lundi 17 juin 2019

La pluralité des cultures fait-elle obstacle à l’unité du genre humain?

Bon, allez, je me dévoile. J'ai un fils qui passe le bac cette année et qui aura peut-être choisi ce sujet pour l'épreuve de philo(sophie).
Moi en tous cas je l'aurais pris, car en tant que chantre (à ne pas confondre avec cancre ou chancre) de la francophonie et de la diversité culturelle, je ne pourrais pas faire autrement.

Le sujet est plus facile que celui-ci, mais on ne parle pas vraiment du même niveau ! Mes commentaires sur les vrais sujets du Bac en 2012 et ici pour les sujets de 2013, ainsi que ceux de 2014, ici pour l'année 2015 et là pour ceux de 2016.

La pluralité des cultures ? Évidente pour qui a déjà rencontré une autre culture face à face, elle n'est pas si facile que ça à décrire sans introduire des jugements de valeur. Quand les américains des années 50 et 60 (et avant avec Hollywood) ont cherché (et réussi en grande partie) à imposer au monde occidental l'american way of life, ils ont en même temps tenté d'uniformiser les cultures du monde autour des produits américains et réussi à installer les américains eux-mêmes dans une zone de confort, sans diversité, où on pouvait se balader de Hilton en Hilton dans des chambres identiques et manger des McDo identiques partout. Quand aujourd'hui les GAFA fixent des règles morales "à la Disney" qui s'imposent à tous leurs utilisateurs, on est dans le même combat, même si la pluralité existant, ils ont tendance à la limiter à quelques marges locales sans réelle importance. Même McDo ajuste ses menus à différents contextes culturels, puisque la bouffe est partie intégrante de la culture - Mens sana in corpore sano et tutti quanti (ou chianti ?) : des hamburgers au Homard au Canada, au tofu au Japon (aux patates douces sous les tropiques ?)... La pluralité des individus existe, sinon on serait dans le meilleur/pire des mondes, mais la pluralité des cultures aussi, même si les extrémistes et populistes veulent nous faire accroire que les autres c'est l'horreur, l'enfer c'est les autres comme disait Sartre, et que le communautarisme (le regroupement de gens partageant peu ou prou la même culture) est l'ennemi.

Le genre humain, c'est quoi ? L'espèce humaine ? L'Humanité ? L'Internationaaaaaaaale ? Un genre sans races mais avec une unité de base qui nous permet de nous reproduire avec n'importe quel autre humain (même s'il est déconseillé de le faire avec les premiers venus et sans protection) ? Le genre humain dans son ensemble, dans son unité (???) est un concept intéressant qu'il est pourtant difficile d'intégrer au quotidien, tellement il y a de différences entre nous. L'unité est un concept assez théorique en fait, cf. ce dessin du grand philosophe Sempé

...16 blanc-cassis, 11 pastis, 7 menthes à l'eau, 11 Claquesin, 3 cognacs, 1 Schweppes, 13 demis, 6 bocks, 23 Martini, 9 vermouths, 5 armagnacs, 1 Suze, 1 citron pressé, 2 orangina, 7 Dubonnet et un perrier-citron...

Le genre humain est-il unitaire et comment l'est-il ? Certains diront qu'il est profondément divisé entre Mars et Vénus (et toutes les autres planètes puisque la notion de genres (avec un s) est de plus en plus floue. En tous cas le genre humain n'a pas d'unité politique, sinon ça se saurait, ni culturelle, encore moins agissante dans le même sens (et non, il n'y a pas que des connards ou des Trump ou des climats-sceptiques).

Le mot-clé est évidemment le mot "obstacle. Si l'on part du principe que l'unité du genre humain n'est pas complète (à cette heure), ou même pour les optimistes naïfs qu'elle est atteinte mais fragile, la diversité des cultures peut-elle être considérée comme une empêcheuse de tourner en rond autour du Soleil ? S'il est facile d'opposer une pluralité à une unité (mathématiquement) et la culture à un concept plus englobant d'Humanité (à ne pas confondre avec les humanités des littéraires, puisque c'est un sujet de série S) qui comprend la culture mais aussi plein d'autres aspects, il en va tout autrement de cet obstacle supposé. C'est effectivement un obstacle pour les xénophobes et autres racistes bornés qui foncent dans ce mur sans dévier de leur amoralité, mais sont-ils représentatifs du genre humain ? Ce n'est non seulement pas un obstacle pour les autres mais une richesse, et j'ose le dire, un accélérateur d'unité.

Nous sommes ici et maintenant vivants parce que, métaphoriquement, les atomes qui se sont créés au moment du Big bang avaient une diversité culturelle (d'affinités) qui ont amené à ce que le magma initial soit plein de grumeaux (heureusement qu'à l'époque la farine Francine sans grumeaux n'existait pas), et qui ont permis cette diversité d'agglutinations, des galaxies aux humains en passant par les étoiles et les planètes. L'unité de l'Univers ainsi créé est pourtant préservée, grâce notamment à des lois naturelles qui entretiennent, dont la loi de l'entropie qui propose que l'on aille toujours vers le chaos (le désordre et le multiple) même si on part d'une unité. Mais la diversité culturelle - postulat de la francophonie entre autres - est effectivement un moyen de limiter cette entropie désordonnée.

Vous aurais-je, par hasard, convaincus ? Vous qui avez plusieurs identités culturelles simultanément en vous et plein de particularismes qui doivent nous aider, globalement, sans nous aveugler.

Mise à jour : mon fils n'a pas pris ce sujet finalement, mais le deuxième "Reconnaitre ses devoirs, est-ce renoncer à la liberté?

mardi 28 mai 2019

Élections européennes, ce qu'en dit la Presse

Comme d'habitude lors de grands événements, j'ai créé une page avec quelques Unes de la presse française et internationale, le lundi 27 mai matin, après une nuit plu ou moins longue selon les pays, l'indécision des résultats et les vitesses de dépouillement. Il y a 75 Unes au total puisqu'en dehors de l'Europe les autres pays n'en parlent pas ou presque pas.

Pour vous mettre en appétit :





mardi 21 mai 2019

GOTi, c'est fini

AUCUN SPOILER comme on dit vulgairement

Certaines choses ont une fin, pas toutes heureusement.

Racontons-ici ce que c'est que la fin d'une chose quand elle se produit. Je prendrai appui sur le dernier épisode de GOT diffusé dans la nuit de dimanche à lundi et que la plupart des fans auront déjà vu. Juste un exemple, aucun divulgâchage, aucun lien direct avec l'histoire, car finalement

qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse

Il ne s'agit pas de parler ici d'amour, comme Musset, cela vous embêterait et cela m'embêterait aussi, ma femme d'ailleurs également, car la sphère du privé n'aime pas éclater en public dans la rue de l'Internet, au risque de projeter des éclats d'amour qui trancheraient dans le vif d'autres vies et qui les éclabousseraient de leurs beautés intérieures et extérieures. Il y a tellement de gens qui sont "plus" amoureux de l'amour que de la personne à côté. Il y a tellement de formes différentes d'amour. Il ne s'agit pas ici de parler alcools et de discuter sans fin des mérites de telle ou telle substance. Il ne s'agit pas non plus de dévoiler la fin d'un feuilleton comme on disait au XIX° siècle, ou d'une série aussi populaire soit-elle.

Il s'agit de parler de ce qui se passe après la fin, quel que soit le flacon.

Moi qui suis un habitué des livres et des séries, notamment de ce qu'il est convenu d'appeler des sagas (africa ou non), je me suis habitué à survivre à la fin d'une série ou d'une longue liste de livres. Avec des sentiments mitigés selon les cas :

- refuser la fin, en chercher une autre, critiquer, se fâcher, être dégoûté de l'arrêt brutal de quelque chose qu'on croyait devenu éternel, ou en tous cas plus durable que nous-mêmes
- lire et écouter des analyses écrites par d'autres pour avoir le sentiment de partager ce sentiment d'inanité, discuter sans fin comme un dernier au-revoir à un amour passager
- se plonger dans un délicieux bain de nostalgie en repensant à toute la série, et la laisser se faire digérer doucement pas nos sucs gastrico-mémoriels
- chercher à combler le manque en se replongeant dedans, soit en regardant le tout depuis le début, 73 épisodes quand même pour GOT, ou en relisant tous les livres et en espérant les avoir finis avant que le petit dernier sorte (enfin ?)
- chercher à combler le manque en trouvant une autre saga à lire ou regarder, car finalement

qu'importe la saga pourvu qu'on ait l'addiction

Vous remarquerez que beaucoup de ces réactions ressemblent à ce qu'on appelle les étapes du deuil, même si la gravité d'une mort n'a rien à voir avec la fin d'un feuilleton écrit par des humains pour vendre à d'autres humains le plus possible de produits. Dans le cas d'une série, il reste toujours l'espoir d'une reprise, d'un "reboot" ou de "spin-off" pour rester dans le même univers et vendre plus de produits suivre certains personnages attachants. Ou alors, comme Lelouch et un homme et une femme, il s'agit de prolonger le bonheur au-delà du raisonnable, car qu'est-ce que la vie sans la passion ? Dans le cas précis de GOT, il reste l'espoir l'attente des livres de RR Martin, et des résultats de son talent pour épaissir l'histoire. Dans le cas de la mort, c'est autre chose, un état permanent avec lequel il faut vivre dans le respect des autres.

Est-ce que la fin d'une série est alors comme une petite mort (et au sens littéral comme une sorte de geste orgasmique qui clôt une période avant d'en entamer une autre) ? Ce serait donner beaucoup d'importance à de tels produits. L'être raisonnable que vous êtes (et que je suis éventuellement) répondra bien sûr que tout cela est un peu abusé.

Il n'empêche qu'il existe aujourd'hui deux tendances opposées et pourtant aussi attirantes l'une que l'autre, et qui réussissent à coexister en beaucoup de gens : l'attrait du court et du long ; le goût de l'instant et de la durée ; l'éphémère et le durable...

Les formats courts sont de plus en plus appréciés des jeunes générations, numérisées à fond, quel que soit la quantité de fond, justement, qu'on peut instiller en quelques minutes. Je discutai hier avec des étudiants autour de "Ma Thèse en 180 secondes", ce concours pour des thésards devant présenter leur sujet (et conclusions) en moins de 3 minutes et en une seule diapo. Certains disaient qu'il était impossible sur le fond de résumer le travail de sa (jeune) vie et de sa future carrière en 3 minutes, d'autres clamant l'intérêt de savoir synthétiser un discours et de promouvoir la Science pour tous, au-delà des 7 spécialistes qui comprendront la thèse complète (en étant optimiste). Tous ont raison, s'ils savaient simplement écouter ce que disent les autres.

Les formats longs, les sagas comme GOT ou plein d'autres, sont aussi très attirants, par le type d'addiction positive (souvent) qu'ils créent. Si on sait ne pas en devenir prisonniers et si l'on sait sortir et respirer, par exemple dans une longue marche au bord de la mer, les yeux mouillés par les embruns, le vent et des larmes de bonheur.

“I guess we’ll have to start talking to each other on Sunday nights.” (The New Yorker)


Alors oui, pour celles et ceux qui vivent en cet instant le stress post-mortem de la fin de la série GOT, courage ! Et pour ceux qui ne s'y sont jamais intéressés, courage aussi, pour supporter les ratiocinations de fans comme moi ;). Parce que

qu'importe le blog, pourvu qu'on ait le plaisir

lundi 6 mai 2019

Oh Boy !


Qu'est-ce que l'éphémère, sinon l'insoutenable légèreté de l'être (surtout à son premier jour) ?

mercredi 17 avril 2019

Notre-Dame de Paris, ce qu'en dit la Presse le 16 avril 2019


Les Unes des journaux suite à l'incendie qui a détruit une partie de Notre-Dame le 15 avril vers 19h.
Ce sont les Unes du 16 avril au matin, à chaud !

Pour les Unes à l'international (225 !!!) c'est ici.
Pour les Unes en France (25) c'est là.

Sans commentaire, pour la simple mémoire du Monde.

Quelques exemples...




















lundi 1 avril 2019

Note de services

Bonjour à toutes et à tous,

Au nom du Préfet de Pollce de Paris, je tiens à remercier tous les parisiens et toutes les parisiennes pour le grand élan de solidarité qui a été lancé en faveur de nos amis britanniques depuis l'annonce surprise de la sortie brutale du Brexit prévue vendredi dernier à 23h et qui n'a été repoussée que de deux semaines, malgré les précautions prises et les nombreux votes contre un tel événement. Tous s'attendaient à une sortie plus organisée ou plus lointaine, mais cela n'est pas le cas.

La réalité s'impose à nous en ce lundi matin, après un week-end chargé. Des millions de britanniques sont en train d'arriver en train, en avion, en voiture et même en trottinette (un peu plus tard compte tenu de la limitation de vitesse sur les autoroutes pour ces véhicules particuliers). Nous devons leur trouver des places.

Dès ce matin, 8h30, toutes les entreprises, associations et administrations sises à Paris intramuros devront accueillir des quotas de réfugiés britanniques et leur trouver des places pour travailler. Des postes de travail spécialement aménagés doivent être installés. À cet effet j'ai publié ce matin un arrêté immédiatement exécutoire réduisant de moitié la taille minimale des bureaux et des postes de travail, ce qui permet d'accueillir deux fois plus de sièges au mètre carré. Sans autre obligation qu'une amende de 100 000 € par siège non conforme, je vous demande donc de prendre en compte dans la configuration de leurs postes de travail les éléments suivants :
- un ordinateur avec clavier QWERTY et souris avec les boutons gauche et droite inversés
- un mug pour le thé (à 11h et à 17h) et des bouteilles d'eau de source irlandaise (à l'exclusion de l'Irlande du Nord)
- une liaison internet en anglais et en Ouaillefaille
- un dictionnaire bilingue anglais-français
- une boîte de calmants ou un pack de bières (au choix)
- une horloge de bureau calée sur le fuseau horaire de Londres, c'est-à-dire une heure de moins qu'à Paris, même avec le changement d'heure, si nous ne nous trompons pas.

Chaque institution devra accrocher des épinglettes à tous ses employés indiquant leur niveau de maîtrise de l'anglais (de A1 à C2, avec un couleur noire pour ceux qui ne maîtrisent pas du tout la langue de Molyesterday) ainsi qu'aux réfugiés britanniques pour les identifier (aucune couleur n'est suggérée mais il est proposé d'éviter le jaune). Des cours de français doivent dès ce matin être organisés dans toutes les institutions en commençant par des situations simples de la vie courante : "Où sont les toilettes ?", "Quand est-ce qu'on mange ?", "Quelle heure est-il ?" et "Vos papiers, s'il vous plaît !"... Les écoles et universités près de de vous ont obligation de vous aider. Fiers de notre langue nationale, il est de notre devoir de former tous ces nouveaux arrivants à notre belle langue.

Toutes demandes financières d'appui pour les éventuels frais engagés doivent être envoyées à Theresa May, Poste restante, Fidji.

En ce qui concerne les restaurants et boutiques d'alimentation que vous fréquentez régulièrement près de vos lieux de travail, ils ont obligation depuis ce matin - par note séparée - de faire bouillir leurs viandes trois fois plus longtemps, et de délayer la bière dans une proportion laissée à leur appréciation mais qui doit rester dans la fourchette 3,1415 et 3,1416. Les restaurants indiens sont réservés aux clients britanniques à compter de ce midi, mais les parisiens peuvent y venir s'ils parlent anglais avec l'accent paki.

Compte tenu de ces circonstances exceptionnelles, il est demandé à la population parisienne d'être patients. Toutes les villes de France sont touchées, à proportion de leurs capacités. Cette situation est temporaire, je répète, temporaire et ne saurait durer plus que quelques lustres. La circulation des véhicules sur la voie publique est inversée pour les véhicules avec une plaque britannique qui roulent maintenant à gauche, sauf dans les couloir à contre-sens où le choix est laissé libre en fonction de la nationalité du conducteur, et sauf pour les véhicules utilitaires qui doivent rouler au milieu.

J'ai mis en place une structure de soutien pour les parisiens qui le souhaitent, accessible par téléphone aux heures officielles d'ouverture de la Préfecture, de 11h à 11h20 et de 15h10 à 15h30. Un système simple et automatisé de menus vous permet en quelques dizaines de clics d'avoir une réponse à toutes vos questions. Voici un exemple de dialogue, enregistré tôt ce matin :

- Bonjour et bienvenue à la Préfecture de Pollce pour l'accueil des réfugiés britanniques. Si vous parlez français tapez 1, si vous ne parlez pas français tapez 2.
- 2
- Si vous ne comprenez pas ce qui est dit sur ce répondeur, veuillez raccrocher et demandez à un parisien de répondre à votre place. Ding
...
- Bonjour et bienvenue à la Préfecture de Pollce pour l'accueil des réfugiés britanniques. Si vous parlez français tapez 1, si vous ne parlez pas français tapez 2.
- 1
- Si vous appelez pour nous félicitez tapez 1, si vous appelez pour proposer vos services d'aide tapez 456789152439352602, si vous appelez pour un problème tapez 2
- 2
- Si vous appelez pour un problème mineur que vous pouvez régler tout seul, raccrochez, si vous appelez pour un problème gênant tapez 6362534394645304367453673529284364
- 6362534394645304367453673529284364
- Nous vous mettons en attente pour un conseiller, merci de patienter... Merci de patienter... Merci de pat.../Ding

Ce service pouvant être saturé à certaines minutes de notre horaire d'ouverture, vous trouverez ci-dessous la réponse à toutes vos questions :
- Je ne sais pas. Merci. Ding

En vous remerciant pour votre compréhension
Pour le préfet de Pollce de Paris
Salmon Fisher, délégué aux services d'urgence

P.J. Les quotas qui vous concernent :

- Blog 2012 à 2017 : accueil virtuel de 15 rugbymen anglais souhaitant aborder sur ce blog des questions-clés comme : Where are the best pubs in Paris ? Where is Pigalle ? Where is Charléty ? What is pécho ? Can we delete the month of may ? How to fuck (the situation) ?


jeudi 28 mars 2019

Réforme du droit d'auteur : petit tour des parties prenantes

Vous avez suivi l'actualité, je suppose, surtout si vous êtes un peu plus jeunes que la moyenne d'âge des députés (européens ou autres) et que vous connaissez un peu (plus qu'eux) le numérique.

Résumé ici, sur Google Actus of course.

Cette réforme en gestation depuis longtemps était partie d'une bonne idée, y est-elle arrivée ?

Il s'agissait de faire entrer le numérique dans une législation européenne sur les droits d'auteur et les notions connexes qui datait d'avant (2001 pour la dernière loi européenne sur le sujet, alors que Facebook ne sera lancé qu'en 2004 et YouTube en 2005. Le web avait moins de 8 ans).

Soyons clairs, aucune réforme ne peut satisfaire tout le monde, tant les "parties prenantes" sont différentes. Trouver un compromis ou un "en même temps" suppose une vision de la société numérisée. En l'absence de telles visions partagées, chacun y est allé de son propre compromis. Et non, je parlerai du Brexit et de ses absurdités un autre jour ;).

Focalisons nous un peu sur les parties prenantes, par catégorie, quand on parle de contenus sur internet : (our en savoir plus, je parle souvent de l'Internet sur ce blog, voyez ici ;)

Ceux qui les produisent :

- Les auteurs patentés (qui vivent au moins en partie de leurs oeuvres ou contenus), qu'ils soient auteurs officiels grâce à toutes sortes de supports (écriture, son, image, multimédia) ou que cela soit une partie importante de leur métier comme des enseignants, des chercheurs ou des journalistes. Eux cherchent à se faire rémunérer justement (fairness) grâce notamment au droit d'auteur et aux droits "voisins" ou par des systèmes de type "copyright" qui remplacent certains droits d'auteur dans dessines importantes du monde (comme les USA). Il y a l'aspect rémunération, mais aussi le côté moral pour vérifier que son oeuvre n'est pas trahie. En plus des professionnels patentés, on a vu apparaître plus récemment des personnes qui gagnent également de l'argent (youtubeurs par exemple) grâce à d'autres canaux, comme la pub.

- Les auteurs amateurs, ou les simples utilisateurs qui ajoutent des contenus, sans incidence financière, ou négligeable, et qui souhaitent même souvent que leurs contenus soient diffusés et repris le plus largement possible. Je me mets dans ce tas-là, très hétérogène, qui est en fait le sel même de l'Internet, et donc du Web. Le problème vient du fait que ces personnes sont aussi des utilisateurs de contenus et même de temps en temps des diffuseurs directs de contenus. J'écarte le sujet de la vie privée, de la pub qui est vendue par des sociétés à partir de leurs données personnelles plus ou moins bien protégées, pour ne parler que des contenus publiés et destinés à être partagés.

- Les robots et autres intelligences artificielles qui commencent à se répandre et qui, oui, aussi, produisent des contenus, au-delà de ce qui a été prévu par leurs programmeurs. On ne parle pas de droit d'auteur pour ces "systèmes", puisqu'ils n'ont pas (encore) de personne morale ou physique, mais cela viendra bien un jour, fatalement.

Ceux qui les rendent disponibles : Il y a foule dans ce segment, où se fait l'essentiel des bénéfices et des prises de pouvoir :

- Les GAFA et autres grandes plateformes numériques qui vivent essentiellement en vendant des services directs ou de la pub à partir de leurs visiteurs. On parle ici de grandes entreprises, ou de licornes ou même d start-up qui cherchent à se fair racheter le plus vite possible par des poissons plus gros. Il y en a aussi en France et pas seulement aux USA ou en Chine. Sans parler des aspects monopole, évasion optimisation fiscale, vie privée, censure, il y a beaucoup à dire sur leurs différentes politiques de contenu. Personne ne lit plus les clauses légales et c'est bien dommage car elles sont souvent léonines ou à la limite de la légalité, dans un contexte international où les lois nationales sont très différentes. Beaucoup parmi ces compagnies veulent profiter des avantages sans subir les inconvénients (payer des droits d'auteur, chasser les pirates, assumer une responsabilité éditoriale, permettre une transparence des usages...) et jouent selon les circonstances dans plusieurs registres : hébergeur, éditeur, auteur...

- Les opérateurs techniques (réseaux et serveurs, accès physique) qui cherchent à se réfugier dans une simple rémunération des flux de données transportées ou des moyens physiques d'accès. Plusieurs acteurs cumulent ces deux premiers types, comme Google, Orange par exemple. Mais les rôles sont assez différents et tout le débat sur la Neutralité du Web est centré là-dessus. Contrôler à la fois le contenu et le contenant déforme la réalité et fausse la concurrence et les droits des autres. "Je fais passer mes contenus en priorité et plus vite, ou en fonction du montant payé par l'utilisateur ou le fournisseur. Eux, ils ne veulent surtout pas être tenus pour responsables des contenus qui circulent dans leurs tuyaux ou des usages qui en sont fait, sauf que un gouvernement leur demande de couper les robinets (comme récemment en Algérie, ou régulièrement en Chine, comme s'il pouvait devait exister plusieurs internets reliés par des filtres aseptisants).

- Les distributeurs classiques qui ont du mal à trouver leurs nouveaux modèles économiques face aux plateformes numériques mais qui y arrivent de temps en temps, selon le type de contenu distribué, souvent d'ailleurs grâce à des start-up dont le rêve est de profiter de ces marchés pour devenir des licornes. Tous les contenus ne sont pas numériques, encore.

- Les éditeurs (tous supports confondus), dont le métier est avant tout de gérer des droits d'auteurs et d'organiser une distribution par toutes sortes de canaux. Se faire évincer de son marché traditionnel par des sociétés numériques (pure players comme on dit) est leur principal cauchemar, mais tout reste possible s'ils sont assez "agiles". Eux considèrent que toute personne qui édite doit être un éditeur, respectant des règles, et que ce sont les éditeurs qui doivent contrôler le système. Ils contrôlaient très bien "leurs" auteurs auparavant et ne voient pas pourquoi cela devrait changer. Sauf que cela a changé, et même dans l'édition littéraire (fiction et non fiction) de plus en plus d'auteurs choisissent en plus l'auto-édition.

Ceux qui les utilisent :

- Les utilisateurs évidemment, lecteurs, spectateurs, joueurs et autres humains normaux. De plus en plus de ces utilisateurs deviennent des auteurs, petits au début, ou parce qu'ils contribuent de temps en temps à une oeuvre collective comme un wiki (il n'y a pas que Wikipédia). un forum de questions-réponses ou un partage de ressources éducatives, ou même et de plus en plus des informations tweetées, en l'absence de journalistes, que ces informations soient vraies ou des infox. L'utilisateur aime utiliser, par définition, ou alors il a besoin de le faire. Dans tous les cas, toutes les barrières sont perçues par lui comme des limites à sa liberté, y compris parce qu'il faut payer de plus en plus d'abonnements un peu partout le long de la chaîne pour voir des contenus. Certains utilisateurs piratent directement ou ne cherchent pas à savoir si les contenus qu'ils consultent sont légaux. Les doits de copie privée, de citation, de parodie ou d'usage éducatif sont autour d'eux dans un flou artistiquement entretenu. Rappelons quand même que sans utilisateurs tous les systèmes précédents s'écroulent.

- Les nombreuses sociétés qui utilisent ces contenus pour leurs besoins propres, que cela les aide à mieux cibler leurs acheteurs ou à créer des produits qui intègrent ces contenus (libres ou non de droits d'auteur). Il s'agit des fameux "usages commerciaux" qui se différencient donc des "usages privés". Il y a tellement de telles sociétés qu'il est difficile de savoir où gravitent les contenus produits par un auteur et s'ils sont légalement exploités.

Ceux qui les observent et règlementent :

- Les États ou les groupements d'États comme en Europe, qui règlementent. Chaque fois qu'ils fixent des règles ou qu'ils les font évoluer, les systèmes ci-dessus s'adaptent. Souvent même ils détournent ces règles pour exploiter d'autres pistes. Beaucoup reprochent aux États de trop intervenir ou pas assez, de ne rien connaître aux numériques (je préfère ici mettre au pluriel), d'avoir peur des usages du numérique contre leur propre pouvoir, voire existence ou d'être dépassés par leurs jeunes. Les lois qualifiées depuis longtemps de "liberticides" se succèdent mais à chaque fois, non seulement l'étau se resserre autour des plus faibles, mais des voies de contournement se développent. En l'absence de gouvernances supranationales efficaces, il est difficile pour eux de faire mieux, pour l'instant. Même en France, notre ministre du numérique vient de démissionner. Et encore, on n'est pas en Chine ou ailleurs...

- Les sociétés d'auteurs, qui ont un rôle trouble : censées protéger les intérêts des auteurs (par type de production, SACEM, SGDL, SCAM ou autres), surtout les faibles, en centralisant la gestion des droits d'auteur et en permettant des prestations sociales associées, ces sociétés se sont progressivement transformées en bunkers au service des très grands auteurs (puisque les plus riches ont des parts et sont donc rémunérés deux fois) et en lobbies très conservateurs. C'est normal, puisqu'elles défendent leur existence même. Dans la réforme européenne, ce sont elles les grandes gagnantes, what a wonder !

Voilà, voilà. 

Je crois que je n'ai rien oublié d'important...

Ah si : la justice ! On oublie toujours les juges et les tribunaux, nationaux ou internationaux. Il est tellement plus facile de les remplacer par des policiers ou des milices privées ou même des algorithmes bêtes comme leurs concepteurs. La justice applique le droit défini par des lois votées ou des conventions acceptées. Mais elle est indépendante, elle, des lobbies. Et elle a le droit de croiser plusieurs domaines du Droit.

Excusez-moi pour cet oubli.

jeudi 14 mars 2019

Solution (dans la vie courante) à la quadrature du cercle en ce Pi Day

Je vous en πarle régulièrement, mais cette année, il y a du nouveau.

Le Pi Day ? En 2015 "Mathons ce qu'il y a à voir", en 2016 "Un travail sans fin", en 2017 "Le dernier jour de Pi de l'ère François" et en 2018 "DMDM 2018".

Aujourd'hui, foin de Pi, d'Einstein et de Hawking. ∏arlons des différentes quadratures du cercle qui s'offrent à nous.

C'est aujourd'hui le dernier jour pour clore sa liste de vœux sur ∏arcourSup le bien nommé. Il sera toujours πossible πendant deux semaines de comπléter son dossier mais il ne sera πas πossible d'ajouter d'autres décimales vœux. Bonjour les angoisses πour nos chers terminaleux anonymisés en πartie à πartir de cette année, mais πas au niveau du nom du lycée. Une étaπe imπortante πour les élèves et aussi leurs πarents.

C'est aujourd'hui aussi le dernier jour du grand débat. Les analyses ont commencé mais la recherche d'une synthèse va être un exercice délicat, une vraie quadrature du cercle, histoire de ne πas tourner en rond, mais πlutôt dans une sorte de sπirale vertueuse (on esπère) ou vicieuse (c'est πossible...). On πeut être rassurés par l'absence d'un bordel comme dans d'autres πays, mais est-ce tellement rassurant ? Attendons un πeu...

Il y a le bordel πoπulaire et créatif en Algérie, un πays où la démocratie se doit de trouver une nouvelle forme aπrès des décennies de πouvoir concentré entre les mains de quelques-uns. un vrai πrintemπs algérien πour lequel il est trop tôt πour imaginer de quelles couleurs seront les bourgeons.

Il y a aussi le bordel britannique. Thérèse May a choisi une tactique risquée πour rester au πouvoir : éliminer tous les autres scénarios (que le plan aππrouvé par l'UE) afin d'avoir un Brexit raπide avec cet accord, ou au contraire un Brexit dur sans accord, mais cette fois imπosé πar l'UE qui en πorterait alors la resπonsabilité. C'est πas moi, c'est eux, haha... ∏ffffffffft ! En l'absence d'un gouvernement réel et en πrésence d'un πarlement sans majorité πour rien, il s'agit d'une vraie quadrature du cercle. Elle ne πourra se résoudre qu'en dehors du cercle. Je vous encourage, si vous avez le temps, à regarder les retransmissions des débats à la Chambre de Londres (ici πar exemπle). Édifiant et utile πour votre anglais et l'exercice d'une démocratie πarlementaire πar excellence.

Les mathématiciens savent bien que la quadrature du cercle n'est πas πossible "exactement" (dans un esπace métrique euclidien comme le nôtre), mais dans la vie courante, on se satisfait du 14 mars de 3,14. De manière intuitive (et graphique) nous savons tous que ∏ est une constante. Cela a été démontré avec les moyens du bord et les axiomes de l'éπoque par Euclide et Archimède. Mais c'est beaucouπ πlus tard que cette évidence à l'oeil a été πrouvée, avec d'autres conceπts. Un exemπle de discussion ici πour les fondus du πoireau.


Je conclurai πar ce dessert gourmand, πuisqu'on est en πleine semaine des maths donc du πalais.

Bonjour chez vous (et non, 6 est une πiètre estimation de Pi).

mardi 5 mars 2019

Petite analyse de la Grande tribune de Macron sur l'Europe

Bonjour, ou plutôt BonGrandJour. Macron a officiellement lancé son plaidoyer pour l'Europe ce mardi, avec une tribune en 22 langues (officielles en Europe). On la trouve dans les grands titres de la presse européenne, mais aussi sur le site de l'Élysée, évidemment, et dans toutes les langues : bienvenue aux centres de langues qui ont ainsi un bel exercice de traduction et d'adaptation.

Quelques commentaires, sur la forme d'abord :

- Un usage remarqué des majuscules puisqu'il parle de Renaissance européenne, donc en référence à la seule et à l'unique Renaissance (celle autour de laquelle l'Italie et la France se battent pour les oeuvres de Leonard de Vinci ?) et pas simplement d'une renaissance banale et même annuelle. Un moment clé, donc. Un appel à l'urgence, à l'Urgence. Vous remarquerez que dans la version anglaise, il ne parle que de "renewal"...
- Il parle aux citoyens. Le masculin emporte le féminin, comme on dit souvent, non ? C'est un raccourci commode, semble-t-il...
- Il n'utilise que six fois le pronom "je", ce qui est une amélioration par rapport à ses discours habituels. De là à identifier un changement de ton, il ne faut pas rêver non plus.
- En mettant en avant le Brexit comme le contre exemple parfait de ce qu'il faudrait faire (yaka) Macron pointe du doigt certains populistes, exploiteurs de colères et manipulateurs. Il ne parle pas des autres pays qui sont aussi assez anti-européens, pas la peine de mettre de l'huile sur le feu.
- En vantant la méthode des "grandes conférences" il cherche à remettre l'Europe au travail et autour de tables où discuter. Une méthode qu'il avait un peu oubliée en France avant les Gilets jaunes.

Sur le fond, il propose un plan en trois parties : défendre notre liberté, protéger notre continent, retrouver l'esprit de progrès.

- S'occuper du financement des parties et du bannissement de la violence sur Internet est un voeu d'impuissance. La liberté de l'homme, comme il dit sans majuscule, passe-t-elle vraiment par un bannissement de la haine, par une Europe sans critiques ? La haine et la violence sont inhérentes à l'homme depuis un certain temps déjà, je crois savoir. Bannir de tels discours, c'est fermer la porte, mais quid des fenêtres, des cheminées et des tuyauteries nombreuses sur l'Internet, qu'il soit mondialisé ou très localisé ? Le respect est-il possible en interdisant la violence ou en lui coupant la langue (et les doigts sur le clavier) ? Un beau sujet de philo, mais au plan politique, un combat étrange : échanger une liberté contre une autre ? Définir soi-même les limites de certaines libertés ?

- Pour la protection de l'Europe à l'intérieur de ses frontières, Macron mentionne les droits et les devoirs pour faire partie d'un espace Schengen remis à plat, ce qui inclut des règles communes pour le droit d'asile. Des règles communes ? Ne risque-t-on pas alors d'avoir le plus petit dénominateur commun, c'est à dire pas loin de zéro ?

- Il prône une défense européenne coordonnée (en incluant quand même l'OTAN, les autres pays européens et le Royaume-Uni déjà Brexité dans sa tête.. quoique... lire la fin). Il milite pour une clause de défense mutuelle rendue opérationnelle, histoire d'embêter les russes pour la partie Europe de l'Est. On dirait un discours des années 30 avant la deuxième Guerre mondiale.

- Il prône un marché commercial européen qui se protège et se choisit en priorité comme fournisseur : oui au protectionnisme de l'Europe en entier, non aux protectionnismes nationaux. Une ligne délicate, non ? Car qui définit alors les règles de la concurrence saine ? Chacun ou tous ensemble ? Une manière quasi subliminale de mettre l'Europe au coeur des grandes puissances, un endroit qu'elle a quitté il y a bien longtemps, aux côtés des USA, de la Chine et de la Russie, en attendant d'autres puissances émergentes à venir.

- Le progrès pour Macron, c'est un bouclier social européen. En souhaitant privilégier la convergence (pas la coïncidence) plus que la concurrence, il suppose que l'état du marché est actuellement favorable à un tel mouvement. Lorsqu'on voit les bases sur lesquelles le marché européen a été construit, on peut douter de la capacité de l'Europe à s'auto-réguler en ce sens. Pourtant, il a raison. On ne peut faire autrement. Tout dépend du curseur, du niveau de bouclier, entre des pays ultra-libéraux et des mouvements égalitaires un peu partout. Ou au moins équitables !

- Le climat pour mandat ? Une jolie expression, mais tellement différente de la réalité actuelle. Le Parlement européen, que nous allons élire fin mai est déjà très favorable à beaucoup de mesures écologiques, mais cela ne suffit pas puisque les chefs d'Etat et la Commission européenne traînent ensuite des pieds, compte tenu des pressions subies à la fois par les lobbies collectifs et par des citoyens apeurés.

- L'innovation pour créer du travail ? Oui, certainement. Banal et dans tous les discours. Pas de contenu réel ici pourtant au-delà d'une augmentation du budget. Bizarre, non ? Une grande clarté pour réguler les géants du numérique, mais pas d'appel à la création de géants européens... 

- Je cite : "Une Europe qui se projette dans le monde doit être tournée vers l’Afrique, avec laquelle nous devons nouer un pacte d’avenir. En assumant un destin commun, en soutenant son développement de manière ambitieuse et non défensive : investissement, partenariats universitaires, éducation des jeunes filles…" L'Afrique ! Le seul continent cité ici, en assumant un destin commun qu'on espère de nature différente de notre passé commun, si tant est qu'on puisse utiliser le mot "commun" ici. On notera quand même les priorités : l'investissement qui suppose une rentabilité (pour qui ?), le rôle des universités au service d'un développement co-construit, et la place des femmes à travers leur niveau d'éducation. Intéressant. On connait le tropisme de Macron pour ces sujets. En voici une autre preuve, qui parlera pourtant moins à beaucoup d'autres pays européens.

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Dans ce contexte, il cherche clairement à ancrer dans les têtes l'idée d'une Europe à plusieurs vitesses, chacun à son rythme, en incluant même le Royaume-Uni dans une nouvelle configuration. En ayant ainsi encadré son discours par le Brexit (avant et après) il a choisi son bouc-émissaire, tout en laissant "en même temps" la porte ouverte pour un retour. Une tribune dans l'actualité, donc.

Finalement, qu'en retenez-vous ? Une envie d'aller voter pour la liste LREM en France ? Pour des listes partenaires en Europe ? Un besoin pressant de ne pas aller voter ou d'exprimer une colère pour des petites listes qui ne seront pas représentées ? Une envie, de droite, de gauche ou d'uppercut ?

Les réactions seront nombreuses et forcément crispées. Macron est en campagne. C'est ce qu'il aime faire le plus, et peut-être ce qu'il fait le mieux.

PS : Un dernier conseil ; Allez voter le 26 mai (en France) ou du 23 au 26 mai dans les autres pays.


vendredi 1 mars 2019

Dialogue à trois : un académicien, une acadienne, un nenharien'abattre

Vous avez peut-être lu des histoires sur ce sujet ? Ça tombe bien. Figurez-vous que j'ai surpris ce matin un dialogue à trois dans le métro entre un académicien en vert (F) une acadienne non québécoise mais hilare (Q) et un mec normal qui n'en avait effectivement rien à battre de toute cette histoire (X). Je vous le retranscris ici. Q parle à X au début, puis F intervient.

Q : Non, mais tu y crois, toi, à ces conneries de maudits français ?
X : Quoi ?
Q : Ben oui ! Tu savais que les noms de métiers n'étaient pas genrés ici ?
X : Euh... genrés ?
Q : Ben oui ! féminisés
X : Ah ! Euh...
Q : Tu t'en fous, hein ?
X : Mais non, c'est un sujet vachement important !
Q : Oui, mon oeil. Il faudrait qu'on vienne un peu plus souvent ici avec mes copines pour vous montrer l'importance de la langue !
X (son oeil s'allume et il lève la tête de son téléphone qui fait de lui un zombiphone. Il regarde sa voisine) : Ah bon ? (il sourit)
Q : Pffffft. Maudits français ! En tous cas vous nous faites bien rigoler. Avec vos vieux académiciens qui viennent enfin de réaliser qu'il y avait des femmes écrivaines et pas seulement infirmières. C'est quand même incroyable.
X : Euh...
F : Pardon, mademoiselle (le vieux d'en face s'immisce dans la conversation, si on peut appeler ça une conversation). Je vous trouve bien dure avec notre belle institution.
Q (le regarde) : t'es qui toi ?
F : Hubert de la Bonnasserie de la Tarentelle, à votre service, mademoiselle.
Q : Arrête de m'appeler mademoiselle, toi le vieux. Tu me cherches ?
F : Mais non, mademoiselle.
Q : Tu recommences ? Chez moi, tu serais déjà au poste de police, t'sais-tu ?
F: Ah, désolé... Comment dois-je vous appeler ?
Q : Ne m'appelle pas et mêle toi de tes affaires. Moi et monsieur on bavasse.
F : Mais je voulais vous dire que je suis académicien !
Q (son oeil s'allume) : Académicien ? Vous êtes l'un de ces ringards qui a enfin reconnu la place de la femme dans la société après tant de siècles ? Mais fallait venir chez nous, mon vieux, on vous aurait montré ! Fallait pas rester cloitré dans votre coupole machin chose, là !
F : Mais enfin, madame. La féminisation des noms de métiers est un sujet complexe et qui méritait beaucoup de réflexions. Nous avons créé deux comités et préparé un rapport, puis tenu un nombre considérable de sessions.
Q : Ah ouais ? Complexe ? Et vous vous en pensez quoi ? (en se tournant vers son voisin qui n'a pas cessé de la fixer)
X : Euh... (il sourit bêtement)
F : Allez-y parlez, monsieur ! Tenez, par exemple, quel métier exercez-vous ?
X : Moi ? Euh, je suis écrivain justement.
F : Écrivain ? Comme c'est intéressant !
Q : Écrivain aussi ? Comme moi ? Sauf que moi, je suis écrivaine. Ou auteure si vous préférez.
X : Ah bon ? Et vous écrivez quoi ?
Q : Des romans féministes, mon gars ! Et toi ?
X : Des romans hoministes, c'est marrant. Nous étions faits pour nous rencontrer !
F : Excusez-moi, mais je ne suis pas d'accord. Hoministe n'est pas un mot bien formé.
X : Bien formé ? Bien formé ? Est-ce que j'ai une gueule de bien formé ?
Q (regarde son voisin de haut en bas et siffle d'un air appréciateur) : ... Bien formé ? hmmmm
F : Non, non, je ne voulais pas dire ça. C'est le mot qui ne fonctionne pas en français. Vous auriez pu dire masculiniste mais ce n'est pas très joli. Comme écrivaine d'ailleurs (sifflote).
Q : Écrivaine ? Qu'est-ce qu'il y a Bébert ? Ça ne te plaît pas ? Tu fais partie de ces gens qui voient vaine dans le mot et qui ne voient pas vain dans écrivain ?
F : Reconnaissez que ce n'est pas très beau, non ?
Q : Non ! C'est très beau au contraire. Et toi, tu en penses quoi ?
X : Euh... je suis d'accord avec toi. Mais en même temps Monsieur représente une autorité importante.
F : Merci monsieur. D'ailleurs je suis également écrivain, vous savez ?
X : Oui, comme tous les académiciens l'ont été un jour, oui.
Q : Ah ! Il t'a bien eu là, mon cheum !
F : Je respecte toutes les variantes du français, Madame, mais ici nous sommes en France et notre parler doit rester fidèle à nos traditions !
Q : Traditions ? Nous ont a gardé le vrai français, avant que vous ne l'abâtardissiez avec tous ces mots d'américain ! On n'a pas de leçon à recevoir de vous !
X : Oui, et puis tu ne parles pas comme ça à ma copine, à ma blonde.
Q : Ta blonde ? Non mais pour qui tu te prends, maudit français ! Gardez votre machisme dans votre langue pourrissante ! Moi je descends ici et je vais dans la vraie vie ! Tchao ! (elle se lève. Les deux autres se regardent)
X : Euh...
F : Elle a du caractère, non ?
X : Euh... je crois que je vais descendre ici aussi finalement. (il se lève).
F (seul. Il baragouine quelque chose dans sa barbe blanche) : On n'aurait jamais dû publier cette décision. Tout le monde se moque de nous...

Moi aussi je suis descendu à cette station. J'ai juste eu le temps de voir les deux autres dialoguistes s'éloigner ensemble vers la sortie sur la place de la Concorde (entre les francophones ?)



mercredi 27 février 2019

Saines occupations pour le mauvais temps à venir si vous êtes seul

Amusons-nous un peu...

Il fait beau mais le mauvais temps normal en cette saison revient dès demain. Il est donc temps d'accumuler quelques passe-temps à faire en solitaire, parce que si vous êtes au moins deux, je n'ai pas de conseil à vous donner autre que de vous occuper de l'autre ou des autres... Ah, le temps...

Voici donc quelques SAINES occupations :

Lisez cet article et cliquez sur le gros bouton pour générer d'autres "fausses causalités". Moi, je suis tombé sur celle-ci au hasard :

Comme vous pouvez le vérifier, c'est incontestable, les naissances immorales sont proportionnelles aux semences (de maïs, pourquoi de maïs, ça doit être une typo...) avec un redressement suite à la présence new-yorkaise de DSK. Indubitable...
Ça me rappelle un exemple classique, utilisé dans les cours de statistiques il y a une petite centaine d'années déjà : il apparaissait à l'époque que les ventes de parapluies étaient étroitement corrélées au nombre de divorces en Angleterre à la fin du XIX° siècle. Après moult tentatives d'explications toutes plus bizarres les une que les autres (il faut un deuxième parapluie quand on divorce, on casse des parapluies à force de se taper dessus, on sort plus pour aller courir la gueuze...), les statisticiens ont compris que ces deux séries étaient en fait très liées à... la croissance de la population... donc liées entre elles mais de manière indépendante.
Je vous propose donc de cliquer comme des fous sur le bouton pour proposer des fausses causalités et d'essayer de les interpréter. C'est très rafraichissant et ça vous entraînera pour les infox.


Ici, vous pourrez vous amuser à générer des titres de romans dans l'air du temps, à partir de n'importe quel nom/prénom... Moi je suis tombé sur ça, presque au hasard


L'exercice consiste alors à se laisser guide par les titres et d'imaginer des romans ou des essais. Pur ce titre on pourrait d'abord commencer par déconstruire la modernité, puis Macron lui-même pour se focaliser sur les différents sens du mot changement. Le héros serait évidemment un transformiste à la mode Almodovar... Et vous ?


Le temps est (sera) gris ? Essayez-vous aux couleurs et à leurs noms.
Comment les appelez-vous ?


Au-delà des différences de genre, lisez l'article. C'est hilarant mais instructif. Je me souviens d'un livre américain qui analysait la manière dont les différentes cultures définissent le bleu par rapport au vert. Fascinant. Selon le climat, par exemple, il y a beaucoup plus de mots pour des verts chez les peuples de forêts que chez les inuit. Alors, si vous alliez faire un our dehors ou chez vous et si vous essayiez de mettre un nom sur toutes ces couleurs autres que le gris qui nous entoure ?


Vous pouvez écouter de la musique aussi. Mais quoi ? Pourquoi ne pas parcourir cette carte, la World Song Map uniquement réalisée à partir de titres de chansons américaines (plus de 1000).

version plus grande dans le lien, sinon, achetez-la !

Sur le site, on peut zoomer sur n'importe quelle partie de la carte. Le temps que vous trouviez la bonne chanson sur la carte, que vous la trouviez aussi dans votre discothèque numérique ou pas et que vous le refassiez une dizaine de fois, le week-end devrait être passé. Ensuite vous pourrez chercher d'autres mappemondes thématiques, sur la littérature ou la bouffe par exemple.


Enfin, si tous ces voyages vous fatiguent, restez en France. Oui, mais où ? Trouvez le coin dont l'accent vous enchante. Ecoutez une fable dans plus de deux cents parlers de France...

Avec tout ça, vous devez avoir de quoi tenir jusqu'au printemps...

jeudi 21 février 2019

Anti-sémitisme et anti-sionisme : La vraie définition

C'est le débat dont tout le monde parle. Un débat ancien mais qui a pris un coup de projecteur suite aux attaques illégales dont on fait l'objet un certain nombre de personnes ou de symboles juifs.

Plusieurs grosses manifestations ont eu lieu cette semaine, entre celle organisée par les grands partis et les organisations officielles pour un large écho consensuel, celle organisée par la famille Le Pen puisqu'ils avaient été exclus de la première et qu'ils voulaient faire croire qu'ils étaient blancs comme la neige de Pologne (avant), ou celle des "vrais antiracistes" d'extrême gauche qui croient être les seuls. Et je ne compte pas les débordements hebdomadaires, dans le cadre de la grand désinhibition zadiste des gilets jaunes.

Macron en a profité pour parler au banquet annuel du CRIF et il a annoncé sa position (habile) dans le débat entre les deux notions qui font le titre de ce billet. Pour ne pas changer les textes (et créer une loi contre l'anti-sionisme qui serait malvenue en démocratie) Macron propose d'adopter une définition internationale de l'antisémitisme (déjà condamné par les lois existantes en France et dans de nombreux pays), un concept jamais défini vraiment avant de manière rigoureuse. Cette définition a frayé son chemin jusque dans une directive européenne. Certains juristes bornés (il y en a aussi qui ne le sont pas) diront peut-être qu'en changeant la définition d'un mot on change la loi, mais ce ne sont qu'arguties.

La presse en parle beaucoup, comme ici le JDD. Wikipedia a évidemment son mot à dire avec de longs articles sur ces sujets.

Mais que dit cette définition ? La voici (en anglais et en PDF, ou ici en d'autres langues, mais pas encore en français - No Comment). On la trouve à partir d'ici et elle a déjà été adoptée par plusieurs pays européens, notamment en Europe centrale mais aussi au Royaume-Uni par exemple (avant le Brexit). Une traduction officielle en français est attendue pour être reconnue en France, puisque le français est notre langue. Heureusement, le Parlement européen, qui sert à quelque chose, l'a fait ;)

ICI EN FRANÇAIS DONC.

Définition : Adopt the following non-legally binding working definition of antisemitism:

“Antisemitism is a certain perception of Jews, which may be expressed as hatred toward Jews. Rhetorical and physical manifestations of antisemitism are directed toward Jewish or non-Jewish individuals and/or their property, toward Jewish community institutions and religious facilities.”

Ce qui est intéressant également est le paragraphe d'explications juste en-dessous :

Manifestations might include the targeting of the state of Israel, conceived as a Jewish collectivity. However, criticism of Israel similar to that leveled against any other country cannot be regarded as antisemitic.

Cette distinction est fondamentale, puisqu'elle sépare bien la critique légitime d'un Etat indépendant (reconnu ou non) et celle de ses actions et comportements alimentant l'antisémitisme. Car c'est bien l'antisémitisme qui est au coeur de ce débat.

Tout cela, vous en êtes bien conscient, ne changera pas le cours des choses, les antisémites, xénophobes, racistes, islamophobes, homophobes et que sais-je encore, refusant l'Autre, ne dévieront pas d'un iota de leur course folle. J'attends d'ailleurs avec impatience des commentaires haineux sur ce sujet, je trouve qu'il n'y a pas assez de trolls ici.

Mais pour vous, mes chers lecteurs, éclairés que vous êtes et sensibles à l'Harmonie du Monde, j'espère que ces quelques informations vous aideront à penser, en toute connaissance de cause, loin du bruit confus des infox (comme dit la commission de terminologie).

mercredi 13 février 2019

Paris est tout petit pour ceux qui s'aiment, comme nous, d'un aussi grand amour.

Vous connaissez bien sûr cette citation.
Arletty dans les Enfants du Paradis prononce ces mots sortis du chapeau de Jacques Prévert.

C'est la veille de la Saint-Valentin, alors Paris et Amour sont des mots qui résonnent à défaut de raisonner.

Mais je retiendrai les mots Petit et Grand. Car en bus cette semaine je suis passé dans la rue des Petits-Carreaux, qui m'était inconnue à ma grande honte. Et je me suis demandé ce que Paris comportait de rues "petite" et de rue "grande" pour que les amoureux s'y promènent, la main dans la main et les yeux dans les yeux (l'un dans l'autre).

Donc je vous propose ici une liste de ces dites rues. J'espère n'en avoir oublié aucune. Vous voyez comme je n'ai rien à faire je m'occupe de vous, hein ? J'en profite pour vous envoyer sur ce site.

J'enlève le Petit Palais et le Grand Palais puisque, techniquement, ce ne sont pas des espaces ouverts comme les rues, les impasses, les avenues, les boulevards, les passages, les routes, les ponts, les places et les squares. Ouf. Vous connaissez bien sûr les différences entre toutes ces artères... Non ? Allez ici alors. C'est complet... quoique cela soit incorrect puisqu'à Paris il y a une exception, une avenue sans arbres : l'avenue de l'Opéra pour laquelle M. Garnier a expressément demandé qu'il n'y ait pas d'arbre afin de ne pas gâcher la perspective vers son oeuvre ;). Mais je m'égare dans les méandres d'une ville virtuelle.

Je vous les mets dans un ordre qui me parle.

Pour les petits, 24 espaces riquiqui : modèle, nature, ouvrage, agricole, humain

Impasse du Petit-Modèle

Rue des Petits-Champs
Rue Croix-des-Petits-Champs
Square du Petit-Bois
Passage Petit-Cerf

Passage de la Petite-Voirie
Route des Petits-Ponts
Rue du Petit-Pont
Rue de la Petite-Arche
Rue de la Petite-Pierre
Rue des Petits-Carreaux
Rue des Petites-Écuries
Rue des Petits Hôtels

Rue du Petit-Musc
Petite rue des Acacias (disparue)
Passage de la Petite-Boucherie

Rue du Petit-Moine
Rue des Petits-Pères
Rue des Petits Augustins (disparue)
Rue de la Petite-Truanderie
Rue du Petit-Bourbon (disparue)
Square du Cardinal-Petit-de-Julleville
Impasse Charles-Petit
Rue Petit

Pour les grands, 15 espaces grandioses : nature, ouvrage, groupe, humain, rire

Passage du Grand-Cerf
Rue du Grand-Veneur
Rue des Grands-Champs

Rue des Grands-Degrés
Rue des Grands-Moulins
Rue de la Grande-Chaumière
Grande Avenue de la Villa-de-la-Réunion

Avenue de la Grande-Armée
Rue de la Grande Truanderie

Rue du Grand-Prieuré
Rue des Grands-Augustins
Square Saint-Gilles-Grand-Veneur-Pauline
Rue Pierre-Le-Grand
Rue Louis-le-Grand

Place des Grandes-Rigoles


On y va ?

C'était un modèle, cet homme. Il avait des champs et quelques croix, ainsi que des bois pleins de cerfs. Ses propriétés disposaient d'une belle voirie, avec de jolis ponts et des ponts sans arches, tous en pierre et avec des carreaux. Il adorait la faïence, il y en avait même jusque dans les écuries de ses hôtels, parfumés au musc et à l'acacia. Il avait une boucherie évidemment, pour ses bêtes, tenue par quelques moines et un père, des augustins je crois, un peu truands et saouls toute la journée au Bourbon. Mais quand il discutait avec le Cardinal Charles, il n'était pas petit. Non, il n'était pas petit.

Il était grand, comme les bois d'un vieux cerf chassé par un veneur dans les champs. Il avait franchi tous les degrés dans sa vie, de son moulin et de sa chaumière originelle à cette grande villa somptueuse. Il avait été colonel à l'armée, dans l'intendance pour truander un peu, tout en priant, cela va de soi, avec les augustins qu'il affectionnait particulièrement, surtout soeur Pauline, même si ses frères Pierre et Louis l'avaient un peu forcé au mariage.

Ah, on ne rigole pas tous les jours dans sa belle-famille !


mardi 5 février 2019

Rouge(s)

C'est la couleur tendance aujourd'hui

Le 5 février, cette année, c'est le Nouvel An Chinois. Beaucoup de rouge partout, couleur millénaire bien avant le petit livre rouge de Mao. Certains défilés, en France, auront lieu plus tard, comme celui de paris XIII° Chinatown le 17 février, mais en Asie, c'est autre chose ! L'année du Cochon (rose comme la célèbre charcuterie de la rue des Abbesses qui a été détruite il y a longtemps pour laisser la place à un théâtre plein de velours rouge, ou pas). Un temps de cochon, etc... et un jour où il ne faut pas se laver les cheveux, si, si ! Grandes migrations familiales un peu partout en Chine et en Asie cette semaine.


Hier c'était l'anniversaire de Neymar (27 ans et plus de buts), avec un thème autour de la couleur rouge. Vise-t-il une carrière en Chine ? Faisait-il référence au sketch des Guignols sur l'amour soudain des chinois pour le PSG uniquement grâce à lui ? Ou voit-il rouge après sa blessure qui l'empêche de courir, mais pas de danser ? Je sais bien que c'est une micro-nouvelle, mais qui sommes-nous pour décider de ce qui est important ou pas ?


En France, journée de manif "jaune et rouge". Non, il ne s'agit pas des couleurs de Polytechnique (paradoxe) mais d'une manif portée en grande partie par la CGT. Pas que, évidemment, mais quand même. Pour une fois qu'une manif regroupe des petits patrons et des salariés de la CGT, ne nous en plaignons pas, ils voient rouge tous pareils, face à un gouvernement et à un président qui écoute et agite le chiffon rouge de l'insécurité comme un épouvantail contre les rouges-gorges, à ne pas confondre avec les roux-georges.


La journée a pourtant mal commencé avec un gros incendie à Paris, rouge de sang et de flammes. Un incendie vraisemblablement criminel en plein XVI° arrondissement, chez les bourges. Du feu dans la nuit, du rouge dans le noir. Du classique, mais toujours aussi impressionnant.


Et puis ce soir, si vous n'avez rien à faire, une enquête à regarder sur France 2 sur la pêche industrielle et notamment le fameux thon rouge qui affole les palais, en France ou au Japon. Entre sushis et conserves, le thon est un animal recherché. Plein de richesses et de choses bizarres à l'intérieur aussi, le thon rouge est le poisson à la mode dans plusieurs mers du Monde.


Voilà. Le rouge c'est fini pour aujourd'hui. Mais, rassurez-vous, le rouge continuera longtemps à être la couleur de la colère, du sang et du grand théâtre du Monde.

mercredi 16 janvier 2019

A quoi sert l'Europe ? Un exemple concret venu d'Irlande

Il s'en passe des choses en ce moment.

Au Royaume-Uni, Theresa May est en plein "dismay" après le vote massif contre le projet de sortie honorable de l'Union européenne. Un vote sans appel, qui a réuni toutes sortes de positions contre ce texte, des positions complètement antinomiques pourtant. La suite des événements est à cette heure aussi brumeuse que Londres à l'époque de Mary Poppins (l'original ou la suite remake sans originalité). Rule Britannia et la diplomatie anglaise feront le reste. Les britanniques sont vraisemblablement partis pour retourner aux urnes, puisque leurs élus n'ont pas de majorité, quelle que soit la position défendue. Cela ne garantit pas une future majorité cohérente, ce qui est la règle dans un régime parlementaire. Rappelons que Theresa n'est au pouvoir que grâce à un accord avec le DUP, ce micro-parti d'Irlande du Nord qui se bat contre la réunification avec l'Irlande indépendante.

En prime, à la fin de ce billet, quelques Unes de la presse britannique ce matin...
Et si vous appréciez l'humour britannique, regardez cette présentation d'un projet de loi "minute" adopté ce matin au Parlement à Londres en pleine crise !!!



À propos d'Irlande, lisez cet article. Extrait : "Supermac reprochait notamment à McDonald's d'avoir empêché son expansion hors d'Irlande en se servant de la similarité entre le nom de la chaîne irlandaise et le célèbre "Big Mac". L'entreprise de Pat McDonagh, qui compte une centaine de restaurants en Irlande et en Irlande du Nord, espère maintenant étendre ses activités au Royaume-Uni et à l'UE. "Cette décision (...) montre aussi l'importance des institutions européennes pour la protection d'entreprises confrontées à des multinationales sans âme". On trouvera donc peut-être (car il y aura appel) des Big Mac de Superman en Europe. Rappelons que l'Irlande appartient à l'Union européenne et en est très heureuse. Une preuve de plus de l'utilité européenne, qui doit faire verdir de rage (et non de moisissure) les anglais pro-Brexit qui aimeraient avoir la mayonnaise, l'argent de la mayonnaise et la cuisinière en prime.

À propos de MacDo, vous avez vu ces photos, ici dans Le Monde par exemple. À cause du shutdown, Trump a payé de sa poche des burgers et autres saloperies à l'élite du sport américain, puisque les cuisiniers de la Maison Blanche sont au chômage technique. Remplacer la vraie bouffe censée honorer ses invités par de la junk food qui plus est payée par lui (mais forcément déductible de ses impôts personnels) pour faire passer l'idée de son Mur en briques (comme un hamburger trop cuit), voici une conception un peu "sans âme" de la culture, non ? On peut supposer qu'il ne s'agissait pas d'ailleurs de burgers impossibles... mais de bel et bon boeuf américain ! Les USA qui protègent à fond leur marché, et pas que contre l'Europe, la Chine ou les immigrants pauvres, sont aussi en pleine crise budgétaire pour une histoire de quelques milliards et de chiens d'hommes politiques qui marquent leur territoire en pissant contre le mur. Heureusement, les golfs t hôtels de Trump sont privés et fonctionnent. Font-ils des réductions aux fonctionnaires à l'arrêt ?

Et en France, le grand débat est lancé. Le site est en ligne et la lettre de Macron disponible un peu partout (ici à l'Élysée, la plus jolie en PDF). 34 questions détaillées réparties en 21 alinéas et 4 chapitres. On notera le 11ème alinéa sur la biodiversité et donc l'agriculture, pour ne pas pénaliser nos gentils agriculteurs face aux méchants étrangers qui font n'importe quoi, même protégés par l'Europe et la PAC (question 15 de la fiche thématique climat disponible sur le site). Ouf, la bouffe française est sauvée. Reste à savoir comment le faire... Comme pour toutes les autres questions d'ailleurs. Il est possible de participer ou d'organiser des réunions dès aujourd'hui, mais pour écrire une contribution directement en ligna, il faut attendre le 21 janvier (car la fameuse commission du débat public avait pris du retard).

Le 21 janvier ? Mais oui !!! C'est la commémoration de la décapitation de Louis XVI et de la chute de la tête de la France d'alors. Un monarque de moins. O tempora O mores, autres temps autres mœurs. Aujourd'hui on ne décapite plus les chefs d'État : Aux USA on les étouffe à coups de burgers et d'affaires russes avec ou sans vodka, au Royaume-Uni on vote contre eux, et en France on manifeste dans les rues et sur les routes.

Et en Europe ? Les élections approchent. Les Le Pen se frottent les mains puisque ça roule pour eux, ce qui fait baver Mélenchon qui aimerait être plus populiste et populaire qu'eux mais qui doit gérer une crise interne aux Insoumis qui en ont marre se sa chefitude aléatoire. Aucun grand parti, y compris LREM n'a encore désigné sa tête de liste. Le Grand Débat paralyse tout. Et nos hommes politiques, ne sachant où le vent va tourner, manipulent avec prudence leur langue, même en bois.

Comme quoi, les débats servent à quelque chose. Si on refuse la politique de la chaise vide et si on a confiance dans la capacité des organisateurs du débat à ne pas (trop) le manipuler. Car, comme tous ceux qui ont participé à une AG ou autre réunion publique le savent, ce type de consultation est toujours complexe à organiser de manière "objective" pour rester pudique, face à des parties prenantes organisées qui déforment le débat ou à des animateurs qui savent à l'avance ce qu'ils veulent.

Vous avez dit confiance ?

Ah, ces écossais...

J'adore le Cri au-dessus !

Game of Thrones, mais pas le trône britannique, keep calm

Indeed. Jolie photo

De l'importance de la virgule, la fameuse "Oxford comma"

Déjà ?

Ever ??? Wait and see...

mercredi 9 janvier 2019

Épidémie de désinhibition dans la crise actuelle en France

Désinhibition késaco ?

En psychiatrie, c'est ça. Un trouble spontané ou provoqué par des surdoses de médicaments ou de substances variées, lorsqu'on perd les inhibitions classiques qui nous peuplent en permanence (mais de manière variable avec le temps et les situations). Plus de détails ici. À faible dose, la désinhibition est un atout connu socialement, mais à dose plus importante c'est un trouble dangereux.

Je parlais ici de comportements individuels. Quid de comportements collectifs ?

Lisez cet article scientifique sur la "La désinhibition moderne: pour une histoire politique de l’anthropocène". Ardu mais intéressant.
- Et/ou lisez cet article de Pour la Science dont voici l'incipit : "Se masquer pour faire le mal : En recourant à une identité de substitution, l'internaute se sent moins responsable de ses actes – d'où la levée de ses inhibitions vis-à-vis de la violence verbale".
Un dernier lien ? un livre sur la sociologie dont il faut parcourir les pages qui précèdent l'extrait...
- Et un dernier dernier pour la route avec cet article suite à un acte violent des Gilets jaunes à Paris, dont j'extrais la phrase suivante : "Mais il y avait aussi un très grand nombre de manifestants portant un gilet jaune et qui n'ont pas hésité, par désinhibition ou un effet d'entrainement, à se livrer eux aussi à des violences injustifiables".

Pour en venir à mon sujet, lisez ceci, sur la désindividuation en groupe, et cela sur l'anonymat et la désinhibition.

Les comportements actuels (et je ne parle pas ici que des gilets jaunes ou des casseurs, mais aussi des médias, des politiciens et plus globalement des gens de base qui vivent dans cette crise de société) ressemblent fortement à une épidémie de désinhibition. Comme si, dans ce climat pourri, chacun se sentait affranchi de ce qui est le lien habituel au coeur de l'organisme (individu et société). 

Sur un plan global, cette épidémie qui a surgi publiquement avec le début de la crise des gilets jaunes, mais qui était en sourdine depuis longtemps, cette épidémie peut prendre plusieurs formes. Elle peut apparaître et disparaître, ou devenir endémique voire pandémique (explications simples ici). En politique et en social, il peut y avoir des vaccins préventifs ou des traitements curatifs, mais les effets de la désinhibition sont complexes, puisqu'au début cela semble ultra positif et que la "gueule de bois" n'arrive que plus tard. Drogue, opium du peuple et sevrage, quand tu nous tiens...

Alors ?

Alors, si cette désinhibition se diffuse, ce qu'on appelait les naguère les "incivilités" peut devenir mortel (pour un individu, mais pourquoi pas pour une société en tant qu'organisme global) ou à tout le moins incapacitant (suivre les scores électoraux des partis extrémistes aux prochaines élections par exemple).

Qu'en pensez-vous ? Une approche intéressante non ?

PS : Au fait, après tout ce galimatias, bonne année à chacune et à chacun, que cette année soit meilleure pour vous que 2018 ! Bonne santé et bonnes désinhibitions (limitées aux effets positifs).