jeudi 25 juin 2020

Monsieur et Madame Pomme... changent de vie - Épisode 1

Épisode 1

- Ma chérie ?
- Mmmmmmh ?
- Ça va ?
- Oui mon strudel, et toi ?
- Parfait, ma tatin !

Monsieur et Madame Pomme, se réveillent en douceur et se lovent l'un contre l'autre. Jeune couple amoureux, ils ont vu leur vie bouleversée par la crise sanitaire et le confinement. Cela dure maintenant depuis deux mois et ils sont de plus en plus amoureux. Ça les fait rigoler comme du cidre doux lorsqu'on interviewe des couples à la télé qui se plaignent de la promiscuité perpétuelle avec leur compagnon pensant cette période.

Il faut dire qu'ils font partie des privilégiés et qu'ils en sont conscients : pas d'enfants, dans un appartement confortable avec petit jardin de plain-pied, tous les deux en télétravail dans de bonnes conditions, pas de perte de salaire. Et dans une petite ville tranquille de province, à deux heures de Paris.

Juste avant le début de la crise, la situation était beaucoup moins rigolote. Monsieur Pomme habitait et travaillait à Paris pendant la semaine, avec des trajets à n'en plus finir entre sa tour à La Défense et son petit studio à l'autre bout de Paris. Madame Pomme habitait dans cette petite ville de province et allait à pied à son travail. Ils se voyaient tous les week-ends, fatigués et frustrés. Tout ça en attendant des mutations demandées depuis longtemps mais restées au stade de promesses.

Leurs rêves étaient grands comme des vergers, mais rien n'était encore arrivé depuis leur mariage. Et puis le virus avait tout changé. Ils avaient entamé une vie de rêve à deux. La vie qu'ils projetaient depuis longtemps.

Bénis par le confinement, ils en profitaient à plein. 

Mais... 

Chacun de son côté pensait aux pépins à venir, à la fin inéluctable de cette période hors du temps et de l'espace, dans leur petite cagette douillette.

Monsieur Pomme travaillait dans une grande administration parisienne, comme on dit, mais sa vraie passion était les langues anciennes. Madame Pomme travaillait à la mairie et parmi ses multiples passions, il y avait les langues modernes et leurs déclinaisons par les jeunes en priorité.

Ils s'étaient rencontrés lors d'une réunion physique d'un groupe de discussions sur Internet où on s'étripait gentiment à propos de langues et étaient instantanément tombés amoureux l'un de l'autre. Le sujet, ce soir-là était l'imparfait et la discussion avait failli tourner à la compotée générale. De temps en temps, d'ailleurs, et encore jusqu'à aujourd'hui, ce sujet revient entre eux et ils reprennent leur combat initial - ils avaient été naturellement dans des camps opposés. Mais ils se retrouvent très vite. Toujours.

Ce matin, donc, ils viennent de se réveiller. Souriant à l'extérieur, Monsieur Pomme est soucieux. Il repense à l'imparfait mais dans un tout autre sens. Leur bonheur présent est parfait, mais le futur risque d'être imparfait. Il a reçu un courriel dans la nuit. De son patron...




lundi 27 avril 2020

Cinquante nuances de bleu schtroumpf pour le déconfinement

Le 11 mai approche. Encore plus près, il y a le discours ce mardi du Premier des ministres devant le Parlement. Histoire d'anticiper ce qui nous attend le 11 mai.

Quelques éléments de réflexion :

- Le Président du Conseil scientifique auprès de Macron a répondu à une interview ici. Extrait significatif : "Mais nous ne passerons pas du noir à la lumière d’un seul coup. Nous irons du noir au gris foncé, puis doucement vers un gris plus clair." On est bien loin des cinquante nuances de gris chères ou adeptes de la bluette SM, mais on est dans une gamme lentement descendante, au moins dodécaphonique.

Jean-François Delfraissy

- J'ai profité de ce moment pour relire le tome 1 des Schtroumpfs, intitulé "Les Schtroumpfs noirs"
Une histoire de 1963 qui est toujours valable aujourd'hui, puisque les gentils Schtroumpfs sont victimes d'une maladie fulgurante : l'un d'eux est piqué par une mouche Bzzz (je crois) et devient noir. Cette maladie qui les transforme en méchants Schtroumpfs noirs se répand très facilement (je fais GNAP, je te mords la queue et hop). Un vrai coronavirus avant l'heure. Ici pas de nuances de bleu, on passe instantanément du bleu au noir. À lire/relire d'urgence les bonnes feuilles sur le site de Dupuis plus haut), l'album dans votre bibliothèque ou ailleurs. Heureusement les Schtroumpfs ont leur chef, le Grand Schtroumpf, sauveur de l'Humanischtroumpf.


- En discutant avec des djeunes, je me suis rendu compte du bordel que ça va être à partir du 11 mai. Même certains qui sont pourtant intelligents et conscients des autres considèrent que la vie va redevenir comme avant très vite et qu'on va pouvoir recommencer à s'inviter les uns les autres sans retenue. Et les autres connards (excusez-moi) qui ne pensent qu'à eux sont bien pires que ça. On voit déjà des signes de plus en plus forts de relâchement et le 11 mai sera un grand jour de bordel : on l'appellera plus tard Le Jour De La Grande Contagion ! Car ici, en France, quelles que soient les consignes données par un pouvoir quelconque (du Gouvernement à l'employeur en passant par les collectivités ou les groupements) beaucoup s'en affranchissent. Le niveau de confiance avec les Pouvoirs est en effet très érodé et ne se recollera pas en quelques jours, même si le niveau atteint de confinement a montré une solidarité remarquable chez une grande majorité. Le mot progressif est donc important. Quelques nuances de ciel bleu seront donc les bienvenues.

Bleu marine, bleu pétrole ? ou bleu clair ?
Sans oublier le bleu schtroumpf


Alors ? Du noir au bleu, ça prend du temps, Certains films au cinéma abusent des fondus au noir pendant des secondes... Ici on parle de semaines et de mois. Moi qui travaille à l'international, je vois quantités d'événements internationaux s'annuler ou se reporter, parce que leur préparation est impossible...


jeudi 23 avril 2020

Le stress de Pac-Man coincé dans la toile des notifications et des messages reçus de partout

La réalité du télé-emmerdement + quelques allégories + des conseils pour vous en tirer, j'espère

Vous êtes coincé chez vous et vous recevez plein de messages de partout.

Tout s'entremêle et vous avez du mal à discerner le privé du professionnel, l'urgent de l'inutile, l'immédiat du on-a-le-temps, l'éphémère de l'important, le positif du négatif, l'angoissant de la réalité, le vrai du faux, le hasard de la nécessité. Vous vous sentez harcelés par toutes sortes de demandes absurdement différentes qui convergent vers vous à travers vos appendices numériques. Vous ne savez pas quoi faire pour garder votre liberté, votre identité dans tout ce fatras ?

Rassurez-vous, vous n'êtes pas le seul, la seule.


Comment vous sentez-vous en fait ?

- Comme Pac-Man coincé dans son labyrinthe en train d'essayer de survire en glanant des gommes et en évitant les fantômes ? Survivre le plus longtemps possible, ou avec le meilleur "score", ou passer au niveau suivant ? Imaginez simplement que chaque fantôme est une personne différente qui vous pourchasse, à travers des tas de moyens différents sans que vous ne puissiez les contrôler. Un vrai labyrinthe comme dans les films de science-fiction ou dans les laboratoires qui font courir sans fin des rats pour trouver la sortie et la récompense...

- Comme une mouche prise dans une toile d'araignée à plusieurs dimensions, chacune étant tenue par une araignée-prédatrice différente ? Une sorte de web de webs, mélangeant allègrement toutes sortes de canaux, en permanence : téléphones, messageries instantanées, courriels, réseaux sociaux, médias sociaux, chats et clabaudages, solutions intégrées de visio et je passe les solutions sécurisées avec leurs notifications en tous genre. Votre objectif est de survive, là encore.

- Comme dans un film/livre de science-fiction, des dystopies en général, où vous êtes épiés par on ne sait qui (mais on soupçonne le pire) et où vous sentez en permanence planer au-dessus de vous l'oeil du pouvoir, en ne sachant jamais qui est qui, et qui travaille pour qui ? Brazil, 1984, Le meilleur des mondes, Un bonheur insoutenable... En attente d'un héros salvateur.


Alors, que faire ? Quelques conseils

- Le télétravail de crise, comme celui d'aujourd'hui ne ressemble en rien à un télétravail organisé et prévu à l'avance. C'est une situation inattendue avec des solutions souvent improvisées et des individus mal ou pas préparés : des collègues plus ou moins avancés, des clients énervés, des fournisseurs essoufflés, des patrons qui ne savent pas manager dans cette situation. Ajoutez à cela une organisation logistique pas facile (l'environnement technologique de travail et les connexions internet ; l'espace de travail à la maison aménagé à la va-vite ; l'environnement familial, les enfants...). À situation de crise, réponses de crise donc importance vitale d'un aménagement du temps. Il est futile d'essayer de séparer l'espace du temps. Voir mon dernier billet de blog. À vous de maîtriser le temps et les plages que vous vous réservez, à vous de fixer des règles pour définir les délais de réponse les plus pertinents : ne pas répondre tout de suite automatiquement à chaque fois. Pour les vieux, si vous rappelez les débuts du téléphone mobile, il y a eu beaucoup de réticences au lancement avec des réactions du type : j'ai l'impression d'avoir un (sans)fil à la patte, je ne suis pas l'esclave de celui qui appelle sans prévenir, je n'ai pas que ça à faire. Depuis, on s'est habitués ? Hum...

- Il y a un nombre énorme et incontrôlable de moyens de vous contacter. Quelques-uns dans lesquels vous vous reconnaîtrez certainement : téléphone fixe et son répondeur, téléphone mobile (deux numéros souvent), courriels (plusieurs adresses), messageries instantanées (WhatsApp, Messenger, SMS, iMessages), couplage de clavardages/chats avec des solutions vidéo-audio (Teams, Zoom,Skype, FaceTime, Renater...), réseaux sociaux et leurs notifications (Twitter, FaceBook, Instagram, LinkedIn, SnapChat, Twitch, Discord, Hangouts), réseaux sécurisés (Telegram, Signal) et même pourquoi pas des vraies lettres papier. J'oublie les pigeons voyageurs même si un protocole Internet en prévoit l'usage (RFC). Sur le plan des "machines", tout cela peut vous arriver vis des téléphones, des tablettes ou des ordinateurs a priori, mais peut-être que certains appareils intelligents peuvent le faire (votre frigo ? votre chaudière ? votre voiture ?

- Face à tous ces moyens et à ceux qui apparaissent tout le temps, le seul moyen de s'en tirer est de bien paramétrer vos machines et applications. Ne comptez pas sur les autres pour le faire, ils n'en ont rien à foutre ou pire ils en profitent. Exemple du comportement de Facebook qui collecte automatiquement toutes vos données venues de plein d'applications tierces, sans votre accord explicite, mais qu'on peut maintenant interdire. Ne flippez pas ! C'est juste pour vous prouver que c'est à VOUS, et vous seul, de paramétrer vos machines et applications pour votre sécurité et vos vies privées, professionnelles et mixtes. Renseignez-vous ici et sur d'autres sites similaires.

- Dans le fatras des notifications qu'on reçoit, comment trier entre le bon grain et l'ivraie ? Car comme  disait le poète alcoolisé, à peu près de mémoire, peu importe le flacon de whisky à partir de bon grain d'orge, pourvu qu'on ait l'ivresse. Ce tri est difficile, surtout lorsqu'on reçoit des notifications à des tas de moments différents, pour peu qu'on ait de la famille, des proches ou un boulot qui cause du souci. Un message reçu à une heure du matin causera plus d'anxiété qu'un message à 9h30. Et il est impossible de dire à ses contacts : "arrête de m'emmerder avec tes vidéos de blagues/chats envoyées à n'importe quelle heure" ou "je n'utilise cette application que pour des trucs sérieux" ou "ceci est mon adresse perso". Vos interlocuteurs sont aussi stressés que vous et ne contrôlent pas toujours facilement leurs impulsions, sans parler des forcenés du clic. Usez et abusez donc des notifications différenciées : masquer ou bloquer certains contacts ou messages, notifier avec des apparences ou des sons différents selon vos interlocuteurs, supprimer carrément certaines applications ou vous désabonner, les répartir sur plusieurs machines dédiées à des usages différents... Les solutions possibles sont nombreuses. Y compris d'en informer vos contacts : le matin je ne veux pas être dérangé sauf urgence absolue.

- Un dernier conseil qui boucle avec le début : Oui, la crise actuelle se terminera un jour (pas si proche, mais quand même). Oui cela redeviendra plus érable. Oui... Mais le monde aura changé et les comportements aussi, avec des bons et des mauvais côtés pour chacun. Autant s'adapter maintenant. Cela sera d'autant plus facile quand le stress aura diminué. Voire, cela aidera même à mon avis à survivre dans de bonnes conditions à cette phase de stress intense.

vendredi 10 avril 2020

L'espace-temps de la crise : séparer le conjoncturel du structurel

En ces temps de crise, j’en profite pour vous livrer quelques réflexions générales qui pourraient servir à alimenter un débat pour aider à séparer le conjoncturel du structurel. Si cela vous intéresse, appropriez-vous ces réflexions et tirez-en parti ;)

On entend en effet tout et son contraire sur la durée de la crise et les différences géographiques.

Il est évidemment plus vital de s'occuper de ces aspects lorsqu'on se situe dans un environnement international, directement impacté par la crise. Mais beaucoup de secteurs sont internationalisés, même sans le savoir, comme M. Jourdain et sa prose, avec les achats, les ventes ou les transports par exemple. Et en France, les échanges entre régions et villes concernent beaucoup d'organisations.

Un peu d'anticipation ne fera donc pas de mal, et en plus vous aurez de quoi lire pendant que vous êtes confinés. Et même pourquoi pas, soyons fous, vous pourrez commenter ou relayer.

L’importance des rythmes temporels

Les relations internationales font que l'impact de la crise durera plus longtemps pour certaines organisations, compte tenu notamment des échanges internationaux : car entre les pays qui sortent petit à petit de la crise, ceux qui la vivent pleinement et ceux qui commencent à y entrer, il y a beaucoup d’écarts temporels. Ensuite, sans même parler des risques de reprise de la crise sanitaire, il y a la question des futures crises à venir.

Il semble donc nécessaire pour ces organisations d’articuler précisément leurs calendriers afin d’en avoir une vue claire, permettant d’organiser des actions aux bons moments, aux plans très local, national, régional, interrégional et mondial. Cela pourrait être une des tâches des nombreuses cellules de crise mises en place un peu partout.

Les durées pour la crise sont diversement appréciées par les parties prenantes qui émettent plusieurs hypothèses : sorties rapides / simple parenthèse / crise structurelle... Ces divergences de prévision ne doivent pas empêcher chaque organisation d’anticiper plusieurs suites possibles, pour elle-même et pour son environnement socio-culturo-économique plus largement.

Il serait utile de préparer plusieurs scénarios afin que ces organisations soient prêtes à agir/réagir dans différentes circonstances. Ces scénarios ne devraient pas être élaborés seulement en interne mais avec certains partenaires stratégiques, eux même concernés. Pas besoin de consultants pour cela.

Même si cette crise n’est qu’une parenthèse dans certaines situations notamment locales, il serait bon d’en profiter pour imaginer comment exploiter les opportunités ainsi créées, principalement autour du numérique. C’est a fortiori encore plus le cas pour une crise structurelle.

Les réponses à apporter dépendent en grande partie des temporalités, et je propose dans la suite de ce billet de les aborder sous cet angle. Il faut noter que ces temporalités et les vitesses de changement associées sont très différentes d’une région du monde à l’autre. C’est en croisant les deux dimensions (espace-temps) que les réponses seront les plus pertinentes, localement et globalement :

o les questions urgentes et conjoncturelles liées à la crise en cours ;
o les questions liées à la reprise des activités ;
o les questions à plus long terme et donc liées à la stratégie des organisations.


Les questions urgentes et conjoncturelles liées à la crise en cours

Elles dépendent de chaque organisation, selon qu'elle pratique le télétravail partiel ou global, le chômage partiel ou global. C'est le travail standard d'une cellule de crise qui doit articuler fonctionnement de l'organisation, servies assurés pour les clients, et mobilisation sociale des personnels, sans parler du rôle sociétal autour de l'innovation solidaire. Chaque organisation est responsable des réponses apportées, seule ou en lien avec le reste de sa "branche" comme on dit en France, et dans le respect des réglementations nationales ou européennes par exemple.

À titre d’exemple, je proposerai dans un prochain billet de réfléchir à la notion de « réunion » et de proposer des conseils virtuels opérationnels selon le type de réunion ou de rassemblement. Le concept de réunion couvre en effet beaucoup de situations où les relations interpersonnelles sont cruciales et où les modalités de la réunion peuvent largement influencer sa qualité. Souvent les offreurs de solutions vantent la capacité de leur outil ou de leur offre à servir à plein de choses différentes, sans que la dimension pratique soit bordée. Or les réunions sont tellement différentes par nature qu'il est difficile de toutes les traiter sur le même plan. Parmi les exemples de réunion : une réunion régulière d'équipe, un groupe de travail, une équipe projet, un petit groupe de réflexion, une conférence avec du public, un jury d'examen, un cours, une visite de chantier, une réunion décisionnelle avec vote, une assemblée générale, et que sais-je encore.



Les questions liées à la reprise des activités et à l'année à venir

La reprise des activités suivra des rythmes différents selon les pays et les organisations, sans que cela ne soit la faute de personne, d'elles ou des autres (ou du gouvernement puisqu'en France c'est le bouc-émissaire usuel). Inutile de culpabiliser. Observer le bon moment est donc crucial, localement, nationalement et au plan international.

J'espère que ces organisations pourront trouver des indications factuelles et précises (pas des rumeurs ou des fake news) sur les  différents calendriers de reprises, en tous cas ceux qui les concernent. Normalement, le travail des corps intermédiaires est de fournir des éléments précis pour cette reprise, qui permettent de s'organiser (en plus des râperies habituelles et souvent légitimes). Si ce n'est pas encore le cas, il est toujours utile de "botter les fesses" de ces corps intermédiaires pour leur demander, gentiment mais fermement. Et si c'est trop tard pour cette crise, c'est une tâche à prévoir pour un suivi permanent, car c'est utile à tout moment.

Il ne faut pas confondre déconfinement (progressif ou partiel) ou même télétravail avec reprise des activités. Les deux sont liés bien sûr, mais pas si étroitement qu'on le croit souvent. Attention à ne pas faire cet amalgame, qui est encore plus vrai lorsque les échanges sont importants entre une organisation et son environnement.

Le calendrier des événements est et va être bousculé, notamment au dernier trimestre 2020 avec des annulations d’une part et des embouteillages de rattrapage d’autre part.

C'est comme ça. Inutile de vouloir charger au maximum l'été et l'automne pour rattraper, au risque de créer plus de problèmes que de fausses solutions. L'étalement est la meilleure solution dans de nombreux cas. Ce qui suppose un peu de planification quand on peut. Normalement une organisation devrait pouvoir. En théorie. En pratique les pressions internes et externes sont nombreuses pour accélérer le rythme ou croire qu'il sera simple de revenir aux rythmes précédents : on appelle ça la résistance au changement... Évidemment, les politiciens tiennent souvent un autre discours, pour des raisons électorales en général (le meilleur exemple restant Donald Trump, mais pas mal d'autres leaders font pareil, de Poutine, à Xi en passant par Boris ou Trudeau). Quant à Macron, on verra lundi soir...

Les questions à plus long terme et donc liées à la stratégie des organisations

Il s’agit des effets structurels de cette crise : ils semblent nombreux déjà dans plusieurs secteurs. De nouvelles questions se posent donc et pourraient être posées dès maintenant : évaluer les changements structurels et à moyen-long terme évidemment, ce qui est au cœur de toute stratégie, mais parler également du conjoncturel pour estimer si une organisation a un rôle ou pas à jouer dans ce type de crise, et lequel. Il s’agit de deux aspects de la même question.

Il faudrait parler des transformations profondes du paysage et notamment du rôle joué par le virtuel et le numérique à l’avenir, avec un effet structurant dans plusieurs domaines, ce qui a deux conséquences : sur les partenaires et leurs pratiques elles-mêmes ; sur l’organisation concernée en particulier et son positionnement futur : forces et faiblesses à terme ?

Il serait utile également de parler de la crise en cours et des besoins liés à très court terme, ainsi que des réponses souhaitées de l’organisation concernée, pour montrer son empathie avec ses partenaires face à des crises. Quel rôle est souhaité pour l’organisation face à de telles crises ? Même si les réponses n’amènent pas directement à des propositions stratégiques, cela aura vraisemblablement des effets positifs sur l'image de l'organisation et pourra aider à préciser ses grands rôles. Personne ne comprendrait qu’on n’en parle pas, en fait ! 

Et le lien avec la crise climatique est évident. Il suffit de regarder les nombreuses publications et images sur l'effet de l'activité humaine (diminuée actuellement) sur la pollution, la météo et donc le climat.

En interne, ces problématiques concernent toutes les composantes des organisations et peuvent donc conduire à des réorganisations, pour plus d'agilité ou de résilience. Un travail avec d’autres organisations rencontrant les mêmes problématiques pourrait être envisagé, même si souvent la compétition l'emporte sur la coopération, alors que tout prouve que ce serait le contraire le plus efficace (coopétition ?).

La participation à des think tanks existants ou le lancement de telles réflexions avec des partenaires choisis pourrait devenir une action importante de beaucoup d'organisations. Attention cependant aux consultants de toutes sortes qui éclosent à Pâques ou à la Trinité comme des oeufs de toutes les couleurs et qui sont prêts à tout pour relancer leur propre activité ! (conseil d'ami et de simple blogueur).

jeudi 19 mars 2020

Du temps de cerveau... viral

On va parler virus au pluriel, avec un s à virus donc.

Je profite si l'on peut dire de l'annonce du décès de Patrick le Lay, ancien patron emblématique de TF1 et auteur de la célèbre phrase sur la définition de sa télé : « Ce que nous vendons à Coca-Cola, c'est du temps de cerveau humain disponible »  Condoléances à sa famille et à ses amis ainsi qu'à toute une génération qui l'a connu dans la télé ou à travers le poste.

C'est à cause de cette formule très polémique que j'ai intitulé mes billets du dimanche et d'autres "Du temps de cerveau pour...". Merci à lui donc. 251 billets quand même sur la science, le bizarre et des nouvelles écrites par votre serviteur... Le premier ? C'était celui-ci dans la première semaine de vie de ce blog, nostalgie.

En ce temps de virus, dangereux pour nos vies et notre santé, on ne peut s'empêcher de parler des autres virus. J'éviterai les classiques virus informatiques que nous connaissons tous, en théorie, pour parler des autres sortes :

- le virus COVID-19, ou plus simplement Coronavirus, puisque c'est le plus important aujourd'hui dans cette famille, engendre lui-même son propre virus médiatique. Quel que soit le média que vous consultez, vous pouvez être certain que le virus sera mentionné quelque part, et plutôt en haut de page qu'à la rubrique chiens écrasés. Il devient difficile de l'éviter, ce virus de virus, ce qui a plusieurs conséquences : bonnes car cela fait comprendre à tous que la situation est grave et que les mesures de sûreté sont à suivre, même à ceux qui sont soit trop incivils, soit trop égoïstes pour changer leur vie ; mauvaises car cela gave très vite, développe l'anxiété et empêche les autres sujets. Les télés en particulier sont les premières à être vues, le temps passé devant nos postes grimpant en flèche depuis le début du confinement. Plusieurs opérateurs annoncent même des mises en clair de leurs programmes (pour gagner du temps de cerveau évidement et de futurs abonnés), comme Canal+, OCS ou même les chaines XXX du groupe Marc Dorcel. Les animateurs sont moins nombreux et les chroniqueurs chroniquent de chez eux, au calme, pendant que les éboueurs, eux, travaillent dans la rue.

- le virus de la folie consumériste touche par vagues de nombreuses villes. Folie des premiers jours puis régulation par le vide des étagères et par le trop-plein des frigos et autres garde-manger. Personne n'a été capable d'expliquer pourquoi le PQ a fait l'objet de tant de paniques, la plupart des gens confondant le verbe chier et le pronominal se faire chier, sans oublier faire chier (les autres). Ce virus est un signe fort d'une société tellement imbriquée qu'il est difficile de bouger (l'une) sans faire remuer (l'autre, comme disait Chirac). Les services en ligne se déchaînent, les services de livraison croulent sous les demandes. Même les intellos (comme Bernard Pivot, le twitter exact) qui recommandaient de lire ont oublié au début qu'Amazon était la plus grande librairie en ligne, et en même temps leur pire ennemi (avec quand même100 000 postes à pourvoir dans le monde pour assurer les livraisons). Une librairie fermée, c'est embêtant, surtout pour ceux qui n'ont pas de livre chez eux (il y en a). Heureusement les vendeurs de presse sont ouverts et on peut toujours acheter son Gala et son Sudoku, puisqu'on ne les trouve plus chez les médecins.

- les manifestations en on pris un coup. Elles se sont déplacées sur les réseaux sociaux. Ça a du bon comme ces applaudissements chaque soir à 20h ou 19h pour les soignants, chacun sur son balcon, dans la foulée des italiens qui chantent et des espagnols qui applaudissent. Encore une preuve que les français ne savent pas chanter (juste). Dans mon coin, il n'y a encore personne qui le fait mais ça devrait venir. Les fameux memes sont un peu désordonnés pour le moment. Pas encore de tendance lourde sur le sujet, sauf des jeux de mots foireux ou des images débiles. Il est loin le temps des petits chats belges en réponse aux attentats. Voici un domaine où on attend le virus avec impatience, le virus virtuel qui va nous aider à combattre le virus sanitaire réel.

- enfin, juste quelques mots sur le virus phare de notre époque, l'infox, les fake news. On en voit de plus en plus, et plus sophistiquées chaque jour, même si les apprentis sorciers se font prendre de temps en temps : comme Trump et Fox News qui disent les yeux dans les yeux le contraire de ce qu'ils disaient il y a quelques jours ; comme Boris l'ultra-libéral qui prônait l'élimination darwinienne des vieux en laissant l'épidémie s'installer et qui a dû changer son fusil à plomb d'épaule, suite à la publication d'une prévision sérieuse faite au Royaume-Uni par des universitaires du nombre de morts prévisible si la stratégie suicide ne changeait pas (plus de 500 000 morts au Royaume-Uni et plus de 2 millions aux USA...). Les fake news elles-mêmes ont plusieurs facettes, du mauvais plaisantin au saboteur patenté, du fou à l'illuminé, de l'irresponsable au manipulateur, de la propagande d'état à la déclaration de guerre virtuelle.

Finalement, ce temps de cerveau disponible que nous avons, pourquoi ne pas l'utiliser à d'autres choses, créatives, ensemble, en groupe, en famille ou pour aider les autres ? Hein ? Pourquoi pas ?
Ça ne mange pas de pain, donc pas besoin d'aller en acheter (chez le boulanger ouvert maintenant 7 jours sur 7).