mardi 30 juin 2015

A la dernière seconde

C'est une expression qu'on connait tous, à la dernière seconde, même si elle ne correspond pas vraiment à la réalité.

Il y a peu de choses qui dépendent d'une seconde à notre échelle. Bien sûr on peut toujours ce dire que sans cette seconde, ou avec cette seconde, tel accident aurait pu être évité, mais par définition ce sont des phénomènes plutôt rares dans une vie, même s'ils peuvent être dramatiques ou au contraire heureux : que se serait-il passé avec une seconde de plus, si la porte de l'ascenseur ne s'était pas refermée devant vous ? Vous auriez peut-être rencontré l'âme soeur dans cet ascenseur ; vous auriez ainsi gagné une minute - le temps nécessaire pour que l'ascenseur revienne - et donc vous n'auriez pas loupé cet avion qui devait vous permettre de donner cette somptueuse conférence qui allait vous rendre célèbre ; a contrario, vous n'auriez pas été dans l'ascenseur en panne pendant une heure et vous auriez pu arriver à l'heure à votre entretien d'embauche...

Alors que le monde scientifique décide d'ajouter une seconde à la dernière minute (et à la dernière seconde) de ce 30 juin, comme en 2012, est-ce que cela va avoir un impact ? Directement, non, car tous les humains vont avoir cette seconde supplémentaire en même temps, même si la plupart l'ignorent. Ce n'est pas comme si Usain Bolt courait le 100 mètres tout seul en une seconde de moins... quoique à mon humble avis il aurait dû essayer ce soir., c'est le moment ou jamais. Quelques maniaques devront se préoccuper de cette seconde. Par contre pour les professionnels et indirectement pour nous autres, c'est une autre affaire.

Il existe sur l'Internet un protocole pour synchroniser les horloges qui sont nécessaires aux millions de serveurs qui font du réseau des réseaux ce qu'il est (on l'appelle NTP). En 2012, ça a été le souk, à cause de cette petite seconde. Plusieurs services parmi les plus fréquentés sont même tombés complètement en panne. La plupart des serveurs qui avaient été touchés fonctionnaient sous Linux qui est connu pour avoir des problèmes avec ce protocole de synchronisation. C'était en tous cas ce qui s'était passé en 2012. En Australie, les avions n'avaient pas pu décoller. Une sorte de bug de l'an 2000 tous les deux ou trois ans. Alors, ce soir à minuit précises (quel minuit au fait ?) beaucoup d'observateurs scruteront les principaux serveurs/services sur l'Internet. Sachant bien qu'on parle ici du minuit en temps universel, dont dans l'après-midi en Californie par exemple. Le principe est en effet de rajouter cette seconde partout en même temps, sinon ce serait encore pire ! On espère que des rustines ont été posées sur le protocole NTP et ses implémentations dans Linux et dans Java, l'autre coupable.

Cette seconde est due à un écart entre le temps réel et le temps atomique. Il y a très longtemps quand les révolutionnaires et autres scientifiques du XIX° siècle ont été emportés par l'élan de la mesure universelle, la seconde a été définie comme une partie du monde réel, liée à la rotation de la terre. Mais comme c'était trop variable avec le temps, justement, au fur et à mesure de l'avancement des méthodes et de la qualité des instruments de mesure, il a été décidé de trouver une définition abstraite de la seconde, invariable dans le temps : la seconde scientifique et internationale est maintenant liée à la longueur d'onde d'un atome, on parle donc de seconde atomique. Pendant ce temps la Terre n'arrête pas de tourner (heureusement, et pourtant elle tourne) et sa seconde à elle bouge un peu. La Terre ralentit et les scientifiques réajustent le temps atomique quand l'écart cumulé dépasse 0,9 seconde. C'est le cas cette année. C'est la 27ème fois depuis l'adoption de cette mesure en 1978.

Certains voudraient donc déconnecter la seconde atomique (la seule utilisée aujourd'hui) de la seconde "réelle". C'est le cas de pays comme les USA et comme la France. Mais les anglais sont contre. C'est logique puisque le temps universel est calé sur le méridien qui passe par l'observatoire de Greenwich, chez eux. En plus cela serait une victoire pour le système international et métrique, donc une défaite pour les mesures bizarres anglaises. C'est un choc de civilisation, un vrai, entre théorie et pratique, entre modernes et anciens, entre conservateurs et réformistes, entre astronomes et météorologistes. On attend avec une grande anxiété le prochain congrès mondial des spécialistes concernés, ceux de l'UIT. Certains ne voudraient plus jamais changer, d'autres seulement lorsque le l'écart est trop important (une minute ? avec le risque d'oublier comment faire d'un siècle à l'autre...)

La Salle du Temps Universel à l'Observatoire de Paris

Comme quoi une petite seconde peut poser beaucoup de questions. En espérant que vous n'ayez pas perdu trop de secondes à la lecture de ce billet quotidien. A demain, plus ou moins à la même seconde, on ne va pas ergoter quand même. Profitez bien de votre journée, incroyablement plus longue que d'habitude : angoisses pour la Grèce en défaut de paiement à cette même dernière seconde (offre "de dernière minute" de la Commission européenne), canicule, première journée sans Pasqua... il y a plein de raisons de se réjouir ou de s'inquiéter...

lundi 29 juin 2015

Civilisation(s) : de l'importance d'une lettre

Manuel Valls a créé la surprise en parlant de guerre de civilisations. Ce lundi matin, son ministre de l'intérieur (et futur premier ministre puis président, si l'on suit le circuit hiérarchique inauguré par Sarkozy) a rectifié son patron en parlant de guerre de civilisation. Explications.

En fait, qu'a dit le Premier ministre dimanche ? "le 13 janvier, à la tribune de l’Assemblée nationale, j’ai dit les choses clairement. J’ai dit que nous étions confrontés à une guerre contre le terrorisme, contre l’islamisme radical. Il faut toujours dire la vérité et utiliser les mots qui s’imposent. Il y a une volonté de Daech de mettre fin à nos valeurs, qui sont universelles. Les premières victimes de Daech, ce sont des minorités, mais ce sont d’abord les musulmans ! Nous ne pouvons pas perdre cette guerre parce que c’est au fond une guerre de civilisation. C’est notre société, notre civilisation, nos valeurs que nous défendons !"... Puis il a ajouté : "Nous sommes confrontés à une guerre contre le terrorisme, contre l'islamisme radical et le djihadisme. Ce n'est pas une guerre contre l'islam, mais au nom des valeurs que nous partageons au-delà même de l'Europe. Nous ne pouvons pas perdre cette guerre. La bataille se situe aussi au sein de l'islam : entre un islam aux valeurs humanistes universelles et islamisme obscurantiste et totalitaire qui veut imposer sa vision à la société"

Qu'ont compris les médias et surtout la droite Sarkozyste (mais néanmoins républicaine) ? Que Manuel Valls adoptait le même langage que celui de Sarkozy, en devenant enfin "réaliste". Bientôt ils vont lui proposer de rejoindre leur parti ;)

Qu'a dit le Ministre de l'Intérieur ce matin ? "C'est tout simplement une réalité... C'est une guerre entre la civilisation humaine dans la pluralité de ses composantes et ces barbares abjects. Il n'y a pas à faire de polémique sur ce sujet, c'est tout simplement une réalité. Ce n'est pas une guerre de civilisations au pluriel. C'est une guerre entre la civilisation humaine et la barbarie... Cette guerre sera gagnée... Imaginez-vous ce que doit être le sentiment des musulmans de France, qui sont des démocrates, qui sont attachés à l'idéal humaniste qui est le nôtre et qui voient des individus dévoyer pour commettre ces crimes... Ils sont eux-mêmes blessés, ils ont eux-mêmes honte. Et bien entendu qu'ils sont dans la civilisation".

Depuis le brûlot américain sur le choc des civilisations qui avait entraîné les USA, le moyen-orient et le monde dans des guerres à ne plus savoir qu'en faire, le pluriel à civilisations a un air nauséabond. Le premier ministre n'a pas mis de s à civilisation, si l'on en croit ce qu'il a dit, mais ceux qui sont des va-t-en guerre contre tout ce  qui est "autre" l'ont entendu, ce s muet. Comme à l'époque des croisades, ils prêchent (mot choisi avec soin) pour de nouvelles guerres et à l'inverses contre ce qu'ils appellent des croissantades, symétriquement.

Alors si l'on parle de combat entre "la civilisation", multiforme et présente partout; et la "barbarie", est-ce que c'est mieux ? Les barbares d'aujourd'hui ne représenteraient-ils pas les civilisations de demain ? Ne seraient-ils pas amenés à faire partie de La Civilisation... si jamais ils se civilisent ? Beau sujet de philo pour le bac, mais on verra l'année prochaine ou après.

En tous cas le poids des mots reste toujours aussi fort, ici en France. Chaque mot est surveillé par des loups à l'affût du moindre dérapage et avec la possibilité toujours prête à émerger d'une polémique. Sur le fond, on peut lire quelques tribunes par-ci par-là et quelques analyses de donneurs de leçons, mais l'info brute rsste au premier degré. Et c'est elle qui forge l'opinion, souvent. C'est d'autant plus vrai quand ces mots et ces infos bruts et brutes apparaissent à chaud, à l'occasion de crimes barbares. Et que personne n'est d'accord pour qualifier les auteurs de ces massacres : islamistes ? barbares ? terroriste ? fous ? héros ? guerriers ? assassins ?...

Car parler de guerre a un sens, et c'est ce qui m'effraie encore plus dans l'expression "guerre de civilisation". Une guerre implique des guerriers ou des soldats, des actes de guerre (pardonnés par rapport à des crimes civils), des batailles, des défaites et des victoires... Ca vous plait, vous ?


dimanche 28 juin 2015

Du temps de cerveau pour... Une nouvelle Nuit dans du neuf

Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes sous-marins quand tout à coup il y eut ce terrible accident.

Coralline était aux premières loges. Comme chaque matin, elle était venue faire sa cueillette dans cet endroit très populaire qu'on appelait la grande falaise. Ce matin-là, peut-être était-elle arrivée plus tôt que d'habitude, ou peut-être y avait-il moins de monde car c'était le jour des grandes migrations touristiques annuelles, en tous cas, elle était quasiment seule. Elle avait pu faire son marché et était très contente du résultat. Il y aurait assez à manger pour elle et pour sa petite famille. Elle était en train de faire une pause lorsque c'était arrivé. Elle se souvenait très bien.

Elle était installée prês du rocher plat et profitait de la vue. D'ici on voyait bien toute la falaise et l'angle vif qu'il a caractérisait. On lui avait dit qu'il y avait très longtemps, l'angle était encore plus vif, presque coupant. Pas du tout naturel. Mais avec le temps, la falaise s'était peuplee de délicieux coquillages et autres aliments succulents qui avaient fait la réputation de l'endroit. La falaise avait maintenant commencé à se peupler avec d'autres amateurs. Les habitués. Celui qu'elle préférait, c'était Monsieur Colère, qui malgré son nom était très gentil, sauf quand il se mettait en colère justement et qu'il devenait tout rouge et enflé. Et justement, à ce moment précis, Monsieur Colère arrivait à l'angle de la falaise. Il se retourna un instant pour lui faire un petit coucou de la nageoire droite, puis il amorça son virage. C'était l'un des grands plaisirs de la région, ce virage. Entre les courants d'eau horizontaux et verticaux, il y avait des tourbillons tout-à-fait aléatoires, comme sur des montagnes baltiques. 

Et le choc fut terrible. Le requin arrivait en sens opposé, clairement en excès de vitesse et sans aucun respect de la priorité. Comble de malchance, il était exactement à la même profondeur que Monsieur Colère. Le poisson lune eut le temps de gonfler juste au moment du choc et le requin aveuglé s'écrasa contre la falaise. Il y eut une grande onde de choc et Coralline faillit tomber du rocher plat. Puis la falaise s'écroula. Lentement au début, puis brutalement le long d'une fissure qui montait en flèche. Coralline n'en crut pas ses yeux. La falaise avait toujours été là, de mémoire de poisson bleu, et en quelques instants il n'y avait plus qu'un énorme tas de rochers et un nuage de boue. Emportée par le courant, Coralline réussit à ne pas être touchée par les débris, mais elle était sous le choc.

Coralline se reprit pourtant assez vite. Elle était infirmière de métier et elle sut tout de suite que son devoir l'appelait. Il devait y avoir des poissons blessés et il fallait les soigner. Elle revint donc très vite vers la falaise. Les premiers secours étaient arrivés et elle se mit tout de suite à la disposition du capitaine Rascasse, habitué des lieux et expert dans ce type de sauvetage. Il avait effectué un stage en haut, à l'air libre, auprès de la brigade des oiseaux-pompiers spécialisés dans le sauvetage des oiseux blessés qui jouaient avec les courants d'air autour des immeubles humains. Il arrivait souvent que deux pigeons se heurtent dans des circonstances analogues, en contournant un coin d'immeuble, et les oiseaux sauveteurs avaient dû développer des techniques adaptées de secours. Le capitaine avait importé ces techniques lors de son retour dans l'eau et ce jour-là elles furent très utiles.

A la fin de la journée, Coralline était épuisée. On dénombrait de nombreux poissons morts, du haut en bas de la falaise. Pas autant que pour une marée noire, evidemment, mais quand même cela faisait beaucoup. Les restes de Monsieur Colère et le requin avaient été difficiles à retrouver, mais ce soir tout semblait revenu à la normale. Enfin, se dit Coralline. Quelle journée !

Le lendemain matin, Coralline alla mécaniquement faire sa cueillette Elle n'avait pas oublié l'accident de la veille et la disparition pure et simple de la falaise, mais elle voulait voir ce qu'était devenu l'endroit, une fois les courants apaisés et la vase retombée. Malheureusement elle n'était pas la seule à avoir eu cette idée. La radio matinale avait en effet longuement parlé de l'accident et beaucoup de poisons curieux, les yeux ronds comme des billes étaient venus voir le lieu de la catastrophe. Coralline jugea cela malsain, mais elle-même se comportait pareil, alors elle décida de ne plus juger les autres poissons. Elle essaya de s'approcher du tas de débris, mais il y avait trop de poissons. Tous les bancs à côté du rocher plat étaient pris. Coralline eut juste le temps de saluer le capitaine Rascasse qui dirigeait le service d'ordre ét qui tentait d'éloigner les badauds, puis elle s'éloigna. Il n'y avait plus de falaise. Il allait falloir qu'elle trouve un autre endroit pour nourrir sa famille. 

Ce qui restait à la place n'avait aucun coquillage accroché et il faudrait certainement attendre très longtemps avant que les coquillage viennent s'arrimer à la statue d'humain qui était apparue. Elle était visiblement restée longtemps enfouie au cœur de la falaise, cette statue. Et elle était très belle, toute dorée et brillante, se dit Coralline. Ça ferait toujours une attraction dans le coin. Mais ça ne nourrirait pas sa famille. Elle soupira, eut une pensée émue pour Monsieur Colère, et se dirigea vers le fond. Peut-être à au pied du tas de débris pourrait-elle glaner quelques arapèdes ?

samedi 27 juin 2015

Marche(s) des fiertés

A Paris aujourd'hui c'est la marche des fiertés, qu'on appelait avant la Gay Pride à l'époque où les autres courants ne s'étaient pas encore structurés suffisamment. 

En France, il y a eu pas mal d'avancées pour les libertés dans ce domaine depuis l'arrivée de François, mais cela reste toujours une occasion de faire la fête et d'en réclamer plus, autour de la PMA par exemple. Pour la fête, le temps est de la partie et l'itinéraire parfait : des jardins du Luxmbourg à la République en passant par le quartier latin, le Marais et la Bastille. Sonos à fond, déguisements et embouteillages. On attend un défilé de taxis et Uber gays unis dans une même célébration... Mais je rêve certainement. Pourtant ce serait bien de savoir que certaines valeurs dépassent les intérêts privés, personnels et corporatistes.

Aux USA, hier était une journée historique pour les gays. La décision de la Cour Suprême est enfin tombée et il sera possible de se marier partout (dans tous les Etats) entre personnes du même sexe. Les 14 états qui interdisaient le mariage pourtours et qui ne le reconnaissaient pas, même s'il était effectué dans un autre état, ont donc perdu. La Maison Blanche et Obama se sont félicités. Pour l'occasion la Maison Blanche a été illuminée des couleurs de l'arc-en-ciel emblème du mouvement LGBT. Cette décision a été rendue possible car l'un des juges, pourtant républicain, a tourné casaque et a misen avant ses convictions personnelles plutot que le mot d'ordre de son parti. Une victoire politique et morale donc. Là aussi, une démonstration de la force de valeurs communes d'ouverture.

Dans le contexte actuel, affirmer ses fiertés et ses valeurs de tolérance et d'ouverture est un bonus rafraîchissant. Alors que l'Ei s'apprête à fêter le premier anniversaire de leur pseudo-califat auto-déclaré, que l'on est en plein Ramadan, période propice aux attentats, et que les vendredis sont toujours des jours dangereux à cause des extrémistes sur-endoctrinés, il est toujours indispensable d'affirmer ses valeurs, partout, mais plus spécialement en Isère, en Tunisie ou au Koweït, lieux des attentats d'hier.

Alors, oui, on peut rigoler d'un riregrasetbeauf, on peut se moquer avec unrirecrispé, ou on peut crier au scandale, il n'empechequedetelles démonstrations de tolérance sont vitales pour l'Humanite en général, et pour l'humanité de chacun de nous en particulier.

vendredi 26 juin 2015

ONU : 70 ans et plus toutes ses dents

26 juin 1945, dans l'enthousiasme de la fin de la deuxième guerre mondiale (on aimerait bien que cela soit la seconde, mais faut pas rêver), l'ONU est créée sur les décombres de la Société des Nations. L'ONU a beaucoup servi pendant quelques décennies, mais elle est moins utile aujourd'hui.

Pourquoi ?

Crée en Californie avant que la Silicon Valley existe, L'ONU porte aujourd'hui le poids de l'impuissance des Etats devant les multinationales (américaines mais pas seulement). Et donc de l'impuissance des regroupements d'Etats, encore plus dissous (je n'ai pas dit dissolus) que les pays eux-mêmes. Le rôle des Etats et de leurs politiques diplomatiques et internationales se réduit face à ces puissances qui se regroupent dans des cartels, des trusts, des organisations internationales privées ou des lobbies, et qui se réfugient dans des Etats poreux et étanches à la fois, tous membres de l'ONU mais qui n'ont jamais lu sa charte fondatrice.

Car l'ONU est basée sur une charte, pleine de bonnes intentions et de rêves. Qui la connait et qui la relit ? La version officielle est ici en pdf et en français. Cette charte a été déformée plusieurs fois dans son histoire, par une jurisprudence liée à certaines de ses instances, comme le Conseil de Sécurité et son droit de veto pour les membres "atomiques". Une charte, c'est un document qu'on met sur une étagère et qu'on oublie, sauf lorsqu'il y a un suivi de l'application de la charte, et une autorité en charge de ce suivi. Pendant toutes ces années, l'organisation a cru à sa charte et a crû en taille. En complexité aussi. Ce "machin", comme disait De Gaulle qui n'aimait pas tout ce qui était au-dessus de lui de la France, est un gouffre financier dont la grande justification dans beaucoup de ces programmes ou de ses organisations filles est de continuer à exister. L'UNESCO, le PNUD par exemple gèrent des dossiers et des fonds importants, mais avec des "frais de gestion" colossaux, atteignant facilement les trois quarts des sommes versées.

L'ONU a comme principe de base l'égalité de tous ses membres. Le plus puissant a le même nombre de voix que le plus petit ou le plus artificiel, c'est-à-dire exactement une. Et ce qui est arrivé ces dernières années est la multiplications des regroupements d'Etats-membres en consortiums pour peser sur les décisions. Il y avait le bloc occidental et le bloc soviétique. Aujourd'hui il y a 193 Etats, après regroupements ou éclatements de pays. Quelques groupes de pays ici : cinq groupes régionaux (l’Afrique, l’Amérique latine et Caraïbes, l’Asie, l’Europe Centrale et Orientale et l’Europe de l’Ouest et Les Autres), le Groupe des 77 (G-77) qui compte plus de 130 membres..., l’Alliance des petits États insulaires, les pays les moins avancés (PMA), l’Union européenne, le Groupe Parapluie... sans compter les groupes de l'OMC qui se recoupent joyeusement. Un joyeux bordel donc qui ne facilite pas le travail "intégrateur" du groupe des groupes que devrait être l'ONU. Tout cela combat activement la règle du "un pays, une voix".

Beaucoup attendent une réforme de l'ONU pour la faire passer résolument dans un autre siècle, pas marqué par les années de sa fondation. Il s'agirait d'étendre le Conseil de sécurité à d'autres pays (notamment en développement) et de réformer les circuits de décision. Sans trahir la charte, objet intouchable, évidemment. Comme toutes les chartes, elle ne serait ni adoptée ni ratifié par de nombreux pays aujourd'hui. Il faut donc faire avec la même charte mais une répartition différente du pouvoir. Bel exercice pour diplomates de carrière.

A propos de diplomatie, tout est question d'équilibre. On oppose souvent plusieurs visions du monde, l'une sur la répartition équilibrée des pouvoirs en fonction de leurs intérêts, et l'autre sur la répartition naturelle des pouvoirs en fonction d'une harmonie universelle. Ce débat agite les professionnels du mileu international depuis des siècles, et reste toujours d'actualité dans les lignes de fracture entre pays ausein des différentes instances de l'ONU. Jusqu'où aller ou pas dans l'ingérence dans les affaires intérieures d'un pays, par exemple, est une question centrale. C'est d'autant plus vrai face aux émergences de nouveaux mouvements internationaux, transnationaux, qui n'ont pas leur place aux Nations Unies mais qui pèsent lourdement sur les Etats membres : on pense à l'islamisme radical et terroriste, mais aussi aux différentes organisations criminelles ou financières.

L'ONU a déployé son influence sur beaucoup d'autres organisations qui se rêvent sur le même modèle. Je pense à l'OIF, la Francophonie institutionnelle, qui rêve de moins en moins secrètement à un fonctionnement de type ONU, ce qui fait hurler ceux qui connaissent le "modèle" ONU, mais qui séduit les diplomates qui voient surtout les avantages acqis, personnels, fiscaux et autres dans ce type d'organisation... sans compter les 4x4 ;)

Alors oui l'ONU existe et c'est un mal. Mais c'est un mal nécessaire en attendant mieux, comme lorsque la SDN s'est écroulée face à son impuissance. Espérons qu'il ne faudra pas une catastrophe aussi grande que celle qui a présidé à sa création pour que l'ONU se réforme ou se refonde !


jeudi 25 juin 2015

Pas de burn out chez les sénateurs

On dirait un titre de polar, du genre rififi chez les planqués, mais c'est la réalité pourtant. Le Sénat (de droite) vient de retirer du projet de loi sur le dialogue social un certain nombre de dispositions, dont celles introduites par le gouvernement. Parmi elles, les sénateurs ont choisi de ne pas considérer le burn-out et les autres maladies psychiques comme des maladies professionnelles. L'Assemblée devrait heureusement rétablir cette disposition lors du vote final, mais pour le moment on en est là.

Alors quelques réflexions autour de trois questions :
- Le burn-out c'est quoi ?
- Le Sénat c'est quoi ?
- Les sénateurs connaissent-ils le burn-out ?

- Le burn-out c'est quoi ?
Démotivation, sentiment d'échec, fatigues psychiques et physiques, douleurs physiques localisées... Le burn-out, sous ses différentes appellations, touche plusieurs millions de salariés (pas les patrons, notez bien). Identifiée récemment, cette maladie se développe rapidement et est de plus en plus souvent diagnostiquée. Elle entraîne plusieurs mois d'immobilisation. Pourtant peu aiment à en parler : les patrons, justement, considèrent soit que c'est du flan soit que c'est la faute de l'employé, rarement de leur faute à aux ; les employés eux souhaitent que cela ne se sache pas, car ils sont culpabilisés. La médecine du travail patine. Avant on parlait de stress, de dépression, de harcèlement. Un épuisement au travail doublé d'une hyperactivité pour compenser... sans être bipolaire. Pour en savoir plus sur les enjeux, lisez la tribune signée par une trentaine de députés (de gauche évidemment) dans le JDD il y a six mois.Un des problèmes principaux en matière de santé publique, c'est que c'est contagieux, puisque cela dépend grandement de la dynamique interne à l'entreprise ou à l'institution. La responsabilité des patrons est donc énorme à ce sujet. Et c'est vrai ailleurs aussi, pas seulement en France. Un vrai problème de société et de répartition des pouvoirs.

- Le Sénat c'est quoi ?
C'est la Haute assemblée, avec une majorité de droite maintenant et une moyenne d'âge à faire rêver les propriétaires de maisons de retraite. Le Sénat prend en général le contrepied du gouvernement, par principe puisqu'ils ne servent plus qu'à ça, ou presque. Ils sont très branchés technologie et publication en direct et en différé de leurs travaux, mais pour le reste de la société c'est différent. Les patrons sont opposés à ce qu'on alourdisse les mesures de sécurité contre les maladies professionnelles, puisque c'et à eux de payer en partie. Dans cette affaire, au moins, le Sénat a eu un mérite cependant : c'est grâce à ce rejet temporaire d'une mesure de santé publique qu'ils ont fait revenir sur le devant de la scène l'important du burn-out. C'est un acte manqué donc réussi. Merci à eux pour ça. Maintenant l'Assemblée doit rétablir la situation.

- Les sénateurs connaissent-ils le burn-out ?
Non évidemment, il n'y a qu'à voir l'augmentation de leur tour de taille entre le moment où ils entrent au Sénat et celui où ils en sortent (quand ils en sortent). Ceux qui ont déjà fréquenté la "cantine" du Sénat savent de quoi je parle !!! Dans le cas des sénateurs, les maladies professionnelles sont rares et souvent liées à l'alimentation ou au tabac. Je suis méchant ? Injuste ? Ah bon ? Il ne faut pas généraliser ? Ah ? Oui, c'est vrai, il ne faut jamais généraliser et ostraciser, mais globalement cette affaire fait quand même sourire, n'est-ce pas ? Juste avant, les sénateurs s'étaient déchirés sur le texte qui doit accompagner la fin de vie. Ils avaient réussi à se déjuger en moins d'une semaine pour finalement décider de ne rien proposer. Là encore, c'est l'Assemblée qui aura le dernier mot comme toujours. Mais on voit bien que la vieillesse est également un sujet qui passionne les sénateurs, grands connaisseurs du dossier.


mercredi 24 juin 2015

Ecoutes NSA : Mais que disent les présidents français ?

Ouf, ça y est, on en a la confirmation depuis hier officiellement avec les médias habituels qui exploitent les données égrenées par Wikileaks : la France aussi est écoutée par la NSA, au plus hauts niveaux !

En Allemagne, Angela avait piqué une colère après la preuve des écoutes américaines, mais cela n'avait refroidi les relations germano-américaines que quelque temps. Tout le monde savait sans le savoir que la France aussi était écoutée, mais c'est autre chose d'en avoir la preuve. Car maintenant le gouvernement doit réagir, même pour amuser la galerie. On attend des mesures, évidemment et éminemment symboliques, à l'issue du Conseil de défense de ce mercredi. Car tout le monde attend une réponse politiquement forte de François ! Ses opposants comme ses alliés, les simples citoyens comme les professionnels de la politique, les simples blogueurs comme les médias professionnalisés. Le communiqué après ce Conseil de défense est ici. Ohlala, quelle violence ;) et en plus l'ambassadrice américaine en France est convoquée ! (Heureusement, elle a les clés). Et de plus "Le coordinateur du renseignement français se rendra aux Etats-Unis pour faire le point sur l'ensemble des dispositions qui avaient été actées entre la France et les Etats-Unis"... Faut-il rappeler l'Hermione avant le 4 juillet ?

Nos trois derniers présidents ont donc été écoutés par la NSA, vraisemblablement à partir de l'ambassade américaine à Paris, idéalement placée. Chirac, Sarkozy, Hollande dans l'ordre chronologique - pas dans l'ordre d'importance. La France qui vend partout dans le monde ses techniques militaire fait bien là la preuve de sa faiblesse, puisque malgré les techniques sophistiquées développées, des écoutes ont pu être mises en place. Les militaires ont en effet beau jeu de préciser que leurs téléphones sécurisés n'ont pas été crackés, il y a quand même eu des écoutes.

C'est le facteur humain. Tout le monde utilise plusieurs téléphones. Le scandale des Blackberry utilisés largement dans les cabinets ministériels avait finalement fait long feu : cette entreprise canadienne était soupçonnée de passer les données recueillies aux américains. Idem pour Apple et Coogle/Androïd. Et les écoutes peuvent se dérouler par beaucoup de moyens différents, sans même avoir besoin de cracker un téléphone militaire comme le Teorem. Car c'est souvent le facteur humain qui est le point faible d'une chaîne de sécurité. Et il y a eu tellement de gens écoutés que c'en est un plaisir. Comme dit Alliot-Marie "on le savait, on n'est pas naïfs..." ce qui n'empêche pas de s'être fait avoir.

Heureusement, il semble que les premiers secrets dévoilés soient mineurs. Heureusement ? Hum... Attendons la suite des révélations puisque Mediapart et les autres vivent de ce type de révélation quotidienne, histoire d'augmenter le nombre de leurs abonnés, c'est normal. Libé nous explique comment lire ces notes confidentielles ;) La distillation médiatique est en cours, ça va bouillir !


En tous cas les américains ont dû préciser qu'ils n'écoutent et n'écouteront pas François. Ils ne disent pas qu'ils ne l'ont pas écouté et ne parlent pas des autres, les conseillers, les ministres et les diverses autres autorités toujours au courant de certains secrets. Et les espions existent depuis toujours, il n'y a pas de raison que cela cesse.

Au-delà de ce qui a été révélé ce jour dans la presse, de quels secrets les américains se sont-ils donc emparés ? Hypothèses :

- rien d'intéressant, car rien ne sort de ce type d'écoute. Juste des profils psychologiques des présidents et autres personnages importants, histoire de savoir lesquels combattre réellement.
- des potins et des rumeurs, toujours utiles à connaître, surtout quand elles ont été lancées par vous. Il n'y a rien de plus plaisant que de voir revenir une rumeur qu'on a lancé !
- des noms de personnages inconnus et pourtant influents, car ce sont eux qu'il s'agit ensuite de suivre et d'influencer.
- des anecdotes croustillantes à faire sortir dans la presse au meilleur moment, par des voies détournées.
- de vrais secrets qui permennet de mettre la France en danger ? On en doute, ou alors... on est trop cons !


mardi 23 juin 2015

JO 2024 à Paris, comment séduire le CIO ?

C’est officiel- vraiment - depuis aujourd’hui, journée mondiale de l’Olympisme. Paris est candidat pour les JO de 2024, et les suivants si ça rate ce coup ci. Il y a déjà plusieurs villes candidates en Europe + Boston aux USA pour cette année. ON sera au milieu du deuxième mandat de Anne Hidalgo (on peut rêver, non ?) et la décision devra être prise en 2017. Alors comment faire mieux que 2012 et son piteux échec face à Londres ?

D’abord, avoir un bon dossier technique. Paris ne manque pas d’infrastructures existantes ou qui vont être refaites/créées prochainement. Cela allégera le coût du dossier en partie, puis qu’il s’agit d’avoir des Jeux économes (air déjà entendu). Sachant que le budget dépasse toujours ce qui est annonce (Londres le triple) on peut s’attendre à 50 % de dépassement au minimum. On a évoqué par exemple le tir à l’arc devant les Invalides... Ceux qui se souviennent des JO de Londres se rappellent forcément les images du cheval devant la caserne royale, un très beau bâtiment dans Hyde Park. Paris aussi a des points de vue télévisuels à offrir.

Ensuite, avoir de bons porte-parole. Des sportifs donc, sachant qu’il ne faut pas trop politiser, malgré les engagements politiques de certains, comme Douillet ou Riner à droite des Républicains. Les arts martiaux et la droite, une longue histoire. On ne pourra malheureusement pas empêcher les donneurs de leçon s de s’exprimer : Mélenchon a déjà dit non, c’est rassurant, maintenant qu’il a tiré le premier il va pouvoir passer à autre chose, peut-être le combat contre les moutons OGM ? Qui dit porte-parole dit aussi lobbying, une des choses difficiles à faire en France. Le choix des lobbyistes sera crucial, ainsi que la parole des grands sportifs reconnus sur le plan international. Et avec une bonne maîtrise de l’anglais, la langue des électeurs.

Enfin, il faut une bonne tactique d’approche de chacun des votants, membres du CIO. Que souhaitent-ils ? Qu’est-ce qui va les motiver ? On espère ne pas s’enfermer dans les mêmes attitudes que pour les JO de 2012 (on est les meilleurs) ou pour les concours de l’Eurovision où la France se drape dans sa ringardes traditionnelle. Car qu’est-ce qui peux motiver un membre du CIO à voter pour la France ? Honnêtement, puisque la transparence est annoncée, au même titre que pour la FIFA, sinon mieux si c’est faisable... Paris a beaucoup d’avantages : ses taxis râleurs et en grève dès qu’on fait semblant de toucher à leurs privilèges de l’Ancien Régime ; ses garçons de café avec un sourire givré ; ses parisiens qui maîtrisent parfaitement la langue anglaise française ; sa capacité d’accueil avec des contrôleurs qui empêchent AirBnB de se développer ; ses transports en commun qui s’arrêtent très tôt la nuit ; ses magasins fermés le dimanche ; ses gardiens de stades et de piscines en grève, obligeant les associations sportives à ne pas travailler... et j’en passe. Que d’avantages !

Il faudra trouver un ou plusieurs slogans avec le temps. Vous avez des idées ? Voici quelques suggestions, sans intérêt évidemment :

Paris 2024, Mono games
Paris 2024, Cent ans et pas une ride
Paris 2024, Une renaissance
Pâris 2024, On a enlevé les Hellènes (ne pas oublier l’accent circonflexe sur le â)
Paris 2024, Un Très Grand Voyage (sponsorisé par la SNCF)
Paris 2024, Faites l’amour et le sport, pas la guerre
Paris 2024, Love and Sport
Paris 2024, Profitez des soldes
Paris 2024, Août à Paris
Paris 2024, Sponsorisé par le Qatar
Paris 2024, Revoir Sarkozy et mourir
Paris 2024, Une légion de sportifs à l’honneur
Paris 2024, Parilympique


lundi 22 juin 2015

Régime sans Grèce

En matière d'économie ou de politique, c'est comme pour les régimes alimentaires, la notion de rationalité n'existe pas.

On entend toujours parler de nouveaux régimes alimentaires, vendus et survendus par des gourous ou des labos qui essayent de se faire des sous sur le dos de nos centimètres en trop (en largeur). La plupart de ces recettes tournent en rond et ne regardent que certains aspects, souvent uniquement physiques et sur une période de temps limité. Ca suffit à leurs auteurs pour engranger des kilos de billets, en attendant le prochain régime. Les dimensions psychologiques, émotionnelles, sociales sont bien souvent absentes de ces régimes marketing. A grand renfort d'experts, de spécialistes et même de médecins manipulés ou manipulateurs, ces régimes font appel à la part d'irrationnel en chacun de nous, surtout quand on se sent fragilisé. C'est un piège classique, une manipulation récurrente, à coups de pieds dans la porte ou de de pièges abscons - pour ceux qui se souviennent du petit traité de manipulation à l'usage des honnêtes gens.

L'économie et le politique jouent dans la même cour, surtout quand ils sont mêlés. La crise gréco-romaine-européenne en est un bon exemple. En économie on parle d'anticipation rationnelle ou de modélisation des comportements, mais la part d'irrationnel est majeure, notamment quand il est question de spéculation ou de placements. En politique, les stratégies affichées sont souvent très différentes des tactiques appliquées concrètement et tiennent énormément compte des psychologies des personnages clés.

Le dénouement (n-ième, bientôt suivi d'un autre dénouement) de la crise de la dette grecque est annoncé pour aujourd'hui, avec une réunion au sommet de crise à Bruxelles. Quels qu'en soient les résultats - on y reviendra dès qu'ils seront connus ici-même - la leçon principale à en tirer est celle de l'énorme amateurisme du gigantesque appareil européen sur le plan politique. On accuse souvent les fonctionnaires européens d'être des technocrates mettant les procédures et les règles avant l'humain, mais a contrario dès qu'on arrive au niveau final de décision, tout est affaire de négociations aléatoires dépendant de la bonne ou mauvaise digestion de tel ou tel représentant d'un Etat clé. Que pensez-vous de cette photo d'Angela d'ailleurs ?

Je vous rassure ce n'est ni un poisson grec ni méditerranéen, enfin je crois

Derrière ce débat grec il y a la question de la "norme" en Europe, et plus spécialement dans la mini-Europe de la zone Euro. Quelle est cette norme ? Qui la définit ? Y a-t-il des exceptions à la règle, si tant est qu'il y ait une règle ? Notre système financier mondial est basé sur la notion de dette. Tout le monde se fout du remboursement de telle ou telle dette, puisque les dettes elles-mêmes sont des produits qu'on se refile joyeusement. L'exemple du possible rachat en France de Bouygues Télécoms par la holding qui détient Numéricable et SFR est édifiant : cette holding s'est endettée déjà de plus de 30 milliards pour réaliser ses précédents achats, dans ce qu'on peut presque qualifier de montage pyramidal, et va continuer à empiler des milliards de dettes. Et tant que cela dure, dans cette bulle capitalistico-endettée qui nous entoure, les financiers ne s'inquiètent pas. Il y aura toujours des Etats - et donc des contribuables - pour payer pendant qu'ils engraissent afin de sauver des emplois et des électeurs.

Peut-être faudrait-il mettre ces financiers au régime, non ?

A suivre avec l'actualité des "négociations" dès qu'elle sera connue.

dimanche 21 juin 2015

Du temps de cerveau pour... Une nouvelle nuit de tant de nuits

Hermopolis Parva, samedi 10h

J'aime bien revenir ici. On est plus tranquille que sur les grands chantiers archéologiques prês des sites importants. Ici c'est un village pas très différent de ce qu'il devait être à l'époque des derniers pharaons, avec juste quelques bâtiments modernes à la gloire de l'Egypte nouvelle, et qui tombent en ruines plus vite que les bâtiments anciens. Il ne s'est jamais rien passé d'important dans ce village, pourtant bien placé, à la limite du delta du Nil et du désert, sur la branche qui relie Alexandrie à Memphis. Pas d'invasion violente, pas de guerre brutale, pas de tombeau à piller, pas de temple précieux. 

Mon ami Moustapha est l'un des meilleurs spécialistes de l'Egypte ancienne que je connaisse. Il est à la retraite maintenant mais sa propriété est belle et grande et c'est toujours un grand plaisir de venir le voir et de discuter des jours entiers avec lui. Comme moi, il connaît beaucoup de langues anciennes et nous avonS le sentiment de faire partie d'un club très prové en parlant araméen ou grec ancien entre nous. Son jardin est extraordinaire. Avec le temps il a même réussi à l'agrandir et , par privilège spécial, à y intégrer une petite maison ancienne encore debout. Nous aimons à y prendre un thé, au frais. Il a même aménagé à côté un petit carré de fouilles pour moi. J'adore fouiller, il le sait, et même sans espoir et pendant mes vacances, je ne conçois pas de jour sans mettre mes mains dans le sable a la recherche de tout et n'importe quoi. Ici, dans ce jardin perdu, je ne cherche rien de spécial. Je creuse juste pour le plaisir de creuser. Moustapha me regarde avec un air paternel. Je n'ai jamais réussi à deviner son âge. Lui n'aime pas creuser, il préfère les livres et les manuscrits anciens. Il a une petite bibliothèque mais toujours pleine de manuscrits fascinants.

Il est 10 heures du matin, donc. Je termine de creuser car il commence à faire très chaud et je rejoins Moustapha dans la pièce unique de la petite maison ancienne. Il est assis à la table. Le thé est prêt. Il connaît bien mes habitudes. Mais ce matin, Moustapha me regarde bizarrement. Il est en nage et se yeux sont plus ouverts que d'habitude, comme hallucinés. Je le regarde un instant et lui demande s'il va bien, s'il ne veut pas rentrer au frais dans la grande maison. A-t-il besoin d'un docteur ? Moustapha me regarde fixement, comme s'il m'évaluait. Puis il sourit et dit : "Oui, ça ira. Il est temps. A toi maintenant". Il vient de parler en araméen. Je le regarde sans comprendre. Il lève les deux mains et détache le pendentif qu'il porte toujours autour du cou. Puis il me le tend et dit : "Prends. Pour Alexandrie".

Je prends le pendentif. Je ne l'avais jamais vu d'aussi prês ni touché. Il est très ancien. On dirait une statuette ancienne sculptée dans une clé. Je suis en train de l'examiner quand j'entends un bruit. Je lève les yeux. Moustapha s'est écroulé sur la table. Je crie, je suis sur mes pieds en une seconde. Mais nous sommes seuls ici. Je ne sais pas combien de temps je mets à comprendre que Moustapha est mort, mais c'est très court. 

Mécaniquement j'enfile le pendentif autour de mon cou, puis je sors de la petite maison. En arrivant devant sa grande maison, je trouve son vieux serviteur sur le pas de la porte. Il me regarde, voit le pendentif et soupire. Il est encore plus vieux que Moistapha. Il s'incline devant moi et me salue comme je l'ai vu faire des dizaines de fois devant son maître. Puis il se dirige vers la petite maison. Je reste seul ici, perdu. Il vient de se passer quelque chose d'important mais je ne sais pas quoi. Pas encore.

Je m'assois sur le banc, sous le grand arbre, et j'attends. 

Le soleil est presque coiché lorsque je réalise que le vieux serviteur est devant moi. Il me tend un verre d'eau et m'invite à le suivre. J'entre dans la grande maison. Il me conduit dans la bibliothèque et me laisse. Je sais que Moustapha a été honoré comme il se doit. Je sais aussi que je n'ai jamais su sa religion. Ce ne sont pas des choses dont on parle ici, dans un endroit qui a vu passer tellement de civilisations. Je m'assois dans le siège de Moustapha, derrière son bureau. Il y a une enveloppe avec mon nom dessus. Je l'ouvre. Elle est en hiéroglyphes naturellement, comme la lettre qu'elle contient. Une lettre courte :

"Robert, utilise la clé avec parcimonie et n'abîme rien. La porte est dans la petite maison. Adieu, mon ami"

Je verse une larme. Il avait tout prévu semble-t-il. Je touche le pendentif. Il est froid. Beaucoup plus froid que tout à l'heure. Je regarde le soleil se coucher par la grande baie vitrée. Elle donne sur la petite maison, au loin. Une bougie brûle à travers l'unique fenêtre. Je me lève et sors. Le vieux serviteur est accroupi devant l'entrée. Il me sourit comme s'il m'encourageait. Je marche sour les étoiles naissantes et arrive devant la petite maison. La pièce unique est vide maintenant. Tout a été enlevé comme le veut la coutume dans la maison d'un mort. J'entre.

Je ne vois aucune porte. Je n'ai jamais d'ailleurs aucun souvenir de porte ici. Mais je vois un petit trou dans le mur. Il devait être caché par une tenture, auparavant. Je saisi le pendentif. Il est chaud. Oui, ça devrait aller. Je respire un grand coup et enfonce le pendentif dans ce qui ne peut être qu'une serrure, même si c'est au milieu d'un mur de torchis. Je tourne d'un quart de tour et une porte s'ouvre. Juste assez grande pour un homme. Je n'avais jamais réalisé que la petite maison comprenant un mur creux, une fausse cloison cachant un escalier qui descend en colimaçon. Une lampe torche moderne est accrochée à un clou. Je l'allume et je descends. La porte se referme derrière moi.

L'escalier est profond. Après ce qui me semble être plusieurs dizaines de mètres, j'arrive en bas devant une porte en bois, fermée par un simple loquet. Juste devant moi, une table et une chaise. Et une enveloppe avec mon nom dessus, en grec ancien cette fois. Je m'assois et lis la lettre. Elle est longue. Je reste un long moment assis là, la tête entre mes mains. Je relis la lettre. Je la relis encore. Puis je me lève et pousse la porte. J'entre. Je suis dans une salle immense, haute de plafond, et qui s'étend si loin que je n'en vois pas les bords. Elle est remplie d'étagères, elles-mêmes débordant de parchemins, de manuscrits, de rouleaux de papyrus. Ma lampe ne m'en montre à chaque fois qu'une infime partie. La bibliothèque d'Alexandrie a eu jusqu'à 700 000 volumes à son apogée. Moustapha me dit qu'il y en a ici plus d'un million. Cette bibliothèque secrète existe depuis plus de deux mille ans maintenant. Elle servait de réserve pour la bibliothèque d'Alexandrie, un peu plus bas sur le Nil. Personne n'en connaît son existence, sauf son gardien. Elle contient une copie exacte de la bibliothèque originale. Un trésor. Un rêve.

Un trésor, mais aussi un cauchemar et un danger effroyable pour toutes les civilisations actuelles, me dis-je. Comme tous les gardiens avant moi, je sais que l'Humanite n'est pas prête à accepter la vérité contenue dans ces documents anciens. Ils sont été déformés et trahis tellement de fois depuis leur création. Par toutes les religions, par tous les despotes au pouvoir. Il sera trop difficile pour eux d'être confrontés aux vrais paroles avant leur détournement par des fanatiques. Par leurs ancêtres et leurs maîtres.

Je viens de remonter. La nuit est noire maintenant, persillée d'étoiles. Je bois un thé devant la petite maisont. Un thé que le vieux serviteur m'a apporté avec déférence. Je suis le gardien dorénavant. Je comprends la responsabilité que cela représente. Le pendentif est tiède et calmant contre ma peau. Je vais devoir choisir quelques vérités contenues dans cette gigantesque source de savoir, pour les distiller a la face du monde. Mais si peu, si peu à la fois. Sans se faire remarquer. Comme depuis la création de cette bibliothèque miraculée, pendant que sa grande sœur était détruite et éliminée siècle après siècle. Un travail de fourmi. Un travail minutieux d'archéologue. 

Il faudra quand même que je trouve un remplaçant d'ici quelques siècles.

samedi 20 juin 2015

Sarkozy, la droite sous la ceinture. L'arbitre a été acheté

Le cher président des républicains à fait fort cette semaine. A propos de cher, il est toujours aussi cher au sens monétaire du terme, mais de moins en moins dans son camp sur le plan affectif. Peut-être croit-il être à la tête d'un parti autocrate, bonapartesque, où tout le monde le suit le petit doigt sur la couture du pantalon ? D'ailleurs on ne doit pas dire paraît-il le parti les républicains, mais juste les deux mots. Alors moi je ne met plus de R majuscule à ces républicains-ci, ils ne la méritent pas.

Or donc, devant un parterre de sympathisants acquis à sa cause personnelle, le président passé de la France a osé une métaphore qui pue pour parler des migrants qui affluent en Europe à partir de tous ces pays lointains et louches dont il n'a que faire. Pour lire une retranscription de ce qu'il a dit, c'est ici et c'est édifiant. La fuite d'eau non colmatée par un plombier incompétent (et donc cher) qui préfère la répartir dans l'appartement au détriment de la famille qui l'habite, voilà une métaphore glauque et digne des meilleurs films de propagande de Pétain ou pire. Travail, famille, patrie aurait-il pu dire...

La droitisation du discours de Sarkozy n'est pas une nouveauté. Son unique objectif est le pouvoir et tous les moyens sont bons pour y arriver, au risque de perdre, de faire perdre sa famille et de choquer ou de stigmatiser. Mais les arguments qu'il utilise, comme un bon tribun excitant la foule, tombent de plus en plus bas. Même dans sa famille politique, tous ne sont pas d'accord avec son discours clivant, genre Attila après moi rien ne repousse. Évidemment il s'agit avant tout de couper l'herbe sous le pied de Juppé, réputé moins con à droite. En allant à la recherche des voix les plus à droite dans son parti qui n'en est pas un, il espère creuser l'écart avec cet adversaire. Qu'il fasse le jeu du FN et qu'il soit obligé si par malheur il était élu de ne pas tenir ses promesses n'a pas l'air de le gêner.

Il faut bien qu'on parle de lui aussi, non ? Et le meilleur moyen est effectivement la provocation. On peut donc s'attendre à des phrases coupées à la machette tout au long de l'année jusqu'aux primaires. On aimerait simplement qu'il s'agisse de vraies propositions politiques, pas de sketches même pas comiques. Après tout, on manque de débats de fond. Mais là, c'est une autre histoire, car il faut avoir des idées et des projets. Et contrairement au sport, il n'y a pas d'arbitre en politique, ou si peu. Il faut vraiment des mois et des mois d'errance politique pour qu'il y ait des rappels à l'ordre. Le carton jaune ou même rouge n'existe pas en politique. Les électeurs ne sont pas des arbitres. Y a-t-il des règles d'ailleurs ? Y a-t-il la possibilité d'arbitres honnêtes et non partiaux ou achetés. Il faut voir les difficultés pour faire passer des lois sur la transparence et l'éthique en politique, pour mieux comprendre l'extraordinaire impunité dont bénéficient nos très chers hommes politiques. A chaque fois qu'on les attaque c'est forcément un déni de démocratie ;) On ne peut pas dire que Sarkozy fasse honneur à son métier ni au rôle d'homme politique. Mais peu lui chaut, semble-t-il !

C'est demain la fête de la musique. Détendez-vous, oubliez Sarko et pensez bien à fermer vos robinets en sortant de chez vous.

vendredi 19 juin 2015

On trouve tout à la Samaritaine, même un nouveau paysage urbain pour Paris

La saga de la Samaritaine semble terminée. Après des épisodes en cascade et un magasin emblématique de Paris fermé depuis plus de dix ans, les permis de construire pour le nouvel ensemble ont été définitivement validés par la plus haute autorité administrative en France, le Conseil d’Etat.

Le groupe LVMH va donc pouvoir construire sur ce vaste ilot qui joint la Seine à la rue de Rivoli un complexe varié, dont on retiendra trois éléments :

- Un palace, pour la façade sur la Seine qui va être adaptée et qui devrait s’appeler le Cheval blanc (comme à Honfleur ?) car Paris en Manque et cet endroit dispose d’une des plus belles vues de Paris. On y voit le Pont des Arts enfin débarrassé de ses hideux cadenas, l’île de la Cité et les immortels décatis de l’Institut. Ceux qui sont âgés et qui se souviennent être allés sur le restaurant de la terrasse de la Samaritaine pousseront un soupir d’aise et de nostalgie. On y imagine déjà un restaurant étoilé.

- Un passage couvert « à la parisienne » qui serpentera entre Rivoli et la Seine, agrémenté de coupoles anciennes, et certainement plein de boutiques de luxe. Un hommage aux passages revisités.

- Une façade de presque 75 mètres sur la rue de Rivoli. La fameuse façade en verre ondulé. Ceux qui la dénoncent la comparent à un rideau de douche. Les architectes à une sublimation du mouvement irrégulier des fenêtres des anciens bâtiments dans un matériau noble, le verre. C’est à cause de cette façade que les justices administratives se sont déchirées. Les associations locales voulant la faire interdire car non compatible avec le côté haussmanien obligatoire de la rue. Les architectes, la Ville et le procureur plaidaient au contraire pour la possibilité pour la Ville d’autoriser des bâtiments remarquables au plan architectural.


C’est sur ce dernier point que le jugement du Conseil d’Etat est historique, pour Paris. Il devient possible de construire quelques bâtiments emblématiques, même s’ils ne sont pas totalement alignés avec l’esthétique du coin. Que serait Paris sans la Tour Eiffel, la Pyramide du Louvre, le centre Pompidou ? La Tour Montparnasse ? (Euh, je retire pour ce dernier bâtiment giscardien et qui n’a qu’un mérite, sa terrasse sur le toit d’où l’on a une très belle vue sur Paris avec un avantage sublime : c’est la seule vue de Paris d’où l’on ne voit pas la Tour Montparnasse ;)... Tous ces monuments ont été critiqués à leur naissance. Même la Samaritaine et son Art nouveau avaient été critiquée en 1905.

En permettant à la Ville d’approuver des permis de construire architecturalement innovants, dans une ville pourtant très sculptée et contrôlée, il y a là la porte ouverte à d’autres initiatives. Paris va-t-il enfin pouvoir oser un peu d’architecture et d’urbanisme « visible » ? C’est en tous cas le souhait de Anne Hidalgo, qui réveille Paris par rapport aux maires précédents. Elle a même décidé de faire refaire sept des places les plus emblématiques de Paris, comme récemment la République. Afin de les rendre plus agréable aux piétons. Et on ne parlera pas ici des réaménagements des quais sur les deux rives.

Ce jugement fait du bien. On peut être moderne et ancien à la fois, amateur du beau installé et du futur beau, observateur ou photographe des jeux de lumière sur la pierre blanche de Paris et sur les autres surfaces disponibles aujourd’hui. Alors oui. Bravo au Conseil d’Etat.

Et pour les nostalgiques de la vraie bonne pub, 21 minutes trente de bonheur avec cette compilation de vieilles pubs pour la Samaritaine. Ma favorite commence à 15’29".


jeudi 18 juin 2015

Sujet d'Histoire-Géographie : la pelle de water (l'eau) ou la rame à dents ?

Les futurs bacheliers (et ceux qui rateront le bac) passent ce matin l'épreuve d'Histoire-Géo. Et le 18 juin n'est pas un jour banal dans l'Histoire. Remarquez bien qu'il y a peu de jours tranquilles, avec toutes les batailles, morts et histoires dans l'Histoire avec un grand H comme Hôpital.

Cette année le 18 juin cumule trois célébrations, comme l'indique le titre de ce billet (un peu osé je confirme, mais on n'a rien sans rien). Avez vous trouvé les 3 événements ?

L'appel du 18 juin 1940 est toujours dans la mémoire des gaullistes et des autres. C'est à qui se bouscule pour en parler le premier. Juppé avait été élu président de l'UMP un 18 juin d'ailleurs (2002 ou à peu près de mémoire). Evidemment, les vrais gaullistes sont de moins en moins nombreux, même dans le conseil d'administration de l'Institut et de la Fondation Charles de Gaulle. Cette fondation a évidemment ouvert un dossier spécial pour les 75 ans de cet appel. C'est l'autorité morale suprême en la matière. Je me souviens de discussions entre vieux gaullistes historiques, il n'y a pas si longtemps que cela, s'engueulant comme des gamins dans une cour d'école à propos de leur date d'arrivée à Londres, du genre "oui mais toi tu n'es arrivé que le 20, moi j'y étais le 19..."

Cette année on parle beaucoup, en tous cas en Belgique (qui assure la présidence tournante de l'Union européenne), du bicentenaire de la bataille de Waterloo (indice : loo en anglais veut dire WC). Célébrations et reconstitutions, avec la présence des têtes couronnées d'Europe, comme si la notion de bataille entre Royalistes et Républicains avait encore un sens. J'en ai déjà dit quelques mots ici il y a peu. Les costumes d'Empire ont toujours un beau succès et finalement ça vaut mieux que les nazillons qui font des fausses guerres dans les bois, que les jeunes qui jouent à des jeux vidéo+réalité et qui meurent à coup de fumigènes mal fabriqués, ou que les extrémistes et autres terroristes de tout poil qui tuent en vrai de vrais gens. Mais le symbole de la victoire des rois contre la République, même déguisée en Empire est un symbole à analyser en détail, au-delà des jolies images sur TF1 et la RTBF.

Enfin cette année, le Ramadan a commencé aujourd'hui, en France et dans beaucoup de pays. Il fera plus frais pour les jeûneurs que l'année dernière, et cela sera encore mieux pour eux dans les prochaines années, puis que la date du Ramadan avance chaque année de quelques semaines. Traditionnellement, le début et la fin du Ramadan sont marqués par des attentats dans les pays musulmans. On espère que cette année sera plus tranquille. Il y a déjà tellement de violences dans ces pays en temps normal. L'attentat du Yemen est déjà assez terrible comme ça.

Histoire et géographie sont indissociables. Cette année, le bac aura peut-être mis en avant une "majeure" géographie, et les méthodes d'analyse sont assez différentes entre les deux disciplines, même au niveau des terminales, puisque l'épreuve se déroule au niveau de la Terminale cette année pour tous les candidats. Ce qui suppose une plus grande maturité. Hum... En tous cas, l'Europe est bien absente des sujets dévoilés. Les auteurs ont préféré se concentrer sur les vraies puissances mondiales - les USA et la Chine. Tant pis pour l'Europe. On ne peut pas avoir le beurre, l'argent du beurre et la crémière en plus ; on ne peut pas avoir l'Europe contestée, les crédits européens et Marine le Pen et son groupe au parlement européen, sans se poser de légitimes questions sur l'actualité de notre sous-continent.




mercredi 17 juin 2015

Une oeuvre d'art a-t-elle toujours un sens ? Un corrigé

Comme chaque année, essayons-nous à un sujet de philo du Bac. Section S cette année avec l’un des trois sujets. Comme l’année dernière sur l’art. Un exercice personnel, évidemment, comme toute copie. En trente minutes. A compléter par quelques citations qui apportent du sens, évidemment. Puisqu’on est en Bac scientifique, il faut du Kant, avec sa vision formaliste de l’Art, et de l’importance des formes. Peut-être un peu d’Aristote pour faire opposition en parlant d’imitation, puisque l’imitation ne peut alors qu’imiter le sens. Ou alors l’esthétisme d’Oscar Wilde, "La vie imite l’art, bien plus que l’art n’imite la vie », ce qui pose la question de « la vie a-t-elle toujours un sens ? ». Ne pas citer les Monty Python est peut-être un plus.

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On pourrait discuter de ce qu’est une oeuvre d’art ou de ce qu’elle n’est pas. Existe-t-elle en dehors de l’intention de l’artiste, du spectateur et de celui qui la met en scène ? L’histoire de l’Art est ponctuée d’oeuvres qui ne sont apparues que plus tard comme des oeuvres d’art, une fois discutées, commentées, intégrées ou rejetées, conceptualisées, sans même évoquer les oeuvres anonymes. Le réflexe de critiquer l’Art est vieux comme l’Art. On pourrait discuter du sens. Qu’est-ce que le sens que possède un objet. On ne parle pas du sens au sens physique du terme, quoique là également de nombreuses oeuvres ont fait perdre le sens de l’équilibre aux spectateurs : certaines ont été accrochées le bas en haut par des ignares, d’autres font exprès de détourner le sens physique pour que le spectateur s’interroge. Pour lui donner un sens en effet.

La question du sens se pose par rapport à la personne qui donne le sens. L’auteur, l’artiste, crée. Il a une intention. Cette intuition créatrice fait sens pour lui, par rapport à son histoire, aux tourments de son esprit créatif. Elle peut apparaitre comme déduite d’un sens passé, sa conséquence inévitable, ou au contraire comme une fulgurance qui ouvre une nouvelle porte et qui donne un sens à ce qui a été créé auparavant. Le sens que l’artiste donne à son oeuvre n’est pas toujours connu, ni par lui ni par les autres. Existe-t-il toujours ? Certains artistes ont prôné des démarches aléatoires pour créer leurs oeuvres, ou des approches surréalistes, comme l’écriture automatique, afin de dépasser la réalité, le monde des sens évidents, pour aller dans celui des sens interdits ou simplement des sens en tous sens. Même Raymond Devos disait que cela n’a pas de sens. Mais l’artiste n’est pas le seul à donner du sens. Le spectateur en donne aussi en fonction de son vécu. Et le spectateur est rarement seul devant l’oeuvre. Il est venu à l’oeuvre car elle a été mise en scène par d’autres qui ont ajouté du sens à l’oeuvre. Leur sens. Une exposition sur un peintre, par exemple, ne donnera pas le même sens aux oeuvres présentées suivant l’approche adoptée par le conservateur responsable, et donc le sens qu’il aura voulu donner à l’exposition, sans parler du sens de la visite, obligatoire pour comprendre l’intention du conservateur, cet intermédiaire, cet entremetteur, ce catalyseur entre le spectateur et l’oeuvre.

Qu’il y ait sens ou pas, et quel que soit l’auteur de ce sens, ou même des différents sens empilés sur cette pauvre oeuvre d’art, riche de tout le talent de son auteur, la question est de savoir si ce sens est visible. Avoir ou ne pas avoir du sens, telle est la question. Et le fait de parler d’une obligation - en utilisant le mot toujours - pose une vraie question. Il est possible de toujours chercher du sens à n’importe quoi. Et souvent possible d’en trouver a posteriori, par des raisonnements plus ou moins scientifiques ou fumeux. Mais la propriété intrinsèque pour une oeuvre d’art d’avoir du sens ne se mesure pas en fonction de ceux qui lui donnent ce sens. Finalement, c’est bien indépendamment de l’auteur du sens qu’on peut juger si un sens existe toujours. Or il semble que le sens ne peut pas exister dans l’absolu, mais qu’il est relatif, et que le poids de l’auteur du sens est incontournable. Le poids des auteurs des différents sens qui s’accumulent, donnent un sens global, de plus en plus riche à chaque couche. Les tableaux à énigmes, à sens caché sont nombreux. Ils ont donc plusieurs sens, suivant le type de public auxquels ils s’adressent. Inversement un recueil de poèmes comme les « cent mille milliards de poèmes » de Raymond Queneau est incontestablement une oeuvre d’art, de par sa construction rigoureuse et sa méthode « potentielle » qui permet de produire un nombre inhumain de poèmes. Chacun de ces poèmes a du sens, ou en tous cas on peut lui en trouver un, alors même qu’il y a de grandes chances pour que le lecteur soit le seul au monde à lire ce sonnet précis.

Alors, oui, une oeuvre d’art a toujours un sens. Qu’on le découvre ou pas, qu’on en ajoute d’autres, qu’on refuse de le voir ou qu’on décide qu’elle ne nous plaît pas, la conclusion est la même. Et pourtant. Est-ce pour cela qu’on aime une oeuvre d’art ? Qu’on est séduit par elle ? Que l’on réagit face à elle de manière irrationnelle face à sa beauté ou aux émotions qu’elle évoque en nous. Le coeur a ses raisons et n’a pas besoin de sens. Mais l’Homme recherche le sens. Peut-être est-ce pour cela qu’il a investi le domaine de l’Art et qu’il en a besoin. Pour lui apporter ce sens, caché ou non, dont l’Homme a besoin et qu’il recherche, toujours.

mardi 16 juin 2015

Mangeons, mangeons...

Oui, mangeons, mais ne mangeons pas n’importe quoi.

Des pommes ? Greenpeace met en garde contre l’usage des pesticides, principalement dans les vergers, et alors que les pommes sont des fruits très consommés en France, et pas seulement dans le Calvados. Greenpeace ne peut pas s’attaquer directement aux agriculteurs, donc ils ont choisi d’attaquer la grande distribution, qui peut payer et qui craint les contre-publicités. Le débat est pourtant simple : avoir des pommes bio, sans pesticides, plus chères et moins « belles » - ou avoir des pommes pesticidées pas chères bien rondes et seulement de quelques variétés bien perçues par les consommateurs. Le consommateur veut tout : des pommes belles, pas chères, sans pesticides et avec du gout et de la texture. L’agriculteur veut gagner sa vie. Le distributeur veut vendre le plus possible et augmenter ses marges.

C’est un combat classique et Greenpeace adore provoquer les grands groupes sur ces sujets « verts ». Ainsi il y a quelques années ils ont commencé à attaquer les fabricants de matériels électroniques sur le recyclage et l’usage de métaux polluants. A l’époque Apple - la pomme, la vraie - était parmi les moins bons élèves. Puis Apple s’est saisi du sujet, comme un outil puissant de marketing, un effet « cool » et aujourd’hui Apple est classé premier. Comme quoi, attaquer les grands groupes sur ces sujets peut avoir un effet structurant.

Mais derrière les grands groupes (de distribution) il y a les producteurs coincés entre deux pommiers. Et il y a les vendeurs de pesticides et d’OGM - Monsanto évidemment - qui cherche à inonder le marché et à rendre captif les producteurs. En demandant l’interdiction de la vente du fameux Roundup dans les jardineries à partir du début 2016, Ségo espère créer un effet-choc. Mais d’ici là Monsanto aura trouvé une parade, en changeant le nom de son pesticide et de la société elle-même, peut-être. Une course sans faim fin.

Pourtant, la pomme... Entre Eve et Chirac elle a bercé notre histoire. Et il y a tellement de variétés. Si vous avez le temps et le courage, un jour, je vous recommande « la dégustation de pommes » : vous achetez une pomme de chaque variété que vous trouvez, vous fabriquez des petites étiquettes et vous invitez des enfants et des amis pour une dégustation comparée, avec notes à la clé. Je vous garantis un gros succès et de grosses envies de pommes après ! On peut le faire avec plein de produits naturels et naturellement. Mais ça marche très bien avec la pomme.

Dans un autre registre, il y a le Nutella. Ségolène veut l’interdire et elle conseille de «ne plus manger de Nutella» pour sauver la planète... Ola ! Rien que ça, sauver la planète de l’envahisseur Nutella ? Méchante huile de palme, je te tape, je te tape. Il est vrai que la culture de palme a remplacé des forêts en Afrique et en Asie. Mais de là à interdire le Nutella. Si au moins elle avait invoqué les raisons médicales contre l’huile de palme... Relisez ce billet sur le Nutella et les taxis. Il date un peu, mais ce jour là également on parlait de grève des taxis et de Nutella... Y aurait-il un facteur de causalité ? Je m’interroge... en dégustant une pomme.

lundi 15 juin 2015

Paris-Le Bourget-Alger

François est aujourd'hui à Alger pour une visite éclair. Il en a profité pour publier une tribune dans le Quotidien d'Orant, proche du pouvoir. Lire ici cette tribune. Il y évoque rapidement le contentieux lié à la colonisation en disant notamment "l'amitié ne peut se construire que sur la vérité". Belle formule pour contenter l'opposition puisque le pouvoir en place ne parle plus vraiment de cette repentance française. On lira cette tribune par exemple pour mesurer la passion autour de cette question... c'est une opinion parmi d'autres naturellement.

Mais le coeur du débat est ailleurs : il s'agira de lutte contre le terrorisme dans la région, pour laquelle la France et l'Algérie sont de facto alliées dans le Sahara, au Sahel, au Mali et même en Lybie. Il s'agira également de l'invasion des migrants qui met l'Union européenne face à ses responsabilités, ainsi que tous les pays de "l'autre rive de la Méditerranée", comme si cette mer était plus un fleuve qu'une mer, ce qui permet d'oublier sa source, le Proche-Orient, là-bas, tout à l'est où le soleil se lève et où les conflits s'enlisent dans les sables. Tout cela à quelques jours du début du Ramadan, pas encore vraiment fixé pour certains.

Il sera question d'économie aussi. François écrit "De nombreux investissements sur les deux rives de la Méditerranée m'ont été présentés"... Reste à choisir lesquels privilégier, alors que les crédits publics des deux Etats baissent (eh oui, même en Algérie la rente pétrolière se tarit sans qu'on sache très bien où est passé le stock de dollars accumulé). Il y a plein de secteurs à développer. Par exemple, dans l'enseignement supérieur 100 universités accueillent 1,3 million d'étudiants. Peu de débouchés, des blocages pour la création d'entreprise, le e-commerce interdit et j'en passe. L'Etat algérien reste un Etat à l'ancienne, pas assez dynamique et ouvert. En plus, la maladie (déjà ancienne) de son président Boutef bloque les réformes. Peu de gens savent qui gouverne vraiment en Algérie. Mais on peut être certain que François les rencontrera, pas forcément en public au-delà de la photo convenue et attendue d'une poignée de mains entre deux fauteuils (l'un orné de velours, l'autre simplement roulant). C'est une visite de travail - un après-midi et une soirée en fait - et pour une fois pas de chef d'entreprise avec François. Une visite politique donc. On attend une annonce surprise justifiant l'importance de cette visite à ce moment précis. A suivre.

Pas de panique. C'était il y a deux ans et demi, déjà à Alger. Bouteflika était debout à l'époque.

Car le lundi matin même, François est au Bourget avant de s'envoler pour Alger. Il inaugure le salon du Bourget avec ses coucous et ses très gros avions. Airbus et les autres vendeurs français ou franco-quelque-chose espèrent de multiples contrats. Même Dassault et son Rafale. Après avoir été au Mans dans une voiture de course, on aurait pourtant aimé voir François dans un avion de chasse. Comme Poutine... euh, pas torse nu quand même. Et entre deux, il a quand même réussi à boire du vin - et non de la vodka - en inaugurant le Salon Vinexpo à Bordeaux, en pleine polémique sur la loi Evin.

Au moins en Algérie il ne boira officiellement pas de vin... Quoique...

Mise à jour, avec la photo de ce lundi, à compare avec celle du dessus : moins dynamique, non ?


dimanche 14 juin 2015

Du temps de cerveau pour... une nouvelle nuit entre six

Le congrès des animaux était réuni en ce beau jour de printemps
Comme à chaque million d’années depuis l’apparition de la vie sur la Terre.

C’était un congrès assez rare donc; mais tous les rois des animaux tenaient à faire le déplacement,
car c’était un très bon moyen pour reprendre contact avec des espèces éloignées, déplorer les espèces disparues et se féliciter de l’apparition de nouvelles branches de la Vie.

Après avoir papoté pendant quelques heures et admiré leurs nouvelles peaux, les rois se réunirent pour passer aux choses sérieuses. Ce jour-là il avait été en effet décidé de transformer une espèce existante, encore jeune, pour en faire un doudou pour les enfants animaux. Depuis quelques millions d’années en effet, de plus en plus de bébés animaux se plaignaient de ne pas avoir de jouet tout doux avec qui s’amuser. Et les parents avaient commencé à se plaindre auprès des rois, qui étaient eux-mêmes des parents. C’est pourquoi ce sujet avait été choisi pour ce congrès. Et comme la convocation le mentionnait, chaque espèce avait déjà pu réfléchir au sujet avant le congrès.

La discussion fut assez rapide. Il fut d’abord convenu qu’aucune des espèces présentes ne pourrait fournir le modèle du futur doudou. C’aurait été infamant pour un poisson par exemple de devenir le doudou d’un oiseau - et dangereux par-dessus tout. Les animaux avaient déjà tous un vrai sentiment de fierté pour leur espèce et aucun n’aurait accepté de déchoir en devenant le doudou des autres.

Il s’agissait donc de trouver une espèce encore balbutiante, pas représentée ici, ou si peu. Il y aurait le temps, avant le prochain congrès dans un million d’années de la faire évoluer pour la transformer en un parfait doudou, sans aucune protestation. Ensuite, il serait trop tard pour eux de protester. Le vote fut unanime sur ce point.

Parmi les jeunes espèces, il fallait répondre à certains critères pour pouvoir devenir le doudou à la fois sur terre, dans l’eau, dans les airs, mais aussi dans le froid ou le chaud et quel que soit le climat. La situation se compliquait, mais heureusement le roi des singes prit la parole et proposa une espèce bâtarde de singes dégénérés, à peine capables de se nourrir. Il n’avait pas le sentiment de se sacrifier ou de se diminuer devant les autres animaux, car de toutes façons si on ne faisait rien, cette espèce aurait rapidement disparu. Ils commençaient tout juste à se tenir debout d’ailleurs. Debout ? Tous les animaux rigolèrent. Debout ? Mais à quoi donc ça pouvait servir ?

Le roi des singes d’esclaffa plus fort que les autres. C’était juste un signe de plus qui prouvait que c’était une espèce condamnée. Le congrès décida donc de choisir cette espèce comme doudou et le tour de table s’engagea. Chacun voulait ajouter une caractéristique utile afin d’obtenir le doudou idéal pour lui. La discussion dura toute la nuit, mais au petit matin le président de séance, le lion, le roi des fauves, annonça le bilan.

Le futur doudou devrait avoir deux petits yeux pour ne pas faire peur aux enfants de beaucoup d’espèces ; il devrait avoir des poils sur la tête pour qu’on puisse les colorer de plein de manières possibles et les sculpter à l’envi ; puisqu’il se tiendrait la plupart du temps debout, il faudrait des points où on pourrait accrocher des ficelles pour en faire une marionnette, donc des os avec des trous, des oreilles rondes, et des doigts aux pattes ; les poissons avaient exigé qu’il puisse aller dans l’eau mais sans pouvoir respirer dessous pour ne pas embêter les enfants-poissons qui dorment ; les oiseaux voulaient qu’ils ne soient pas trop lourds pour qu’on puisse les soulever facilement et les laisser retomber par terre pour voir comment ils se cassaient ; les fauves voulaient qu’ils soient bien musclés pour avoir des choses à manger, après que les enfants aient fini de jouer ; les gazelles exigèrent qu’ils courent moins vite qu’elles pour que les fauves puissent les attraper d’abord pendant que les enfants-gazelles s’échappaient ; les lézards avaient exigé que leur queue ne repousse pas et comme ils descendaient des dinosaures - une espèce respectée de tous et disparue trop tôt - on les écoutait avec attention ; c’est également à cause des reptiliens que les doudous devaient pouvoir changer de couleur de peau et avoir des yeux de toutes les nuances ; les ours polaires voulaient que les hommes soient grands mais comme les pandas voulaient qu’ils soient petits, on transigea sur une taille moyenne.

Le roi des singes insista pour que l’on ne puisse absolument pas comparer ces doudous avec les singes - une histoire de dignité simiesque, dit-il - et il les empêcha d’être trop habiles avec leurs membres, surtout dans les arbres. Les insectes de leur côté insistèrent sur les multiples trous et plis qui devaient être accessibles sur les corps des doudous pour le plus grand amusement de leurs bébés, comme dans de grands parcs d’amusement, des Insectlands. Les araignées posèrent un problème : elles voulaient pouvoir faire peur aux doudous car elles adoraient entendre les cris de joie de leurs bambins araignées, mais les autres animaux ne voulaient pas non plus qu’ils soient trop peureux. C’est pourquoi, les animaux décidèrent de diviser l’espèce en mâles et en femelles et de n’ajouter la peur des araignées que dans l’un des deux sexes. En plus c’était pratique pour la reproduction, car ils avaient également décidé que ces doudous s’abîmeraient facilement et qu’il fallait pouvoir en changer souvent, ce qui supposait un taux de natalité assez impressionnant. Mais pas autant que les lapins, car ils avaient protesté.

Devant cette liste édifiante de modifications à apporter aux futurs doudous, le congrès des animaux convint qu’il faudrait peut-être un peu plus de temps qu’un million d’années pour y arriver. Mais on avait le temps et comme cela, au prochain congrès, on pourrait juger du bon avancement des travaux. Les rats furent chargés de mettre en application ces transformations, car ils étaient les plus intelligents de toutes les espèces et avaient milité pour que ces doudous aient un peu d’intelligence - oh pas autant qu’eux évidemment, mais quand même, car cela permettrait à leurs enfants d’inventer des jeux et des labyrinthes toujours plus complexes.

La fête finale du congrès fut une vraie réussite et le banquet également, sauf pour les quelques espèces qui avaient été tirées au sort pour fournir de la nourriture aux autres. Tout le monde se quitta avec de grandes accolades - dont certaines finirent mal, comme celle entre le python et l’hypertaupe, une espèce aujourd’hui disparue.

Et tous les animaux se frottaient les pattes ou leurs équivalents en regagnant leurs foyers. Cela avait été un congrès vraiment remarquable.

Malheureusement, ce fut le dernier congrès des animaux. Car un million d’années après, l’homme-doudou avait détruit la planète, éradiqué toutes les espèces sauvages d’animaux et complètement oublié son rôle dans l’affaire. Une planète peuplée de doudous, c’est absurde, non ?

Il ne suffit pas d’empiler des qualités pour avoir un être parfait.


samedi 13 juin 2015

L'Internet, si solide et pourtant si fragile...

Vous avez peut-être entendu d'une panne sur l'Internet mondial vendredi matin. Il y a ici de quoi tirer quelques leçons optimistes et pessimistes.

Mais avant, quels sont les faits ? Pendant presque deux heures, de nombreux sites ont été plus difficiles à atteindre, en France entre 10h30 et 12:30 par exemple. C'est un phénomène qui a touché plusieurs pays en Europe de l'Ouest mais aussi en Asie ou au cœur des USA. La cause en est la suivante : un opérateur de télécoms parmi des centaines d'autres dans le monde a eu un problème... en Malaisie. C'est un opérateur tout petit et pas très bien équipé. Il y a eu une erreur dans son paramétrage et il a envoyé aux réseaux voisins, une carte erronée de routage. En clair et pour les non spécialistes cela veut dire qu'il a décrit de manière incorrecte les moyens de lui parler, en entrée, en sortie et pour tous ceux qui devaient le traverser. Ce paramétrage faux est arrivé chez l'un des fournisseurs voisins, un gros cette fois qui l'a envoyé à travers le monde et en quelques minutes l'Internet mondial a vu se redessiner sa "carte". Résultat des courses : beaucoup de trafic a commencé à passer par ce petit opérateur car c'était alors devenu un chemin court, efficace et rapide. Sauf que l'opérateur a bloqué car il ne pouvait servir avec une qualité suffisante tout ce trafic anormalement élevé. Le temps que les opérateurs se rendent compte de l'erreur, corrigent la carte et que cette carte se re-propage à  travers tout l'Internet mondial, il s'est écoulé deux heures à peu prês, pendant lequel les paquets ont circulé sur des chemins de travers plutôt que sur des autoroutes, et en plus en faisant des détours importants.

Soyons optimistes : l'Internet a été conçu pour ce genre de choses. Cette possibilité de reconfiguration a la volée les "routes" sur lesquelles voyagent les paquets est la force du réseau des réseaux. Cela permet par exemple de contourner une route coupée en arrivant quand même à passer - sauf quand un pays autocratique décide de couper toute route qui y accède, comme l'ont fait par exemple la Syrie ou d'autres dictatures récemment. Il y a une résilience inscrite dans les gènes de l'Internet qui assure ce type de comportement, avec une qualité dégradée, mais quand même. Ce genre d'incident est donc une preuve que cette construction fonctionne. En plus, comme tout incident de ce type, et il y en a régulièrement même si celui-ci a atteint une intensité historique, les spécialistes apprennent de ce type de dysfonctionnement et corrigent leurs méthodes pour diminuer l'impact de tout nouvel incident du même type.



Pour les spécialistes, on parle ici du protocole BGP et les détails techniques de l'incident sont ici en anglais.

Soyons pessimistes sur deux points :

Nous dépendons de plus en plus de l'Internet et avec l'Internet des objets cela sera de plus en plus vrai. A titre personnel, à titre professionnel et pour les mécanismes de fond de notre société. Par exemple, un site commercial qui est coupé de l'Internet pendant quelques heures risque de perdre beaucoup d'argent. Des transferts bancaires ne se font pas à temps... Or l'Internet est naturellement de plus en plus complexe, avec un nombre grandissant d'opérateurs et d'acteurs de tous types. La sensibilité de nos civilisations est de plus en plus grande à l'Internet et à ses capacités à assurer un service de qualité. Même si l'Internet devait se diviser en réseaux à plusieurs vitesses, chacun serait de plus en plus dépendant de "caractéristiques minimales". Et ce n'est pas parce que l'utilisateur moyen ne s'en rend pas compte que cela n'est pas important et n'a pas d'impact sur lui. L'utilisateur individuel est habitué à avoir des baisses de débit. Le premier accusé est toujours son fournisseur d'accès. C'est souvent lui le coupable d'ailleurs, mais pas toujours, la preuve. C'est à cause d'obscurs accords entre opérateurs, sous-opérateurs et acteurs locaux que vos données passent par telle route ou telle route. Y compris pour aller de France en France par exemple, rien ne vous empêche de passer par la Malaisie, sans le savoir, même si, justement, ces cartes sont faites pour éviter ce type de détours (et l'utilitaire traceroute fait pour comprendre par où passent vos paquets de données).

Enfin, dans le cas précis de cet incident, il s'agit semble-t-il d'une erreur (d'un informaticien quelque part en Malaisie). Et si la prochaine fois c'était des hackers qui jouaient à ça ? Il est maintenant prouvé qu'il suffit de peu de choses pour ralentir fortement l'Internet mondial jusqu'à presque le bloquer sur certains segments et pendant des temps significatifs. Il peut y avoir de multiples raisons pour ce type de piratage : gagner de l'argent en faisant chanter de puissants opérateurs ; défendre une cause quelconque, politique, terroriste ou autre ; prouver qu'on est le meilleur hacker... Plus un système est complexe, plus il est facile de le bloquer, même quand il a été conçu pour ne pas être bloqué. C'est une variante possible du théorème de Gödel qu'un système fermé comme l'Internet puisse toujours être mis en danger quelles que soient les précautions prises. Alors imaginez ce qui se passerait si des incidents de ce type étaient provoqués, non par une erreur humaine mais par une volonté humaine. Les informaticiens rigoleront en disant que c'est absurde. Mais pas tous. Je l'espère. Il ne faut as toujours croire les informaticiens...

vendredi 12 juin 2015

Mais oui on aime les anglais. Surtout ces deux là !

Vive les british. Pour une fois ;)

Entre la mort de Christopher Lee et le concert de Paul Mc Cartney au Stade de France, journée bien remplie pour les anglophiles (même francophones)

Christopher Lee est donc mort à 93 ans. Au long de sa carrière à rebondissements, il avait incarné principalement le rôle du méchant, du macabre, du vampiresque, de l'horrifique, du satanique, tout en restant ambigu dans ses incarnations. Il avait réinventé le comte Dracula dans les années 50, ainsi que les bizarres de tous poils dans les contes d'Edgar Poe. Un film d'horreur sans Christopher Lee n'était PAS un film d'horreur et tous les spectateurs des nuits du fantastique au Rex s'en souviennent avec émotion. Puis il avait transposé cet humour flegmatique et utilisé sa carrure et sa voix pour ajouter une touche d'inquiétant aux méchants modernes, de Star Wars à Tolkien. Avec un maître mot, l'ambiguité. Jamais un pur méchant. Car le meilleur méchant est celui qui reste délicat à cerner. Les 150 films qu'il a tournés s'étalent dans toutes les catégories, des films A, B ou Z. Ca me fait penser à une contrepèterie pour enfants "Le vampire s'étale, ou le vantard s'épile"... Ce n'était clairement pas un vantard en tous cas. Ses biographies courent sur le Web, à vous de les chercher. Un vampire d'une autre classe que dans Twilight en tous cas. Rarement un acteur a été autant maquillé pour donner des visages aussi différents, du haut de ses quasi deux mètres... Juste une petite photo, indépendamment de son talent de musicien et de chanteur de Rock-Metal... (c'est une transition avec la suite).


Un autre vieux, un peu moins, a chanté jeudi soir au Stade de France. Paul Mc Cartney, 73 printemps quand même, a tenu quasiment trois heures sur scène. Un spectacle très pro avec un Stade plein à craquer. Un petit extrait pour se souvenir ? Mauvaise qualité, mais de première main... Obladi Oblada ;) avec un public en communion. Entre ça et Hey Jude, encore plus repris par la foule, un vrai moment magique. Il s'est permis de parler pas mal en français, de brandir le drapeau français avec quand même le drapeau britannique à côté. Le public assis était plutôt âgé, mais venue de partout (de Sibérie au Brésil). Même les très jeunes ont apprécié, car ils ont tous entendu les Beatles, et le fait d'en voir un (le dernier vivant et important, pardon Ringo) chanter les chansons qu'il a écrites et composées est particulièrement impressionnant. On en redemande évidemment.

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Alors, oui, deux vieux anglais qui ont marqué l'histoire. Parmi d'autres. Ca nous permet d'attendre sereinement le 18 juin prochain, avec les deux cents ans de la bataille de Waterloo, très morne plaine et très laide butte du Lion censée commémorer la victoire des monarchies en Europe ;) A chacun son truc. Et son 18 juin. (Le Ramadan pourrait commencer ce jour-là également).


jeudi 11 juin 2015

Lobby viticole contre lobby hygiéniste

On est en France, pays historique du vin, où le lobby viticole est très puissant. Et le vote par la commission spéciale de l'Assemblée nationale de l'amendement issu du Sénat pour rétablir la possibilité de faire de l'information sur l'alcool ne va pas diminuer le poids de ce lobby. Lisez cet article de Challenges par exemple. Il est rigolo de voir que le lobby viticole ait défini son ennemi comme le lobby hygiéniste.

La santé publique est peu de choses quand elle s'oppose à un puissant lobby : alcool, tabac, OGM, pollution sont des sujets toujours délicats. Comme ces lobbys n'osent pas mettre des amendements dans les lois "santé" ils essayent de les glisser dans les textes plus économiques, comme la loi Macron en cours de nouvelle lecture à l'Assemblée par exemple. C'est une manière de jouer à cache-cache avec la morale publique. Les yeux dans les yeux et avec un grand sourire...

Cet amendement rend furieux la Ministre de la Santé, naturellement, mais aussi le gouvernement qui avait demandé à voter contre. Seulement, voilà, le lobby viticole traverse la droite et la gauche puisqu'il regroupe justement les élus des régions à vin. Et en cette époque de vaches maigres pour la majorité politique, il suffit de quelques voix déplacées pour faire basculer un texte. Sauf si cet amendement est dévoté ou contesté par le Conseil Constitutionnel comme n'ayant pas sa place dans un projet de loi généraliste, il sera donc permis de parler librement de l'alcool partout, dans les médias, les films, sans craindre de conséquences. C'était pourtant l'un des points forts de la loi Evin que d'interdire tout ce qui parlait en positif de l'alcool sous toutes ses formes. Le placement produit, comme on dit, est pourtant très fort dans beaucoup de médias qui jouent avec le feu et l'alcool pour placer des allusions à ces marchandises, contre rémunération évidemment.

Le problème principal est d'essayer de différencier pure publicité de communication "informationnelle". En continuant à interdire la première mais en permettant la deuxième, c'est une porte ouverte pour les formes modernes de publicité qui se déguisent en information : sur l'Internet par exemple, il y a les liens sponsorisés, les contenus éditoriaux mis en avant et payés en sous-main, les tests comparatifs et les nombreuses photos, genre selfie avec une bouteille bien visible... Les communicants sont autrement plus efficaces et rapides que les députés. En ouvrant cette porte, il ne reste plus beaucoup de messages qui ne passeront pas. Il serait temps que les vieux sénateurs et députés acceptent le fait que la publicité actuelle prend des formes bien différentes de la réclame de leur jeunesse, surtout en ligne. Il est loin le Dubo-Dubon-Dubonnet dans les tunnels du métro parisien.
Est-ce une publicité, une information, un dessin ou une étiquette de bouteille ?

Le problème également est de différencier le vin des autres alcools, sachant que les jeunes boivent plutôt d'autres alcools que le vin. Et les terroirs ne touchent pas que la production de vin parmi les boissons alcoolisées.

Au pays du vin, le débat fait surtout sourire. Dès qu'il sera publié on ajoutera ici des extraits du compte rendu officiel des débats de la nuit, histoire de mesurer ce que disent nos chers représentants élus. A suivre donc dans la journée. Les lobbies alcoolisés sont en forme en ce moment.

A suivre également dimanche, lors de l'inauguration par François de Vinexpo - à Bordeaux - la plus importante exposition au monde sur le vin... et lors du vote en séance publique à l'Assemblée, sauf si un 49-3 passe par là...

Article 62 ter (nouveau) après l'amendement incriminé :

L'article L. 3323-3 du code de la santé publique est ainsi modifié :
1° Au début, sont ajoutés trois alinéas ainsi rédigés :
« Est considérée comme propagande ou publicité, au sens du présent livre, une opération de communication effectuée en faveur d'un produit ou d'un service, relevant de l'activité d'une personne ayant un intérêt à la promotion dudit produit ou dudit service et susceptible d'être perçue comme un acte de promotion par un consommateur d'attention moyenne.
« Toute propagande ou publicité en faveur d'une boisson alcoolique ne doit pas inciter à un excès de consommation, en particulier chez les jeunes.
« La publicité ou la propagande est directe lorsqu'elle est effectuée en faveur d'une boisson alcoolique. » ;
2° Le premier alinéa est ainsi modifié :
a) Après la seconde occurrence du mot : « publicité », il est inséré le mot : « effectuée » ;
b) Après le mot : « rappelle », sont insérés les mots : « effectivement ou a pour but de rappeler » ;
3° Il est ajouté un alinéa ainsi rédigé :
« Seuls les éléments de la publicité consacrée à un organisme, un service, une activité, un article autre qu'une boisson alcoolique qui rappellent effectivement ou ont pour but de rappeler une boisson alcoolique doivent être conformes à l'article L. 3323-4 du présent code. »
Edifiant, non ? Sachant que l'article 62 initial parle de publicités lumineuses, numériques ou non ;)