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dimanche 11 décembre 2022

FIFA dans le monde réel : oui c'est du foot

Foin de métayers ou de jeux vidéo, il s'agit ici de la vraie vie et du "beau jeu" même si ce match France-Angleterre a été plutôt arraché avec les dents. 

Allez les Bleus.

Comme d'habitude après chaque grand événement, les Unes de la Presse de France et d'ailleurs (Royaume-Uni évidemment mais pas que) pour parler de la victoire 2-1 sur les anglais et sur la prochaine demi-finale France-Maroc. 50 Unes ici.

A suivre (j'espère) ici avec les autres matchs victoires (et avec Macron en tenue arc-en-ciel comme sa ministre des sports ?)




mercredi 20 juin 2018

Multilatéralisme

Petit coup de gueule aujourd'hui pour défendre le multilatéralisme.

Je vous encourage à lire l'article de Wikipédia (exemple parfait d'encyclopédie coopérative et multilatérale) sur ce sujet. Un extrait ? "Le multilatéralisme est donc, à l'intersection de la coopération et de l'anarchie internationale, un mécanisme imparfait de régulation des relations interétatiques." Intersection entre coopération et anarchie ? Un peu étroite cette crête entre deux utopies...

Le multilatéralisme est fragile. C'est déjà un concept difficile à prononcer, encore plus à mettre en oeuvre, surtout à une époque de résurgence des nationalismes, des protectionnismes, des individualismes et des populismes qui tous vont dans le même sens : on pense d'abord à nous et ensuite - éventuellement - aux autres, que cela soit au niveau des individus, des communautés ou des États.


Les diplomates connaissent bien ce concept. Staline disait en 1941 "Ce qui est à moi est à moi, ce qui est à toi est négociable". Cette phrase a été déformée plein de fois, la seule partie invariante étant le "Ce qui est à moi est à moi", le reste pouvant être "ce qui est à toi est à moi", "ce qui est à toi on le partage", "ce qui est à toi ne l'est plus"... Elle déforme d'ailleurs un verset de la Bible, dans un autre domaine, quoique la religion soit l'opium du Peuple, n'est-ce pas ?.

Les exemples actuels de lutte contre le multilatéralisme sont nombreux. En voici quelques-uns :

- Trump, l'homme de Lui d'abord et de l'Amérique aussi, a prouvé maintes fois qu'il n'aime pas toutes ces institutions qui ne sont pas dans le domaine de la négociation musclée (à son avantage). Il a simplement renforcé et officialisé une tendance américaine ancienne d'unilatéralisme, en coupant ses subventions à l'UNESCO, en quittant l'Accord de Paris sur le climat, celui sur le nucléaire en Iran ou en quittant hier le Conseil des Droits de l'Homme de l'ONU - conseil hautement criticable car parodique et mal composé mais qui a osé critiquer sa politique anti-immigration avec le Mexique. Il défie l'OMC sur les accords commerciaux en mettant en place des barrières à l'importation. Mais c'est logique. Les USA ont très souvent, en tant qu'État fédéral, agi contre le multilatéralisme, y compris au conseil de sécurité de l'ONU justement. Trump ne fait que rendre cette parole publique et assumée, tout en laissant ses conseillers et les patrons des grandes entreprises américaines négocier discrètement des accords bilatéraux. Bilatéraux, oui, justement. Et pas seulement sur notre belle planète de moins en moins accueillante. Dans l'Espace aussi, puisque Trump a dit "It is not enough to have an American presence in space, we must have American dominance in space."

- En Europe, les attaques fusent de partout contre cette Union Européenne qui n'est perçue et présentée que comme apporteuse de problèmes, comme le bouc-émissaire ultime, le Malaussène du grand magasin européen où l'on trouve tout ce que l'on veut. Evidemment, l'un des mécanismes préférés du multilatéralisme est celui de la négociation en groupe, à travers le consensus, l'acceptation des règles de décision quelles qu'elles soient, incluant l'unanimité ou la simple majorité (de quoi d'ailleurs ? une voix par pays comme à l'ONU, plusieurs voix selon la puissance ou la population ou la taille des cheveux du représentant ?). Ces règles peuvent être dénoncées ou contournées à tout moment, il suffit souvent d'une élection, comme en Europe en ce moment avec les exemples italiens ou allemands au sein d'alliances électorales de pâté de carpe et de lapin farci à moins que cela ne soit le contraire. Nous en sommes aujourd'hui à une Europe des Nations où chacun fait ce qu'il lui plaît dans ses domaines régaliens comme on dit en France, dans cette République qui a pourtant guillotiné son Roi. Une Europe fédérale, donc multilatérale à son échelle, est loin de nous. Une Europe unie encore plus. Le multilatéralisme est délicat à mettre en oeuvre, et il est facile d'en critiquer la faiblesse au-delà de ses frontières quand on ne regarde pas chez soi. Le élections européennes tourneront implicitement autour de ce thème l'année prochaine, gageons-le.

- Dans le monde du développement international, on parle souvent d'aide multilatérale et d'aide bilatérale. Lire cet article si cela vous intéresse, d'où est extrait le graphique ci-dessous


Malgré les discours, les aides bilatérales restent les plus nombreuses, quelles que soient leurs origines, sauf en Europe où c'est assez équilibré, justement à cause du degré légèrement multilatéral de l'Union européenne elle-même. En Afrique par exemple, le contraste est saisissant. Dans ce futur grand marché, dans cette mosaïque d'Afriques très différentes même au Sud du Sahara, dans ce continent bientôt l'un des plus peuplés et qui n'arrive toujours pas à nourrir ou fournir de l'électricité et de l'eau à tous, les aides diverses et variées se multiplient. Les discours ambitieux se confrontent aux réalités dures de l'Afrique, et chacun accuse l'autre de néo-colonialisme, d'ingérence ou même de laxisme. L'Afrique est un exemple parfait de multilatéralisme raté, ou pour être optimiste de multilatéralisme en cours de construction à travers l'Union africaine ou d'autre "supranational bodies", comme dans la carte ci-dessous qui complète celles que j'avais déjà publiées ici en 2014. Une carte qui donne une bonne idée de la difficulté de mettre en place un multilatéralisme efficace dans notre monde de brutes.


- Dans notre monde numérique, celui du "partage", le multilatéralisme est profondément vicié au bénéfice quelques-uns. Lisez ce livre pour en avoir une belle critique, même si elle est déjà ancienne puisqu'elle date de 2016 et que le monde du numérique va vite. L'Internet est devenu l'un des fondements de nos vies grâce à tout ce qu'il permet. Il a été basé sur une idée de partage dès sa conception et sur le multilatéralisme dans sa gouvernance (même si les USA ont toujours eu un poids déterminant, celui-ci a beaucoup diminué sous Obama et Trump risque d'ailleurs de revenir en arrière...). Les nouveaux services de partage ont pourtant presque toujours le même but, c'est de traiter les clients comme des données vendables à d'autres clients ou pour de la publicité ciblée. En l'occurence "Ce Qui Est À Toi Est À Moi" devient une appropriation par certains de ce qui nous appartient, puisque les bénéfices ne sont pas équitablement partagés. Rien à voir avec le multilatéralisme des États, me direz-vous ? Hum... Le multilatéralisme de la politique internationale ne concerne plus aujourd'hui que les États, justement, mais aussi les grandes compagnies internationales qui ont intérêt à négocier des accords bilatéraux partout, afin de garder étanches entre eux les segments de marché.

Mais l'étanchéité n'existe pas, comme lors du naufrage du Titanic lorsque les segments du paquebot se sont remplis comme de vulgaires vases communicants. Alors, le multilatéralisme, vous êtes prêts à lutter pour lui ? Moi, oui.


mardi 31 janvier 2017

(Ré)union africaine (familiale)

Le Sommet de l’Union africaine se termine à Addis Abeba (siège de l’auguste organe et lieu honni de mon tendon d'Achille).
Il y a un nouveau président tournant, ce coup-ci c’est la Guinée Conakry et son vieux président. Il y a un nouveau patron de l’exécutif (la commission) venu de N’Djaména au Tchad, et de nouveaux commissaires dont le conseil de la paix et de la sécurité qui revient encore une fois à l’Algérie, l’un des principaux donateurs maintenant que Khadafi n’est plus là. L’Algérie touche aussi la vice-présidence (honorifique) en la personne de Bouteflika lui-même, qui ne se déplace plus. Une vice-présidence virtuelle ou fictive ? On demandera à Pénélope.


Mais surtout, le Maroc a réintégré le bercail. Le Roi du Maroc a commencé son discours par « Il est beau le jour où l’en rentre chez soi, après une trop longue absence ! Il est beau, le jour où l’on porte son cœur vers le foyer aimé ! ... Je rentre enfin chez moi, et vous retrouve avec bonheur. Vous m’avez tous manqué… » Absent depuis 33 ans, un bel âge pour qui vous savez, le Maroc revient donc à sa famille africaine, même si le différend avec la RASD sahraouie n’est pas tranché. Le Maroc a été élu à une grande majorité et le Roi en a pleuré. Vous remarquerez la personnalisation extrême de son discours, avec le « Je ». Normal pour un souverain qui incarne son pays, à moins que cela ne soit l’inverse. L’Algérie était contre, comme l’Afrique du Sud par exemple, pour plein de raisons politiques, mais aussi économiques. Le Maroc est en effet une puissance économique forte qui fera de l’ombre aux autres grands pays. L’ONU et son conseil de sécurité en tête ? On verra...

Un Roi ému. Rare

Le Roi du Maroc en a profité pour prononcer l’acte de décès de l’Union du Maghreb (UMA) qui n’a jamais réussi à fonctionner.  C’est le machin en haut à gauche avec le Maroc dedans mais pas dans l’Union africaine (il faut maintenant remettre cette « carte » à jour). En se projetant dans cet espace, le Maroc espère y jouer un rôle clé.


Vu de loin, on pourrait se dire que ce regroupement familial est anodin. Il n’en est rien. L’Afrique attire tous les investisseurs et toutes les convoitises. Les grands pays de cet espace ont tout à gagner à son développement. Le fromage est gros.

Sur ce, il faut que je vous quitte. C’est demain la première demi-finale de la CAN et jeudi l’autre. Il faut se préparer. Les pays du Maghreb ont été sortis, pas de jaloux. Je sais que c’est un programme à très court terme (dimanche) mais comme le programme officiel de l’Union africaine est à horizon 2020 2030 2063, il faut bien s’occuper entretemps.

mercredi 25 janvier 2017

L'angoisse du blogueur ce mercredi soir

Aaaaaaaaaargh, que faire ?

Regarder le débat Valls-Hamon, histoire de voir de la boxe et de constater la différence de style, de personnalité et de politique entre deux socialistes dont on se demande comment ils ont pu rester dans le même parti pendant si longtemps ?

Regarder Top Chef pour le démarrage de sa nouvelle saison, avec un pugilat entre chefs du jury pour choisir leurs poulains dans un nouveau mode de jeu à la "The Voice" ?

Regarder les deux derniers matchs de la phase éliminatoire de la CAN 2017, avec le match entre les leaders Egypte-Ghana, histoire d'être prêts pour les quarts de finale qui commencent samedi ?

Ou être regardé par des grappes d'étudiants dans un amphi de la Sorbonne pendant qu'on leur parle des universités africaines ?

Compliqué. Quand on n'a pas les moyens d'avoir un don d'ubiquité, il faut improviser. Alors j'improvise :

Ce soir grande bataille autour des fourneaux, entre deux chefs dont les spécialités respectives sont le Kouign-amann et la Paëlla catalane. Pendant la première période, on parle pots-de-vin et économie sociale, tout en consacrant du temps à une sauce tarabiscotée et très pimentée à base de pili-pili. A la mi-temps, les étudiants-spectateurs tweetent comme des fous et posent de bonnes questions auxquelles les politiciens-sportifs-gastronomes s'empressent de ne pas répondre. Pendant la seconde période, il est question de mettre sur le grill des viandards et de poser des questions insidieuses de tactique sur le terrain. En fin de débat, il y'a des vainqueurs et des vaincus. Il est donc indispensable de les interviewer :

- Valls : vous avez vu mon uppercut ?
- Hamon : mmmmmmmmmmmmgrmblmmmmmmmmm
- Ghana : Yes we CAN
- Egypte : vivement la rame à dents
- Les chefs, à l'unisson : A table !
- Le conférencier : A boire !!!

Et le lecteur-spectateur ? "Ca suffit !" clame-t-il...

vendredi 13 janvier 2017

Amitié France-Afrique ou Afrique-France ? on s'en foot un peu

Début aujourd'hui du Sommet annuel France-Afrique Afrique-France puisque c'est son nom, l'inverse rappelant trop de mauvais souvenirs. Deux logos d'ailleurs :

                       

Il a lieu en Afrique comme chaque année impaire, au Mali plus précisément cette année, 5 ans jour pour jour après le début des opérations françaises au Mali (Serval dont je parlai ici par exemple) contre le pataquès dans le Nord du pays, aux mains des islamistes plus ou moins assistés des touaregs.

Le Mali reste un pays fragile avec un Etat central qui ne joue pas son rôle et où la corruption est flagrante. Un de ces pays où les dirigeants durent trop, comme souvent en Afrique francophone. Un pays riche d'Histoire et de ressources naturelles, mais un pays pauvre et où les décisions restent théoriques. Un pays découpé n'importe comment par les colons pour casser les empires africains, un pays où la cassure du Sahel est visible à tout moment.

Ce Sommet sera le dernier pour François. Il avait commencé son quinquennat sur une affirmation de force, ce qui reste une de ses grandes victoires, mais il n'a pas su l'exploiter, notamment en Afrique, à force de dire oui ou de se taire devant tous les grands dictateurs africains (comme au Gabon). J'écrivais à la fin du billet sus-mentionné "Et si, finalement, le style Hollande était en train de naître au forceps ?"... Je ne suis pas un grand devin en politique (la preuve) mais c'est vrai qu'on y a cru, même les africains, pendant un moment. Et puis la real-diplomatie régalienne est passée par là. Les chinois aussi, d'ailleurs, qui ont créé un Sommet Afrique-Chine depuis 2006. Comme quoi, ces Sommets peuvent servir à quelque chose.

Le choix du Mali est critiqué évidemment, mais le Gabon n'aurait pas été mieux, alors même que la famille Bongo reste omniprésente dans la politique française. On ne peut pas toujours les organiser à Paris et à Libreville, non ? Il n'empêche que ça fait tache. Sauf à le voir comme une commémoration de janvier 2013 avec le lancement des opérations militaires au Mali, ce qui aura au moins valu à François de recevoir en cadeau un chameau, depuis bouffé sur place en méchoui, mais remplacé. La grande question est donc de savoir si François verra "son" chameau et s'il le ramènera à Paris dans l'avion présidentiel. François a annoncé qu'il garderait son chien après l'Elysée, mais il n'a rien dit sur le chameau. On attend donc de lire la déclaration finale pour savoir. Suspense...

C'est une séquence internationale importante qui commence, puisque lundi a lieu le Somme sur le Proche-Orient et le conflit israélo-paestinien ou palestino-israélien, c'est comme vous voulez, sans les deux parties principales. Un rendez-vous important à quelques jours de la prise de fonctions de Trump, même si peu de résultats y sont attendus, au-delà des mots d'adieu. Suspense aussi, ici ? Bof...

Par contre suspense en Afrique à partir de samedi 17h et jusqu'au 5 février. C'est au Gabon (encore ???) et c'est la CAN !!! (c'est du foot) !!! Le Gabon jouera la Guinée Bissau. Le Mali quant à lui ne commence que mardi, le temps pour les ministres d'aller en mission de travail à Libreville après le Sommet Afrique-France. Car à propos de missions de travail en Afrique pendant cette période, il faudra faire attention à la présence des interlocuteurs et ne pas prendre de réunion pendant les matchs. Le calendrier de la CAN ne doit pas quitter votre sacoche !


Avez-vous remarqué le sponsor principal ? Pas surprenant au Gabon, non ? Par ailleurs CAF n'est pas une erreur, il s'agit de la confédération africaine de football, organisatrice de la CAN elle-même, et dont le président est camerounais et en place depuis bientôt 30 ans. Un grand territoire de traditions, l'Afrique, c'est certain !

lundi 18 juillet 2016

Le Maroc sera-t-il un peu plus en Afrique ?

Le Maroc est en Afrique c'est évident au plan géographique, économique et culturel.

Mais depuis 1984, il n'était plus dans l'Afrique politique, au sens multilatéral puisqu'il avait démissionné de l'Union africaine (OUA à l'époque) au moment où celle-ci avait accepté d'accueillir la République arabe sahraouie démocratique (auto-proclamée). Un conflit ancien sur lequel beaucoup a été écrit depuis des années, qui flirte bon le conflit algéro-marocain, mais pas seulement. Lire ici et sur les articles liés de Wikipédia quelques détails sur ce conflit ou ici un article suite à la mort récente de l'ancien secrétaire général historique du Front Polisario de la RASD et à son remplacement par un cacique du régime.

Tout est contestable et contesté dans ce type de conflit lié à la décolonisation non terminée (l'Espagne en l'occurrence). Le principe international Uti Possidetis Juris n'est pas reconnu par le Maroc, le seul Etat en afrique à ne pas le faire. Il suffit de lire différents atlas de l'Afrique pour comprendre les différentes positions. La carte officielle de l'ONU trace un pointillé pour marquer cette séparation au milieu du Maroc, mais elle n'est pas reconnue par le Maroc et beaucoup de dictionnaires et rapports se sont retrouvés à la poubelle lorsque les marocains protestaient contre ce trait (pointillé ou non).

La carte officielle des membres de l'UA est celle-ci (jusqu'à maintenant), j'en ai parlé lors de ses 50 ans. Elle fait hurler le Maroc mais elle est vraie, du point de vue de l'UA.


D'autres cartes d'Afrique ici, que j'avais rassemblées dans un billet, dont une belle carte muette (mais parlante en fait). Une autre aussi, plus tarabiscotée mais très intéressante pour comprendre la complexité politique de l'Afrique. Il s'agit des zones politiques et économiques de l'Afrique "supra-nationales". Encore plus compliqué que l'Europe, et c'est pas peu dire !



Or donc, hier, lors de l'Assemblée générale ordinaire de l'Union Africaine, le Maroc a officiellement déposé sa demande de réintégration. Le texte officiel du message du Roi est ici. La décision devra être prise par un vote au sein de la Commission de l'UA, alors même que les élections à la Commission sont en débat, la plupart des Etats d'Afrique de l'Ouest contestant les candidats en présence (on attendra janvier 2017 pour le prochain président de la Commission). Voici un facteur qui va influencer encore un peu plus les élections, prévues ce mardi matin. Le Maroc mène depuis plusieurs années un lobbying intense pour amener des Etats à ne plus soutenir la RASD (avec certains succès comme la Zambie il y a quelques jours) et une mission spéciale a été envoyée samedi à Alger pour présenter en avant-première la demande du Maroc au grand voisin. Comme dans toute démarche diplomatique, les termes ont leur importance. Lisez le communiqué officiel. "La vérité n’a point d’autre preuve de son existence que l’évidence" en est la dernière phrase. On dirait un sujet de philosophie pour le Bac...

Il faut donc s'attendre à des mouvements tectoniques suite à cette annonce en Afrique "politique". Cela peut faire bouger l'Afrique. Comme un facteur de cohérence, face à des menaces endogènes et exogènes fortes, religieuses, ethniques et économiques.

Le sens du timing des marocains est parfait.
Le moment est bien choisi.
Le reste, c'est de l'Histoire.




lundi 15 février 2016

Guerre et amour

La Saint Valentin est passée, coincée comme une très fine tranche de dinde (pas de porc, hein !) entre deux épaisses et indigestes tranches d'un pain sans levain. Retour à la réalité de la guerre quotidienne.

Je parle ici des vraies guerres, avec morts quotidiennes. Pas des fausses guerres médiatiques entre ex-ministres déçus et médias assoiffés de nouvelles, ou entre barons de la droite qui s'écharpent (bleu-blanc-rouge) en direct live pour des candidatures aux primaires ou pour des programmes unifiés qui n'en sont pas. Je laisserai de côté aussi les guerres sportives, quoique le match de rugby de samedi ait presque révélé une équipe de France de rugby qui a du chien.

En Syrie donc, c'est le bordel. Chacun y va de sa déclaration pour justifier sa position, suite à la bouffée d'espoir du cessez le feu de vendredi. Les russes, qui ont voté la première résolution sur la Syrie, enfin, continuent à bombarder sur place, conformément à l'exception mentionnée dans la résolution, car tout le monde est le terroriste de l'autre à un moment donné, et ils sont les seuls à avoir des troupes sur place parmi les "grandes puissances internationales et non locales". Les américains soutiennent tout et son contraire tout en ne voulant pas mettre les pieds directement sur place. La France de Ayrault suit, comme celle de Fabius. L'Europe est aux abonnés absents, comme souvent, car elle a trop les yeux tournés vers les flux migratoires en provenance de la région. L'Arabie Saoudite en profite pour combattre "indirectement" son ennemi iranien. La Turquie combat en priorité les kurdes qu'ils soient turcs ou syriens afin d'empêcher un "état kurde" et de se positionner comme incontournable dans la région avec toutes les parties... en bombardant tout le monde. Un cessez le feu est toujours précédé d'attaques violentes, pour agrandir son territoire. C'est un classique.

Ce lundi matin, par exemple, un hôpital de Médecins sans frontières a été détruit dans le nord de la Syrie...


Ceux qui se souviennent de la longue guerre au Liban pendant des décennies, guerre qui a détruit au moins une génération, auront le coeur serré. Quand les puissances internationales, régionales, nationales et même locales, pour ne pas dire claniques et religieuses jouent à la guerre, ce ne sont pas les dirigeants qui souffrent (quoiqu'on les assassine de temps en temps). Ca me rappelle un proverbe africain : "Quand deux éléphants se battent, c'est l'herbe qui souffre". Remplacez herbe par peuple et vous aurez une bonne vision de cette guerre asiatique.

En Afrique, ne croyez pas que c'est mieux. La Lybie "célèbre" les cinq ans du début de la révolution victorieuse contre Khadafi, mais le pays est plus que déchiré, avec ses deux parlements aussi légitimes l'un que l'autre, et les invasions de combattants terroristes qui souhaitent en faire une base forte pour fédérer l'est et l'ouest de l'Islam. Il suffit de regarder une carte de l'Islam pour voir le rôle central de la Lybie. Merci, Sarkozy (et BHL)...

Joyeuse post Saint-Valentin à tous (et à toute).



samedi 16 janvier 2016

Splendid Ouaga

Secoué aujourd’hui. Blog court.


Le Burkina est un pays qui m’est cher. J’y ai des amis et y suis allé souvent. A l’hôtel Splendid évidemment. Là où cet attentat terroriste a eu lieu la nuit dernière. Un coin animé et très fréquenté avec des bars connus. Plein d’expats évidemment. Des cibles parfaites pour un sous-groupe d’AQMI.

J’en ai parlé ici par exemple

Le Burkina a beaucoup souffert depuis sa révolution populaire anti-Comparé et l’élection démocratique d’un nouveau président devait permettre à ce pays de se développer (enfin). Le pays des hommes intègres n’avait pas été touché en plein coeur par ce type d’attentats islamistes. Il héberge beaucoup d’institutions internationales et est un élément important du dispositif militaire de plusieurs pays occidentaux, dont la France.

J’attends des nouvelles. Pardonnez ce billet court #jesuisouaga Burkina24

samedi 31 octobre 2015

IndAfrique : un élan bienvenu

Fin du Sommet entre l'Inde et l'Afrique. Le prochain est pour dans cinq ans, ce qui en dit long sur la volonté à long terme de l'Inde. On est dans des programmations longues et des investissements en centaines de milliards de dollars. Modi, le premier ministre indien a bien réussi son coup.

Le Sommet se déroulait en Inde (il y a trop de chinois en Afrique ;) et tous les pays africains étaient invités, même les moins démocratiques qui sont d'habitude exclus de ce type de sommet international. Il y a en effet beaucoup de choses à faire en Afrique et après avoir laissé la Chine, le Japon et les émirats arabes investir le continent, l'Inde se lance. Brutalement et avec force.

Le triangle ChinIndAfrique a été décrit de nombreuses fois. J'en ai parlé aussi, mais ce Sommet marque un saut dialectique avec le passé. L'Asie a besoin de croissance et de ressources pour l'alimenter. L'Afrique en regorge, ainsi que de décideurs encore très corrompus. Une combinaison idéale pour des pays qui ont déjà émergé comme l'Inde. L'Afrique souhaite émerger elle aussi, en tant que continent, mais aussi autour de quelques grands pays comme l'Afrique du Sud, l'Egypte, le Nigeria ou le Maroc. Le Sénégal par exemple s'est doté d'un plan 2035 émergent qui traduit bien ses ambitions.

Justement, le président du Sénégal

Puisque j'étais au siège de l'Union Africaine, voir mon billet d'hier sur Addis, je ne peux que constater la multiplicité des acteurs internationaux qui se bousculent en Afrique. Entre ses cinq régions officielles (nord, sud, ouest, est, centre) l'Afrique attire beaucoup de convoitises. Il y a vraiment des chinois partout ici par exemple. Bientôt des indiens ? Il faut dire que l'aéroport d'Addis Abeba est un vrai hub international, desservant presque toute l'Afrique et relié au monde, de Washington à Shanghaï. La compagnie Ethiopian est très efficace (et beaucoup plus confortable que Air France à prix inférieur, soit dit en passant). Il y a peu de vrais hubs en Afrique. Le seul en francophonie est Casablanca avec Royal Air Maroc et il n’est pas à la hauteur, désolé. 

Alors l'Inde clame des avantages millénaires sur la Chine par rapport à l'Afrique. Au plan culturel, organisationnel et social. Les africains y seront-ils sensibles ? Le gros avantage, en fait, pour l'Inde est de venir après la Chine et sa mauvaise réputation : produits de qualité ridiculement basse (chaussures par exemple), modalités d'investissement méprisantes pour les locaux, emploi massif de ressortissants chinois en lieu et place d'africains. Il y a une carte à jouer pour l'Inde, en contrepoint... Sauf si... L'Inde copie la Chine...

vendredi 30 octobre 2015

Quelques vues d'Addis Abeba


Je suis quelques jours dans la capitale de l'Ethiopie (accessoirement) et le siège de l'Union Africaine (la raison de ma mission ici) depuis plus de cinquante ans.

Quelques impressions de cette grande capitale, celle du pays le plus peuplé d'Afrique après le Nigeria. Un boom économique, des constructions partout, des embouteillages et une pollution automobile majeure malgré l'altitude (2400 mètres). Plus de 4 millions d'habitants. Le nom de la ville veut dire "Nouvelle fleur". Sans commentaire. 

Des photos donc, au hasard. 

Le soleil au-dessus de l'Ethiopie. 

L'approche d'Addis

Une pub éducative typique

Je vous avais parlé de travaux, en voici

En voilà

Et encore

Une vue typique de l'urbanisation sauvage en dehors des beaux quartiers

Avec une ligne de train pas encore utilisée (chinoise ?)

Une future tour

Des taxis bleus sur une grande place

Et la vie est partout

Avec des commerces variés

Des points à taxis partagés

Et des commerces plus traditionnels

Quoique, en y regardant bien

Il y a de tout

Même du Coca

Et des SDF aussi

Heureusement de la verdure, dans cette partie du pays moins touchée par la sécheresse historique

Du bon vin éthiopien (si, si) élevé par un français (les organisations internationales ne sont pas touchées par la sécheresse)

Une petite salle de conférence de l'Union Africaine... Dans le siège construit par les Chinois

Mais le vidéo projecteur maintenu par les Chinois ne marche pas. Grandeur, décadence et limites de l'aide chinoise. 


vendredi 9 octobre 2015

Guerre et Paix, une frontière en pleins sables pour le Nobel de la Paix

Aujourd'hui a été décerné le Prix Nobel de la Paix, le plus paradoxal de tous les prix Nobel, richissime inventeur et homme d'affaires dans le domaine des armes, rappelons-le. Il est censé récompenser "la personnalité ou la communauté ayant le plus ou le mieux contribué au rapprochement des peuples, à la suppression ou à la réduction des armées permanentes, à la réunion et à la propagation des progrès pour la paix".

Ce Prix est celui qui symbolise le plus la notion de Nobel, car il s'adresse à des personnalités (ou à des organisations) non scientifiques. Il y a bien le Prix de Littérature dans le même genre, mais il faut quand même savoir écrire des romans pour l'avoir. Alors que pour la Paix, la palette est beaucoup plus large. Parmi les plus controversés, il y a eu Obama en 2009 (et Jimmy Carter en 2002), l'Union européenne en 2012, Al Gore et le GIEC en 2007 (ce qui tombe bien avec la COP21 de cette année prévue pour concrétiser les engagements  "pris" à l'époque), mais aussi  Médecins sans frontières en 1999 (avant le bombardement de leur hôpital par les USA susnommés), Arafat-Perez-Rabin en 1997 pour leurs efforts de l'époque... Mandela en 1993 et Gorbatchev en 1990... Amnesty International en 1977... Martin Luther King en 1964... La plus jeune (Malala) avait 17 ans l'année dernière. Jolie façon de présenter l'Histoire sur cette infographie du JDD.

C'est un prix souvent controversé, et même si il y a dix ans le Comité Nobel a changé de politique, ce n'est pas flagrant : il a affirmé publiquement que le prix ne reviendrait plus qu'à des personnes, groupes ou organismes qui auront engagé leur existence au service des droits de l'homme, de la promotion du modèle démocratique ainsi que de la défense des voies de la diplomatie.

Il manque un Prix Nobel de la Guerre. Il y aurait tellement de candidats qu'il faudrait peut-être même plusieurs sous-catégories : guerre civile, guerre de conquête, guerre économique, massacres civils, dictature... Il pourrait être attribué à des personnes, des organisations ou des Etats, mais là aussi, il y aurait des controverses car chacun voit midi à sa porte. En effet un Prix Nobel de la Paix ne peut exister que parce que le titulaire a combattu ceux qui faisaient la guerre ou un équivalent aussi atroce.

Une remise couplée serait donc très utile. Et dans un décor approprié. Une sorte de ring ou d'arène. C'est le titulaire du Prix de la Paix qui choisirait les armes évidemment : elles pourraient être les mots, le discours, la faiblesse, la force, l'amour ou même l'Amour. De beaux duels en perspective.

Cette année, le Prix a donc été attribué à... Poutine (non je rigole, le prix de Littérature attribué à Svetlana Alexievitch, une de ses opposantes réalistes, le discrédite) à...  la Tunisie et à son quartet pour le dialogue démocratique suite à la révolution de 2011. Beau symbole. Dégagez, les autres !!!


Une controverse possible ? Puisque l'Homme aime la controverse depuis l'époque du dialogue Socratique et des guerres, on doit bien pouvoir trouver quelque chose, non ? Sur ce coup ça sera difficile. Beau pied-de-nez aux islamistes aussi. (Et tant pis pour Sarkozy ;) L'extension à d'autres zones est en effet parmi les attendus... Et c'est le dialogue qui a été récompensé, pas les organisations individuelles qui composaient le Quartet ! Un prix dirigé clairement vers la Tunisie et d'autres pays dans des situations similaires (avec ou sans printemps arabe), mais aussi contre les dictateurs qui se maintiennent au pouvoir. Un vrai Prix de la Paix ET de la Guerre (civile).


jeudi 17 septembre 2015

Le pays des hommes désintégrés

Burkina Faso, le pays des hommes intègres. En crise depuis plus d'une année.
On en a parlé ici, ici et surtout là et là. J'y étais en mai dernier.

Les élections devaient avoir lieu le 11 octobre, après une année de transition démocratique "modèle" : L'ex-président Compaoré avait été éjecté du pouvoir par la première révolution populaire en Afrique et avait dû fuir le pays. Un pouvoir de transition avait été mis en place, dans un consensus général, en exceptant le parti de l'ancien président. Tout se préparait pour ces élections. Pour mémoire, Compaoré, Blaise, avait voulu pouvoir se représenter en modifiant la Constitution à son avantage, et c'est ça qui avait déclenché la révolution.

Patatras, hier, la "garde présidentielle" (RSP), en partie fidèle à l'ancien président, et qui devait être dissoute prochainement, a pris en otage le Président du régime de transition et son premier ministre en plein conseil. Puis ce matin, un ancien bras droit de Blaise a annoncé qu'il prenait le pouvoir, car la préparation des élections se passait mal. C'est un coup d'Etat, un vrai. Pas une révolution populaire comme l'année dernière.

Les coups d'Etat africains sont légion - si j'ose dire - et peuvent être dûs à plusieurs causes : des batailles entre factions militaires (typiquement l'armée, la police, la garde présidentielle ou des milices privées), des revendications de certains corps armés (en général salariales), des ambitions d'un militaire qui veut faire comme les grands ancêtres et prouver qu'il a un plus gros zizi que les autres, ou la volonté de garder le pouvoir ou d'y retourner malgré la Constitution. Au Burkina, il s'agit clairement d'une tentative de retour de Blaise et de ses fidèles (son parti), écartés du futur pouvoir.

La communauté internationale est vent debout contre ce coup d'Etat, comme à chaque fois au début. Elle ne reconnait pas la déchéance du Président officiel de la République burkinabé.

Cette affaire peut mal tourner dans un pays fier, et fier de sa révolution unique en Afrique. Une réaction populaire est attendue, avec un point d'interrogation sur l'attitude de l'armée. Ce n'est pas le moment d'aller au Burkina. On va voir comment Canal+ et iTélé vont traiter le sujet, car depuis qu'ils sont sous le contrôle direct de Bolloré, leur indépendance éditoriale est bien limitée. Le Grand journal est devenu atone et le Petit journal de plus en plus petit. Il faut savoir que Bolloré est l'un des hommes d'affaires les plus influents en Afrique francophone, un des rois de l'Afrique. Son projet de chemin de fer traversant toute l'Afrique de l'Ouest est à ce titre exemplaire. Il doit passer par Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso.

Ceux intéressés par l'Afrique suivront avec attention la situation de ce petit pays, notamment sur ce site d'information burkinabé. Les autres devraient se souvenir qu'une révolution populaire est fragile. Très fragile. Même en France.

vendredi 17 juillet 2015

Une Afrique qui avance à petits pas financiers

L'Afrique est le continent à la mode chez les partenaires internationaux du développement. Cette expression recouvre aussi bien les Etats développés "du Nord" que les grandes entreprises multinationales que les parties prenantes impliquées lourdement dans l'endettement de la plupart des pays africains. On parle de l'Afrique sur beaucoup de plans mais hier s'est conclu une n-ième conférence à Addis (en Ethiopie) sur la lutte contre la pauvreté et la possibilité de financements nouveaux.

Dans certains domaines l'Afrique va vite mais dans celui des financements internationaux, de leur contrôle, de leur transparence et dans l'équilibre Nord-Sud des pouvoirs, ça traîne ! Et il n'y a pas que l'Afrique.

Les participants saluent quand même une avancée. Ca avance toujours, parai-il, dans les réunions organisées par l'ONU, un peu comme les deux escargots qui allaient à l'enterrement d'une feuille morte, mais sans que la Lune veille sur eux depuis le ciel... Quoique le Ramadan se finit aujourd'hui puisque la Lune et le Coran en ont décidé ainsi. Pour mesurer l'étendue de l'avancée, lisons ce qu'en dit le Secrétaire général des Nations-Unies : cet accord constitue « une importante avancée vers un monde de prospérité et de dignité pour tous ». L'Humanité est donc sauvée, ouf.

En pratique, ce genre de Sommet est toujours l'occasion d'affrontements entre blocs. Cette fois c'était le groupe des 77 (qui sont 134 en fait, dont l'Ethiopie - pays organisateur de la conférence -qui voulait à tout prix un accord) pays les moins développés, contre ceux de l'OCDE (34 pays très développés) emmenés par les anglos habituels de service (USA, UK). Le compromis a tourné à l'avantage du Nord, cette fois-ci encore, mais c'est de plus en plus fragile. Le vent du désert risque de bientôt tourner dans l'autre sens ou de créer des tourbillons catastrophiques.

Sur le plan financier, 2500 milliards de dollars sont jugés nécessaires pour atteindre les nouveaux objectifs de l'ONU pour 2030. Vous connaissiez les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) qui allaient de 2000 à 2015. Bienvenue dans le nouveau royaume des ODD, les objectifs de développement durable que l’ONU est en train d'essayer de fixer pour 2015-2030, contre la pauvreté et la faim dans le monde, et pour un changement climatique maîtrisé... Les Etats riches se sont engagés, ce qui ne mange pas de manioc, sur l fameux seuil de 0,7% que personne ou presque ne respecte.

En échange les pays pauvres voulaient mettre en place des moyens multilatéraux de lutte contre l'évasion fiscale, pour les aider à rapatrier de l'argent chez eux plutôt que de le voir prospérer dans les pays du Nord et les paradis fiscaux inféodés aux mêmes pays et utilisés en masse à la fois par les grandes entreprises multinationales et par les dictateurs et autres corrompus des sociétés africaines. Las, les pays du Nord trouvent que cela serait une mesure nuisible et inutile (!) et ils ont refusé de placer une telle agence sous le contrôle de l'ONU. Ils ont préféré proposer l'OCDE (le club ds pays riches) pour ce faire.

C'est quand même mieux quand on se contrôle soi-même et quand on maîtrise les moyens de contrôler les autres. On ne risque pas de trop mauvaises surprises. En plus, quand c'est votre "club" qui contrôle un secteur, vous êtes certain de ne pas être emmerdé par des experts indépendants ou des organismes multilatéraux, des machins, sur lesquels vous n'avez aucun poids ou presque. Dans la grande bataille du bilatéral contre le multilatéral, ce Sommet a donc été une victoire de plus pour le bilatéral, même déguisé en faux multilatéral.

Mais les africains sont philosophes. Ils se félicitent de pouvoir lutter plus efficacement contre l'évasion fiscale et la corruption, ainsi que contre les manoeuvres légales des grandes multinationales (souvent américaines ou chinoises) pour ne pas payer d'impôt, de taxes ou de droits dans leurs pays. En ce sens, un esprit nouveau a soufflé sur ce Sommet d'Addis. On s'en souviendra.

Je vous ai menti un peu. Ce Sommet était mondial et ne concernait pas que l'Afrique. Mais c'est bien l'Afrique quand même qui était au coeur de toutes les pensées, comme zone à surveiller à l'avenir.

lundi 15 juin 2015

Paris-Le Bourget-Alger

François est aujourd'hui à Alger pour une visite éclair. Il en a profité pour publier une tribune dans le Quotidien d'Orant, proche du pouvoir. Lire ici cette tribune. Il y évoque rapidement le contentieux lié à la colonisation en disant notamment "l'amitié ne peut se construire que sur la vérité". Belle formule pour contenter l'opposition puisque le pouvoir en place ne parle plus vraiment de cette repentance française. On lira cette tribune par exemple pour mesurer la passion autour de cette question... c'est une opinion parmi d'autres naturellement.

Mais le coeur du débat est ailleurs : il s'agira de lutte contre le terrorisme dans la région, pour laquelle la France et l'Algérie sont de facto alliées dans le Sahara, au Sahel, au Mali et même en Lybie. Il s'agira également de l'invasion des migrants qui met l'Union européenne face à ses responsabilités, ainsi que tous les pays de "l'autre rive de la Méditerranée", comme si cette mer était plus un fleuve qu'une mer, ce qui permet d'oublier sa source, le Proche-Orient, là-bas, tout à l'est où le soleil se lève et où les conflits s'enlisent dans les sables. Tout cela à quelques jours du début du Ramadan, pas encore vraiment fixé pour certains.

Il sera question d'économie aussi. François écrit "De nombreux investissements sur les deux rives de la Méditerranée m'ont été présentés"... Reste à choisir lesquels privilégier, alors que les crédits publics des deux Etats baissent (eh oui, même en Algérie la rente pétrolière se tarit sans qu'on sache très bien où est passé le stock de dollars accumulé). Il y a plein de secteurs à développer. Par exemple, dans l'enseignement supérieur 100 universités accueillent 1,3 million d'étudiants. Peu de débouchés, des blocages pour la création d'entreprise, le e-commerce interdit et j'en passe. L'Etat algérien reste un Etat à l'ancienne, pas assez dynamique et ouvert. En plus, la maladie (déjà ancienne) de son président Boutef bloque les réformes. Peu de gens savent qui gouverne vraiment en Algérie. Mais on peut être certain que François les rencontrera, pas forcément en public au-delà de la photo convenue et attendue d'une poignée de mains entre deux fauteuils (l'un orné de velours, l'autre simplement roulant). C'est une visite de travail - un après-midi et une soirée en fait - et pour une fois pas de chef d'entreprise avec François. Une visite politique donc. On attend une annonce surprise justifiant l'importance de cette visite à ce moment précis. A suivre.

Pas de panique. C'était il y a deux ans et demi, déjà à Alger. Bouteflika était debout à l'époque.

Car le lundi matin même, François est au Bourget avant de s'envoler pour Alger. Il inaugure le salon du Bourget avec ses coucous et ses très gros avions. Airbus et les autres vendeurs français ou franco-quelque-chose espèrent de multiples contrats. Même Dassault et son Rafale. Après avoir été au Mans dans une voiture de course, on aurait pourtant aimé voir François dans un avion de chasse. Comme Poutine... euh, pas torse nu quand même. Et entre deux, il a quand même réussi à boire du vin - et non de la vodka - en inaugurant le Salon Vinexpo à Bordeaux, en pleine polémique sur la loi Evin.

Au moins en Algérie il ne boira officiellement pas de vin... Quoique...

Mise à jour, avec la photo de ce lundi, à compare avec celle du dessus : moins dynamique, non ?


samedi 30 mai 2015

Impressions du Burkina

Juste avant de le quitter pour revenir à Paris, quelques impressions du Burkina Faso et de Ouagadougou.

La ville est en plein développement et ça construit beaucoup. En quelques mois plusieurs immeubles sont sortis de terre, même si le pouvoir politique est toujours ici en interim en attendant les élections de l'automne. 

Je vous rappelle que la première insurrection populaire d'Afrique a eu lieu ici, fin 2014 pour chasser le président de la République qui voulait se faire réélire malgré la Constitution. Depuis d'autres États ont vécu des situations similaires avec des fortunes diverses. Le Burundi est l'exemple d'un autre président qui veut aussi se faire réélire (à vie ?) et qui a réussi à se maintenir malgré un coup d'Etat raté et des manifestations populaires indépendantes, qui ont d'ailleurs repris depuis. Ce n'est pas fini au Burundi. Mais ici, au bUrkina, il y a une grande fierté de la population et des jeunes. Allez savoir ce qui sortira des urnes...

La "gouvernance" est ici un sujet délicat. Il y a des catégories de gens, comme un peu partout sur le Continent, qui sont attachés à leur statut, àleur ancienneté dans le statut, et donc à des privilèges qui devraient leur être alloués. Cela va des billets d'avion en classe affaires, à des positions qui récusent toute tentative d'évaluation de leurs actions, sans même parler de performance. Cela traverse toutes les couches de la société. Chez les politiques, c'est flagrant et l'ancien parti au pouvoir, aujourd'hui dissous, en était spécialiste. Mais d'autres catégories sont touchées, même les universités.

Saviez-vous que en Afrique, l'Universite de Ouagadougou est l'une des mieux classées ? On aurait pu imaginer que de grands pays seraint passés devant, car le Burkina est à la limite du Sahel. Il n'en est rien et l'inventivité universitaire est ici exemplaire. Des leçons à prendre. Cela explique aussi que le Burkina est à la pointe de certaines revendications clés à la limite de la science, de l'économie et du politique.

Le Coton par exemple. Une des principales richesses du pays depuis longtemps. Or l'ancien pouvoir avait autorisé une petite compagnie américaine, Monsanto, à commercialiser son coton transgénique, OGM ou BT si vous préférez. Le résultat des courses est impitoyable depuis plusieurs années : les paysans doivent acheter chaque année des semences nouvelles puisque celles vendues par Monsanto ont été modifiées pour ne pas pouvoir se reproduire (elles on été stérilisées pour mettre en esclavage les paysans du coton, et je pèse mes mots) ; ces semences coûtent beaucoup plus cher que les semences locales ou modifiées par les spécialistes locaux selon des techniques ancestrales ou simplement modernes ; le coton BT était censé ne pas être attaquable par des parasites et donc coûter moins cher en traitement, mais il est attaqué par de nouveaux parasites, la Nature s'adaptant en permanence au changement. Dans ce contexte, le changement de pouvoir a permis d'ouvrir les vannes et la contestation enfle ici contre ces pratiques immorales. Monsanto lance campagne de communication sur campagne pour combattre cela par l'argent. Mais on sent le vent tourner et les scientifiques locaux n'y sont pas pour rien. Même la télé locale en parle soir en des termes très simples et pédagogiques.

La progression du Sahel et la désertification aussi. La situation du pays est à cheval sur cette zone entre le Nord et le Sud. Nous étions par exemple dans le sud, à Leo près de la frontière avec le Ghana plus bas, avec des pelouses et de l'eau alors que même à Ouaga le Sahel se fait sentir - y compris avec quelques degrés de plus en température (plus de 40 en ce moment). Si on consulte des listes de projets et d'initiatives destinées à combattre les effets de la désertification, liés eux mêmes au réchauffement climatique, on ne peut qu'être impressionné par la variété et la créativité des solutions imaginées. Et pas seulement par des ONG internationales venant ici, mais bien par des burkinabés, accompagnés éventuellement par de telles organisations. Un mélange de volontariat, de débrouille, de science et d'enthousiasme qu'il est difficile de commenter sans y avoir été. Il est vrai que le système de la tontine a toujours été un puissant outil de développement de projets et qu'il est très utilisé ici comme dans la région. Si vous ne connaissez pas la tontine à l'africainé renseignez-vous, c'est impressionnant car c'est différent d'autres systèmes de tontines en Europe. On les appelle souvent "cotisation" ici d'ailleurs.

Mais tout cela n'empêche pas des inégalités très fortes, notamment en observant les grandes organisations internationales présentes ici. Leur train de vie et leurs pratiques sont évidemment féodales ou même de droit divin. Inspirées du fameux " fais ce que je dis, ne fais pas ce que je fais" elles permettent tous les écarts. Paradoxalement, ces pratiques sont localisées sur très peu d'individus, mais qui vivent sur une autre planète comme si leur statut (cf. le début de ce billet) les rendait surhumains, alors qu'ils ne sont qu'inhumains. Il est donc urgent, comme dans tout travail avec ce type d'organisation, de bien vite gratter sous la couche d'humus en haut pour arriver à la roche terre nourricière et aux travailleurs sincères qui sont en dessous. C'est une règle un peu partout d'ailleurs, mais elle est évidemment plus visible dans un tel contexte. Et le Burkina est finalement peut-être un peu moins touché que d'autres pays africains. Malgré le fait qu'il soit l'un des 10 pays les moins développés au monde, cela reste le " pays des hommes intègres", un nom remarquable... Il faut quand même faire attention quand on négocie ;)

vendredi 29 mai 2015

C'est footu

Je suis toujours à Ouagadougou et l'Internet est revenu. Avec lui quelques nouvelles partagées.

Les bonnes sont rares : le Nigeria a un nouveau président et en plus le président de la BAD vient d'être élu aussi et c'est également un nigérian. C'est un gros coup d'accélération pour ce pays. Bonne Nouvelle donc.

Les mauvaises sont plus inquiétantes. Les anglais cherchent à dynamiter l'Union européenne. Et ils sont en passe d'y parvenir. Quand à Blatter, il vient de se faire réélire à la tête de la FIFA malgré un scandale majeur. Cinq ans de malheur.

Tout ça me dégoûte un peu. Afrique et Europe inversent les rapports de moralité que la plupart des gens imaginent. Je quitte l'Afrique demain pour revenir en Europe. 

Snif.

jeudi 28 mai 2015

Deux jours sans Internet

Petite expérience à méditer. Je suis au Burkina Faso, cette semaine, mais pas dans la capitale. Et l'Internet est absent ou au mieux aléatoire. En tous cas insuffisant pour communiquer sauf situation d'urgence. Tout cela est lié au fait que je suis ici en mission donc sans clé 3G locale pour me connecter. Même les SMS ne passent pas d'ailleurs. Certains sont mangés à moitié en fait. C'est donc le moment de commenter ce que peuvent être les réactions à ce sujet, pour moi qui suis habitué à être connecté, et pour certains de mes collègues qui sont encore plus drogués à la technologie. Petite revue de détail.

Un collègue est devenu quasiment livide et paralysé. Il n'avait pas envisagé que cela puisse lui arriver un jour, tellement il est naturel pour lui de savoir qu'il est connecté. Il en a même oublié que le téléphone existe encore et qu'on peut l'utiliser pour être joint et pour appeler. Il est vrai que le monde entier vous répète que le téléphone Afrique-Europe est hors de prix et que le roaming est un luxe somptuaire. Alors on n'y pense pas. Comme si l'absence de bruit paralysait la bête au même titre que les phares éblouissent la bête la nuit. Son problème était l'urgence réelle "j'ai besoin de savoir que je suis joignable même si personne ne m'appelle". Ajoutez à cela le réflexe d'aller compulsivement rechercher sur l'Internet tout ce qui pourrait être nouveau. Comme si la coupure loin de ce flux incessant nous coupait de notre humanité.

Un autre s'en est foutu et a pris du bon temps, entre le travail sur place et le relationnel à développer, avec une augmentation du nombre de contacts dans le monde réel, en local. En plus il a pu tranquillement, en dehors de ces moments, se baigner et boire une bière (africaine évidemment). Une mission plus productive que d'habitude pour lui, car moins perturbée par des parasites distants, comme s'il était encore dans son bureau au loin. Et sur le plan personnel, un rappel de son côté humain pas limité à une interface machine-homme-réseau.

J'en ai vu un qui ne s'en était pas rendu compte. Il trouvait juste que c'était très lent et que ses messages ne partaient pas. Aucune culture technique, aucune explication. De toutes façons si ça ne marche pas c'est de la faute de la machine (et des informaticiens en plus). Il est vraisemblable qu'une fois revenu chez lui il sera surpris de la masse de messages tronqués et non reçus, mais, rassurez-vous, il accusera son informaticien.

Un autre a continué comme si de rien n'était. Il envoyait et recevait des messages, surfait et regardait même des vidéos. Tout ça avec son iPhone de luxe en mode 3G ouvert. J'estime sa facture au retour à quelques centaines d'euros au minimum, sinon plus. Comme je pense qu'il est patron il s'en fout, c'est sa boîte qui paye. On ne va quand même pas le priver de son jouet, non ?

Enfin il y a moi. Blogueur quotidien, mon seul souci était de trouver chaque jour une minute d'accès internet pour poster mon billet, car il est hors de question de rater un jour, sauf cas de force majeure et ce n'est pas le cas. Au plan personnel, le téléphone c'est parfait, même si la visio à distance c'est pratique, pour voir l'être aimé par exemple. Finalement, l'absence de lien avec le monde extérieur obligé à privilégier le lien social autour de moi. La capacité à mieux écouter.

M'enfin, j'ai bien fait de charger à l'avance des films et des livres sur mon iPad ;) mais je suis impatient de découvrir les détails de la crise à Madagascar, même si un malgache ici présent s'y attendait et a dit "on est reparti pour plusieurs mois de bordel, mais ça ne va pas nous empêcher d'avancer"...

vendredi 6 février 2015

Ne pas confondre AfriqueEnFrance et FranceAfrique

Aujourd'hui (entre Kiev et Moscou avec Angela) François reçoit pas mal de présidents africains à Paris pour le "Forum Franco-Africain pour une croissance partagée". Ca se passait vendredi matin d'abord à Bercy, parce qu'on est là pour parler économie et pas politique. Ensuite un déjeuner de retour à l'Elysée avec tout ce beau monde. Puis un entretien avec le nouveau DG de... Total. (C'était le programme officiel avant le départ précipité pour Moscou...)

Ne cherchez pas l'erreur, il n'y en a pas. Le rendez-vous avec Total doit être pour préparer l'accord de paix Ukraine-Russie sur le pétrole et le gaz naturel. De quoi d'autre pourraient-ils parler ? De l'Afrique ? Pour une croissance partagée et durable autour des énergies fossiles à exploiter vite tant qu'il y en a ?

Quelles sont les attentes avec une telle conférence ? Du côté d'Atlas et de sa fondation franco-africaine, beaucoup d'argent certainement. Sur le site du MEDEF international on peut lire : "Outre l’intervention des Chefs d’Etat, le forum s’articulera autour de deux séances plénières, consacrées à « la jeunesse et l’entrepreneuriat au cœur de la croissance », et aux « Innovations financières pour une croissance inclusive et durable », puis de deux tables-rondes, portant sur « l’innovation et la formation au service de la croissance » et les « villes performantes et durable ». Les thèmes abordés seront déclinés à de nombreux secteurs économiques (TIC, numérique, infrastructures, transport, énergie, services bancaires, financements, formation…)"

A voir en vidéo "live" ici sur le site du Ministère de l'économie et des finances, mais il faut installer un truc Microsoft pour y aller... No comment. Il est vrai que pour une fois l'exercice s'étend au-delà de l'ancien pré carré (et clôturé) de la France en Afrique puisque des pays anglophones en sont. Il est vrai aussi qu'il ne s'agira pas de se contenter d'enchaîner des proverbes africains mais de déboucher sur des actions concrètes, en espérant qu'elles ne soient pas toutes aspirées par certains acteurs bien en cour au Quai d'Orsay, puisqu'il s'agit du lancement officiel de cette fondation.



A propos de croissance partagée, je ne peux m'empêcher de demander entre qui et qui se fait le partage :
- Entre la France et l'Afrique, la France allant chercher là un moyen de renforcer sa croissance ?
- Entre la France et la France, avec ses composantes publiques et privées et ses grosses entreprises très présentes en Afrique ?
- Entre pays africains, pour redessiner des équilibres géographiques en fonction des ressources du sol, de la jeunesse disponible, de la qualité de l'éducation et de la gouvernance locale ?
- Entre riches et pauvres, en France et en Afrique, avec un écart de plus en plus grand entre capitalistes et populations ?

Ca me rappelle donc un proverbe africain :
"Quand deux éléphants se battent, c'est l'herbe qui souffre".

vendredi 23 janvier 2015

Une vie simple à Ouagadougou

De Ouagadougou la vie est simple. 


On se fout de Sarkozy et de ses velléités d'être le centre du monde de la France, en parlant plus fort que les autres et en essayant de reprendre le ballon. Sa polémique avec le premier ministre sur les mots employés pour la lutte contre le terrorisme ou l'apartheid français fait pitié. Il fut un temps ou Sarkozy refusait de parler à moins qu'un Président... Mais maintenant il n'est que chef de parti, entre deux perquisitions dans le bureau de Copé et le sien. Comment se réclamer d'union nationale tout en l'enterrant le plus vite possiblle ? Les électeurs jugeront. Ces manœuvres de palais sont bien un peu ridicules, vues de loin.


A propos de Charlie, ici au Burkina pas de problème. Charlie est diffusé normalement et il n'y a pas de manifs comme au Niger voisin. Les manifs du Niger avaient d'ailleurs été préparées par l'opposition pour secouer le pouvoir en place. Le problème est qu'on ne met pas impunément des armes dans les mains d'une population pauvre et agitée sans conséquences et débordements. C'est en tous cas ce qui se dit ici. Il faut dire que le Burkina a vécu sa révolution populaire à la fin de l'année, une première en Afrique. Sans manipulation, puisque tout le monde a été dépassé, y compris l'opposition. Le président à été éjecté, rappelons-le.


On en parlait hier, mais Davos et ses multi-millionaires n'intéresse personne ici, sauf les corrompus qui trimbalent leurs valises d'un endroit à un autre, entre stations de ski suisses et plages paradisiaques fiscalement. La corruption est un vrai problème et les quelques corrompus ont des impacts sur beaucoup de gens, bien au-delà des enrichissements personnels ou pour leurs clans. Lorsqu'une armée est corrompue, elle sait se désengager à temps - pour elle évidemment - de situations compliquées, au risque de mettre en danger les populations locales qu'elle ne protège plus. C'est ce qu'on raconte ici à propos de l'armée nigériane et des massacres récents au nord du pays.


A propos du rachat des dettes européennes par la BCE, annoncé en grande pompe hier et qui marque un changement radical de politique financière au grand dam des allemands, les africains savent que les annulations de dettes dont ils bénéficient sur leur continent sont fragiles. Une quantité énorme d'argent a été et est ainsi injectée dans certains pays africains, en contrepartie de plans de développement étroitement contrôlés par les PTF, les partenaires techniques et financiers, aussi appelés bailleurs de fonds. Ces fonds peuvent être très utiles mais le contrôle de leur attribution, le type de projets sélectionnés ainsi que l'effocacité de cette aide sont très dépendants de facteurs comme leur gouvernance locale et leurs choix politiques. Que l'Europe ait les mêmes problèmes n'agite personne ici. Sauf ceux qui continuent à courir derrière des fonds européens pour leurs projets, en échange de quoi on leur demande de plus en plus de garanties et de participations.


A propos d'universités, bien au-delà du problème majeur qui est la massification et l'explosion démographique donc la multiplication des étudiants à former et à placer, la question n'est pas non plus de se comparer aux universités riches du Nord qui d'ailleurs leurs piquent leurs meilleurs étudiants. Il y a de plus en plus de signes d'une grande vitalité des universités africaines, même parmi les plus anciennes et les plus classiques... Celles qui ont souvent, en francophonie en tous cas, été montées sur le modèle des vieilles universités françaises.

A propos de santé, on parle peu ici d'Ebola car le pays est sous contrôle. Mais les gens éduqués se nettoient les mains avec un gel désinfectant avant de manger ou en réunion, très naturellement. On aimerait que les français qui se plaignent du retour de la grippe prennent les mêmes précautions. Comme quoi, l'Afrique est en retard, avez-vous dit ?

Le temps a une fonction différente ici. Le temps est dilaté mais efficace et permet de progresser dans une relation qu'on a tendance à oublier, là-bas au nord. Le temps chronologique bien sûr, mais aussi le temps météorologique. Aujourd'hui il fait 36° au plus chaud et cela relativise les 2° que je vais retrouver dès samedi.

N'oublions pas l'essentiel, le foot ! Le Burkina ne fait pas fort cette année dans la CAN 2015 puisqu'ils ont fait match nul contre le pays hôte. Reste un match pour savoir s'ils peuvent se qualifier... Mais pour le moment ils sont derniers de leur groupe. Mathématiquement c'est encore possible. Difficile, mais impossible n'est pas burkinabé.

samedi 17 janvier 2015

Pendant ce temps en Afrique, yes we CAN

On oublie toujours l’Afrique dans les actualités sauf quand cela nous concerne directement.

Quelques manifestations dans certains pays plus musulmans que d’autres, au Niger ou au Sénégal par exemple, sans compter le Maghreb, à propos des dessins de Charlie et on en reparle. François a même dû en parler un peu alors qu’il arpentait le marché de Tulle pour ses voeux aux corréziens (tous les corréziens ? Non, car Bernadette a annoncé qu’elle n’irait pas, oh la la, on en tremble)... François a donc défendu les valeurs françaises et la liberté d’expression en excusant par avance les pauvres pays où celle-ci n’existe pas à cause de leurs riches dictateurs entre autres. Certains pays africains diffusent Charlie pourtant, notez-les.

Mais à propos de riches dictateurs, les regards se tournent vers la Guinée équatoriale avec son patron en place depuis presque 45 ans, un record. C’est LE pays hispanophone d’Afrique, une vraie dictature pétrolière avec une population parmi les plus pauvres : le modèle parfait des extrêmes auxquelles peuvent arriver des dictateurs lorsque la manne pétrolière fait perdre tout sens de la réalité et de la solidarité avec son propre peuple. Un modèle qui fait dire à certains responsables politiques africains plus démocratiques : « heureusement on n’a pas de pétrole chez nous ! »... Mais c’est aussi le pays africain « sauveur » qui a accepté d’accueillir la CAN en urgence en novembre alors même que le Maroc s’était défilé officiellement à cause du virus Ebola, officieusement à cause des problèmes de sécurité avec l’arrivée de tant de supporters et encore moins officiellement à cause des sondages auprès de la population marocaine très défavorables à cet événement footballistique dans un pays qui vit essentiellement de tourisme - mais pas le même tourisme que celui des supporters de foot. La Guinée équatoriale va recycler deux stades qu’elle avait utilisés pour la CAN de 2012 co-organisée avec le Gabon voisin et remettre à niveau les deux autres pas utilisés à l’époque.

Cette Coupe d’Afrique des Nations sera bizarre et pas seulement à cause du pays où elle a lieu : par exemple le Président a donné trois billets « gratuits » à chacun des fonctionnaires du pays pour aller voir les matchs, et ceux-ci craignent de se faire licencier s’ils n’y vont pas. Cool, hein ? Il en a acheté aussi pour les pauvres : 40 000 billets donnés aux pauvres, soit 30 000 euros... Oui vous avez bien lu; 75 centimes le billet (500 FCFA), ce qui en dit long sur le pouvoir d’achat dans ce pays et sur le salaire journalier du président Obiang. Explications politiques sur Le Monde. Attention de ne pas confondre la Guinée équatoriale hispanophone, la Guinée Bissau lusophone et la Guinée tout court francophone - celle qui est violemment touchée par Ebola.

Bizarrement cette CAN sera difficile à regarder en France et en Afrique : Canal + et BeIn Sports se partagent les droits mais ce sont des chaînes payantes délicates à pirater. A part fouiller sur les services pirates de streaming ou via les improbables chaînes africaines ou anglaises, il sera donc délicat  de voir les matchs. C’est une tendance lourde du foot mondial. Pourtant le foot est très très apprécié en Afrique surtout pour la population pauvre. Nombreux regroupements à prévoir dans les cafés autour des abonnements existants.

Sur le plan anecdotique, chaque équipe africaine a un surnom. En voici la liste (Merci à Afrik.com)

Afrique du Sud : Bafana Bafana (les garçons)
Algérie : Fennecs / Les Verts 
Burkina Faso : Etalons 
Cameroun : Lions Indomptables 
Cap Vert : Requins Bleus 
Congo : Diables Rouges
Côte d’Ivoire : Eléphants 
Gabon : Panthères 
Ghana : Black Stars (les étoiles noires)
Guinée : Syli National (l’éléphant national)
Guinée Equatoriale : Nzalang Nacional (l’éclair national)
Mali : Les Aigles 
RD Congo : Léopards
Sénégal : Lions de la Teranga (Lions de l’hospitalité)
Tunisie : Aigles de Carthage 
Zambie : Chipolopolo (les boulets de cuivre)

Sur le plan sportif, nombre de vedettes africaines ne seront pas du voyage, car blessées ou occupées dans les lucratifs championnats européens qui ne s’arrêtent évidemment pas pendant le temps de la CAN du 17 janvier au 8 février. Il y a 6 équipes en phase finale, soit quatre poules de quatre équipes, un vrai 4x4 comme on dit en Afrique. Sur ces équipes on notera une majorité de pays francophones, avec l’Algérie comme favorite suite à sa belle prestation au Mondial brésilien. Le Maroc n’y est pas car il était qualifié d’office comme pays organisateur avant d’être remplacé par la Guinée équatoriale qui avait, elle, était disqualifiée pendant les phases élu-iminatoires pour avoir fait jouer un jouer qui n’avait pas le droit de participer. A ce propos on notera que seules trois équipes sur les seize ont des entraîneurs africains (RDC), Afrique du Sud et Zambie) ! Tous les autres viennent de pays développés hors Afrique, dont six de France. Pas joli.

Pour suivre l’actualité de la CAN, rien ne vaut les sites d’actualité africains, surtout si vous préférez l’ambiance au côté purement footballistique. Les histoires autour des matchs et de ces trois semaines de fête africaine sont mieux racontées par ces médias que par les analystes européens froids et par les sites sportifs qui n’intéressent que les fans. Jeune Afrique par exemple est un bon début ou Afrik.com, des médias qu’on aime bien ici.

Oups, j’ai failli oublier, le calendrier est ici et un des sites officiels ici, car ça été un peu changé à la dernière minute... Saurez-vouis reconnaître le bon logo ?