samedi 17 janvier 2015

Pendant ce temps en Afrique, yes we CAN

On oublie toujours l’Afrique dans les actualités sauf quand cela nous concerne directement.

Quelques manifestations dans certains pays plus musulmans que d’autres, au Niger ou au Sénégal par exemple, sans compter le Maghreb, à propos des dessins de Charlie et on en reparle. François a même dû en parler un peu alors qu’il arpentait le marché de Tulle pour ses voeux aux corréziens (tous les corréziens ? Non, car Bernadette a annoncé qu’elle n’irait pas, oh la la, on en tremble)... François a donc défendu les valeurs françaises et la liberté d’expression en excusant par avance les pauvres pays où celle-ci n’existe pas à cause de leurs riches dictateurs entre autres. Certains pays africains diffusent Charlie pourtant, notez-les.

Mais à propos de riches dictateurs, les regards se tournent vers la Guinée équatoriale avec son patron en place depuis presque 45 ans, un record. C’est LE pays hispanophone d’Afrique, une vraie dictature pétrolière avec une population parmi les plus pauvres : le modèle parfait des extrêmes auxquelles peuvent arriver des dictateurs lorsque la manne pétrolière fait perdre tout sens de la réalité et de la solidarité avec son propre peuple. Un modèle qui fait dire à certains responsables politiques africains plus démocratiques : « heureusement on n’a pas de pétrole chez nous ! »... Mais c’est aussi le pays africain « sauveur » qui a accepté d’accueillir la CAN en urgence en novembre alors même que le Maroc s’était défilé officiellement à cause du virus Ebola, officieusement à cause des problèmes de sécurité avec l’arrivée de tant de supporters et encore moins officiellement à cause des sondages auprès de la population marocaine très défavorables à cet événement footballistique dans un pays qui vit essentiellement de tourisme - mais pas le même tourisme que celui des supporters de foot. La Guinée équatoriale va recycler deux stades qu’elle avait utilisés pour la CAN de 2012 co-organisée avec le Gabon voisin et remettre à niveau les deux autres pas utilisés à l’époque.

Cette Coupe d’Afrique des Nations sera bizarre et pas seulement à cause du pays où elle a lieu : par exemple le Président a donné trois billets « gratuits » à chacun des fonctionnaires du pays pour aller voir les matchs, et ceux-ci craignent de se faire licencier s’ils n’y vont pas. Cool, hein ? Il en a acheté aussi pour les pauvres : 40 000 billets donnés aux pauvres, soit 30 000 euros... Oui vous avez bien lu; 75 centimes le billet (500 FCFA), ce qui en dit long sur le pouvoir d’achat dans ce pays et sur le salaire journalier du président Obiang. Explications politiques sur Le Monde. Attention de ne pas confondre la Guinée équatoriale hispanophone, la Guinée Bissau lusophone et la Guinée tout court francophone - celle qui est violemment touchée par Ebola.

Bizarrement cette CAN sera difficile à regarder en France et en Afrique : Canal + et BeIn Sports se partagent les droits mais ce sont des chaînes payantes délicates à pirater. A part fouiller sur les services pirates de streaming ou via les improbables chaînes africaines ou anglaises, il sera donc délicat  de voir les matchs. C’est une tendance lourde du foot mondial. Pourtant le foot est très très apprécié en Afrique surtout pour la population pauvre. Nombreux regroupements à prévoir dans les cafés autour des abonnements existants.

Sur le plan anecdotique, chaque équipe africaine a un surnom. En voici la liste (Merci à Afrik.com)

Afrique du Sud : Bafana Bafana (les garçons)
Algérie : Fennecs / Les Verts 
Burkina Faso : Etalons 
Cameroun : Lions Indomptables 
Cap Vert : Requins Bleus 
Congo : Diables Rouges
Côte d’Ivoire : Eléphants 
Gabon : Panthères 
Ghana : Black Stars (les étoiles noires)
Guinée : Syli National (l’éléphant national)
Guinée Equatoriale : Nzalang Nacional (l’éclair national)
Mali : Les Aigles 
RD Congo : Léopards
Sénégal : Lions de la Teranga (Lions de l’hospitalité)
Tunisie : Aigles de Carthage 
Zambie : Chipolopolo (les boulets de cuivre)

Sur le plan sportif, nombre de vedettes africaines ne seront pas du voyage, car blessées ou occupées dans les lucratifs championnats européens qui ne s’arrêtent évidemment pas pendant le temps de la CAN du 17 janvier au 8 février. Il y a 6 équipes en phase finale, soit quatre poules de quatre équipes, un vrai 4x4 comme on dit en Afrique. Sur ces équipes on notera une majorité de pays francophones, avec l’Algérie comme favorite suite à sa belle prestation au Mondial brésilien. Le Maroc n’y est pas car il était qualifié d’office comme pays organisateur avant d’être remplacé par la Guinée équatoriale qui avait, elle, était disqualifiée pendant les phases élu-iminatoires pour avoir fait jouer un jouer qui n’avait pas le droit de participer. A ce propos on notera que seules trois équipes sur les seize ont des entraîneurs africains (RDC), Afrique du Sud et Zambie) ! Tous les autres viennent de pays développés hors Afrique, dont six de France. Pas joli.

Pour suivre l’actualité de la CAN, rien ne vaut les sites d’actualité africains, surtout si vous préférez l’ambiance au côté purement footballistique. Les histoires autour des matchs et de ces trois semaines de fête africaine sont mieux racontées par ces médias que par les analystes européens froids et par les sites sportifs qui n’intéressent que les fans. Jeune Afrique par exemple est un bon début ou Afrik.com, des médias qu’on aime bien ici.

Oups, j’ai failli oublier, le calendrier est ici et un des sites officiels ici, car ça été un peu changé à la dernière minute... Saurez-vouis reconnaître le bon logo ?


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