vendredi 16 janvier 2015

Cyberattaques

L'Internet est un lieu comme un autre. Violent aussi donc.

Ce n'est pas un lieu à part de tous les autres lieux physiques : il a ses frontières, sa géographie, sa géopolitique même, son aménagement du territoire avec autoroutes, chemins de terre et passages à travers champs, ses caméras, ses mouchards... comme dans la vraie vie. Il a des règles de fonctionnement, d'une Netiquette oubliée à l'ICANN et aux autres instances plus ou moins mondialisées qui définissent son fonctionnement. L'Internet est en permanence détourné, et c'est son essence même, cf ma thèse. Il est donc un théâtre d'opérations comme disent les militaires, pour une guerre cyber qui ne fait pas forcément directement des morts ou des blessés, quoique...

L'Internet est un lieu, c'et à dire un espace habité par des humains du passé et du présent. Ce n'est pas qu'un espace froid et technologique. Cet espace vibre de son histoire et de ses mouvements de foule ou de ses mouvements d'individus qui le traversent en permanence. Le hashtag "JeSuisCharlie" a été en tête sur Twitter quelques instants, pas oubliés mais déjà loin dans le passé d'un réseau qui raisonne en millisecondes ou moins alors que nous raisonnons en minutes en général. Juste quelques ordres de grandeur. Le fait que l'Internet soit habité par des humains (mais aussi des robots et des "algorithmes") en fait un lieu incontournable.

C'est aussi un lieu où rien n'est clair entre oui/non ou bien/mal, comme dans la vraie vie. Malgré le côté binaire de l'informatique, l'Internet est flou, ni plus ni moins qu'ailleurs. Evidemment sur l'Internet la notion d'identité est plus complexe, mais pas essentiellement différente. Avec les nombreux profils, avatars, comptes, pseudonymes que chacun peut créer il est parfois difficile de se repérer, sans compter les usurpations d'identité, les fakes, spams, les arnaques et les piratages. C'est un territoire rêvé pour les manipulateurs d'origines diverses mais pas très différent de la vraie vie, juste un peu plus facile. La distinction entre bien et mal est toujours aussi délicate et à ce propos je vous renvoie au dessin en haut de dernière page du Charlie de cette semaine, qui montre un des tueurs en train d'hésiter entre bien et mal ;) (Si vous n'avez pas encore votre Charlie papier, continuez à chercher et achetez-le aussi sous forme numérique puisqu'il commence à être disponible officiellement sous cette forme depuis hier soir).

L'Internet est donc un lieu où la guerre fait rage. Depuis les attentats, les "cyberdjihadistes" attaquent tout un tas de sites français ou francophones. Hier et surtout aujourd'hui c'est le tour de la presse en ligne d'être attaquée, celle hébergée chez Oxalide ce matin par exemple. il est toujours facile de trouver des trous de sécurité sur l'Internet comme dans la vraie vie et d'ailleurs les failles de l'un sont souvent les failles de l'autre, à travers les humains que nous sommes. Les tueurs de la semaine dernière ne se sont pas endoctrinés sur l'Internet mais l'ont utilisé comme nous - tout en ne sachant visiblement pas utiliser un téléphone de base. Même un geek ado boutonneux peut pirater un site mal protégé et non mis à jour car l'informaticien de service est paresseux. A fortiori un hacker entraîné et qui sait ce qu'il fait et pour quelle raison il le fait. Ne vous étonnez pas donc si de temps en temps un site disparait puis reparait, ou si sa page d'accueil est "défacée" et remplacée par un appel extrémiste. C'est la vie sur l'Internet. Il y a des hacktivistes dans les deux sens... A ce propos les informaticiens ne sont pas tous sympathiques et avec un sens de l'humour parfait, comme en témoigne cette BD d'un site pourtant excellent d'habitude mais qui s'est loupé sur cette blague de nerd pour nerds... comme si le fait d'être compétent en informatique était plus important que la cause pour laquelle on se bat (ou celle pour laquelle on est payé), ou comme si l'informatique était une religion, Linus son prophète et l'Internet son paradis. Pourquoi les informaticiens auraient-ils plus de déontologie que les autres ?

Aucun commentaire:

Publier un commentaire