Affichage des articles dont le libellé est lettres. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est lettres. Afficher tous les articles

lundi 3 août 2026

Loi sur l'IA dans l'UE : quelles conséquences pour le livre et la création ?

Depuis le 2 août 2026, une nouvelle loi de l'Union européenne (dont fait partie la France) est entrée en vigueur. Elle vise à protéger les citoyens contre des usages abusifs de l'IA et à minimiser les risques encourus face à la désinformation et aux manipulations.

Elle oblige les créateurs et utilisateurs d'IA, dans la plupart des cas, à déclarer cet usage pour que les lecteurs/visiteurs soient informés, notamment des possibilités de fausses informations, infox et autres joyeusetés si fréquentes aujourd'hui sur les réseaux sociaux.

La loi est applicable dès maintenant, mais les sites, producteurs et autres créateurs ont 4 mois pour apposer sur leurs productions les icônes prévues. Joyeux bordel en perspective.

Il y a des limitations et des exceptions (il y a toujours des exceptions, sauf exception à cette règle).

Parmi elles, les auteurs/éditeurs/diffuseurs noteront évidemment celles-ci :

Œuvres manifestement artistiques, créatives, satiriques, fictives et analogues

Lorsque de faux contenus profonds font partie d’une œuvre ou d’un programme manifestement artistique, créatif, satirique, fictif ou analogue, les obligations de transparence se limitent à la divulgation d’une manière appropriée qui n’entrave pas l’affichage ou la jouissance de l’œuvre.

Revue humaine ou contrôle éditorial pour le texte

L’obligation de divulgation ne s’applique pas lorsque le texte généré par l’IA a fait l’objet d’un processus de révision humaine ou de contrôle éditorial et qu’une personne physique ou morale assume la responsabilité éditoriale de la publication du contenu.

--------

Que les auteurs qui produisent à la chaîne des "contenus" appelés livres et vendus par milliers sur Amazon se rassurent donc. Ils pourront continuer à écrire et vendre ce qu'ils veulent sans avoir besoin d'apposer une étiquette "honteuse" sur leurs machins.

Pour les autres, il y a des solutions. Moi, par exemple, évidemment, puisque je n'utilise pas d'IA créative, j'ai choisi d'apposer sur mes livres le logo "FAIT (HU)MAIN" dont on trouve les détails ici. Cela englobe toutes sortes de créations : texte, image, vidéo, son et autres qui n'ont pas encore été inventés.

Cette actualité pose la question, déjà ancienne, du consentement implicite ou explicite, de l'opt-in ou de l'opt-out. En France, la CNIL oblige à l'opt-in, c'est-à-dire à ce que votre accord préalable soit explicitement donné avant de vous abonner à quelque chose ou de partager vos données personnelles. D'où les cases à cocher, que souvent on ne voit pas. L'opt-out, c'est le contraire : vous êtes abonné par défaut et vous devez entreprendre une action pour vous désabonner ou annuler. 

Par exemple, lorsque la CNIL a obligé les fournisseurs de courriels à vous demander votre accord explicite pour continuer à vous envoyer des "pixels invisibles", nous avons tous reçu des messages d'un peu partout, plus ou moins camouflés d'ailleurs selon les fournisseurs.

Le marketing, s'il créait les lois, aurait supprimé l'obligation de consentement préalable, naturellement. Mais le marketing ne crée pas les lois... enfin pas toujours, merci aux lobbies.

Dans le cas de l'IA, il y a donc plusieurs positions possibles :

- les fournisseurs de contenus créées en partie ou en totalité avec l'IA aimeraient que cela ne se sache pas (ce n'est pas vendeur), ils n'ont donc pas envie d'afficher l'icône de l'UE. Ils chercheront tous les contournements possibles pour satisfaire cette pulsion de pouvoir et de manipulation, et l'Internet est rempli de contournements et de déviations. Certains assumeront, en espérant qu'un jour cela soit même un avantage concurrentiel.

- les fournisseurs de contenus "créatifs" qui utilisent  l'IA de manière plus ou moins fondamentale, essayeront de se glisser dans les exceptions de la loi pour ne pas mettre d'icône non plus. Intéressant à suivre, notamment pour les médias établis qui en usent de plus en plus - je pense en particulier à la PQR et aux chaînes pure player.

- les militants de la création humaine qui revendiquent son importance essayeront de se différencier avec des badges comme "FAIT (HU)MAIN" ou d'autres du même acabit

Si vous n'êtes que lecteur qu'en pensez-vous ? In fine, c'est vous qui décidez, souvenez-vous.

Si vous êtes à la fois créateur et lecteur, qu'en pensez-vous ? Allez vous réfléchir ?

Si vous n'êtes que créateur, passez votre chemin, car amha on ne peut pas créer sans lire/voir/sentir/écouter/ressentir, mais c'est un autre débat. Ou alors on est juste une IA...

Quelques icônes, donc, à chercher un peu partout dans les mois qui viennent :



ou rien ?





jeudi 30 juillet 2026

Écrire, Éditer, Publier, Diffuser, Lire, Numériser, Injecter dans une IA, Détruire ?

Le livre est un objet paradoxal. Et nécessaire.

Objet physique et/ou numérique ; objet sous plusieurs formats qui appellent différents modes de lecture, de l'écrit à l'oral ; suite de lettres, de tokens, de mots, de lignes, de paragraphes, de chapitres, de volumes, selon les usages qu'on en fait ; objet travaillé à plusieurs la plupart du temps ou par une seule personne ; objet humain ou AI, en partie ou en totalité ; objet de désir, de plaisir, d'inquiétude voire d'angoisse selon les publics et les instants ; objet ou sujet ou même sensation pure ; objet des moments où on l'écrit et le travaille, ou alors des moments où on le lit, le stocke, le feuillette, le regarde, ou on s'en souvient plus ou moins précisément ; objet à acheter, à louer, à emprunter, à voler, à pirater ou à regarder ; objet avec ses lieux de culte que sont les librairies, les bibliothèques et autres médiathèques, les musées, les boites à livres, les bancs publics, les supermarchés ; objet de culture ou d'inculture ; objet de manipulation ou de transmission ; objet commercial ou dans le domaine public ; nécessité, contrainte, ou devoir ?

J'aurais pu continuer longtemps comme cela. Dans votre tête et dans vos expérience, vous avez certainement d'autres points à ajouter...

Le livre, dans toutes ses incarnations, est au coeur de nos sociétés depuis un certain temps. Il s'est transformé avec les temps et se transformera encore. Combien de temps existera-t-il ?

On peut exister tant qu'on est visible. Accessible même. Ou idéalisé, pourquoi pas. Mais quand on n'est ni l'un ni l'autre, existe-t-on ? Le livre, sous toutes ses formes est de plus en plus présent, mais de moins en moins lu/écouté/vu. Nous connaissons tous les difficultés de cet objet merveilleux : la filière du livre et ses impératifs commerciaux voire politiques, par des acteurs économiques vieillissants ou venus d'ailleurs pour vendre autre chose ; la multiplication des livres qui ne sont pas des livres, mais seulement des suites de lettres noires de mots dans le meilleur des cas ; la concurrence d'autres vecteurs de culture - ou d'inculture - plus séduisants ou mieux gérés, en tout cas souvent plus attirants au premier regard ; le règne grandissant du court, voire du très court, contre le plus long, avec la baisse de la concentration nécessaire pour tout ce qui est long...

À propos de cet article, un sujet dont vous avez certainement entendu parler un peu partout, le livre serait donc en train de franchir une nouvelle étape : devenir le simple combustible d'IA qui les utilisent - à leur seul profit - pour s'enrichir ainsi que leurs actionnaires, et qui sont ensuite détruits parce que trop chers à conserver.

Ray Bradbury détruisait les livres par le feu dans Fahrenheit 451. 

Le feu a été inventé il y a très longtemps par l'homme et nous a bien servi. 

Mais depuis que l'IA a pris le pouvoir, plus besoin de feu. 

L'IA détruit les livres également. Mieux même que le feu. 

L'idéal du bien public commun que pourrait être la culture est donc en train de tomber comme Icare près du soleil de l'IA. Cet idéal était de toute façon coincé depuis longtemps par les ayant-droit qui refusent toute notion de bien public commun. Il est maintenant menacé par les IA qui réduisent les livres à des litanies de tokens "humains" et qui préfèrent empêcher leur lecture directe (parce que les ayant-droit protesteraient) plutôt que les protéger. Par exemple, en choisissant des livres disposant d'un ISBN, l'excuse est qu'un exemplaire a forcément été déposé dans une bibliothèque nationale, donc le livre n'est pas détruit. Hypocrite, non ? Marketing, oui !

Le vrai paradoxe est là : les ayant-droits, à force de protéger leurs droits, poussent à la destruction des oeuvres par les IA. 

Un autre monde de l'édition aurait pu être possible : rémunérer les ayant-droit qui le souhaitent (auteurs mais pas seulement), alimenter les IA avec des contenus humains, permettre à tous de lire librement tout ce qu'ils veulent et de le trouver facilement sous le format qu'ils souhaitent. Mais si un tel modèle devait être implémenté, il faudrait changer tellement de choses, que chacun dans son petit coin y perdrait. 

Alors, oui, il est tellement plus facile d'accuser l'autres (nimby) et de se foutre du bien public commun.

Merci aux auteurs et aux lecteurs. Finalement, c'est vous qui faites vivre le livre. Vous seuls. Oui.


PS : Au fait, puisqu'on n'est jamais servi aussi bien que par soi-même, je publie des recueils d'histoires fraiches. Zéro euro. Liens ici sur mon site principal. Bonne lecture ;)



mercredi 1 avril 2026

Appel à textes - concours d'écriture

Ceci est un appel à textes, un con-cours d'écriture pour celles et ceux qui osent, aimeraient oser mais n'osent pas, écrire. 

Un concours international, mondial, voire plus, pour des écrivaillons francophones de tous pays, de tous âges et de tous sexes (plusieurs possibilités, même simultanément).

L'objectif du concours est d'écrire un court texte (1000 mots maximum) pour la "prédiction, prévision, prescience, prémonition, préparation, prévisualisation, élucubration ou projection" autour d'un des thèmes ci-dessous. Il est permis de mélanger plusieurs thèmes dans le même texte, et d'en ajouter d'autres mais au moins un des thèmes doit être présent dans le texte, à peu près, indibutablement comme dans Furax. Le texte doit être humoristique au premier, second ou quatrième degré, mais pas au troisième. Tous les textes mentionnant de près ou de loin des poissons seront éliminés.

Le jury est composé de personnalité(s) indubitable(s), reconnue(s), experte(s), formelle(s) mais sa composition est tenue secrète pour des raisons de sécurité. Tous les textes doivent être envoyés exclusivement via le formulaire en bas à droite de cette page. Plusieurs gagnant(e)s seront désigné(e)s selon des catégories définies au fil de l'eau par le jury, ou pas.

Les lots sont les suivants : aucun. Sauf l'honneur unique d'avoir été désigné(e) meilleur(e) dans sa catégorie. Les textes des lauréats, avec leur autorisation expresse seront publiés ici sur ce blog internationalement reconnu, si l'auteur de ce blog le désire, ou sur le site de la Ville de Qan, s'ils le méritent bien sûr.

La date limite des soumissions est le premier avril de l'année que vous souhaitez.

Les thèmes possibles sont :

- la guerre, l'entre-deux paix, la fausse paix avec des justifications bidons (mais pas de morts SVP)

- Trump et/ou Poutine et/ou n'importe quel autre leader autocrate du monde, vu sous son meilleur jour

- l'info, l'intox, l'info, la vérité, les médias avec un exemple totalement imaginaire, genre la France ou les USA

- l'IA, ses hallucinations, ses paradoxes, ses gourous, ses esclaves, autour d'une application non immorale

- la politique française avant les élections de 2027 et ses coups tordus (ce n'est qu'une suggestion)

- l'avenir de la francophonie, de ses opérateurs, de ses financements avec un peu d'optimisme si possible (oui, je sais, c'est difficile d'être optimiste)

- le marketing et sa splendeur rayonnante pour vendre des merdes, une fois, plusieurs fois, ou sur abonnement

- la science, la vraie, la seule, ou les fake sciences et leurs prophètes grassement payés

- l'avenir de la planète à un horizon proche (entre 100 et 1000 ans), s'il y en a un

- la natalité, la famille, les enfants, et les bêtises qu'ils feront (à ne pas confondre avec les conneries des mêmes enfants devenus adultes)

- l'opinion que vous avez de l'auteur de ce blog et l'avenir que vous lui souhaitez

- et bien sûr, comme on dit à Miss Univers, la paix dans le monde.


À vos plumes, à vos écailles ou à vos poils...

dimanche 4 août 2024

Pourquoi et comment diffuser ses oeuvres - Une première réflexion sur l'auto-édition

C'est dimanche.

Jadis (à ne pas confondre avec Naguère), j'écrivais des nouvelles le dimanche, lorsque ce blog était quotidien, de 2012 à 2017, entre l'enthousiasme initial de la victoire de Hollande et les débuts de Macron. 

Il y en a un paquet maintenant (plus de 150) et je suis en train de finaliser leur publication sous formes de recueils en auto-édition.

Pourquoi l'auto-édition ? 

Parce que c'est facile et que j'ai tous les outils nécessaires sur mon Mac, avec même des numéros ISBN officiels. Trouver un éditeur normal est quasi impossible à notre époque, surtout pour un vieil auteur sans avenir (pfffft). Et surtout en France pour des recueils de nouvelles, un genre bien peu apprécié ici, alors qu'il est très populaire dans les pays anglophones. Il parait que l'anglais est une langue plus courte que le français, d'ailleurs ;) Il existe plein de faux éditeurs, déguisés en vrais mais en fait à compte d'auteur : la liste serait trop longue à faire ici, mais il y a de bons sites pour aider les futurs auteurs à ne pas tomber dans leurs griffes. En gros, dès qu'un "éditeur" demande à un auteur de payer pour être édité, c'est un faux éditeur. À éviter absolument, sauf si vous avez du pèze et que vous voulez absolument exister à tout prix. Quelques sites utiles ici :

Facebook : Auteurs & &diteurs indépendants : un groupe public où toutes les bonnes questions sont possibles. Beaucoup de bonnes réponses aussi. Plein de liens. Allez-y.

Un petit guide relativement correct : Il y en a des tonnes d'autres, mais méfiez-vous de ces guides liés à un "éditeur" ou à une plateforme qui ne cherchent en fait qu'à vous vendre leurs services.

Les plateformes : Amazon KDP, Kobo, Apple Books, Librinova, The BookEdition, Lulu, et j'en passe... sans oublier les imprimeurs près de chez vous.

Le problème des illustrations et des couvertures est différent. Ecrire et dessiner, ce n'est pas pareil. Il y a l'IA bien sûr, mais un bon dessinateur, c'est mieux. Si on en connaît... Sinon... Par contre, n'utilisez jamais l'IA pour écrire. C'est nul, négatif, ridicule, pervers et illusoire. Mouillez le maillot !

Illustration copyright ma soeur

Pourquoi du gratuit ?

On peut vendre des livres, il parait que c'est possible. Hors des éditeurs, peu de salut puisque justement le boulot d'un éditeur est de suivre l'auteur de la plume à l'étal. Des vrais éditeurs évidemment, qui doivent gagner leur vie avec des ventes directes et indirectes, et non en vous faisant payer des prestations bizarres, sans effet sur vos ventes, malgré leurs arguments fallacieux.

La situation est différente pour les ebooks et les livres papier (brochés en général).

Pour les ebooks, il est finalement facile de publier sans frais (ou quasi) un ebook et de le proposer gratuitement (même sur Amazon, en le rendant gratuit ailleurs et Amazon est obligé de s'aligner). Sans risque. Par contre il faudra le promouvoir quand même si on cherche des lecteurs (ou pourquoi pas des éditeurs intéressés par vos chiffres). Mais c'est une autre histoire. Vendre un ebook, même au prix minimal, c'est une autre affaire.

Pour les livres papier, ils doivent être payants, car il faut bien les imprimer, à la demande, en bloc et éventuellement en plusieurs formats, ou reliés/brochés. Le prix unique fonctionne ici aussi. Certaines plateformes ou certains imprimeurs proposent dans leurs contrats des prix réduits pour les auteurs, qui peuvent alors les vendre eux-mêmes (salons, libraires...) mais jamais au-dessus du prix marqué et attaché à l'ISBN, ou à leurs contacts, amis et familles. Il est possible pourtant pour l'auteur de ne rien gagner : chez Amazon KDP par exemple, il y a le coût d'impression et la marge minimum d'Amazon qui fixe le prix minimum (en fonction du format notamment) auquel le livre peut être vendu sans que l'auteur y gagne quelque chose.

Car il faut savoir que tout gain réalisé par un auteur sur une vente de livre est soumis à un régime fiscal et social, comme pour toute activité. Attention à ne pas choisir un régime qui pénalise l'auteur par exemple. En général, les auteurs choisissent l'auto-entrepreneuriat, mais tout dépend de votre situation. Allez voir les sites des sociétés d'auteurs : SCAM, SGDL ou autres, mais aussi l'URSSAF pour les aspects fiscaux et sociaux.

Finalement, le gratuit c'est plus simple. Cela n'empêche pas, plus tard, de changer si on passe la barre des 1000 lecteurs (rare).

Pourquoi des nouvelles ?

C'est un format riche. Le texte court est plus à la mode et facile à lire. Et pas seulement pour les jeunes. La nouvelle impose un rythme, une atmosphère et une chute. Il y a de multiples registres possibles, même si la plupart des lecteurs préfèrent des recueils homogènes. Comme toujours, l'éclectisme et l'interdisciplinaire est plus risqué... C'est mon choix, pourtant.

Pour les auteurs de nouvelles, il y a plein de prix possibles, avec des concours réguliers (liste ici sur un groupe Facebook incontournable) et des sites pour publier des textes et avoir des réactions/commentaires de lecteurs ou de critiques. Par exemple celui-ci (iPagination ressuscité) ou celui-là (anciens de Short-Edition).

En attendant des romans à suivre, ces recueils de nouvelles, écrites au fil de l'eau le dimanche, sont importants pour moi. Ils marquent la fin d'une époque, et le début d'une nouvelle (non, je rigole, d'un roman).

Si vous voulez les lire, c'est ici, en attendant les recueils. Il s'agit des versions brutes. Les nouvelles définitives peuvent être assez différentes, après corrections et modifications assez profondes souvent. Mais elles sont disponibles en attendant les recueils. Sauf les quelques-unes qui ont déjà été publiées par de vrais éditeurs au fil des années.

À suivre !

jeudi 18 février 2021

Hommage aux auteurs insoupçonnés

Aujourd'hui, out of the blue, j'ai une pensée émue pour l'Humanité pendant cette crise COVID. Pas pour toutes les raisons que nous connaissons bien maintenant, dans plein de dimensions différentes : la santé des malades et les morts, la coopération internationale où certains se servent en premier et tant pis pour les autres malgré les discours creux, les minorités mal servies en vaccins, les métiers fracturés dans l'événementiel, la culture, le tourisme ou le convivial, les aspects sociaux et économiques ou les conséquences politiques.

Non, je pense à l'Humanité consommatrice de culture, et en particulier de littérature. Je pense aux auteurs.

Je pense à ce que nous a apporté JK Rowling en écrivant dans des cafés à Porto ou au Royaume-Uni. Je pense donc à tous ces romans merveilleux qui ne sont pas écrits parce que les cafés et autres lieux où on peut traîner sont fermés. Je pense à ces auteurs qui ne peuvent ou ne veulent écrire chez eux pour tellement de raisons et qui voient se refermer les portes de ces lieux magiques que sont les cafés, alors même que les torrents tumultueux de leur imagination se bousculent à travers tout leur corps, âme, esprit, coeur et autres lieux où se niche l'imaginaire.

Je pense à tout ce que l'interaction sociale apporte aux auteurs qui en intègrent les effluves dans les plats qu'ils nous mijotent lentement. Le virtuel, ou le distancier comme on le nomme dorénavant, ne nous apporte pas les mêmes interactions. Il déforme même les interactions humaines en les habillant d'un vernis virtuel plein de fausses identités et de comportements faussés par le secret des écrans. Comme si une fausse Humanité prenait le pas sur la vraie, la réelle, celle qui nous réunit, en fait.

On voit apparaître de ci de là des romans bâtis sur le virtuel, le confinement, le faux. C'est bien. Tous les sujets méritent d'attirer la littérature, qu'elle soit sur notre société contemporaine ou sur les uchronies/dystopies imaginées en forçant les traits (NDLR : j'ai le projet moi-même d'en écrire une). Mais la richesse du monde réel, souvent bien plus imaginatif que les mondes imaginés, cette richesse risque de nous manquer. De nous appauvrir.

Alors, pensons à ces auteurs, malheureux de ne pouvoir écrire dans ces lieux propices. Pensons aussi à nous, les lecteurs, les humains, et à tout ce qui ne sera jamais écrit à cause de cette crise. On pourrait se réjouir de ce qui est quand même écrit, oui, évidemment. Mais ce n'est pas la même chose. Et même si ce que je décris ne touchait qu'un seul auteur, qu'un seul roman, ce serait un drame.

Pensons-y. Pensons à vous, cher lecteur qui êtes peut-être cet auteur qui se sent empêché. 

Je n'ai qu'un mot pour vous : 

Écrivez !


samedi 14 janvier 2017

Lecture la nuit, le jour et entre les deux

Première nuit de la lecture en France. Une initiative de Jack Lang du ministère de la lecture culture. Sans ratures, à l'heure du tapuscrit joliment imprimé. Le tapuscrit qui déprime les chercheurs : comment savoir ce qu'un auteur a écrit, corrigé, ajouté ? Francois était cette semaine à la réouverture de la bibliothèque Richelieu et il y a vu des manuscrits célèbres, comme celui de la Chartreuse de Parme. Raturés. 

Mais la lecture c'est aussi une affaire qui se joue à plusieurs : des auteurs et des lecteurs évidemment, mais aussi des éditeurs, des libraires, des bibliothèques, des sites d'ebooks, des correcteurs, des traducteurs, des lecteurs, des documentalistes, des revues littéraires ou des rubriques, et même des blogs... Pourtant quand on est soi-même un lecteur face à une œuvre, il y a une mécanique qui se met en place, du domaine de la magie. Seul le plus souvent mais aussi à plusieurs. 

Daniel Pennac l'a bien décrite dans Comme un roman avec les Droits du lecteur. Il l'a lui-même personnifiée dans ses Malaussène où le livre lui-même joué un rôle fondamental chez ce bouc émissaire émettant des textes lus à haute voix et des intrigues qu'on n'oserait pas écrire dans un roman. Il vient de sortir la suite de cette trilogie qui a grossi avec le temps jusqu'au nombre six (six sous ?).

Des conseils de lecture ? Mission impossible car trop individuelle et l'effet n'en serait que plus limité, quoique le désir s'accroît quand l'effet se recule (Polyeucte, acte I, scène 1).

A déguster en ce moment, cette nuit ou à un autre moment si vous avez autre chose à faire ?

L'Histoire mondiale de la France (Seuil) un recueil organisé autour d'une centaine de dates importantes, mais pas toujours celles que l'on croit. Des textes écrits par des universitaires, donc plein d'esprit critique à la française, mais avec un style et un allant assez jouissif, il faut bien le dire. L'excuse chronologique des dates tombe vite puisque les auteurs se baladent dans le temps notamment autour de la réinterprétation de l'Histoire au cours de l'Histoire, lorsque cela arrangeait le pouvoir en place, de Vercingétorix à Jeanne d'Arc. Un livre à déguster par bribes ou dans le tourbillon de la vie. 

Le dernier Malaussène, à l'opposé, dans la série saga auto-reproductrice et auto-référentielle sinon automagique... Il est vrai qu'il a fallu attendre longtemps ce tome, qu'on avait d'ailleurs fini par ne plus espérer, mais le phénix Malaussène renait toujours de ses cendres. 

On ne pourra pas lire cette nuit le nouveau tome de RR Martin sur Game of Thrones, dans la saga intitulée en fait A Song of Ice And Fire. Un cas rare de dyschronie avec le livre rattrapé par la série télé. Mais ce n'est pas grave, vous dira tout vrai lecteur, puisqu'on peut l'imaginer et l'écrire dans notre tête. 

On pourra lire le premier/dernier Tintin en visite chez les soviets, dans sa version colonisée. Une première qui divise les tintinophiles comme de juste. Je vous rappelle la dernière case de la page 8, icône incontournable de la Tintinosphère ou l'on voit pour la première fois l'épi de Tintin dans le vent. Lire une BD c'est lire (message aux parents) aussi et plein de détails et d'imaginaire peuvent s'y cacher. 

Lire c'est souvent la nuit, parce qu'on a du temps, avec ou sans lampe de poche sous le drap. Lire c'est en fait plein de postures différentes : dévoration d'un trait sans manger ni respirer, grappillage à chaque temps libre et volé à la vie sociale, répétition pour se plonger dans les délices de la relecture de ses vieilles amours, découverte au hasard sur un banc, partage dans un club de lecture. Lire c'est lire n'importe où et dans n'importe quelle position ou dans un confort douillettement préparé pour installer une routine rassurante. Lire c'est du papier ou du numérique ou les deux mon colonel. En tant qu'adepte de la lecture numérique j'apprécie particulièrement la possibilité de se balader avec une bibliothèque dans la poche ou le sac à main, satisfaction du collectionneur boulimique. 

La lecture va de pair avec l'écriture. Mais le lecteur va-t-il avec l'écriveur, que certains appellent écrivain ou auteur ? Ils se rencontrent très rarement et ont encore plus rarement l'occasion de vraiment échanger. Est-ce nécessaire d'ailleurs ? La voix intérieure de l'auteur, retranscrite avec des mots, rencontre ou pas ses lecteurs. L'oreille intérieure du lecteur rencontre ou pas les auteurs qui la font titiller notre cerveau, notre cœur, notre sexe ou notre âme.

Alors, quel que soit votre âge, profitez de cette nuit pour rencontrer ces voix d'auteurs à travers le médium du livre. C'est une première. On peut supposer que si elle a du succès il y en aura au moins une deuxième.

Je me souviens de ces trocs/puces du livre que nous organisions pour les enfants. Sans argent, sans adulte pour pourrir le partage. Je me souviens de ces gamins assis par terre Place des Abbesses pour dévorer un livre avant d'aller l'échanger contre un autre pour dévorer celui-là avec encore plus d'appétit. Je me souviens de ces institutrices ébahies par les gamins engloutissant ces livres dans le préau, contre toute attente surtout pour les gamins réputés les plus difficiles, justement parce qu'ils étaient dans le partage sans enjeu. 

Plus je lis et plus le désir de lire s'accroît, comme n'a pas dit Polyeucte. 

mardi 19 avril 2016

Google books : l’hydre renaît

Google est une galaxie de projets dans tous les genres, bien avant même de se renommer Alphabet. Il y a une douzaine d’années a été lancé le projet Google books, alors Google Print (Wikipédia). Aujourd’hui, on en est à 20 millions de livres numérisés dans le monde, dont une grosse majorité aux USA. On parle de temps en temps de livres numériques sur ce blog. Ce coup-ci, ça en vaut le coup.

Ce projet a déclenché la colère des auteurs et des éditeurs depuis son lancement. En savoir plus ici, sur un site pro du monde de l’édition, ce qui vous changera un peu des actualités habituelles sur le sujet, trouvables partout (sur Le Monde par exemple) avec la recopie presque à l’identique de dépêches d’agence grand public, l’AFP en l'occurence. Depuis le jugement d’hier de la Cour suprême des USA, Google a donc le droit de passer à la vitesse supérieure, en tous cas aux USA, et de développer à outrance cette numérisation.

Certains éditeurs et surtout les bibliothèques voient avec plaisir Google pouvoir continuer à numériser des livres qui coûtent trop cher à traiter. Les lecteurs et surtout les chercheurs pourront lire de plus en plus de livres en ligne. Jamais en totalité évidemment, sauf quand ils sont dans le domaine public, mais avec des extraits suffisamment longs.  Les auteurs sont vent debout contre cette atteinte à leurs droits d’auteurs, surtout que Google accompagne chaque livre d’un lien pour l’acheter (sur une de ses boutiques évidemment). Une sorte de bibliothèque-library-librairie qui ne dit pas son nom.

Il s’agit de la légalisation du fair use dans le domaine du livre : « La création par Google d’une copie numérique pour assurer une fonction de recherche est un usage transformatif qui améliore les connaissances du public en rendant les informations sur les livres des plaignants disponibles au public ». C’est aux USA seulement, pour le moment, mais les accords transatlantiques sont en cours de négociation et incluent de type d’usage, même si en France des mesures ont été prises.

Cela me fait penser dans un autre registre à la numérisation des oeuvres d’art dans les musées du monde. A l’époque, c’était Microsoft et sa banque d’images qui démarchaient les grands musées pour numériser « gratuitement leurs oeuvres » tout en obtenant le droit de les diffuser ensuite. Les commerciaux de Microsoft n’étaient pas très habiles et les conservateurs (du Louvre notamment) avaient réussi à ne pas tomber dans leurs filets. Il faut dire que quand un commercial vient vous proposer de numériser la Joconde et vous dit « combien de pixels pèse La Joconde », ça refroidirait n’importe quel conservateur ou amateur d’art.

Si vous essayez d’aller sur Google Books, ne manquez pas de lire l’aide, c’est très instructif. Google se fait passer pour un bienfaiteur de l’Humanité, dans un jargon réjouissant par sa naïveté de façade. Un exemple de livre ? Celui-ci pour les blogueurs encore dans les librairies... ou ce torchon là... La possibilité de chercher dans tous ces livres des extraits est un plus, et c’est là-dessus que Google a bâti son projet. Accessoirement, cela lui permet de vendre les livres et de vendre de la publicité ciblée à ceux qui consultent ces ouvrages.

Alors quoi en penser ? Qui compte le plus ? L’auteur, l’éditeur, le lecteur, le chercheur, le vendeur de livres, le publicitaire, le bibliothécaire ? Le fair use est un concept intéressant. Nécessaire même. Sauf que Google vient de le pousser un cran plus loin. un cran trop loin ?


Attendons-nous donc à une explosion des numérisations de livres et de publicités ciblées.




jeudi 25 février 2016

Initiales trompeuses chez UBS

SDansur les médias, les nouvelles se juxtaposent souvent avec un humour involontaire. C'est en voyant accolés un article sur l'UBS et une pub pour une clé USB que je me suis mis à rêver un peu. Vous m'accompagnez ?

Prends donc les trois lettres de UBS (et je ne parle pas ici de l'Union Belge de Spéléologie, quoique).


Le scandale UBS est entré dans sa phase judiciaire. Il secoue la Suisse qui n'a pas besoin de ça pour être secouée par les affaires liées aux multinationales institutionnelles qu'elle accueille, la FIFA en étant le contre-exemple parfait. La banque UBS a donc été à l'initiative, semnle-t-il, de fraudes fiscales nombreuses en France (au moins). Détails ici. Les journalistes qui ont travaillé sur cette affaire expliquent là comment ils ont travaillé avec les masses de documents qu'ils ont récupérés. Une technique de big data de plus en plus utile pour des tas d'affaires complexes. Big data ? On parle de "seulement " 3 Go de données dans ce cas. Pas terrible en fait...


Car à notre époque une clé USB basique contient facilement au moins 4 de ces giga-octets, les Go que certains appellent des gigots (à ne pas confondre avec les jigowatts de Retour vers le futur. Donc tous les documents de l'UBS qui ont servi à cette enquête journalistique tiennent sur une petite clé USB de base... On peut en mettre des choses sur ces clés. On peut même aider à informer la population de Corée du Nord, si, si ! Allez voir cette initiative...


D'ailleurs on dit USB pour Universal serial bus, comme le symbole officiel essaye de le faire comprendre. Vous avez dit BUS ? Ah... Oui il y a des bus de toutes sortes (des bus qui remplacent des trains en grève ou moins cher), sauf quand il y a grève de bus. Il y a plein de discussions sur les bus et les cars depuis la loi Macron avec plein d'exemples où cette concurrence nouvelle perturbe les "acteurs établis". Je citerai juste les navettes officielles pour l'aéroport de Beauvais qui protestent contre l'apparition de compagnies concurrentes moins chères et plus rapides, et qui viennent de gagner contre elles. Y'a encore du boulot !
Quand on parle de bus, le métro n'est pas loin. Le SUBway, que certains appellent l'Underground ou le Tube (et je ne parle pas ici de sandwiches, ce blog est sans pub je vous le rappelle). Un endroit chaud, accueillant, souriant et particulièrement recherché par tous les amoureux de la Nature. Ceux qui ont un compte à l'UBS ne prennent pas le métro, a priori, ou alors ils y fraudent aussi ? Bientôt le Grand Paris aura son SUB, c'est maintenant certain.


A propos de fraude, il y a des risques, surtout pour les gros fraudeurs. Perquisitions, gardes à vues, etc. Saviez vous que dans chaque commissariat, il y a un service spécial pour traiter les grosses affaires criminelles ou pour attraper les gros poissons ? On appelle cela la BSU (si, si !), la Brigade de Sûreté Urbaine, "chargée de l'investigation judiciaire. Elle procède aux enquêtes, notamment quand une plainte a été déposée par la victime d'une infraction pénale. Mais elle travaille aussi d'initiative à partir de renseignements qu'elle s'emploie à rechercher. La BSU dispose d'un bureau d'aide aux victimes d'infractions qui fournit aux victimes un soutien juridique, psychologique et social" (Wikipédia). 


Enfin, puisque 3 lettres différentes font six combinaisons possibles, il reste le SBU... Kézaco ? Parmi les différents acronymes possibles, je choisirai évidemment SBU, Strategic Business Unit, un centre de profit interne aux grandes entreprises qui est centré autour d'un produit ou d'une gamme et qui s'occupe de presque tout ce qui le concerne. Un mode d'organisation très répandu... dans les banques aussi ;)



Donc, pour résumer, j'ai une question : si vous avez été en contact avec la SBU de l'UBS chargée des comptes à l'étranger et que votre nom est sur la clé USB en possession de la justice, irez-vous en BUS ou en SUB à la convocation de la BSU locale ?