mercredi 4 novembre 2015

Champagne pour le social ou pour le libéral ? Les deux, mon colonel

Je suis tombé sur ce petit film très instructif et que je trouve intéressant. Je vous le montre. Ce n’est pas de la pub, attention, car je vous rappelle que ce blog est purement personnel et non sponsorisé par qui que ce soit, Marine Le Pen, James Bond, Yoda ou Jean-Luc Mélenchon compris. Le film est en anglais, car issu de The Science Channel



Ce n’est qu’une des façons de fabriquer du Champagne, mais c’est un intéressant mélange entre anciens et modernes. Puisqu’on est en anglais deux citations françaises traduites en anglais à propos de cette boisson de fête :

I only drink champagne when I’m happy and when I’m sad.
Sometimes I drink it when I’m alone.
When I have company I consider it obligatory.
I trifle with it if I’m not in a hurry and drink it when I am, otherwise I never touch the stuff unless I am thirsty.

Lily Bollinger

Come quickly. I am drinking stars
Dom Pierre Perignon

Pourquoi du Champagne ? Voyons ce qu’il y a à fêter :

- L’optimisme du gouvernement qui lance enfin le grand chantier sur la refonte du Code du Travail : deux ans à prévoir (au minimum) ce qui nous amène en 2018 (après 2017 si je ne me trompe pas). Badinter sera chargé de ce lourd chantier juridique qui passionnera tous les étudiants en droit social (j’en connais). On fête donc une démarche de longue haleine qui risque quand même de connaître un virage à 180° en 2017...

- Le nouveau gouvernement libéral canadien est en place. Le premier ministre tout jeune vient de prêter serment et son gouvernement de 30 ministres à parité femmes-hommes est nommé. Une québécoise au développement international et à la francophonie, Marie-Claude Bibeau. On attend les premières annonces réelles, et pendant ce temps on boit du Champagne.

- Vous avez certainement quelque chose à fêter, alors allez-y, ne vous gênez pas ! Moi, je célèbre la rupture de mon tendon d’Achille. Ca mérite bien une coupe de Champagne, non ?

mardi 3 novembre 2015

Chaud et froid sur la COP21

Gros coup de chaud hier pour la COP21 qui commence dans quelques semaines, avec l'accord de la Chine pour venir à Paris et pour signer un accord contraignant. La déclaration commune est ici (elysee.fr).

Extraits : (Je souligne les mots clés importants)

- le Président François Hollande et le Président Xi Jinping renforcent leur détermination à œuvrer ensemble et avec les dirigeants de tous les autres pays afin de parvenir à un accord de Paris ambitieux et juridiquement contraignant, fondé sur l’équité, qui reflète le principe des responsabilités communes mais différenciées ainsi que les capacités respectives, compte tenu des différentes situations nationales, en gardant à l’esprit l’objectif d’une hausse de la température mondiale inférieure à 2°C.
- La France et la Chine réaffirment l’importance cruciale de définir une trajectoire claire et crédible pour atteindre d’ici 2020 l’objectif de mobilisation, par les pays développés, de 100 milliards de financement climat par an provenant d’une multitude de sources, publiques et privées, bilatérales et multilatérales, et incluant de nouvelles sources de financement, afin d’appuyer des actions d’adaptation et d’atténuation transparentes dans les pays en développement et d’améliorer le renforcement de leurs capacités.
- La France et la Chine soulignent qu’il est nécessaire d’inclure dans l’accord de Paris un système de transparence amélioré en vue de renforcer la confiance mutuelle et de promouvoir une mise en œuvre efficace, notamment par la présentation de rapports et l’examen des actions et du soutien. Une flexibilité devrait être offerte aux pays en développement qui en ont besoin compte tenu de leurs capacités.
- Les deux Parties conviennent également que l’accord de Paris comportera des dispositions permettant aux Parties de formuler, communiquer, mettre en œuvre et actualiser régulièrement leurs contributions déterminées au niveau national. Elles sont favorables à ce qu’une revue complète ait lieu tous les cinq ans sur les progrès accomplis en vue de l’atteinte des objectifs à long terme agréés.

François est en Chine et le thème était essentiellement lié à cette COP21. La Chine est le plus gros pollueur de la planète (le plus grand pays d'ailleurs) et son engagement est important, d'autant plus qu'elle va entraîner derrière elle un certain nombre de pays réticents mais sous son influence directe ou indirecte. Petit tableau parlant sur le classement des pays les plus émetteurs de gaz à effet de serre : En comptant l'Union européenne comme un seul "pays", il suffit des quatre premiers pour atteindre 50% des émissions. Les 191 autres pays se partagent donc les 50% restants. A noter le "mauvais" classement des allemands à eux tous seuls.



Evidemment la France n'est pas un pays parfait, loin de là, avec ses paradoxes entre ce que l'on dit et ce que l'on fait et les étripages quotidiens entre écolos purs et durs et les autres. Le bilan de François sera difficile à faire objectivement, en tous cas en interne. En externe, si la COP21 est un succès, même mitigé, il risque de pouvoir sauver ce bilan. Restera à le mettre en pratique, puisque la France dirigera le processus Onusien pendant un an jusqu'à la prochaine conférence et donc jusqu'au début 2017 (suivez mon regard électoraliste)... Nicolas Hulot est pessimiste (c'est son job).

Je ne vais pas vous embêter avec des tonnes de glace fondue de mots sur ce sujet, nous allons tous en boire jusqu'à Noël (avant le Champagne), mais juste quelques informations, en passant :

Il y a des glaciers partout et ils fondent à grande vitesse, vous le savez bien. Des pôles nord et sud aux montagnes un peu partout. Puisque l'on parle de la Chine, il y a l'Himalaya évidemment. Un article à lire sur les difficultés des habitants dans cette région. Un autre exemple de photos spectaculaires avant-après pour des glaciers américains dans le Montana (les USA sont mieux équipés et plus riches que les sherpas himalayens, c'est évident, mais cela ne change rien à la réalité du phénomène).

Mais surtout,

Puisqu'on parle de chaud, il faut en toutes occasion raison garder. En matière de froid, je vous propose juste une superbe vidéo (trouvée ici) d'une bulle qui gèle sous nos yeux. Simple et beau, et en vitesse réelle. A admirer en sirotant votre café au chaud et en regardant soit la mer, soit les arbres, soit la ville polluée autour de vous. Et en pesant à la différence entre l'éphémère d'une bulle et la lenteur immémoriale des glaciers. Une question d'échelle.




Mise à jour : Après tant de beauté, j'ose à peine revenir sur du politique. A lire ici, le projet de "Déclaration des Droits de l'Humanité", qui sera présenté part la France à la COP21 avant de l'être devant l'Assemblée générale de l'ONU à l'automne 2016... Rien que ça ! Extrait : "L’humanité, comme l’ensemble des espèces vivantes, a droit de vivre dans un environnement sain et écologiquement soutenable."

lundi 2 novembre 2015

Boo(g)le

Le Doodle du jour est parlant, non ?


Doodle ? C'est le nom de ces transformations bizarres (et à l'esthétique délicatement ringarde) du logo de Google qui apparaissent chaque jour sur la page d'accueil du moteur de recherche. Ils ont vocation à célébrer un événement et, incidemment, à montrer que Google est cool et dynamique. Ils ont aussi vocation à "fixer la mode". Comme le disent certains experts, lorsque Google change quelque chose dans sa politique graphique - comme avec le lancement d'Alphabet - une grande partie du web suit. C'est exactement comme un créateur de mode qui influence tout le secteur... sauf que le poids gigantesque de Google dans l'économie de l'internet renforce encore cette tendance. Les Doodle peuvent être différents suivant les pays, en fonction de critères marketing ou politiques plus ou moins évidents. On imagine être dans la tête du chef de la rubrique Doodle chez Google. Ca doit être un boulot plutôt fun, non ? (Excusez mon franglais, mais je reviens de l'Afrique anglophone et mon français est un peu rusty, waf, ouaf).

La liste des Doodle est ici. A regarder si vous avez envie de perdre du temps. Il peut donc y en avoir plusieurs par jour, aujourd'hui c'est aussi le jour des morts par exemple, férié dans certains pays pour rattraper la Toussaint de dimanche, hier. Le Doodle ci-dessus est visible dans le monde entier aujourd'hui, sauf... aux USA. Pourquoi ?

Parce qu'à propos de morts, on célèbre (discrètement) aujourd'hui le bicentenaire de la naissance de M. Boole, qui était anglais (donc non américain). C'est mon interprétation et elle vaut ce qu'elle vaut.
Je vous renvoie vers cet article du Hindoustan Times (en Inde) pour y découvrir un point de vue non américain et plutôt british sur le sujet.

George Boole a inventé l'algèbre booléenne et la logique du même nom. C'est à cause de lui que les ordinateurs sont conçus comme ça et que toute la logique binaire a fondu sur l'Humanité comme la vérole sur le bas clergé (breton).

Le monde est donc divisé en deux. Des 0 et des 1 pour les ordinateurs, du on et du off pour le festival d'Avignon les interrupteurs, du vrai et du faux pour les quizz, des oui et des non pour les cérémonies de mariage... Les hommes avaient inventé le découpage binaire du monde bien avant, dès le premier jour en fait (bien ou mal, tuer ou être tué, maître ou esclave, blanc ou autre, con ou pas con...), mais Boole a su formaliser cela dans une logique mathématique stricte permettant d'imaginer puis de construire des automates, des circuits téléphoniques et ensuite des ordinateurs, avec des combinaisons de circuits électriques puis électroniques. Son texte fondateur date de 1847. Il avait 32 ans. Il mourra à 49 ans. Comme le dit Wikipedia "George Boole meurt d'une pneumonie le 8 décembre 1864. Il avait pris froid après s'être rendu au College. Croyant au principe d'analogie, au sens de « soigner le mal par le mal », Mary [sa femme] l'avait alité et aspergé d'eau pour le guérir"...

Son titre phare est ici, en français, et son titre "Les lois de la pensée" marque bien l'ambition de l'auteur. Il a été traduit chez Vrin par un autre philosophe, Souleymane Bachir Diagne, africain célèbre et reconnu à juste titre. Car George Boole était logicien, mathématicien, philosophe et humaniste. Il croyait à l'universalité de la pensée, tout en ayant jamais été à l'Université car trop pauvre. Un pur non-produit du système, reconnu par lui quand même sur le tard. Les maths et la philosophie vont souvent de pair, à la fois en termes de processus de pensée, mais aussi de champs à explorer, dans un ballet rhétorique et logique difficile à démêler parfois. Physique, métaphysique et pataphysique se rejoignent souvent, en fait.

Ca a l'air ridicule comme ça, cette découverte et cette formalisation, mais pour passer de l'informel au formel, il faut souvent des éclairs de génie. Et celui-ci a influencé toute notre société mécanisée.

Il aurait pu y avoir d'autres solutions.

Les logiques ternaires par exemple, avec des états à trois positions au lieu de deux (vrai, faux, inconnu). Certains ordinateurs ternaires ont été construits sur le principe su système trinaire (positif, neutre, négatif) mais sans succès, alors que cela accélère certains algorithmes. Je pèse mes mots, lisez Wikipedia... Ou alors les logiques polyvalentes, comme la logique floue, ma préférée, où il n'y a pas que le vrai et le faux (1 ou 0) mais un continuum de valeurs entre 0 et 1 : je suis un peu vrai, un peu plus que toi mais moins que l'autre...

Monsieur Boole est donc célébré aujourd'hui, dans un monde très binaire, plein d'oppositions de plus en plus fortes et où philosophie et logique combattent la déraison des extrêmes. Peut-être qu'une philosophie ternaire aurait été mieux après tout ? Quelles conclusions en tirez-vous ? (Vous avez quatre heures...)

dimanche 1 novembre 2015

Du temps de cerveau pour... une nouvelle courageuse

Racko s’était levé du bon pied, après une bonne nuit de sommeil. La dernière avant longtemps, c’était certain, puisqu’aujourd’hui débutait la grande Compétition et que Racko y était inscrit. Il en était même l’un des favoris, mais ce n’était pas une raison pour prendre ça à la rigolade.

Il s’était préparé depuis des mois et avait affûté son matériel de pointe, en éliminant tout ce qui était trop lourd ou trop fragile. Car c’était une course d’endurance. On ne pouvait utiliser que ce qu’on portait sur soi, il fallait donc choisir du léger, et on ne pouvait rien acheter ou remplacer, il fallait donc que tout soit robuste. Tout compris, l’équipement et les vêtements de Racko pesaient moins de 15 kilos et il était certain d’être le mieux équipé. Un vrai professionnel, se dit-il avec fierté en se regardant devant le miroir. Et beau, en plus ! ajouta-t-il avec son sourire charmeur de base. Il serait en effet filmé en permanence comme tous les autres concurrents, par sa sphère-drone, qui servait moins au contrôle du règlement qu’à produire de belles images pour les médias internationaux qui adoraient retransmettre cette compétition. Il fallait donc soigner son image, et Racko était particulièrement bon dans ce domaine.

La course allait durer des mois, car il fallait faire le tour du pays à pied, et le pays était grand. Quatre mois, avait-il été estimé, mais il penchait plutôt pour six, compte tenu des pièges fortuits ou mis en place par l’organisation pour les retarder. L’eau et la nourriture ne posaient aucun problème, car le pays était riche et il serait facile de trouver de la nourriture. La vraie difficulté était physique. Résister, et encore résister. Savoir doser son effort, sans regarder les parcours des autres. Trop de candidats avaient perdu, dans les éditions passées, en voulant forcer le rythme pour rester au niveau d’un concurrent, puis s’étaient écroulés de fatigue, quelques jours avant l’autre. Racko savait tout cela, et il avait établi un plan de marche (et de course) qu’il était sûr de tenir. Il avait gardé une marge de manoeuvre, au cas improbable ou un adversaire aurait réussi à se maintenir à sa hauteur.

Certains candidats essayaient de tricher, mais les sphères-drones et les capteurs qu’ils étaient obligés de porter (150 grammes) détectaient tout ce qui était contraire au règlement. Jamais personne n’avait pu tricher. Certains fous essayaient toujours, mais cela ne servait qu’à divertir le public et Racko soupçonnait que les organisateurs les laissaient s’inscrire pour avoir le plaisir de les démasquer en direct, afin de maintenir l’intérêt pour une compétition aussi longue.

Racko ajusta son chapeau réglementaire (200 grammes) et sortit de son vestiaire, sous les acclamations de son équipe. Ce chapeau allait servir à l’identifier de loin. Tous ceux qui voyaient le chapeau avaient interdiction de s’approcher du coureur qui le portait, au risque d’être simplement désintégrés par la sphère-drone, s’ils étaient à moins de dix mètres. Tout le monde le savait. Aucune exception, sauf les autres concurrents qui pouvaient tout faire. Un concurrent qui se dirigeait sciemment vers le public était immédiatement éliminé. C’était là une des autres difficultés de la course, car certains formaient des groupes au-devant des candidats pour les obliger à se détourner. C’était un jeu subtil (pas toujours subtil en fait) entre les concurrents et les spectateurs. Il y a dix ans, lors de la dernière Compétition, seuls trois concurrents étaient arrivés vivants et on avait dénombré plus de 350 morts dans le public. Cette année la course était plus difficile, le parcours plus long et plus épuisant. Il y aurait plus de public aussi.

Racko arriva sur la ligne de départ. Ils étaient cent concurrents. C’était le nombre réglementaire et traditionnel. Les bruits des cent sphères-drones s’additionnaient pour faire un bourdonnement effrayant. Ce son mélangé était l’une des beautés de la Compétition. Il faisait monter le taux d’adrénaline chez tous les concurrents et chez tous les spectateurs, là-bas au loin dans les tribunes ou devant leurs écrans.

Après la ligne, le premier kilomètre était un parcours du combattant classique, mais avec quelques pièges toujours nouveaux pour capter l’attention des spectateurs. Racko n’en avait pas peur. En général, près du quart des concurrents y restait.

Le signal retentit et tous les concurrents se précipitèrent en avant. Racko et quelques autres prirent leur temps. Pas la peine de dépenser trop d’énergie sur ce premier kilomètre. Racko les regarda. C’était vraisemblablement parmi eux que se trouvaient ses concurrents les plus sérieux. Ils n’avaient pas le droit de se tuer pendant ce premier kilomètre, naturellement, sinon la course n’aurait jamais été plus loin. Ils avaient tous leur arme laser (330 grammes) fournie par l’organisation.

Racko choisit sa ligne parmi les dix possibles et sauta dans la première fosse. Il fallait le faire assez vite pour pouvoir en ressortir rapidement. Un exercice facile pour se dérouiller les jambes. Racko sauta... et se foula la cheville droite.

Merde ! se dit-il, assis au fond de la première fosse.

Merde, en effet. Il venait de faire son premier saut et il était déjà handicapé. La course était quasiment finie pour lui. Enfin, elle aurait été quasiment finie pour un autre. Mais pas pour Racko ! Il était connu pour son courage en toutes circonstances. Il défit son sac et en sortit calmement sa pommade (50 grammes) et sa bande élastique (60 grammes), puis il se soigna. La cheville tiendrait. De toutes façons, il faudrait qu’elle tienne !

Racko se releva. Il savait que des millions de spectateurs le regardaient à ce moment précis. Il prit le temps de se repeigner, puis il boita vers l’autre côté de la fosse. Il réussit à la grimper à la force des poignets. Car il était fort. Il boita jusqu’à la fin du parcours. Il arriva bon dernier à la fin du premier kilomètre. Un tiers des participants y étaient restés. Une bonne année, donc ! Cela revigora un peu Racko. Mais ce qui le revigora le plus, ce fut de constater qu’il était premier à l’audimat des concurrents. Son malheur intéressait les spectateurs.

Le reste n’est qu’une simple formalité. Avec la force de Racko et son courage, il ne lui fut pas difficile de continuer. Au bout du premier mois, il n’avait parcouru que le dixième du chemin, car après la cheville, le genou droit s’était mis à flageoler. Racko s’était fabriqué une béquille. Il n’avançait pas vite, mais il avançait, pendant que ses adversaires s’entretuaient ou se faisaient attraper par des groupes de spectateurs puissamment armés. En fait, la popularité de Racko continuait à progresser et il savait que des groupes le suivaient à distance pour le protéger. Il était en train de devenir le héros (ou la mascotte ?) de la Compétition.

Au bout du deuxième mois, il dut ralentir. La hanche était atteinte maintenant et il avait deux béquilles. C’est au quatrième mois, à peu près au cinquième du parcours, qu’il dut s’amputer de la jambe droite qui s’était infectée. A ce moment, il ne restait plus que 9 autres concurrents en jeu et le premier venait d’atteindre la ligne des deux-tiers. Racko était toujours en tête du classement de popularité.

Le dixième jour du quatrième mois, Racko clopinait comme d’habitude avec ses béquilles lorsqu’un flash d’information le fit s’arrêter un instant. Le leader de la course venait d’éliminer les autres concurrents dans un guet-apens très astucieux. Ils n’étaient plus que deux en course et Racko était loin derrière. Mais il continua, non sans s’être repeigné une nouvelle fois. Des pancartes « Racko président » apparaissaient maintenant de plus en plus souvent au bord des chemins.

Lorsque le leader fut éliminé par une foule en colère qui l’avait entièrement encerclé, pour la première fois dans l’histoire de la Compétition, Racko resta le seul concurrent en course. En regardant le flash, il fut pris d’une grande émotion et tomba. Il se foula la deuxième cheville.

Aujourd’hui, après sept ans, la Compétition continue puisque, techniquement, il reste un concurrent encore valide.

Enfin, valide est un grand mot. Racko a en effet été obligé de s’amputer de sa deuxième jambe et de se fabriquer un petit chariot. Le jury a dû se réunir dans ce qui a été l’un des moments forts de la Compétition, pour savoir si Racko ne devait pas être éliminé pour ne plus marcher.  Mais un point du règlement prévoyait que les compétiteurs ne devaient utiliser que leurs membres pour se déplacer. Et le chariot de Racko n’avait pas de roues - ce qui aurait été interdit - et il ne se déplaçait qu’à la force des poignets de Racko.

Aujourd’hui Racko vient de franchir la ligne des 99,99%. Demain, il franchira la ligne d’arrivée. En héros évidemment. Il lui reste un bras valide - le gauche. Il a appris à se repeigner de la main gauche, lui qui était un pur droitier. Demain, Racko aura gagné. Dommage pour lui que la guerre ait éclaté entretemps et que plus personne ne s’intéresse à la Compétition.

Mais cela, Racko ne le sait pas. Il est aveugle et sourd depuis des années et n’est guidé que par sa sphère-drone personnelle, qui a été programmée il y a bien longtemps. Racko sait seulement qu’il va gagner. La ligne d’arrivée l’attend, au milieu du lac radioactif créé par une des premières bombes reçues. Il mourra noyé. Mais heureux !