compte que l'animation lui manquait. Il avait cru trouver le repos ici, mais le repos c'était idiot finalement. Il était trop jeune pour se reposer.

Le seul problème serait de revenir un jour ici, si le désir le reprenait plus tard, beaucoup plus tard, quand il serait un vieil immortel. Ça paraît idiot, se dit-il, mais même les immortels vieillissent et changent. Il ne savait pas s'il était possible de revenir. Pour le moment ses voyages l'avaient toujours emporté à des endroits et des époques différentes. Il ne contrôlait absolument pas le processus. Et il n'avait jamais non plus rencontré d'autre immortel qui lui aurait expliqué comment faire. Alberto aurait bien aimé, mais cela ne s'était jamais produit. 

Alberto alla embrasser sa femme. Il ne lui dit pas au revoir car il ne la verrait vraisemblablement plus jamais. Il n'avait jamais revu les autres naturellement. Elle se débrouillerait toute seule. Avec la fortune qu'il lui laissait, il n'était pas inquiet. Il l'aimait évidemment, mais après avoir aimé tant de femmes, il avait pris du recul. En plus elle commençait à vieillir. Il monta dans sa voiture et les chevaux l'emportèrent vers la mer, en bas, au loin dans la brume bleutée du matin. Il n'avait rien d'autre avec lui que son petit sac de diamants pour bien démarrer quel que soit l'endroit où il sortirait de la porte et un sac étanche avec des vêtements passe-partout.

Lorsqu'il arriva au bon endroit sur la côte, il descendit de sa voiture et renvoya son serviteur. Il avait besoin d'être seul aujourd'hui, lui dit-il. Il lui mentit en lui demandant de revenir le chercher le soir. Puis il marcha jusqu'au bout du cap rouge si remarquable et qu'il connaissait par cœur. Il se retourna pour s'imprégner de ces couleurs si parfaites avant de plonger dans l'eau délicieuse. Il nagea vers le rocher isolé au bout du cap, prit une grande inspiration et plongea. Adieu les romains, adieu le premier siècle, bonjour une autre époque.

Alberto avait du souffle. De toutes façons il ne pouvait pas mourir, même étouffé, il avait déjà essayé. Au bout de quelques minutes sous l'eau, il arriva devant la porte. Elle était invisible mais il savait qu'elle était précisément à cet endroit. Il regarda une dernière fois autour de lui les quelques poissons qui l'observaient surpris de voir un homme par ici. Puis il nagea à travers le porte. 

Il ne sentit rien. Il ne sentait jamais rien. Même l'eau semblait avoir la même température, à cette profondeur. Il regarda autour de lui. Les poissons avaient changé. Évidemment. Ils n'étaient pas à la même place que la seconde d'avant, mais c'était les mêmes. Les mêmes ? En tous cas ils ressemblaient beaucoup aux autres. Un bon signe, pensa-t-il.

Alberto remonta en ligne droite vers la surface. Le soleil brillait à travers le plafond d'eau. Une belle journée, se dit-il. Il émergea et regarda tout autour de lui. Il aimait ce premier regard sur un nouveau monde. Cette première impression qui lui donnait toujours la chair de poule. Il adorait cette excitation de l'inconnu. Cet éveil de tous ses sens. A quelle époque était-il ? Aujourd'hui, autour de lui, tout était comme avant. Les mêmes couleurs, la même odeur. Une époque qui ressemblait à l'antiquité romaine donc. En tous cas d'ici il ne voyait aucune construction, mais le cap se dressait trop à pic pour qu'on y construise quelque chose. Plus haut peut-être ? il décida de nager jusqu'au bord puis de monter en haut du cap pour avoir un aperçu de ce monde. Car il allait devoir rester ici quelques années. La porte ne s'ouvrait jamais deux fois d'affilée. Il était coincé quelque temps dans cette époque, qu'elle lui plaise ou non. C'était le risque. C'était aussi sa chance, car il détestait s'ennuyer. Et il avait tellement confiance en lui !

Il nagea tranquillement vers le bord. Personne en vue. Pas une époque surpeuplée, donc, comme son monde d'origine. Il se laissa sécher et sortit ses vêtements. Il pourrait se vêtir comme les autres plus tard. Pour le moment ça suffirait. Puis il se mît â gravir le cap. Il passa par les rochers, tout droit. Il ne voulait pas regarder autour de lui pour avoir la surprise en haut. Le soleil commençait à descendre lorsqu'il arriva au sommet. Il ferma les yeux, se mit debout, calma sa respiration. Puis il regarda autour de lui.

Le cap était désert. Aucune construction. Aucune ruine même. Aucun humain non plus. Au loin, il ne voyait que la nature. Pas de maison, pas de bateau. Aucun signe d'humanité. Alberto se gratta la barbe. Aucun humain ? Hum... Soit il était revenu très loin dans le passé, soit il était allé très loin dans le futur après la fin ? Il ne pouvait pas savoir. Pas encore. Il décida d'attendre la nuit pour voir s'il y aurait des lumières et s'installa confortablement. Il veilla toute la nuit, mais ne vient rien d'autre que le noir du ciel et les étoiles. Les constellations ne lui étaient pas familières. Beaucoup de temps avait dû s'écouler. Dans un sens ou dans un autre.

Au matin, il descendit et longea la côte vers l'Ouest. Il avait décidé d'aller voir sa maison, en tous cas l'emplacement où sa maison avait été ou serait construite un jour. Il aimait construire sa maison à cet endroit. Il en avait construit plus d'une centaine au même endroit, presque à chaque fois en fait, sauf lorsque l'emplacement avait déjà été occupé. Il s'était alors contenté de la racheter le plus vite possible. C'était une manière comme une autre de bouger et en chemin il verrait bien s'il y avait des signes de vie. Il marcha jusqu'à midi et arriva au pied de sa colline. Il ne lui restait plus qu'à la gravir pour voir l'emplacement de sa maison. De sa future maison, se dit-il, car il était de plus en plus évident que personne n'habitait ici.

Il marchait tranquillement quand il se heurta à un mur. Un mur ? Pas n'importe quel mur, un mur invisible, dur et infranchissable. Un écran d'énergie, pensa-t-il immédiatement. Que fait un écran d'énergie ici ? En tous cas on doit être dans un futur avancé. Ils n'ont pas été inventés avant le XXX° siècle s'il se souvenait bien. C'était frustrant. Il ne pouvait même pas aller a l'emplacement de sa maison. Le mur se dressait juste avant.

Il fit un pas de côté, mais le mur était toujours là. Par contre le paysage avait changé de l'autre côté. Il y avait maintenant une maison. Une de ses maisons en fait. Celle qu'il avait construite en pleine guerre atomique. Une maison laide mais solide et qui avait résisté à toutes les attaques et à toutes les radiations. Et devant la maison, allongée sur un transat, il y avait sa femme. Une de ses anciennes femmes en tous cas. Alberto vit alors clairement que le mur s'étendait à perte de vue, légèrement arrondi et concave, séparant deux mondes, l'un tout vert et naturel autour de lui, l'autre tout gris et rempli de béton. Comme un cercle. Il n'eut aucun mal à calculer de tête son rayon. Il sut alors que le mur était centré sur la porte et qu'il était arrivé au bord, juste à côté de sa maison, comme il continuait à l'appeler.  Il voyait ce qui se passait de l'autre côté mais ce n'était pas réciproque. Le mur l'isolait. 

Il fit un autre pas de côté et se retrouva face à la tente qu'il avait plantée là, en plein milieu du désert lorsque la mer s'était retirée. Il était resté ici cent ans. Avec sa famille qui était devenue sa tribu. Puis il était reparti vers le rocher isolé au pied du quel se trouvait la porte. Personne ne le remarqua non plus. Les enfants, ses enfants, jouaient comme si de rien n'était, comme si un mur ne coupait pas le monde en deux à quelques mètres de là. Ils étaient tels que dans son souvenir, le dernier jour où il les avait vus.

Alberto passa l'après-midi à faire des pas de côté. A chaque fois, une maison apparaissait. Il n'en reconnaissait que quelques-unes. Peut-être ne les avait-il pas encore construites ? Il arriva soudain devant la villa romaine qu'il avait quitté la veille. Sa femme, la dernière, regardait à travers lui le chemin. Elle ne le voyait pas et semblait inquiète. Elle était belle quand même, se redit-il. Pourquoi ai-je voulu quitter ce paradis ? Pourquoi si tôt ?

Alberto s'assit devant elle. Il camperait là cette nuit, c'était decidé. Il fit un feu, un feu qu'il était le seul à voir. Il n'osait pas bouger. Il avait peur de quitter cette maison et cette femme. Rien ne prouvait qu'il pourrait retrouver la même facette du mur. Il avait essayé pendant la journée de revenir d'un pas en arrière et à chaque fois il tombait sur une époque différente. Ce mur semblait infini. Et il était impossible, même pour lui, de revenir exactement au même endroit.

Alberto ne dormit pas cette nuit-là. Ou du moins il crut ne pas dormir. Mais se réveilla bel et bien le matin suivant, surpris. Il avait dû bouger car il se trouvait maintenant face à un château Renaissance qu'il ne connaissait pas. Alberto soupira. Il laissa son sac de diamants pour marquer la place. Il savait maintenant au plus profond de lui-même qu'il était seul dans le cercle du mur. Et qu'il n'en sortirait peut-être jamais. Il décida d'explorer son nouveau territoire. Il avait le temps maintenant. Il allait construire une maison ici. Juste à côté de ses autres maisons. Et il allait attendre que la porte se rouvre, si elle devait se rouvrir un jour. Au moins il aurait des voisins toujours différents ! Et avec un peu de chance, peut-être qu'un autre immortel se ferait prendre au même piège ? Ou même une immortelle ? Alberto sourit. On verrait bien. En attendant, il fallait profiter de chaque jour. Carpe diem.

samedi 16 mai 2015

La nuit des musées ? Profitez-en tant qu’il y a des musées

Ce samedi soir, c’est la nuit « européenne » des musées. Entrées gratuites et événements spéciaux un peu partout en France et dans le monde. Dans le monde oui, malgré ce nom qui semble la limiter à l'Europe. La carte est ici. On y trouve quelques musées en Asie et en Amérique latine par exemple. Mais l’essentiel est ici et la plupart des musées offrent des animations et des entrées gratuites. Le choix est large et il y en a pour tous les goûts et tous les profils, à partir de 18 heures en général pour accueillir les enfants aussi.

La Nuit a été créée à Berlin en 1997, on en a parlé l’année dernière ici peu de temps avant les élections européennes et leur forte abstention.

Mais cette Nuit, on ne pourra s’empêcher de penser à un musée en plein air, parmi d’autres en Mésopotamie. Celui de la ville de Palmyre, inscrite naturellement au patrimoine de l’Humanité par l’UNESCO. Beaucoup craignent l’arrivée des terroristes islamistes dans la ville et les destructions médiatiques qui pourraient d’ensuivre, comme s’il suffisait de détruire le passé lointain pour justifier de son existence. J’aime ce dessin de Pinter par exemple :


En fait oui. Il suffit de détruire le passé pour l’oublier, souvent, et pour le remplacer par un passé de pensée unique. Et les extrémistes l’ont bien compris, même si cela doit choquer quelques instants les gens qui ont du gout, de la mémoire, de la tolérance, ou simplement de l’humanité.

Alors oui, aller dans un musée ce soir pour y célébrer la mémoire et le patrimoine, c’est un devoir.
Un devoir politique.
Une résistance contre les brutes ignares, contre les barbares envahisseurs.
Un bel acte, un acte beau, dans tous les sens.

Résistance futile, mais utile.




vendredi 15 mai 2015

Le flop de Sarkozy sur Twitter

Vendredi, 11h30. Sarkozy a annoncé un « live-tweet » sur Twitter donc pour répondre aux questions des internautes. Il est 11h15 et l’opération est déjà ratée.

Les médias sociaux sont délicats à utiliser et encore plus à manipuler. Bien au-delà d’un tchat organisé régulièrement par certains journaux, avec des questions de lecteurs, les tweets arrivent en flot continu et sans aucun filtrage. Pendant un tchat, il y a un animateur qui trie les questions et la personne répond (ou l’un de ses conseillers, car souvent les personnalités ne savent pas taper assez vite et sans faire de fautes. Mais sur Twitter, n’importe quel message avec le hashtag sélectionné passera devant les yeux de tous. Sarkozy a choisi #NSDIRECT pour son exercice.


Et comme cette campagne a été annoncée à l’avance, Twitter et les autres réseaux sociaux ont été envahis de messages moqueurs dans le meilleur des cas, insultants ou méprisants. Il en a des dizaines de milliers et les questions légitimes sont enfouies sous des tonnes de messages qualifiés de trolls. Il y a des articles dans les médias qui listent les meilleurs détournements car c’est devenu un jeu courant sur les réseaux sociaux. Mais il y a tellement d’articles qui parlent des tweets, qu’il faudrait un article d’articles. Les sociologues de l’Internet sont en tous cas très intéressés par cette expérience, même si elle est ratée, surtout si elle est ratée... Quelle que soit la cible d’ailleurs, même si Sarkozy reste une mets de choix, tant il est clivant. Lorsque d’autres essayent cette technique cela marche souvent. Mais le flot massif de tweets est très surprenant pour quelqu’un qui n’y est pas habitué. Et cela n’est pas un signe de popularité. Loin de là. Car ç ce titre certains chatons ou la culotte de Sophie Marceau seraient plus importantes qu’un président de parti...

Ici, on va suivre cette opération en direct pour voir comment il s’en tire, avec sa bardée de conseillers en communication. A suivre donc, plus ou moins en direct...

Alors par exemple quand on regarde les tweets se succéder (sur TweetDeck), les messages défilent en continu, bien trop vite pour les lire (un ou deux par seconde en moyenne en ce moment) et le compte @NicolasSarkozy officiel répond très lentement, à peine plus d’une réponse par minute. Peut-être deux. Les questions ont été filtrées et préparées. En plus comme les réponses sont longues elles sont coupées en deux tweets le plus souvent, ce qui est évidemment impossible à lire dans le flot. Astuce pour ceux qui utilisent Tweetdeck ou un autre outil pour suivre Twitter : créez une colonne avec le Hashtag - qui défile à toute vitesse - et une colonne avec le compte de Sarkozy - qui va très très lentement... C’est impressionnant.

C’est donc un exemple parfait d’arnaque. Mauvaise réponse à un bon problème.

Quelques exemples de tweets ?

@JacquesMazet merci de votre soutien, de votre fidélité. C’est grâce à des amis comme vous que j’ai chaque matin la force d’aller au combat.

Evidemment. Pendant qu’il se rase ?

.@Sarkoziste La seule façon de redonner du crédit à la parole publique c'est de ne pas

Et sur Twitter, le peuple il s’exprime ? Il n’y a pas que des trolls sur l’Internet. Il y a aussi des gens qui voudraient bien être écoutés...

Ensuite (à H+17 minutes, piratage !?! ou opération ratée de comm pour faire croire au papa rigolo ?
.@Sarko_Junior Je suis prêt à échanger une plus grande TV contre la suppression de ton addiction à ton ordi.
Ahlala ;) Belle expérience... On ne le reverra pas de si tôt... Quelques réponses bateaux et uniquement à des questions positives, entre deux piratages... Je cite un tweet au hasard d’un autre, avec lequel je suis d’accord.
#NSDIRECT Le courage politique par @NicolasSarkozy, c'est répondre uniquement à des questions de militants @ump. Ah et à @bartoli_marion !

A une question sur Bayrou il a fallu attendre 10 minutes pour avoir la deuxième partie de la réponse (en gros c’est non sauf s’il fait allégeance)... Acte manqué très réussi.

Bon ça me gave, j’arrête le direct, on verra plus tard ;) Rien de neuf, il est le meilleur et il oppose Républicains (avec une majuscule) et socialistes, en voulant donc ignorer les mots droite-gauche. Ca promet... et il parle foot et tennis en tutoyant tout le monde.

Coucou l'ignare : "Sans la République, le socialisme est impuissant et, sans le socialisme, la République est vide." Jaurès,1906 #NSDIRECT