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samedi 8 novembre 2025

Pas de prix Nobel pour Trump, mais un prix FIFA ?

Donc, Trump n'a pas eu le prix Nobel. Ah, ces norvégiens... Il faudrait les annexer, dommage que le Groenland soit danois, mais vu de Mar a Lago, c'est pareil, non ?

Heureusement Trump a des relations financières avec des amis, des vrais, comme Gianni Infantino, le patron de la FIFA.

La FIFA vient d'annoncer ça. Super, non ? Je vous laisse en tirer les conclusions. D'autres, comme Associated Press ont déjà leur idée... Et vous ?

La cérémonie d'annonce - et de remise - du prix aura lieu en même temps que le tirage au sort de la coupe du monde de foot, le vendredi 5 décembre à partir de 18h heure française, à Washington DC, pas loin de la salle de bal de la Maison Blanche, dommage qu'elle ne soit pas déjà terminée d'ailleurs. Ce qui serait bien, ce serait que le lauréat soit présent, pour une ovation planétaire, non ? Normalement Trump ne partira jouer au golf qu'après le tirage ou sa nomination, histoire de lui aussi taper dans une balle (petite).

À titre purement indicatif, la cérémonie de remise des prix Nobel (déjà annoncés) aura lieu elle le mercredi 10 décembre. Intéressant, non ? Juste le temps de faire du buzz et de démontrer à la planète entière que les 5 milliards d'amateurs de foot pèsent plus lourd que les quelques membres norvégiens d'une académie intello sans intérêt. 

Personne ne sait qui a choisi le lauréat (un individu) même si Gianni Infantino a déjà salué le caractère exceptionnel de Trump à la paix mondiale, que dis-je, galactique, même. Une belle procédure opaque comme on les aime.

La flatterie, comme disent les fabulistes et les philosophes, n'est jamais gratuite. On ne saura jamais combien a coûté ou rapporté celle-ci, si elle se produit bien entendu. C'est quand même une très belle allégorie de notre monde d'aujourd'hui. Mais, je me trompe peut-être...

Vive le foot a-politique et a-fric.



vendredi 17 mars 2023

49.3 degrés pour une retraite à l'ombre

Comme d'habitude en cas d'événement important, une compilation de Unes de la presse française et internationale, 65 en tout.

Il s'agit des Unes au lendemain de l'invocation du 49.3 par le couple Macron-Borne sur le projet de loi sur les retraites. Évidemment un tel sujet ne date pas de ce matin et n'est pas près de s'arrêter, mais c'est une pierre sur le chemin. Une pierre importante. Quelques Unes internationales pour vous faire saliver.

Toutes les Unes sont ici







mardi 2 mai 2017

En mai, fais ce qu'il te plaît, mais ne vote pas Marine et reprends-toi

Un titre de billet un peu simpliste, mais qui est incontournable. Moi, je voterai Macron et cela ne surprendra pas les lecteurs de ce blog. On notera qu'aujourd'hui a été publié les résultats de la consultation sur la plateforme des insoumis. Trois choix seulement étaient possibles : Macron, blanc ou nul, abstention. C'est presque trois tiers (34, 36, 29). On remarquera qu'il y a eu beaucoup d'abstention sur cette plateforme - d'ailleurs - et un sondage réalisé sur les électeurs de Mélenchon (beaucoup plus nombreux que les inscrits sur la plateforme, naturellement plus militants) a mis Macron à 51% et avec une petite vingtaine de % pour Marine, quand même. Le débat fait toujours rage : sans moi ou à contrecoeur. Un vieux débat à la Jean Valjean... Pourtant... Pourtant... Imaginer le FN à plus de 40% est en soi déjà un cauchemar.

Les votes blancs, nuls et abstentions ne changeront pas les pourcentages entre les deux candidats, sauf... si les électeurs possibles de Macron préfèrent ne pas choisir, car alors ils font mécaniquement augmenter le pourcentage du FN. Ce serait la même chose pour des électeurs de Marine qui préféreraient voter blanc par exemple, mais personne n'envisage ce cas de figure. Comment ne pas afficher un pourcentage élevé pour le FN - 40% c'est beaucoup, beaucoup trop ? En votant Macron, c'est simple. Tout le reste est paroles.

Mais en mai, il se passe d'autres choses, sur le plan économique.

Gibert Joseph, la créature du frère aîné, absorbe Gibert Jeune. Une première depuis la séparation entre les deux frères en 1929... Le haut du Boul'Mich achète le bas et la boutique historique du père fondateur. Une révolution chez les intellos du quartier et dans le monde de la librairie, puisqu'on parle ici de très grandes librairies, parmi les plus importantes de France. Un soulagement pour les lecteurs qui ne savaient jamais chez lequel aller, même si les deux marques devraient cohabiter. On espère quand même une rationalisation dans les librairies spécialisées, et le monde de l'occasion. A titre personnel, j'aime aller au rayon littérature de Joseph Gibert lors d'une rentrée littéraire, histoire de picorer dans les piles de livres neufs des livres d'occasion revendus dès réception par des journalistes ou des collègues écrivains, histoire de se faire un peu de ronds comme Du Bon Nanan (le nouvel allié de Marine), des livres souvent dédicacés à des chers amis qui s'en sont séparés plus vite que le son ne passe entre les deux Gibert.

Tati cherche un repreneur, pour ses magasins un peu partout et aussi pour son navire amiral à Barbès. Pas la fin de la marque, qui a déjà été rachetée plusieurs fois depuis la cessions par son fondateur. Tati reste un symbole de ce quartier populaire et un lieu où les produits sont aussi peu chers que les vendeuses ont du caractère, deux avantages inestimables. Les vendeurs d'objets cheaps se bousculent pour reprendre en entier ou par morceaux cette enseigne qui a encore une bonne image et qui a banalisé à la fois le vichy et le gros sac en plastique renforcé.

Enfin, bonne nouvelle d'aujourd'hui, la France (comprendre : une entreprise française) récupère des marques étrangères et pourtant appréciées de tous : Malabar, Carambar, Rochers Suchard, Poulain, Krema, La Pie Qui Chante, Pastilles Vichy... Au lieu de se faire intoxiquer par des bonbons immigrés même si les usines sont en France, nous pourrons nous plonger dans les délices de la confiserie française. Le bonbon patriotique, il n'y a que ça de vrai !

mardi 18 octobre 2016

Sujets québécois cycliques

Je suis à Montréal pour quelques jours, pour y réfléchir sur l'économie et le rôle des universités. 

Un vaste sujet où les vraies questions ne sont pas souvent abordées, cachées comme elles sont derrière des contextes locaux très divers. Le tissu économique, comme on dit, est imprimé de motifs très différents suivant les pays et les moyens de porter ce tissu difficilement comparables, en particulier pour les étudiants. En Afrique les pagnes aux couleurs fantastiques sont souvent fabriqués et imprimés en Europe, aux Pays-Bas par exemple.

La mondialisation est effective mais les emplois qui y sont liés sont très volatils. Ils dépendent entre autre des accords commerciaux entre "zones". Le CETA ? On en parle ici évidemment beaucoup. L'accord Canada-Europe était donné comme déjà signé avec une réunion de simple formalité aujourd'hui au Luxembourg puis une signature en grande pompe le 27 octobre. Patatras  le parlement wallon s'y oppose et a choisi d'exercer son droit, dans ce bizarre mode de gouvernance fédéral où l'accord des trois parlements belges est nécessaire pour ce type de texte, malgré les pirouettes du gouvernement belge et les tentatives de contournement de la Commission européenne. 

La presse canadienne est surprise et ne comprend pas vraiment. A chacun son mode d'organisation du circuit de décision. Il est vrai que les systèmes de gouvernance sont très différents : une Belgique fédérale où les communautés ont un poids très fort, une Européenne non fédérale pù l'unanimité est la règle et un Canada où les provinces n'ont pas d'autonomie internationale, ou si peu. Au Canada l'accord est presque unanime (mais pas selon les belges) même si on en a peu parlé. Le Devoir a pondu un article intéressant à lire sur le sujet. On y apprend pêle-mêle que les producteurs locaux de fromage s'inquiètent (ici aussi), que 80% des échanges se font naturellement avec les USA et qu'il est nécessaire de faire tomber les barrières douanières avec l'Europe (y compris les britanniques ?). La Presse (de Montréal) relaie elle un appelle du premier ministre du Québec aux francophones de Wallonie. 

Entre francophones on devrait s'aider non ? Ben non justement. La Francophonie économique n'existe pas encore, c'est clair. Heureusement, les universitaires cherchent à l'inventer (ad libitum, coda et boucle infinie)

Boucle infinie comme le temps, même s'il se réchauffe. Fin de l'été indien ici et températures douces aujourd'hui, jusqu'à 23 degrés, si,si même s'il ne fait que 5 ce matin. Quelques photos aériennes alors, prises hier. 








lundi 10 octobre 2016

Economie et statistiques

Les statistiques sont partout, et parfois pas vraiment à une place pertinente.

On en parle dans le monde politique, avec les sondages en masse pour chaque élection, ou même pour des pré-décisions. Il y en a tellement dans ce domaine, qu'il y a des experts qui ne font que colliger les sondages et en faire des moyennes, comme si en moyennant des choux, des carottes et autres légumes, on pouvait obtenir une soupe qui aurait plus de goût. En France on se déchaîne autour des primaires de la droite (et du centre ?) et aux USA de la présidentielle prochaine. Sauf les spécialistes, tout le monde se fout de la méthode ou des fourchettes et autres écarts statistiques. On ne retient que le "centre" des estimations, dont on discute les moindres frémissements. Le sondage politique obtient ainsi ses lettres de noblesse, en devenant un objet à part entière. Cela permet d'influencer le résultat des votes, en mobilisant ou en démobilisant les électeurs de tel ou tel camp à l'avance, que cela soit réel ou pas.

On en parle souvent dans les domaines de la vie courante, sous forme de palmarès bâtis sur des "indicateurs" indiquant ce qu'on veut bien leur faire dire. Un exemple ici sur les classements des lycées, mais cela s'applique à tellement de choses, sous formes d'étoiles, de "Like" ou de

On parle beaucoup de statistiques en économie, en ce jour de (faux) Nobel d'économie. Là aussi, les calculs d'indicateurs divisent les économistes : il y a souvent désaccord sur la construction même des chiffres, puis sur leur interprétation, idéalement des deux. Sans compter certains économistes qui ont été pris la main dans le sac en trichant sur leurs données (un exemple ici).

Aujourd'hui le prix Nobel d'économie a été donné à deux chantres de la "théorie du contrat", cette théorie hyper libérale qui dit que tout est dans le contrat (où est la loi ?) et donc dans l'articulation de ses clauses. Le Nouvel Obs, par exemple, n'aime pas ce Nobel d'économie, en général et répercute une théorie sur le pourquoi de sa création, très politique et néolibérale. On est loin des statistiques... et pourtant. Ls négociations détaillées des contrats sont basées, comme les tables des assureurs, sur des statistiques très précises.

On fait aussi des statistiques sur les Prix Nobel d'économie. Tant qu'à faire, pourquoi pas ! Un article du Figaro nous rappelle le profil-type, très largement celui du prix 2015. En 2016, le choix correspond aussi parfaitement au portrait. Comme si c'était un critère de choix ? Et si c'en était un, par mimétisme ? Ce n'est pas ça qui va changer la statistique moyenne de l'épaisseur de votre porte-monnaie en fin de mois, c'est certain !

Tout cela n'empêche par les politiciens de s'envoyer des noms d'oiseaux à tour de bras, sans aucun appui logique sur des chiffres. Aux USA on a atteint le paroxysme du débat sous la ceinture t avec des chiffres bidons entre un Trump phallo et vulgaire mais se repentant (on y croit, on y croit)  et une Hillary gênée aux entournures par sa vie privée d'avant. En France, Sarkozy essaye toujours de conduire la danse des prétendants, et, comme les chiffres ça ne sert à rien pour des électeurs assoiffés de sang, il en rajoute dans le spectaculaire, un référendum par-ci et un référendum par-là... Quant à François, il essaye de nous faire croire qu'il ne recevra peut-être pas Poutine la semaine prochaine. Alors que :
- Poutine viendra, c'est sûr, pour inaugurer sa cathédrale orthodoxe moscovite et son centre culturel (on y reviendra car c'est un futur lieu emblématique de Paris, négocié par Sarkozy)
- Depuis quand la France ne reçoit-elle pas des présidents même autocrates ou dictateurs ? Il suffit de compulser la liste des réceptions officielles à l'Elysée, d'Ali Bongo aux roi saoudien. La politique de la chaise vide n'est jamais bonne, surtout quand on se targue, comme en France, de vouloir parler à tout le monde et les amener à discuter - sur la Syrie évidemment mais aussi l'Ukraine. De toutes façons, pour l'inauguration, il y aura Sarkozy et Fillon au moins.

La France ? Combien de divisions (dans tous les sens du terme) ? Il faudrait pondre une statistique...

mercredi 28 septembre 2016

Y'a des industrie(l)s qui se portent mieux que d'autres

Petit tour industriel de l'actualité.

Alstom
Gros pataquès dans ce secteur. Le PDG est auditionné à l'Assemblée nationale, pendant que le gouvernement cherche des occupations à l'usine de Belfort, sans pouvoir trop influencer la SNCF ni les marchés publics, coincé qu'il est entre résoudre ce problème et en créer d'autres. Le temps où on faisait entrer une tôle dans l'usine et où il en sortait une locomotive es semble-t-il révolu. Mais ni Chevènement, ni Montebourg, ni Macron ne sont là pour désembourber le gouvernement. On attend donc une annonce gouvernementale pour savoir si cette usine peut continuer. Un paradoxe ? Non, pas dans dans ce secteur industriel lourd et lourdement encadré par l'Etat. Les manifs d'hier pour protester contre cette situation ont été très suivies, bien au-delà des 400 personnels concernés.

La SNCF
Justement, la SNCF, mais SNCF Réseau, ceux qui gèrent les infrastructures. Sur un autre front, notre compagnie nationale est menacée d'un redressement fiscal car le fisc, toujours à la recherche de cash, veut requalifier des aides de l'Etat en subvention déguisée, alors qu'il s'agit du remboursement par l'Etat au lieu des collectivités territoriales des péages. Les péages sont ces droits à payer par la SNCF entre autres pour passer sur les rails et infrastructures gérées par cette société (comme pour une autoroute). Cela ne change rien a priori, sauf que c'est imposable autrement et que sans faire de l'évasion fiscale, l'ardoise risque donc de grimper. Une manière très française de ponctionner un peu plus sur des flux d'argent, payés par l'Etat. Un beau sujet pour étudiant à l'ENA, non ? (S'il arrive à faire le trajet Paris-Strasbourg).

Les industriels de la bière
Les actionnaires des deux géants de la bière ont donné leur accord pour leur fusion (le rachat de l'un par l'autre) pour créer un super-géant qui on espère ne se transformera pas en Nova explosive. Le siège sera à Louvain (Leuven pour les intimes), en belgique flamande, mais si près des wallons... Un certain nombre de vos (mes) marques favorites de bières vont se retrouver dans le même gosier giron, sauf certaines qui ont dû être revendues, notamment au mini-géant japonais Asahi, bien connu de ceux qui fréquentent les restaurants japonais. Un industrie où ça va bien. La bière se vend bien un peu partout, surtout sur les marchés en développement (commercial ?) comme l'Afrique.

Samsung
En photo, même ! (prise avec un iPhone, merci, Apple va bien - pour le moment).
Samsung va très mal, depuis le retrait obligé de son produit phare, le Galaxy Note7 suite à de nombreux problèmes de batteries qui prennent feu. C'est un problème de conception qui a été reconnu par Samsung, un accident industriel comme on dit pour ne pas dire une grosse connerie.
A Paris, place de l'Opéra, il y a une grosse pub, sur le modèle de celles qui ornent les immeubles en travaux. Cette photo a été prise lors de l'installation de la bannière, mais on dirait bien qu'elle était prémonitoire, non ? Un produit qui se casse la gueule avant même son lancement. Pour mémoire le produit est en cours d'échange partout et son lancement a été retardé, comme en France et même en Corée du Sud, son pays natal. Une industrie de ce type marche beaucoup par le marketing. Ici, le bad buzz est terrifiant : toutes les hôtesses demandent aux passagers des avions de ne pas charger/allumer leur Samsung pendant les vols, par exemple. Si ça n'est pas de la mauvaise publicité, ça...


Blackberry
Le roi déchu du téléphone d'entreprise a annoncé aujourd'hui qu'il arrêtait de fabriquer des téléphones lui-même. Il sous-traitera en Chine à Taiwan en Corée du Sud en Indonésie, et restera dans le logiciel seulement. Une nouvelle marche dans la chute inexorable des "vieux" leaders d'un marché qui a profondément changé. Une industrie pourtant porteuse, mais où les regroupements sont là aussi inéluctables.



vendredi 2 septembre 2016

Apple une compagnie plus américaine qu'européenne ? Ah, ben ça alors...

Revenons un peu sur l'affaire financière de la semaine. Il s'agit de la décision de l'Union européenne d'obliger Apple à payer des taxes en Europe (Irlande). L'affaire est simple mais est interprétée de diverses façons par les différentes parties prenantes.

Pour l'UE, les sociétés qui font des bénéfices dans l'UE doivent payer des impôts dans l'UE. C'est simple (130 pages de rapport quand même). Les mécanismes habituels des multinationales pour échapper légalement à l'impôt ne sont pas ici remis en cause, puisque toutes les compagnies le font. En obligeant l'Irlande à encaisser les milliards qu'elle aurait dû faire payer à Apple au lieu de lui laisser la liberté de les transférer vers des paradis fiscaux boites aux lettres, l'UE affirme et ré-affirme un droit fiscal supranational, que beaucoup dénoncent... mais pas dans ce cas précis bizarrement.
Un graphique de l'UE explique ce qui se passe avec Apple.


Pour Apple, et son patron Tim Cook (qui vient d'encaisser un tiers de sas actions, soit dit en passant), c'est un gros scandale et un tissu de mensonges. Si, si, ils payent des impôts en Irlande et seraient les plus gros contribuables de ce petit pays... Et ils ont le droit de faire de l'optimisation fiscale puisqu'elle n'est pas interdite aux USA (exemple du Delaware ou d'autres paradis américains). Le fait que cela puisse écorner l'image de la compagnie (l'une des plus belles images actuellement) ne semble pas l'émouvoir. L'histoire de l'optimisation fiscale était pourtant bien connue, ainsi que la "complicité" avec le gouvernement irlandais. Mais l'annonce est difficile à gérer en terme d'image. Comme le suggèrent certains, il vaudrait mieux pour Apple (qui engrangent des profits et une capitalisation énormes) dire qu'ils payent des impôts ici et là (Irlande, USA entre autres) et qu'il n'y a pas de débat. En voulant combattre l'UE, Apple se met dans la position du méchant contre le bon (Ô paradoxe).

Pour le gouvernement irlandais, la patate est très chaude. Réaction virulente d'ailleurs. L'Irlande est un petit pays et un petit paradis fiscal, dénoncé comme le Luxembourg en son temps. Apple y est devenu un symbole. L'Irlande, coincée entre le Royaume-Uni (dont l'Irlande du Nord) et l'UE cherche un positionnement pas évident. Le choix du moment par l'UE n'est pas anodin, car il interpelle évidemment les britanniques en plein Brexit. Le gouvernement a décidé de faire appel contre cette décision, après quelques palabres internes. Il ne reste plus qu'à obtenir l'approbation du Parlement...

Pour l'opposition irlandaise, la situation est caricaturale car l'argent qui aurait pu être perçu aurait permis d'améliorer la vie des irlandais, en fonctionnement et en investissement. 13 milliards (le montant fixé par l'UE) c'est le montant annuel de l'assurance maladie dans le pays. Admirez cette jolie farandole de pommes devant le siège du gouvernement irlandais... Une bonne occasion de marquer une différence politique, dans un pays très directement touché par le Brexit à venir (ou pas).


Pour les fans d'Apple, le message est complexe, entre fidélité (Apple forever) et aveuglement (l'UE nous emmerde) d'une part, et cynisme (Apple n'est pas le pire) ou oeillères (tant pis j'achète Apple quand même) d'autre part. Le message d'Apple à sa "communauté" est clair : Nous sommes bons et les autres sont méchants ! Le sites de fans et de spécialistes Apple sont très circonspects : ils sont "indépendants" mais reposent aussi sur de la pub, une perception positive de la part d'Apple et le soutien de deux lecteurs/abonnés. A la lecture des articles sur ces sites, on voit peu d'opinions affirmées pour défendre un point de vue de citoyen européen... Grandeur et décadence de la presse, même indépendante.

Pour les citoyens américains, vu de loin, c'est à la fois une attaque incompréhensible de lointains barbares contre un des symboles de la culture américaine qu'on le veuille ou non. Lisez cet article d'un chroniqueur Apple qui compare très justement les deux points de vue, de chaque côté du big pond. Les américains préfèreraient évidemment que les compagnies US payent des impôts aux USA, mais tant qu'à ne pas en payer, autant ne pas les donner à l'UE, non ? D'ailleurs cela pourrait accélérer le rapatriement de recettes d'Apple aux USA comme annoncé (pour le président suivant, qu'on espère être une présidente). Le New York Times ne soutient pas complètement Apple. d'ailleurs

Pour les citoyens européens, enfin, c'est une victoire de l'Europe. Un jour, les bénéfices réalisés par les entreprises dans un pays seront imposés dans ce pays, en évitant les transferts vers des structures fantômes. Mais en attendant, c'est un coup de semonce. En utilisant Apple comme étendard de cette politique, il s'agit d'emporter l'adhésion de la population : ceux qui sont pro-Apple et qui ne peuvent décemment pas protester (moi par exemple), ceux qui sont anti-Apple et qui se réjouissent goguenards, et les autres qui s'en foutent mais qui voient que l'UE sert à quelque chose.

Même si toute cette affaire risque de durer des mois ou des années, il s'agit d'une marche importante que vient de monter l'UE. Bravo à elle (et donc à nous).




mardi 24 mai 2016

Premier sommet mondial sur l'action humanitaire

C'est son logo
Ni les cinq anneaux olympiques, ni l'arc-en-ciel des mouvements LGBT

Ça se passe en Turquie, à Istanbul, et c'est le premier du genre, à l'initiative du Secrétaire général des Nations-Unies dont le mandat se termine bientôt et ce n'est pas un hasard : une sorte d'héritage pour l'avenir. Mais y aura-t-il un deuxième Sommet ?

Avant de parler de l'éventualité d'un deuxième Sommet, parlons de celui-ci. Site officiel ici. Il réunit Etats et ONG mais les ONG y ont comme d'habitude dans ces enceintes onusiennes une place réduite. L'objectif attendu est d'aboutir sur des mesures concrètes... Ces attentes sont jugées irréalistes par beaucoup, notamment à cause du boycott dont le Sommet a fait l'objet. Les russes se sont déclarés déçus et ne participent pas au Sommet, ils en refusent même par avance les conclusions (lire un article algérien là-dessus ici), tandis que parmi les pays du G8-1, le G7, seule l'Allemagne y est avec force, avec Angela en vraie star du Sommet. La France est représentée par l'obscur ministre de la Francophonie et du développement, André Vallini, par l'AFD et indirectement par Ségolène qui préside la COP21. Parmi les ONG, Médecins sans frontières a refusé d'y aller avec un communiqué cinglant dénonçant l'hypocrisie de certains pays (ah bon ?), mais Care y est par exemple.

Quand on dit premier Sommet, on se demande pourquoi il n'y en a pas eu avant, pendant les 70 ans d'existence de l'ONU. Il parait qu'on vit la par crise humanitaire depuis... un certain temps. En tous cas la candeur affichée de l'ONU est assez déroutante, quand ils disent : "Nous commençons à comprendre que la vie des conflits est plus longue que ce que nous avions coutume de penser". Ah bon ? Il y aurait une pré-crise avant la crise, puis une résolution en sortie de crise, puis même un accompagnement post-crise ??? Ça alors ! Sauf que traiter les causes d'une crise avant la crise c'est souvent perçu comme de l'ingérence...

La mesure de l'humanitaire est souvent difficile à prendre pour les acteurs concernés , d'autant plus qu'on parle ici de toutes sortes de crises humanitaires, impliquant l'humain à des degrés divers ou pas du tout :

  • Les Etats qui sont directement impliqués n'aiment qu'on vienne se mêler de leurs affaires internes dans ces crises, qu'ils réfutent même parfois complètement, ou alors ils sont complètement submergés et cherchent des moyens. Dans beaucoup de cas, les circuits d'aide passent par les gouvernements locaux et subissent donc, plus souvent qu'il le faudrait, des prélèvements pour faux frais et autres détournements liés à des niveaux parfois importants de corruption systémique.
  • Les Etats voisins rejettent la faute sur leurs voisins, justement, ou érigent des murs pour se protéger en propageant le plus vite possible le problème ailleurs
  • Les autres Etats, plus lointains serrer les fesses et s'occupent avant tout des diasporas présentes en leur sein, sauf quand ils ont des liens forts avec la région (Allemagne-Turquie par exemple).
  • Les organisations intergouvernementales imposent des procédures bureaucratiques lourdes et raisonnent en statistiques, avec des consensus longs à trouver et difficile à conserver sur la durée
  • Les grandes ONG réagissent vite mais n'arrivent pas toujours à assurer leur indépendance par rapport à des gouvernements qui cherchent à orienter leur action ou des militaires qui cherchent à profiter de leur présence pour combattre les opposants
  • Les petites ONG ont peu de moyens et de visibilité.
  • Le secteur privé qui aide via ses fondations
  • Le secteur privé qui vend ses produits... 
(exemple ici de l'humanitaire selon Facebook, une vraie vision !)

Un tel Sommet est donc l'occasion pour plein d'acteurs (mais pas tous) de se rencontrer. 6000 participants a priori, c'est déjà ça. Une grosse machine, ou plutôt un gros bordel. C'est un travail de longue haleine et l'enceinte de l'ONU n'est pas forcément la meilleure. Les avis sont très contrastés sur ce Sommet et plutôt sceptiques. En voici quelques-uns choisis pour leurs angles différents : un avis africain de Guinée et un autre avis du Gabon, un avis catholique français, l'avis officiel de la Chine qui en profite pour investir dans les pays en développement, l'avis officiel de la Turquie qui en profite pour se faire valoir (et il y a du boulot en matière de démocratie...) et l'avis de la voix officielle de la France RFI qui a au moins le mérite de détailler les mesures proposées.

Le "Grand Bargain" est donc un pacte (non contraignant) qui devrait essayer de concilier aide et efficacité dans le cas des crises humanitaires, quelles que soient leurs causes. Il s'attaque à certains points cruciaux que la "communauté internationale" n'a jamais réussi à résoudre. Un exemple :
La simplification des formalités pour les ONG de terrain. « Un programme d’aide peut être financé par 10 donateurs et chacun a son propre système de suivi, de gestion, etc., explique le secrétaire fédéral de croix rouge croissant rouge Elhadj As Sy. L’allègement consiste donc à faire des analyses communes au niveau des donateurs, à s’accorder sur un rapport qui servirait à tous. Cela permettra d’alléger tout le temps qui est consacré à l’administration, à la bureaucratie, pour des résultats beaucoup plus probants ». C'est un vrai problème, permanent dans tous les programmes de coopération internationale, chacun croyant être seul maître à bord sur son frêle esquif, au lieu de participer à une flottille coordonnée de bateaux d'aide. Ca peut faire sourire ceux qui n'ont jamais été confrontés à ce problème, mais c'est bien pire que de devoir remplir un formulaire de l'administration française (si, si, vous pouvez me croire). Il ne suffit pas de dire que c'est un problème, il faut le résoudre. Un peu de scepticisme ici ne me parait pas superflu...

Grand Bargain ? Un grand compromis, un compromis ambitieux, une grande entente ? Une rhétorique inventée aux USA à l'occasion de la chute du mur de Berlin en 1991 et porteuse d'une idéologie néolibérale du marché ? Une expression qui n'aura de valeur que si le texte final est à la hauteur sinon il risque de n'être que grandiose ou même grandiloquent.

Et quid d'un deuxième Sommet alors ? Pas tout de suite en tous cas. Même si ce premier Sommet n'est pas un coup de Kalachnikov dans l'eau.

Ce billet sera actualisé lorsque le texte final sera disponible...


jeudi 12 mai 2016

Economie et social : de droite ou de gauche ?

Les débats politiques sont souvent confus, parce que leurs porte-parole entretiennent cette confusion, ce qui leur permet de passer souvent à la télé, pour simplifier. On en a vu les effets lors des grandes réformes "de société" clivantes et qui traversent en général les partis classiques, en tous cas la droite et la gauche. Entre ceux qui affirment les racines chrétiennes de l'Europe comme un modèle toujours dominant et ceux qui combattent toute forme d'homophilie en multipliant les paroles et les actes homophobes, il y a peu d'espace pour des débats sereins. On clive pour le plaisir de diviser.

Dans le domaine de l'économie et du social, c'est encore plus bizarre. Il y a un emportement général à la moindre annonce, comme si ces questions pouvaient être traitées dans l'urgence et à court terme. La différence droite-gauche existe-t-elle encore ?

Avant c'était simple : la droite était capitaliste et la gauche marxiste. Ensuite, tout le monde est devenu capitaliste, avec des nuances : plus de poids pour la finance et donc la spéculation ou plus de poids pour l'investissement productif et les humains ; plus de poids pour une rentabilité à court terme ou pour des solutions à long terme ; des gains de productivité au profit des actionnaires ou des travailleurs ; les (très) riches contre les (très) pauvres avec la majorité (les autres) au milieu, coincés dans le marais de la vie quotidienne... On pourrait allonger longtemps la liste.

La gauche de la gauche accuse donc les socio-démocrates réformistes (le PS actuellement au pouvoir) de mener une politique de droite. Les partis de droite et du centre (droit) accusent les mêmes de ne pas réformer assez. Pourtant, il y a des différences entre droite et gauche, dans ces domaines économiques et sociaux.

Lisez par exemple le programme électoral de Juppé, le favori actuel de la droite et du centre pour les primaires. Son discours est sans surprise, venu de la droite, mais il résume bien l'écart avec un discours de gauche (même venu de la droite de la gauche, si vous me suivez). Résumé ici par exemple. On y trouve pêle-mêle des mesures clairement de droite et des mesures que de toutes façons tout gouvernement au pouvoir devra prendre, quelle que soit sa couleur (les deux mon colonel). Si vous mettez ce programme entre les mains d'un "homme de gauche" il sera obligé de reconnaître qu'il y a une vraie différence avec l'action actuelle du gouvernement ou son programme. Mais personne ne le fait, car peu de gens lisent les programmes (ou les textes de loi), car ils sont complexes à lire, et surtout parce que personne n'y croit.

C'est d'ailleurs pour cela que le débat se déplace en-dehors du pouvoir constitutionnel et formel. Entre patronat et syndicats pour de plus en plus de questions, à l'échelle nationale ou dans les grandes entreprises. Ou dans la rue et sur les places de France, avec les Nuit Debout et autres initiatives d'origine populaire. Il n'empêche que ces affrontements visent à définir une ligne politique de gauche, plus ou moins réaliste et applicable, en l'absence d'un grand soir ou d'une révolution populaire. D'ailleurs la plupart de ces débats portent sur la forme du débat, sur une manière de donner la parole au peuple, sur des institutions et processus démocratiques renouvelés. Pas sur le fond économique et social.

Au moins, dans ces domaines économiques et sociaux, l'avantage c'est qu'on ne parle pas du tout du FN, puisque son programme est jugé par tout le monde complètement idiot et inapplicable, au-delà des effets de poignets sans manches de sa présidente. Ce n'est pas un hasard si les sondages montrent que les questions qui préoccupent le plus les français sont actuellement d'ordre économique et social. C'est un domaine dans lequel les gens ne sont pas prêts à accepter l'inévitable avec un fatalisme passif, alors que dans le domaine de la sécurité et des libertés, chacun espère pouvoir passer à travers les gouttes.

Si la droite arrive au pouvoir, elle essayera d'appliquer un programme du type de celui de Juppé, puisqu'il y a peu de différences dans ce domaine avec ses concurrents pour la primaire. On est à cent lieues de la "Loi travail". La loi "Profit" qui serait alors votée à l'été 2017 serait bien pire pour les travailleurs. Ceux qui considèrent, à gauche, qu'il vaut mieux revenir dans l'opposition et ne pas gouverner, plutôt que d'essayer de modifier les choses, font un choix évident... pour eux (avec ou sans lapsus). Ceux qui assimilent Macron à Juppé ne lisent pas ce qu'ils écrivent. Mais chacun agit comme il le souhaite.  Voter plus à droite que ses convictions est un crève-coeur pour tout militant. Idem pour un électeur de droite convaincu qui devrait soutenir un social-démocrate. Et je ne dis rien des centristes puisqu'ils ont disparu, sauf à ressortir Bayrou tous les cinq ans de la naphtaline.

A titre d'exemple, une déclaration intéressante du Conseil économique et social (justement)  à lire sur "le chômage qui tue". En tous cas, le fossé entre les deux sensibilités (de gauche et de droite) dans l'économie et le social n'est pas près de disparaître. Croire le contraire c'est, finalement, jouer le jeu de l'autre, quelqu'il soit.


mercredi 4 mai 2016

Que les chiffres soient avec vous !

4 mai, May the fourth be with you...

Comme chaque année, le jour spécial Star Wars nous revient grâce à un jeu de mots en anglais digne de ce blog. Opération évidemment commerciale... sauf que depuis la sortie du dernier Star Wars 7ème du nom, on attend presque tous le 8ème. Je comprends mieux pourquoi il y avait un si gros stand Star Wars lorsque je suis allé dans un hyper la semaine dernière. Ce stand voisinait avec un machin spécial Euro2016 et vive les Bleus... Tout est bon pour le chiffre d'affaires.

Nous avons appris ce matin que l'élection présidentielle se terminerait le 7 mai 2017 (le second tour, le premier étant deux semaines avant, le jour de la Saint-Georges). Si je pars du principe que le quinquennat se finit symboliquement ce jour-là, je signerai donc ce jour mon 1830ème billet (comme la révolution à l'époque des Misérables, celle de 1848 étant réservée à Zola). Je n'ai pas encore décidé si cela sera le dernier billet de ce blog dans sa version actuelle (un billet généraliste par jour), mais ça sonne bien. Notez bien qu'en 2017 le premier et le 8 mai tomberont un lundi. Donc on votera en plein week-end de trois jours, c'est tant mieux pour le pêcheurs à la ligne abstentionnistes. Je pronostique donc un chiffre record d'abstention le 7 mai 2017 sans risque de me tromper.

Le chiffre à la mode aujourd'hui est 15 millions, le salaire que reçoit le patron de Renault-Nissan. En soi il choque par sa taille, mais surtout parce que le Conseil d'administration l'a approuvé malgré l'avis contraire de son assemblée générale, ses mandataires. Comme si un petit nombre d'élus se contrebutait de ce que pensent leurs électeurs. Ca ne vous rappelle rien ? Ce qui compte dans ce cas est le côté arbitraire du chiffre, en plus de son montant. Paradoxe des temps modernes, cela permet par exemple à Macron et à NKM de partager la même critique de ce type de décision régalienne. Le chiffre-roi ?  Le chiffre des rois ? Les rois des chiffres opaques ?

5000 est-il divisible par 49-3 ? Cinq mille amendements ont été déposés dans le cadre du débat à l'Assemblée nationale sur la loi Travail, et le gouvernement se rapproche de plus en plus de l'usage du 49-3 (détails techniques ici) car il lui manque une quarantaine de votes "pour" au dernier pointage. La démocratie n'est pas qu'une histoire de chiffres mais elle est pourtant basée sur des chiffres dans toutes ses décisions de vote. La démocratie suppose une qualité dans les chiffres, qui doivent être conformes à la réalité, loin des urnes bourrées, des listes électorales trafiquées à coup de résurrections de morts votant bien, des feuilles d'émargement raturées, et des coûts financiers de campagne en explosion. A ce titre les changements prévus pour la prochaine élection présidentielle ont inquiété les petits candidats, car le principe d'équité permettra de leur donner moins la parole, et les gros candidats, car le contrôle des dépenses sera plus intensif, après les égarements de 2007 et 2012 dans le camp Sarkozy entre autres.

A propos de cette qualité, ou plutôt du contrôle (permanent) de cette qualité, c'est bien Areva qui semble s'être fait coincer cette semaine. Si les chiffres ont bien été truqués par Areva et ses sous-traitants, il s'agit d'un scandale qui peut coûter cher à cet acteur majeur de l'énergie nucléaire en France et dans le monde. S'il suffisait de corriger les chiffres qui sont (un peu) trop hauts pour les remplacer par la moyenne contractuelle pour fabriquer et vendre des pièces, tout le monde le ferait. En maquillant des chiffres, si c'est le cas, pour montrer un processus irréprochable, les fabricants incriminés ont montré là une irresponsabilité totale, même s'ils arguent que cela était une pratique courante dans la sidérurgie. Il s'agit de pièces sensibles, surtout pour des centrales nucléaires censées durer longtemps pour lesquelles le savoir-faire "français" est vanté, par rapport à des concurrents de moindre qualité, chinois ou indiens... Très mauvais pour l'image de marque. Très mauvais aussi pour la notion même de qualité, puisqu'on a découvert à cette occasion que le "service qualité" dépendait de la direction de la construction, à la fois donc juge et partie... avant de redevenir indépendant très récemment.

C'est aujourd'hui, par ailleurs, que la Banque centrale européenne annoncera si elle supprime le billet de 500 euros, malgré la pression des allemands (j'en ai parlé ici). 500, cinq cents euros, presque 3300 francs de l'époque révolue où la Banque de France régnait sur la France, à peu près 100 grammes d'or... Je sais que cela va changer votre vie, mais rassurez-vous, il ne s'agit que d'arrêter la fabrication de ces billets. Les anciens continueront à être valables et à pouvoir être utilisés dans les nombreuses arnaques qui ont besoin de peu de volume.

Aux USA, 2 est devenu 1 cette nuit, chez les républicains, puisque Trump (horreur ! horreur !) est seul en course maintenant pour la primaire. Un sondage a d'ailleurs dévoilé pour la première fois qu'il pourrait gagner contre Clinton dans la vraie élection... Les chiffres peuvent être effrayants de temps en temps.

Je profite de l'occasion pour faire une différence entre nombres et chiffres. Lisez cette référence scolaire pour bien comprendre. Un chiffre est un symbole (il y en a dix de 0 à 9) alors qu'un nombre est composé de chiffres et mesure quelque chose (une quantité ou un ordre suivant qu'il est cardinal ou ordinal). Un peu comme la différence entre une lettre et un mot, sachant qu'il peut y avoir des mots d'une lettre et des nombres à un chiffre. Cela peut paraître idiot, mais quand on y regarde de plus près cela ne l'est pas. Un tableau sérieux mentionne toujours des nombres, mais les médias parlent toujours de chiffres : chiffres du chômage par exemple, comme si chaque chiffre avait son importance, dans une sorte de dissection de la pensée qui ne s'occupe que du détail (le chiffre) au lieu d'avoir une vision d'ensemble (le nombre). C'est une confusion classique, on parle par exemple de "faits et chiffres" dans les publications grand public, comme si la notion de nombre était réservé aux producteurs de savoir et celle de chiffre à ss consommateurs, plus nombreux et moins éduqués.

Les chiffres écrits sont une chose. Leur véracité en est une autre. Sinon on peut écrire n'importe quoi, comme 1+1=3 et donc en déduire tout ce qu'on veut.



lundi 2 mai 2016

Un nouveau venu dans la famille des leaks, #TTIPLEAKS

Greenpeace (Pays-bas) s'est procuré un extrait conséquent du projet de traité transatlantique sur le libre échange entre les USA et l'UE. Texte intégral ici sur leur site, en anglais.

Appelé TTIP ou TAFTA selon votre langue, ce projet de traité est en cours de négociation. Le texte est réputé être secret et c'est la première fois qu'on en voit autant de parties disponibles à la fois. Cela ne va pas faire plaisir aux américains, puisque du côté européen et depuis le début, la transparence est assez bonne sur le mandat donné par les Etats membres. La version diffusée par Greenpeace date du 29 avril et est donc forcément déjà obsolète. Certains croyaient que le traité pourrait être signé en 2016 (avant la fin de mandat d'Obama) mais c'est mal (ou plutôt bien) parti, car il y a beaucoup de points de divergence. Les allemands ont pris le parti des USA pour essayer d'obtenir une signature rapide, mais ça coince dans beaucoup de pays, dont la France qui est aux avant-postes contre un traité mal négocié. D'ailleurs même le préambule affiche une préférence pour un traité ambitieux plutôt qu'un texte bâclé pour être signé rapidement.

Ces péripéties sont donc profondément modifiées par la publication aujourd'hui d'une version du texte. Chacun va pouvoir regarder en détail les parties qui l'intéressent, le texte couvrant vraiment  un spectre très large.

Quelques commentaires :

Comme d'habitude dans ce genre de texte, un certain nombre de points sont liés aux différences de langage, entre anglais de Grande-Bretagne et anglais d'Amérique. Exemple :
[EU: provide
[US: supply] a service
La plupart du temps ces petites divergences ont peu d'impact sauf pour les profs d'anglais et d'américain comparés, mais cela peut avoir des conséquences graves lorsque ces mots se rattachent à des législations très différentes. 

C'est pourquoi chaque partie du texte commence par des définitions, comme dans la partie 4 sur les télécommunications et l'Internet. Les USA par exemple cherchent à sortir les câblo-opérateurs américains dédiés à la télévision de l'accord, à une heure où pourtant la convergence internet-télévision est flagrante. La notion d'acteurs majeurs est omniprésente. Comprenez par là "les multinationales". Le pouvoir des Etats leur est officiellement transféré dans un grand nombre de domaines.

Greenpeace est forcément intéressé par toutes les questions liées à l'environnement et au vivant (dont les humains). Sur ces points, leur communiqué de presse est inquiétant (VF ici). Un certain nombre de principes historiques pour l'Europe ne sont pas cités, comme le principe de précaution ou celui sur la protection de l'environnement pourtant fondamental pour l'OMC : "None of the chapters we have seen reference the General Exceptions rule. This nearly 70-year-old rule enshrined in the GATT agreement of the World Trade Organization (WTO), allows nations to regulate trade “to protect human, animal and plant life or health" or for "the conservation of exhaustible natural resources" [1]. The omission of this regulation suggests both sides are creating a regime that places profit ahead of human, animal and plant life and health".

Si vous ne lisez qu'un texte sur les 16 disponibles, lisez le dernier puisqu'il liste les points de désaccord entre les parties (EU et USA) et l'état d'avancement des discussions. En lisant cela on se dit qu'il y en a pour longtemps puisque chacun essaye de pousser l'autre à accepter le maximum de compromis. Les USA cherchent à minimiser les contraires réglementaires et à faire de cet accord un traité qui s'impose aux autres régulations européennes, alors que les européens essayent de garder le texte cohérent avec les actuelles et futures régulations européennes. Un vrai débat de fond. Un état des lieux des discussions en cours, où chacun valorise sa position ? Il n'empêche que si les européens restent fidèles à leur parole, il n'y a pas grand-chose à signer pour eux là-dedans, sauf des trivialités.






samedi 16 avril 2016

Samedi, business as usual

La vie des riches est difficile, heureusement quelques bonnes nouvelles surviennent de temps en temps. 

Prenez les Panama Papers par exemple. Ceux qui sont passés à travers ont vite ajouté une couche de secret à leurs comptes offshore et on imagine que d'autres compagnies ont proposé depuis des solutions clés (du coffre) en mains pour protéger leurs avoirs moyennant finances. Alors tout va bien, malgré la réunion d'hier du G20 sur les finances et sa décision de publier une liste noire de paradis fiscaux blancs comme la mouette après l'échouage d'un pétrolier. Rassurez vous, un non américain a toujours le droit de créer une société écran anonyme au Delaware, faut pas pousser mémé dans la roseraie au fond du parc du château quand même ! La décision du G20 a été portée par cinq pays européens mais elle reste du domaine du symbolique. 

D'autant plus que le Parlement européen a voté cette semaine une directive sur le "secret des affaires" sous la pression des grandes entreprises internationales et à la demande de la droite, majoritaire dans ce super-parlement. Si vous vous demandez quel est l'impact de ce vote, lisez cet article sobrement intitulé Les « Panama papers » auraient-ils été possibles avec la directive sur le secret des affaires ? La réponse est clairement non... malgré les précautions oratoires de certains députés. Une bonne nouvelle pour les riches puisqu'il suffit de changer de paradis fiscal pour ne plus être inquiété et pour attaquer en justice tout lanceur d'alerte ou journaliste. L'Histoire a de ces cruautés !

Mauvaise nouvelle par contre. La Banque Centrale Européenne veut retirer le billet de 500 euros de la circulation. C'est pourtant un billet pratique pour cacher d'importantes sommes d'argent dans un faible volume. C'est le billet favori des trafiquants en tous genres et c'est pour diminuer ces trafics que la BCE souhaite le supprimer. A l'époque de la création de l'euro, ce billet avait été imposé par les allemands qui adorent l'argent liquide et les gros billets depuis longtemps. Le billet de 1000 marks était utilisé avant l'euro, sans parler de celui-ci



Rassurez-vous donc, mesdames et messieurs les riches lecteurs, tout va aller de mieux en mieux pour vous. Les pauvres sont de plus en plus nombreux mais les riches sont de plus en plus riches. Tudo bem, comme disent les riches corrompus au Brésil. Ayons juste une pensée émue pour la présidente du Brésil qui fait face à un vote de destitution. Ah, la démocratie... 

Heureusement en France on a la droite et Macron pendant que Hollande est parti au Liban visiter la Suisse du Moyen-Orient. Tudo bem !


mardi 5 avril 2016

Canopée à Paname

Alors que se déploie l'affaire des papiers de Panama (chapeau les journalistes) et que se distillent les noms des personnalités, organisations et banques impliquées, la vie ne s'arrête pas de tourner. Aujourd'hui c'était le tour de l'extrême droite et de la famille Le Pen d'être épinglés avec des hallebardes de conquistadors, après Messi hier (qui joue d'ailleurs ce soir mais c'est du foot, pas de la finance... Quoique). 

Les avocats ont plein de boulot en ce moment, super pour eux, qu'ils soient fiscalistes ou internationaux, contrairement aux jeunes qui défilent dans la rue ou occupent certaines places de France, avec comme emblême La République elle-même. La Nuit Debout n'a que ce nom pour le moment, les républicains ayant été préemptés par Sarkozy. Les étudiants se préparent pour samedi avec une semaine chargée. Par exemple, ici, les tracts distribués à La Sorbonne avec le menu :


Il y a d'autres sujets évidemment qui interpellent les parisiens, comme les taxis qui veulent la mort des VTC et le retour à un monopole d'il y a deux siècles, en plus de se faire racheter leurs licences spéculatives par les utilisateurs de leurs taxis. De quoi ne plus avoir envie de prendre le taxi quand on peut se le permettre et qu'on n'a pas une voiture avec chauffeur privé pour vous emmener partout, immatriculée au Panama (ah non, zut, ça c'est seulement pour les yachts). Un peu énervant tout ça.

Heureusement la CanoPaname est arrivée et va nous sauver. Lire ce très bon article du Monde sur le projet architectural des Halles qui n'ont plus de halle que le nom, et encore. La Canophalle ??? Bon, le seul problème du Monde en ce moment, c'est qu'ils parlent tellement de Panama qu'il reste peu de place pour le reste. Les publicitaires s'en sont rendus compte puisque, sur les versions mobiles du site du Monde, il faut effacer une pub avant d'y entrer, une pub plein écran... pour Rolex, la montre de pauvres qui ne peuvent pas se payer une Apple Watch Diamond édition... A moins que la régie du Monde ait le sens de l'humour ? Venez découvrir les joyaux de Panama ? sous les papiers, la Rolex, comme on ne disait pas en 1968 (cf. le tract ci-dessus).

Pour revenir à ce nouveau toit poétique de Paris, version artificielle d'une canopée de jungle urbaine (Les Halles), le contraste est saisissant avec le bordel extérieur des travaux. Il fallait pourtant bien que Anne Hidalgo se montre avant son élection prévue à la tête du C40 (c'est pas le CAC40 et la bourse, mais plutôt le club des 40 plus grandes villes engagées dans la lutte contre le changement climatique). Rassurez-vous, elle est la seule candidate et comme ça au moins elle n'embêtera pas François pour la non-primaire socialiste.



Et ça va rester encore longtemps comme ça, car les travaux ont pris du retard (surprise !) mais les commerçants voulaient ouvrir le plus vite possible (surprise !).

La CanoPaname va donc attirer des millions de touristes (hum). On s'y habituera, comme on s'est habitué à toutes les horreurs dans ce coin de Paris depuis la fin de Baltard. Moi, au début, j'avais cru que cela deviendrait une vraie canopée en partie végétalisée. 

Oui, oui c'est la même, en théorie...

Il ne manque plus qu'un canal à Paname pour être heureux dans notre paradis fiscal.

vendredi 22 janvier 2016

Davos, esclave du fric, monastère de la parole

En Latin Davos (Davus, Dave) était un nom fréquemment donné aux esclaves par les patriciens dans les pièces de théâtre classique chez les romains. Un nom qui est presque devenu générique. A Davos en Suisse, il n'y a pas beaucoup d'esclaves (sauf ceux qui servent les riches) mais beaucoup de patriciens. Les démocrates puissants d'aujourd'hui qui vivent dans leur bulle. Sans compter tous ceux qui aimeraient devenir calife à la place de leur calife particulier. Un souvenir peut-être de ce qu'était la démocratie, la chose publique - la res publica - quand elle était réservée à une élite mâle, blanche et riche.

Davos est donc en pleine activité. Son fondateur vieillit mais est toujours là (photo) avec ses deux prompteurs.


A Davos, il s'agit de nouer le plus possible de contacts. Les politiques sont là pour accompagner leurs entreprises et montrer leurs muscles. En France, il y a de plus en plus de ministres présents (je parle des actuels et pas de ceux qui viendront après le remaniement prochain). Valls a serré la main de Bono mais s'est fait voler la vedette par le chouchou des patrons, Emmanuel Macron, en pleine ascension politique. Ce n'est pas à Davos qu'il verra de vrais gens, mais ce n'est pas grave. Cette année, Sarkozy n'y va pas (Pas assez bien payé la conférence ?)...  Mais il est en pleine promotion de son livre et n'a pas le temps. En plus François consulte les partis sur la révision constitutionnelle aujourd'hui et le rencontrera. François n'ira pas à Davos cette année (il y était l'année dernière, Sarkozy en 2010 et en 2011).

Davos, c'est un marché et un forum à la fois. Au-delà des discours aux différentes tribunes, c'est bien dans les discussions en petit groupe que se négocient et se mettent en place les projets "innovants" puisque ce mot est dans toutes les bouches. Les prises de rendez-vous se font à l'avance, comme pour les stars hollywoodiennes. Et c'est en regardant les agendas qu'on peut voir la popularité ou non des invités. Cette année, les français sont plus populaires et jugés plus intéressants. Plus "socio-démocrates décomplexés" et moins "Montebourg".

De quoi parlent-ils donc, à part de fric ? Il y a le terrorisme (et son impact sur le business), les migrants (et les problèmes de transport et d'infrastructure) et aussi les suites de la COP21 (où faire du fric ?). Les énergies renouvelables sont l'un des coeurs du sujet, moteur d'un développement industriel important. Pour vous en persuader lisez cet article sur Davos par l'Agence de presse chinoise : "Forum de Davos : la 4ème révolution industrielle sera conduite par les énergies renouvelables"... On y retiendra cette phrase : "La Chine est déjà une exportatrice majeure de technologies d'énergie propre. Par exemple, plus de 60% des panneaux solaires de la planète sont fabriqués en Chine". Cela me fait penser à cette déclaration entendue à Davos, de la PDG du groupe pétrolier italien ENI, Emma Marcegaglia, ancienne patronne du Medef italien : « Quand il y a une innovation, les Américains la transforment en succès. Les Chinois la copient. Et les Européens... la réglementent. »

Peu auront le temps de skier à Davos Klosters (puisque c'est le vrai nom de la station). D'ailleurs Klosters veut dire monastère en allemand. Gageons qu'il y aura encore moins de moines ou de nonnes à Davos que d'esclaves...

vendredi 15 janvier 2016

L'automobile est-elle un lobby ? No, no et Re-no

La réponse est oui, évidemment. Et puissant dans de nombreux pays, dont la France, comme on a pu le vérifier depuis le scandale Renault.

Est-ce un scandale d'ailleurs ? Ca dépend de quoi on parle... Les faits d'abord. L'organisme français de certification des véhicules a lancé une campagne de mesure sur les autos disponibles en France, suite au scandale Volkswagen dont on a parlé ici. D'autres constructeurs auraient-il triché en installant des systèmes truqueurs pour fausser les contrôles anti-pollution ? Depuis le lancement de cette campagne, une vingtaine de modèles ont été mesurés, sur une centaine de prévus. Et comme des écarts ont été observés sur certains - Renault pour le moment - des perquisitions ont été conduites (c'est le cas de le dire) dans certaines usines Renault. A ce jour, aucun trucage n'a été trouvé, mais des écarts importants en ce qui concerne les émissions de gaz polluants, CO2 et NO2... La direction de Renault a cru que ces perquisitions pouvaient rester secrètes, naïvement ? Dès qu'elles ont été connues, la panique a soufflé sur tout le monde.

Politiquement, les ministres se sont mouillés. Ségolène a confirmé qu'aucun logiciel truqueur n'a été trouvé, donc qu'il n'y avait pas de scandale comme pour Volkswagen qui a triché. Marron a insisté sur le fait que Renault n'avait pas commis de faute. Grosse peur politique car Renault c'est un symbole intouchable en France, dont l'Etat est un actionnaire important. Il s'agit d'éviter des dérives politiques ou des attaques contre l'incurie du gouvernement, sa complicité ou des risques de manifestations sociales. En tant que ministre de l'environnement, Ségolène demande à Renault la mise aux normes de ses moteurs. On attend les tests Peugeot pour la suite.

Socialement il y a des inquiétudes, comme il y a eu au plus haut niveau en Allemagne pour Das constructor Nassional. Les syndicats s'inquiètent et ont alerté sur les perquisitions, comme une étape dans leur combat contre une direction jugée un peu autiste par eux. En plus de Renault, il y a tous les sous-traitants en amont et tous les garages et distributeurs en aval. Et il y a PSA aussi. Le diesel est le plus visé par ces émanations polluantes et il représente 50% en France pour ces constructeurs nationaux. Des dizaines de milliers de chômeurs en plus au bas mot, ce n'est pas le moment. Sans compter les surcharges de travail pour modifier les processus de contrôle et de production. On ne réoriente pas en quelques mois un appareil industriel de cette taille, même en se limitant à certains modèles (Espace Diesel par exemple, par ailleurs en chute libre dans les ventes, puisque remplacés de plus en plus par des SUV et autres crossovers de beaufs frimeurs et frustrés).

Financièrement, l'action Renault a pris 10% de baisse en un jour. Gros gadin. Inquiétudes sur le moyen et long terme, avec des anticipations de coûts importants pour corriger le tir. Sans parler de plaintes éventuelles de consommateurs ou d'associations environnementales.

Car le coeur du sujet est lié à l'environnement. Tout le monde sait que le diesel pollue beaucoup, et plus qu'annoncé officiellement. Cette campagne de mesures le révèle publiquement de manière éclatante. Il n'est plus possible de faire comme si, surtout après la COP21 et au moment où François drague les écolos. Les oeillères tombent et le cheval (vapeur) est aveuglé par la lumière de la transparence médiatique.

Il reste l'Europe et ses contradictions. C'est l'Union européenne qui définit les normes de contrôle en la matière. Tous les jugent trop laxistes et ne tenant pas assez compte des conditions réelles d'usage des véhicules. Mais jusqu'ici toutes les tentatives - notamment celles du parlement européen - ont échoué pour les renforcer. Un effet direct du lobby automobile en Europe.

Quelle que soit donc la manière dont on regarde les événements Renault de cette semaine, il n'y a que des mauvaises nouvelles. Et c'est pas fini.


jeudi 15 octobre 2015

Gazole qui désole

Annonce surprise du gouvernement hier pour rapprocher le prix du gazole du prix de l'essence.

Surprise ? Cela fait longtemps que les gouvernements essayent de s'y mettre, mais aucun n'avait osé avant. Ce mouvement plus rapide que prévu est sans doute dû à la conjoncture :

- dans un climat général de baisse des impôts, mesure phare du budget 2016 en discussion actuellement au Parlement, une annonce qui va alourdir graduellement la fiscalité des propriétaires de voitures à moteur diesel, mais en échange de nouvelles baisses de taxes (locales) pour les plus démunis. Un bon timing budgétaire.

- le scandale Volkswagen qui a permis depuis des semaines de mesurer le caractère polluant de ces moteurs, au point qu'il est nécessaire de tricher pour respecter les normes. Un scandale qui touche l'image de VW et de ses marques, mais qui touche l'ensemble de l'industrie automobile, et en France particulièrement car l'écart de prix a conduit les acheteurs à se tourner de plus en plus vers ces voitures, devenues le fer de lance de nos (chers) constructeurs nationaux. La nocivité du diesel est donc de plus en plus acceptée, même par les non scientifiques. Un bon timing médiatique.

- la COP21 en décembre où la France pourra annoncer cet effort pour l'environnement, un parmi d'autres, comme Engie qui annonce arrêter les centrales à charbon. Un bon timing international.

Evidemment tout cela va prendre du temps, mais c'est intéressant de voir une telle décision prendre vie. Le gazole a plein de défauts et de conséquences négatives sur l'environnement et la santé humaine (cancers du poumon et de la vessie par exemple). Cela s'inscrit d'ailleurs dans une normalisation de certaines taxes qui datent d'il y a bien longtemps et qu'il est temps de nettoyer, comme la gabelle du sel. On appelle encore aujourd'hui les douaniers des gabelous, car ils récoltaient la taxe à l'époque. Le débat actuel au Parlement sur la taxe tampon est à ce titre édifiant et symbolique d'une société française très phallocrate, cf le petit film ci-dessous tiré d'ici.



Mise à jour : Regardez ceci, pour voir ce que donnerait vraiment un tampon "produit de luxe"...

Tout ceci n'a aucun rapport avec le diesel, qui est asexué, mais montre bien l'absurdité de certaines taxes et surtout des différences de taxes entre produits comparables, qui ont été discriminés au fur et à mesure à coups de mesures transitoires qui durent toujours. Mise à jour : le Parlement retoque la baisse de la TVA sur les produits d'hygiène féminine... Je reste sans voix.

Mais revenons à nos diesels. L'histoire de la TIPP devenue TICPE pour inclure les nouveaux types de carburants (mixtes, bio et électriques) est édifiante. Lire ici sur Wikipedia. J'aime particulièrement la comparaison avec la gabelle, la taxe sur le sel, qui a été à l'origine de révoltes (et même de la Révolution) et qui n'a été abolie en France qu'en 1945 !!! Il s'agit d'une taxe indirecte dont les bénéfices vont aux collectivités territoriales. Elle a connu toutes sortes de vicissitudes, comme la TIPP flottante. A une époque les taxes (TIPP+TVA)  pouvaient représenter jusqu'à 80% d'un litre de carburant (gazole ou essence) mais aujourd'hui on est en dessous de 50%.

Il ne s'agit pas de supprimer cette taxe juteuse pour l'Etat et ses collectivités, mais de réduire le gap : arriver à un juste milieu entre montant de la taxe sur le gazole et sur l'essence. Un centime de plus ici mais un centime de moins là, sachant que l'écart actuel frôle les 20 centimes. Le gazole serait en fait plus cher que l'essence à la pompe si les taxes étaient identiques, incroyable non ? Normal, car le moteur diesel consomme moins que celui à essence. Le problème est donc de savoir où sera le point d'équilibre, sachant que 80% du carburant consommé est justement du gazole. Le gouvernement annonce +1 et -1 centime en 2016 et en 2017, mais il ne peut s'engager au-delà pour des raisons évidentes. Reste que toutes les évolutions doivent être lentes dans ce domaine, car les industriels doivent adapter leurs produits. Le remplacement d'une voiture diesel de plus de 10 ans par une voiture fonctionnant avec d'autres énergies vient d'ailleurs de bénéficier d'un doublement de l'aide (1000 euros maintenant). Tout ça mettra du temps. Statistiques détaillées ici.

C'est une mesure qui sera impopulaire, car visible à la pompe immédiatement, et spécialement auprès des professions de la route (transporteurs, cars, taxis et autres Uber) qui sont avec une écrasante majorité équipés de moteurs diesel. Il faut s'attendre à des protestations prochaines de ces professions qui sont pourtant la plupart du temps exonérées en partie de cette taxe.

Les constructeurs vont avoir cinq ans pour s'adapter, car la demande pour des moteurs non diesel va progresser et leurs usines ne sont pas toujours prêtes pour ces moteurs. Ils vont automatiquement activer leur lobby et menacer de pertes d'emplois ou de frais de développement en augmentation. On peut donc s'attendre à des quémandes de leur part, le truc habituel en France, lorsqu'on remplace l'innovation par une subvention de l'Etat. Choix industriel stratégique qui a déformé notre société. Mais après tout, il a bien fallu, un jour, remplacer les allumeurs de réverbères au gaz par des lampadaires électriques, non ?

mercredi 23 septembre 2015

Troll maladif et obscène

L'affaire du jour se passe aux USA. Elle n'a rien à voir avec la visite du Pape ou même celle du numéro 1 chinois. Il s'agit de cette histoire d'augmentation de prix d'un médicament essentiellement destiné aux malades atteints du VIH-Sida. Un article du Figaro ici, mais lisez plutôt là en anglais.

Un troll (Martin Shkreli) - comprenez un fonds d'investissement véreux, un hedge fund - a racheté les droits sur des vieux brevets pour un médicament (Daraprim) et en a augmenté le prix de 5000%, soit pour passer de 13,50$ à 750$ en une seule fois. Ce médicament date de plus de 60 ans et avait été inventé pour certaines maladies aujourd'hui quasiment disparues mais il est maintenant très utilisé par les malades atteints du VH pour lutter contre la toxoplasmose qui les menace particulièrement. Il y a longtemps ce médicament était déjà passé de 1$ à 13,50$... C'est le seul médicament efficace dans ce cas. Pas de générique, car le marché est trop petit.

L'argument invoqué est simple : l'argent récolté nous servira à financer des recherches - comprenez le rachat de nouveaux brevets tombés dans l'oubli pour faire fortune en augmentant de manière obscène les prix, sans aucun souci des conséquences pour les malades. Enorme levée de boucliers aux USA et Hillary Clinton en a fait un de ses combats (électoraux). Le troll annonce qu'il va rétropédaler...

Ce comportement de troll est bien connu. Il ne s'agit pas de compagnies ayant créé des produits et essayant de les vendre le plus cher ou le plus longtemps possible. Il s'agit de compagnies fantômes sans infrastructures rachetant des brevets et essayant de les monnayer, soit à coup de procès pour obtenir des royalties, soit en augmentant drastiquement les prix et le coût des licences. On connait bien cette catégorie dans le cas de l'informatique. Il y a tellement de brevets dans ce domaine qu'il y a des dizaines de compagnies trolls qui fleurissent sur ce marché. Il faut savoir qu'aux USA par exemple on accorde souvent des brevets pour un peu n'importe quoi.

Mais le marché médical était à peu près protégé jusqu'à l'initiative scandaleuse de Turin, la boite trolleuse qui fait le buzz. Un mauvais buzz pour le coup, mais dont son patron ne s'émeut pas. Il a dit sur Twitter qu'il était là pour faire de l'argent et a envoyé un doigt d'honneur à la presse. Vive le marché libéral non régulé !

Cette nouvelle tombe assez mal pour un pan entier de l'industrie technologique américaine, car le développement des biotechnologies est pressenti par tous comme un futur eldorado. Ces mélanges entre médecine et technologies devraient nous envahir dans les années à venir avec des profits énormes. Il y a de l'innovation ici, évidemment, mais la guerre des brevets y fait rage. Et les trolls sont nombreux à attendre leurs proies, à côté des "gentils" inventeurs. Les investisseurs se précipitent en effet sur tout ce qui bouge dans le secteur, au cas où.

La science c'est beau, non ?

lundi 21 septembre 2015

Volkswagen : Gas Auto

Gros scandale pour le constructeur allemands d'automobiles dont les pubs envahissent nos écrans. Alors que VW vante la qualité de ses voitures, la qualité de l'entreprise et la qualité environnementale de ses produits, le constructeur vient de se faire épingler aux USA (et peut-être ailleurs aussi, à suivre).

Depuis plus de six ans, les modèles sophistiqués vendus aux USA (Beetle, Audi, Passat, Golf...) étaient presque tous équipés d'un dispositif pour tricher sur les émissions de gaz. Il s'agit de modèles diesel. Les émissions de particules fines - particulièrement surveillées car très dangereuses pour la santé humaine - étaient truquées : un "logiciel" installé spécialement par le constructeur - ou son importateur ? - détectait à quel moment était lancé un test anti-pollution par les autorités américaines et modifiant les émissions de gaz pour les ramener en-dessous de la limite autorisée. Ce dispositif très temporaire permettait donc aux presque 500 000 voitures identifiées de passer sans problème les contrôles officiels et de se voir décerner un diplôme de qualité environnementale, l'un des arguments forts de vente de VW aux USA entre autres.

Une vraie triche, une vraie arnaque, comme le vendeur de voitures d'occasion du coin est capable de vous en faire (Helle Nixon). Sauf qu'ici on parle d'une arnaque industrielle - de série - et d'un groupe allemand à envergure mondiale qui fait le contraire de tout ce qu'il dit. Le patron de VW se dit "navré". Le pauvre homme. On espère que sa retraite chapeau sera encore assez dorée pour lui permettre de s'acheter quelques châteaux dans un pays exotique.

Il arrive souvent que les constructeurs doivent rappeler certains véhicules pour un défaut de fabrication. Cela arrive à tous. Et de plus en plus souvent. Mais un dispositif de triche organisé à cette échelle - et ce n'est que le début de l'affaire - est inédit, proprement inédit si j'ose dire. Quelques têtes vont tomber, c'est sûr et vous pouvez vous attendre à un marketing "de crise" encore plus puissant de la part de ce constructeur qui nous vend "das auto".

Le marketing, c'est fantastique. C'est un bel outil d'information et de rêve. Mais entre les mains de gens malhonnêtes - car il y a forcément beaucoup de gens malhonnêtes dans cette histoire - le marketing est une arme létale. Mortelle pour les humains de la planète, because pollution au-delà de normes déjà très permissives, mensongère pour les acheteurs de tels véhicules, méprisante pour les autres. On a beau le savoir "en général" on ne peut qu'être surpris une fois de plus par la non-éthique de certains.

Je remarquerai, pour finir, que la plupart des analystes s'inquiètent plus pour le cours en bourse de VW que pour l'environnement. A quelques mois de la COP21, c'est plaisant. Angela va devoir ramer pour justifier le bon comportement de son pays, connaissant le poids économique et politique de VW en Allemagne. Et en France alors ? On attend les réactions de PSA, notre champion national du diesel.

vendredi 31 juillet 2015

Croissant du matin

Petite histoire matinale et parisienne. Une histoire d'un jour d'été plutôt beau, où la Ville se vide suffisamment pour qu'on commence à y entendre le chant des oiseaux. Un matin agréable avec des rues encore vides à cette heure. Une place typiquement parisienne avec quelques cafés et leurs terrasses. Les rares touristes sont tranquillement installés en dégustant leur breakfast continental ou pas, mais avec croissant quasi-obligatoire, car on est en France quand même !


Le gros flot des touristes arrivera plus tard, car la matinée est assez belle pour être grasse. Ou parce que la faim viendra après la première balade du jour. Il faudra donc plus de croissants (et de tartines). Les parisiens connaissent ce ballet fréquent des matins tranquilles lorsque vous entrez dans un bar pour commander votre café-croissant et qu'on vous répond "Ah, on n'a plus de croissants, mais attendez un peu, on va en chercher".  La serveuse sort alors tranquillement et revient quelques minutes plus tard avec un sac tout doit sorti de la boulangerie voisine, dont un croissant chaud, pour vous spécialement. C'est un ballet qu'on ne voit plus beaucoup de nos jours.

Ce matin, donc, je suis entré comme souvent dans l'un de mes cafés favoris pour y commander mon café-croissant. Je ne sais pas vraiment pourquoi, mais ce matin j'ai eu beaucoup de mal à me sentir réveillé. J'étais un peu dans le coton. En arrivant au comptoir j'ai cherché des yeux le serveur habituel mais il était occupé à l'autre bout. Après tout, on n'est pas aux pièces, me suis-je dit. Je vais attendre qu'il ait fini avant de commander. Et je l'ai regardé. Il était en train de remplir deux grilles avec des croissants surgelés. Puis il a remis le sac de surgelés dans le petit congélateur au-dessus du bar et il a enfourné les deux grilles dans le four de la cuisine - un beau four bien moderne.

Quand il est revenu, je lui ai commandé "un café et un croissant surgelé, s'il vous plaît" avec un grand sourire. S'en est suivi un grand débat autour du comptoir, duquel il est ressorti les points suivants :

- Entre les deux-tiers et 80% des boulangeries font pareil : leurs croissants (et autres viennoiseries, pâtes ou pâtisseries) sont surgelés et achetés chez les mêmes fournisseurs à partir de pâtisseries industrielles. En tous cas à Paris mais il semble que cela soit pareil un peu partout. Je me suis renseigné depuis. Quelques articles en parlent, ici ou ici. On pourrait dénoncer cette pratique industrielle, mais elle se répand de plus en plus. Elle n'est pas d'origine américaine et c'est même le contraire. Lisez cet article par exemple et vous y découvrirez qu'une des grandes entreprises industrielles françaises de "pâtisserie" exporte aux USA des donuts (Horreur Homer) car ils ne savent pas les faire aussi bien là-bas...
- Cela leur revient nettement moins cher - quoique la différence pour le consommateur ne soit pas évidente ;)
- Il y a des moyens de reconnaître un croissant surgelé d'un "vrai", comme ici, mais cela ne change pas grand chose quand on est "prisonnier" d'un café ou d'un boulanger situé au bon endroit près de chez vous ou de votre travail.

Mon croissant était bon. Correct en tous cas. Suffisant pour mes papilles endormies du matin et pour ma langue encore un peu alanguie. Mais j'ai tout de suite pensé à des souvenirs de très bons croissants (au beurre normand évidemment) et à cette sensation de fondant qu'on ne trouve pas dans ces croissants "modernes" un peu secs comme s'ils avaient vieilli avant l'âge, alors même qu'ils sont plus frais et cuits plus récemment que si une serveuse était allée les cherches dans la boulangerie du coin (qui vraisemblablement part de produits surgelés également).

Je me suis promis d'identifier autour de mes lieux de passage les vraies boulangeries qui font leurs croissants et qui les font bien. Mais c'est un pari difficile à tenir, surtout au mois d'août à Paris où dans certains quartiers c'est le désert des tartares boulangers, vrais ou faux. Et je vous conseille de faire la remarque, à chaque fois que vous le pouvez, à vos commerçants favoris. Après tout, quand on se fait un plaisir, petit ou grand, il faut qu'il soit bon, et si possible authentique, non ?

PS : Pour les passionnés, le croissant vient de là.