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lundi 3 août 2026

Loi sur l'IA dans l'UE : quelles conséquences pour le livre et la création ?

Depuis le 2 août 2026, une nouvelle loi de l'Union européenne (dont fait partie la France) est entrée en vigueur. Elle vise à protéger les citoyens contre des usages abusifs de l'IA et à minimiser les risques encourus face à la désinformation et aux manipulations.

Elle oblige les créateurs et utilisateurs d'IA, dans la plupart des cas, à déclarer cet usage pour que les lecteurs/visiteurs soient informés, notamment des possibilités de fausses informations, infox et autres joyeusetés si fréquentes aujourd'hui sur les réseaux sociaux.

La loi est applicable dès maintenant, mais les sites, producteurs et autres créateurs ont 4 mois pour apposer sur leurs productions les icônes prévues. Joyeux bordel en perspective.

Il y a des limitations et des exceptions (il y a toujours des exceptions, sauf exception à cette règle).

Parmi elles, les auteurs/éditeurs/diffuseurs noteront évidemment celles-ci :

Œuvres manifestement artistiques, créatives, satiriques, fictives et analogues

Lorsque de faux contenus profonds font partie d’une œuvre ou d’un programme manifestement artistique, créatif, satirique, fictif ou analogue, les obligations de transparence se limitent à la divulgation d’une manière appropriée qui n’entrave pas l’affichage ou la jouissance de l’œuvre.

Revue humaine ou contrôle éditorial pour le texte

L’obligation de divulgation ne s’applique pas lorsque le texte généré par l’IA a fait l’objet d’un processus de révision humaine ou de contrôle éditorial et qu’une personne physique ou morale assume la responsabilité éditoriale de la publication du contenu.

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Que les auteurs qui produisent à la chaîne des "contenus" appelés livres et vendus par milliers sur Amazon se rassurent donc. Ils pourront continuer à écrire et vendre ce qu'ils veulent sans avoir besoin d'apposer une étiquette "honteuse" sur leurs machins.

Pour les autres, il y a des solutions. Moi, par exemple, évidemment, puisque je n'utilise pas d'IA créative, j'ai choisi d'apposer sur mes livres le logo "FAIT (HU)MAIN" dont on trouve les détails ici. Cela englobe toutes sortes de créations : texte, image, vidéo, son et autres qui n'ont pas encore été inventés.

Cette actualité pose la question, déjà ancienne, du consentement implicite ou explicite, de l'opt-in ou de l'opt-out. En France, la CNIL oblige à l'opt-in, c'est-à-dire à ce que votre accord préalable soit explicitement donné avant de vous abonner à quelque chose ou de partager vos données personnelles. D'où les cases à cocher, que souvent on ne voit pas. L'opt-out, c'est le contraire : vous êtes abonné par défaut et vous devez entreprendre une action pour vous désabonner ou annuler. 

Par exemple, lorsque la CNIL a obligé les fournisseurs de courriels à vous demander votre accord explicite pour continuer à vous envoyer des "pixels invisibles", nous avons tous reçu des messages d'un peu partout, plus ou moins camouflés d'ailleurs selon les fournisseurs.

Le marketing, s'il créait les lois, aurait supprimé l'obligation de consentement préalable, naturellement. Mais le marketing ne crée pas les lois... enfin pas toujours, merci aux lobbies.

Dans le cas de l'IA, il y a donc plusieurs positions possibles :

- les fournisseurs de contenus créées en partie ou en totalité avec l'IA aimeraient que cela ne se sache pas (ce n'est pas vendeur), ils n'ont donc pas envie d'afficher l'icône de l'UE. Ils chercheront tous les contournements possibles pour satisfaire cette pulsion de pouvoir et de manipulation, et l'Internet est rempli de contournements et de déviations. Certains assumeront, en espérant qu'un jour cela soit même un avantage concurrentiel.

- les fournisseurs de contenus "créatifs" qui utilisent  l'IA de manière plus ou moins fondamentale, essayeront de se glisser dans les exceptions de la loi pour ne pas mettre d'icône non plus. Intéressant à suivre, notamment pour les médias établis qui en usent de plus en plus - je pense en particulier à la PQR et aux chaînes pure player.

- les militants de la création humaine qui revendiquent son importance essayeront de se différencier avec des badges comme "FAIT (HU)MAIN" ou d'autres du même acabit

Si vous n'êtes que lecteur qu'en pensez-vous ? In fine, c'est vous qui décidez, souvenez-vous.

Si vous êtes à la fois créateur et lecteur, qu'en pensez-vous ? Allez vous réfléchir ?

Si vous n'êtes que créateur, passez votre chemin, car amha on ne peut pas créer sans lire/voir/sentir/écouter/ressentir, mais c'est un autre débat. Ou alors on est juste une IA...

Quelques icônes, donc, à chercher un peu partout dans les mois qui viennent :



ou rien ?





jeudi 30 juillet 2026

Écrire, Éditer, Publier, Diffuser, Lire, Numériser, Injecter dans une IA, Détruire ?

Le livre est un objet paradoxal. Et nécessaire.

Objet physique et/ou numérique ; objet sous plusieurs formats qui appellent différents modes de lecture, de l'écrit à l'oral ; suite de lettres, de tokens, de mots, de lignes, de paragraphes, de chapitres, de volumes, selon les usages qu'on en fait ; objet travaillé à plusieurs la plupart du temps ou par une seule personne ; objet humain ou AI, en partie ou en totalité ; objet de désir, de plaisir, d'inquiétude voire d'angoisse selon les publics et les instants ; objet ou sujet ou même sensation pure ; objet des moments où on l'écrit et le travaille, ou alors des moments où on le lit, le stocke, le feuillette, le regarde, ou on s'en souvient plus ou moins précisément ; objet à acheter, à louer, à emprunter, à voler, à pirater ou à regarder ; objet avec ses lieux de culte que sont les librairies, les bibliothèques et autres médiathèques, les musées, les boites à livres, les bancs publics, les supermarchés ; objet de culture ou d'inculture ; objet de manipulation ou de transmission ; objet commercial ou dans le domaine public ; nécessité, contrainte, ou devoir ?

J'aurais pu continuer longtemps comme cela. Dans votre tête et dans vos expérience, vous avez certainement d'autres points à ajouter...

Le livre, dans toutes ses incarnations, est au coeur de nos sociétés depuis un certain temps. Il s'est transformé avec les temps et se transformera encore. Combien de temps existera-t-il ?

On peut exister tant qu'on est visible. Accessible même. Ou idéalisé, pourquoi pas. Mais quand on n'est ni l'un ni l'autre, existe-t-on ? Le livre, sous toutes ses formes est de plus en plus présent, mais de moins en moins lu/écouté/vu. Nous connaissons tous les difficultés de cet objet merveilleux : la filière du livre et ses impératifs commerciaux voire politiques, par des acteurs économiques vieillissants ou venus d'ailleurs pour vendre autre chose ; la multiplication des livres qui ne sont pas des livres, mais seulement des suites de lettres noires de mots dans le meilleur des cas ; la concurrence d'autres vecteurs de culture - ou d'inculture - plus séduisants ou mieux gérés, en tout cas souvent plus attirants au premier regard ; le règne grandissant du court, voire du très court, contre le plus long, avec la baisse de la concentration nécessaire pour tout ce qui est long...

À propos de cet article, un sujet dont vous avez certainement entendu parler un peu partout, le livre serait donc en train de franchir une nouvelle étape : devenir le simple combustible d'IA qui les utilisent - à leur seul profit - pour s'enrichir ainsi que leurs actionnaires, et qui sont ensuite détruits parce que trop chers à conserver.

Ray Bradbury détruisait les livres par le feu dans Fahrenheit 451. 

Le feu a été inventé il y a très longtemps par l'homme et nous a bien servi. 

Mais depuis que l'IA a pris le pouvoir, plus besoin de feu. 

L'IA détruit les livres également. Mieux même que le feu. 

L'idéal du bien public commun que pourrait être la culture est donc en train de tomber comme Icare près du soleil de l'IA. Cet idéal était de toute façon coincé depuis longtemps par les ayant-droit qui refusent toute notion de bien public commun. Il est maintenant menacé par les IA qui réduisent les livres à des litanies de tokens "humains" et qui préfèrent empêcher leur lecture directe (parce que les ayant-droit protesteraient) plutôt que les protéger. Par exemple, en choisissant des livres disposant d'un ISBN, l'excuse est qu'un exemplaire a forcément été déposé dans une bibliothèque nationale, donc le livre n'est pas détruit. Hypocrite, non ? Marketing, oui !

Le vrai paradoxe est là : les ayant-droits, à force de protéger leurs droits, poussent à la destruction des oeuvres par les IA. 

Un autre monde de l'édition aurait pu être possible : rémunérer les ayant-droit qui le souhaitent (auteurs mais pas seulement), alimenter les IA avec des contenus humains, permettre à tous de lire librement tout ce qu'ils veulent et de le trouver facilement sous le format qu'ils souhaitent. Mais si un tel modèle devait être implémenté, il faudrait changer tellement de choses, que chacun dans son petit coin y perdrait. 

Alors, oui, il est tellement plus facile d'accuser l'autres (nimby) et de se foutre du bien public commun.

Merci aux auteurs et aux lecteurs. Finalement, c'est vous qui faites vivre le livre. Vous seuls. Oui.


PS : Au fait, puisqu'on n'est jamais servi aussi bien que par soi-même, je publie des recueils d'histoires fraiches. Zéro euro. Liens ici sur mon site principal. Bonne lecture ;)