mardi 1 septembre 2026

2026 à 2027 : le 1er septembre - un billet politique

Bienvenue sur ce blog hebdomadaire, tous les mardis jusqu'à la fin des élections législatives qui suivront les élections présidentielles de 2027, logiquement. Des billets les plus neutres possible (hum...) avec des liens vers la presse si possible.

Trois rubriques régulières, plus des ajouts sporadiques éventuels, naturellement, car il y a la règle, l'exception à la règle et surtout l'exception à l'exception à la règle.

Je parlerai ici essentiellement des actualités (vérifiées) liées à ces élections, directement ou peut-être indirectement aussi, pourquoi pas.

Actualités de la semaine dernière (et comme c'est la première fois, un peu plus loin dans le passé)

20-23/8 - "Université d'été" de LFI (Amfis)

Le premier rendez-vous de la rentrée, décliné en plusieurs séquences, même si la seule qui compte vraiment est celle des discours de Mélenchon. Un Mélenchon "tuné" et adouci par des cours pendant l'été pour changer son image. À suivre rapidement puisque le naturel revient au galop (voir les REF). On notera également la montée en puissance de Clémence Guetté, grâce notamment à son livre sur la politique de l'amitié : une reconnaissance juridique et sociale des amis, par extension de la famille ? Un peu comme "mon frère" ou "mon cousin" ? Intéressant, et adapté à un électorat révolutionnaire et internationaliste a priori. En tout cas, tout est politique, on est d'accord. Chacun tord ça comme il veut.

21-23/8 - "Université d'été" du Parti communiste (L'Humanité)

Objectif annoncé : élargir le socle électoral de la gauche pour lui ouvrir une perspective de victoire en 2027. Oui, oui, oui... À suivre aussi.

22-24/8 - "Université d'été" de L'Après (Libé)

Les militants commencent à douter, parait-il, alors que ce mouvement n'a toujours pas trouvé sa place : traitres à Mélenchon et non-supporters de Glucksmann : la place restante est étriquée.

27/8 - Les REF du MEDEF (Le Monde)

Premier débat" entre 7 candidats pour séduire ou braquer les patrons. Une rentrée sous le signe des patrons, donc avec des rôles bien campés pour ce tour de chauffe. Mélenchon a joué la provoc, normal, ce n'est pas vraiment son public ni son électorat et il fallait justement les attaquer, de son point de vue (s'il y a récession ce sera de votre faute...). À noter l'attaque brutale de Attal qui a dit d'entrée "Si j’étais vous, monsieur Mélenchon, je présenterais mes excuses pour les propos de Madame Aubry, qui a traité les entrepreneurs de parasites". Les candidats du centre-droite ont plu, par ailleurs, naturellement. Et Marine Le Pen aurait mieux fait de se taire, mais il y a tellement de patrons pour elle qu'elle joue sur du velours. Intéressant article du Monde donc sur la responsabilité politique du MEDEF.

28-30/8 - Campus du parti socialiste (RFI)

Olivier Faure y a annoncé sa candidature (à la primaire) et il maîtrise une bonne partie des adhérents, histoire de contrer un Glucksmann de plus en plus présent et un Hollande qui attend dans le bois les premiers frimas de l'hiver. Un parti socialiste très divisé.

29-30/8 - Le laboratoire de la République (ICI)

Blanquer a réuni des politiques avec un pas de côté, histoire de montrer que ceux-ci espèrent compter, de Cazeneuve à Hollande, avec Philippe et Lecornu aussi. Des rencontres différentes d'une université d'été généralement plus militante et combative.

28/8-2/9 - la foire agricole de Châlons-en-Champagne (France 3)

UN rendez-vous traditionnel, une sorte de répétition du salon de l'agriculture. Ils et elles se bousculent tous. Aucun intérêt autre que purement médiatique.

Par ailleurs

21/8 - Manon Aubry (LFI) a appelé, lors de l’université d’été de LFI à Valence le 21 août, à ne « pas seulement taxes les riches » mais à « interdire les milliardaires ». « D’un point de vue purement économique, je veux vous convaincre, aussi, d’à quel point les milliardaires sont des formes de nuisibles » (Huff post)

Nuisibles ? J'ai la solution, mais tout dépend de la forme des nuisibles. Qui volent ou qui rampent ?


26/8 - Éditorial de Caroline Fourest dans Franc-Tireur, à lire ici.

Une plume libre, beaucoup contestée, mais qui dit de temps en temps des choses fortes, histoire de dézinguer Mélenchon... et la gauche "soumise".

27/8 - 3 % des électeurs (1,5 million) seraient prêts à voter pour le candidat que l'IA leur recommande, d'après une étude Ifop pour le Laboratoire de la République. (L'Express).

Intéressant, non ? 3% c'est déjà beaucoup et à mon avis cela ne va faire qu'augmenter, puisque l'IA sera de plus en plus présente, dans la campagne, dans les médias, inconsciemment ou consciemment. Mais 3% c'est déjà trop, quoi que inférieur au pourcentage de votes non réfléchis.

28/8 - Marine Le Pen se sépare de son conseiller économique dans la course pour l'élection présidentielle (France Info)

Le RN hésite entre les lignes économiques de Marine Le Pen et de Jordan Bardella, qui déclare lui être candidat au poste de premier ministre si sa gourou est élue. Je vous rappelle qu'en France, le premier ministre gouverne. Une divergence de lignes, publiquement pour le moment, mais un moyen de séduire un peu tout le monde et de ratisser large en entretenant le flou. À suivre.

1/9 - Rentrée scolaire

Normalement, à chaque rentrée, les politiques en font des caisses, pour ou contre le gouvernement. Cette année il y a bien eu quelques tentatives du côté de la bataille Philippe-Attal, mais rien de bien intéressant, et on ne dénote pas vraiment de problème majeur. Tout le monde promet des hausses de salaires (et de primes hors retraites) pour les enseignants, après l'évaluation cataclysmique du revenu moyen des enseignants qui a tout mélangé cet été : 3090 euros, vraiment ? (Le Figaro 20/8). En tant qu'ancien statisticien, je ne peux qu'admirer le sang-froid de ceux qui ont calculé une moyenne là où il n'y en a pas et qui ajouté des choux et des carottes dans leurs calculs. Vive la statistique indépendante !

Actualités de la semaine à venir (à voir si on en parle la semaine prochaine)

Lundi - Mercredi : Macron en déplacement : Suède, Pays-Bas et Royaume-Uni

Mardi : début de la présidence française (mensuelle) du conseil de sécurité des Nations unies

Mardi : début du dépôt des candidatures à la primaire PS et al.

Mardi  : l’âge légal de départ à la retraite passe à 63 ans (suspension des effets de la réforme des retraites) 

Mercredi : publication du premier livre de Sarah Knafo

Jeudi : publication de Unir, nouveau monde, nouvelle gauche, François Hollande 

Vendredi  : participation de Jordan Bardella à la conférence nationale de Reform UK   

Samedi : Braderie de Lille et discours de Mélenchon entre autres

Liste des candidatures déclarées 

Cette liste est amenée à évoluer régulièrement, jusqu'au dépôt officiel : 1er septembre

Le  29/8, Lecornu a déclaré qu'il ne serait pas candidat. À suivre...

Les 25 candidatures déclarées, dont 5 à la primaire PS, Place publique et al.

  • Nathalie Arthaud (Lutte ouvrière)
  • François Asselineau (Union populaire républicaine)
  • Gabriel Attal (Renaissance)
  • Delphine Batho (Génération Écologie)
  • Xavier Bertrand (Nous France)
  • Karim Bouamrane (La France Humaine et Forte)
  • Juan Branco (Les Ruches)
  • Philippe Brun (Parti socialiste) - Primaire
  • Bernard Cazeneuve (La Convention)
  • Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France)
  • Clara Egger (Solution démocratique)
  • Olivier Faure (Parti socialiste) - Primaire
  • Raphaël Glucksmann (Place publique) - Primaire
  • Jérôme Guedj (Parti socialiste) - Primaire
  • Anasse Kazib (Révolution permanente)
  • Marine Le Pen (Rassemblement National)
  • David Lisnard (Nouvelle Énergie)
  • Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise)
  • Antoine Mikolajczak (Équinoxe)
  • Édouard Philippe (Horizons)
  • Florian Philippot (Les Patriotes)
  • Bruno Retailleau (Les Républicains)
  • Ségolène Royal (Parti socialiste) - Primaire
  • François Ruffin (Debout !)
  • Marine Tondelier (Les Écologistes)

vendredi 28 août 2026

Et si ce blog redevenait régulier jusqu'en juin 2027 ?

Ohlala !

Après avoir été quotidien entre 2012 et 2017 et un peu plus longtemps même, puis irrégulier, puis rare, pourquoi ne pas recommencer à être régulier ?

Hebdomadaire, ça me parait un bon rythme. Pas trop fatigant pour moi et pour vous. J'espère.

Il y a beaucoup de sujets possibles, naturellement, puisque l'actualité s'emballe de plus en plus, souvent de manière inutile d'ailleurs. Il y a une évidente augmentation du poids des réseaux sociaux et de leurs idiosyncrasies, sans parler des idiots qui commentent tout propos, à tout propos, sans parler d'une presse de plus en plus subjective. 

On peut penser à la situation internationale et à ses crises/guerres/manipulations, au changement climatique d'origine humaine en cours, à l'irruption un peu partout des IA génératives qui ne voient pas plus loin que le prochain mot, ou à une science qui est dévalorisée tous les jours par des influenceurs et experts auto-déclarés qui disent tout, mais aussi son contraire.

C'est vaste. Trop vaste.

Alors pourquoi ne pas se limiter à un seul sujet (qui en recoupe pas mal) : les élections présidentielles 2027 en France, suivies des élections législatives inéluctables.

Disons un billet tous les mardis pour faire le point sur ce qui s'est passé la semaine dernière - avec donc un peu de recul - et sur ce qui nous attend pendant la semaine à venir.

Ça peut paraître beaucoup, un billet par semaine, mais beaucoup d'observateurs s'attendent à de l'action, de coups tordus, des initiatives variées (et qu'on espère pas avariées). Je ne sais pas. Mais le meilleur moyen de le savoir, c'est d'essayer, non ?

Alors un premier billet, ici, mardi.

Pourquoi le mardi ? Parce que le 1er septembre tombe un mardi cette année... C'est la rentrée !

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Et pour vous mettre en appétit, la liste des candidats déclarés aujourd'hui : elle va évoluer, cette liste, en plus et en moins. On y reviendra. J'ai choisi l'ordre alphabétique.

Comme disait Don Rodrigue dans Le Cid de Corneille : 

"Nous partîmes cinq cents ; mais par un prompt renfort - Nous nous vîmes trois mille en arrivant au port."

Aujourd'hui on pourrait dire :

"Nous partîmes vingt-trois ; mais par un prompt renfort - Nous ne fûmes que deux au seuil du second tour."

  • Nathalie Arthaud (Lutte ouvrière)
  • François Asselineau (Union populaire républicaine)
  • Gabriel Attal (Renaissance)
  • Delphine Batho (Génération Écologie)
  • Xavier Bertrand (Nous France)
  • Karim Bouamrane (La France Humaine et Forte)
  • Juan Branco (Les Ruches)
  • Bernard Cazeneuve (La Convention)
  • Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France)
  • Clara Egger (Solution démocratique)
  • Raphaël Glucksmann (Place publique)
  • Jérôme Guedj (Parti socialiste)
  • Anasse Kazib (Révolution permanente)
  • Marine Le Pen (Rassemblement National)
  • David Lisnard (Nouvelle Énergie)
  • Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise)
  • Antoine Mikolajczak (Équinoxe)
  • Édouard Philippe (Horizons)
  • Florian Philippot (Les Patriotes)
  • Bruno Retailleau (Les Républicains)
  • Ségolène Royal (Parti socialiste)
  • François Ruffin (Debout !)
  • Marine Tondelier (Les Écologistes)


lundi 3 août 2026

Loi sur l'IA dans l'UE : quelles conséquences pour le livre et la création ?

Depuis le 2 août 2026, une nouvelle loi de l'Union européenne (dont fait partie la France) est entrée en vigueur. Elle vise à protéger les citoyens contre des usages abusifs de l'IA et à minimiser les risques encourus face à la désinformation et aux manipulations.

Elle oblige les créateurs et utilisateurs d'IA, dans la plupart des cas, à déclarer cet usage pour que les lecteurs/visiteurs soient informés, notamment des possibilités de fausses informations, infox et autres joyeusetés si fréquentes aujourd'hui sur les réseaux sociaux.

La loi est applicable dès maintenant, mais les sites, producteurs et autres créateurs ont 4 mois pour apposer sur leurs productions les icônes prévues. Joyeux bordel en perspective.

Il y a des limitations et des exceptions (il y a toujours des exceptions, sauf exception à cette règle).

Parmi elles, les auteurs/éditeurs/diffuseurs noteront évidemment celles-ci :

Œuvres manifestement artistiques, créatives, satiriques, fictives et analogues

Lorsque de faux contenus profonds font partie d’une œuvre ou d’un programme manifestement artistique, créatif, satirique, fictif ou analogue, les obligations de transparence se limitent à la divulgation d’une manière appropriée qui n’entrave pas l’affichage ou la jouissance de l’œuvre.

Revue humaine ou contrôle éditorial pour le texte

L’obligation de divulgation ne s’applique pas lorsque le texte généré par l’IA a fait l’objet d’un processus de révision humaine ou de contrôle éditorial et qu’une personne physique ou morale assume la responsabilité éditoriale de la publication du contenu.

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Que les auteurs qui produisent à la chaîne des "contenus" appelés livres et vendus par milliers sur Amazon se rassurent donc. Ils pourront continuer à écrire et vendre ce qu'ils veulent sans avoir besoin d'apposer une étiquette "honteuse" sur leurs machins.

Pour les autres, il y a des solutions. Moi, par exemple, évidemment, puisque je n'utilise pas d'IA créative, j'ai choisi d'apposer sur mes livres le logo "FAIT (HU)MAIN" dont on trouve les détails ici. Cela englobe toutes sortes de créations : texte, image, vidéo, son et autres qui n'ont pas encore été inventés.

Cette actualité pose la question, déjà ancienne, du consentement implicite ou explicite, de l'opt-in ou de l'opt-out. En France, la CNIL oblige à l'opt-in, c'est-à-dire à ce que votre accord préalable soit explicitement donné avant de vous abonner à quelque chose ou de partager vos données personnelles. D'où les cases à cocher, que souvent on ne voit pas. L'opt-out, c'est le contraire : vous êtes abonné par défaut et vous devez entreprendre une action pour vous désabonner ou annuler. 

Par exemple, lorsque la CNIL a obligé les fournisseurs de courriels à vous demander votre accord explicite pour continuer à vous envoyer des "pixels invisibles", nous avons tous reçu des messages d'un peu partout, plus ou moins camouflés d'ailleurs selon les fournisseurs.

Le marketing, s'il créait les lois, aurait supprimé l'obligation de consentement préalable, naturellement. Mais le marketing ne crée pas les lois... enfin pas toujours, merci aux lobbies.

Dans le cas de l'IA, il y a donc plusieurs positions possibles :

- les fournisseurs de contenus créées en partie ou en totalité avec l'IA aimeraient que cela ne se sache pas (ce n'est pas vendeur), ils n'ont donc pas envie d'afficher l'icône de l'UE. Ils chercheront tous les contournements possibles pour satisfaire cette pulsion de pouvoir et de manipulation, et l'Internet est rempli de contournements et de déviations. Certains assumeront, en espérant qu'un jour cela soit même un avantage concurrentiel.

- les fournisseurs de contenus "créatifs" qui utilisent  l'IA de manière plus ou moins fondamentale, essayeront de se glisser dans les exceptions de la loi pour ne pas mettre d'icône non plus. Intéressant à suivre, notamment pour les médias établis qui en usent de plus en plus - je pense en particulier à la PQR et aux chaînes pure player.

- les militants de la création humaine qui revendiquent son importance essayeront de se différencier avec des badges comme "FAIT (HU)MAIN" ou d'autres du même acabit

Si vous n'êtes que lecteur qu'en pensez-vous ? In fine, c'est vous qui décidez, souvenez-vous.

Si vous êtes à la fois créateur et lecteur, qu'en pensez-vous ? Allez vous réfléchir ?

Si vous n'êtes que créateur, passez votre chemin, car amha on ne peut pas créer sans lire/voir/sentir/écouter/ressentir, mais c'est un autre débat. Ou alors on est juste une IA...

Quelques icônes, donc, à chercher un peu partout dans les mois qui viennent :



ou rien ?





jeudi 30 juillet 2026

Écrire, Éditer, Publier, Diffuser, Lire, Numériser, Injecter dans une IA, Détruire ?

Le livre est un objet paradoxal. Et nécessaire.

Objet physique et/ou numérique ; objet sous plusieurs formats qui appellent différents modes de lecture, de l'écrit à l'oral ; suite de lettres, de tokens, de mots, de lignes, de paragraphes, de chapitres, de volumes, selon les usages qu'on en fait ; objet travaillé à plusieurs la plupart du temps ou par une seule personne ; objet humain ou AI, en partie ou en totalité ; objet de désir, de plaisir, d'inquiétude voire d'angoisse selon les publics et les instants ; objet ou sujet ou même sensation pure ; objet des moments où on l'écrit et le travaille, ou alors des moments où on le lit, le stocke, le feuillette, le regarde, ou on s'en souvient plus ou moins précisément ; objet à acheter, à louer, à emprunter, à voler, à pirater ou à regarder ; objet avec ses lieux de culte que sont les librairies, les bibliothèques et autres médiathèques, les musées, les boites à livres, les bancs publics, les supermarchés ; objet de culture ou d'inculture ; objet de manipulation ou de transmission ; objet commercial ou dans le domaine public ; nécessité, contrainte, ou devoir ?

J'aurais pu continuer longtemps comme cela. Dans votre tête et dans vos expérience, vous avez certainement d'autres points à ajouter...

Le livre, dans toutes ses incarnations, est au coeur de nos sociétés depuis un certain temps. Il s'est transformé avec les temps et se transformera encore. Combien de temps existera-t-il ?

On peut exister tant qu'on est visible. Accessible même. Ou idéalisé, pourquoi pas. Mais quand on n'est ni l'un ni l'autre, existe-t-on ? Le livre, sous toutes ses formes est de plus en plus présent, mais de moins en moins lu/écouté/vu. Nous connaissons tous les difficultés de cet objet merveilleux : la filière du livre et ses impératifs commerciaux voire politiques, par des acteurs économiques vieillissants ou venus d'ailleurs pour vendre autre chose ; la multiplication des livres qui ne sont pas des livres, mais seulement des suites de lettres noires de mots dans le meilleur des cas ; la concurrence d'autres vecteurs de culture - ou d'inculture - plus séduisants ou mieux gérés, en tout cas souvent plus attirants au premier regard ; le règne grandissant du court, voire du très court, contre le plus long, avec la baisse de la concentration nécessaire pour tout ce qui est long...

À propos de cet article, un sujet dont vous avez certainement entendu parler un peu partout, le livre serait donc en train de franchir une nouvelle étape : devenir le simple combustible d'IA qui les utilisent - à leur seul profit - pour s'enrichir ainsi que leurs actionnaires, et qui sont ensuite détruits parce que trop chers à conserver.

Ray Bradbury détruisait les livres par le feu dans Fahrenheit 451. 

Le feu a été inventé il y a très longtemps par l'homme et nous a bien servi. 

Mais depuis que l'IA a pris le pouvoir, plus besoin de feu. 

L'IA détruit les livres également. Mieux même que le feu. 

L'idéal du bien public commun que pourrait être la culture est donc en train de tomber comme Icare près du soleil de l'IA. Cet idéal était de toute façon coincé depuis longtemps par les ayant-droit qui refusent toute notion de bien public commun. Il est maintenant menacé par les IA qui réduisent les livres à des litanies de tokens "humains" et qui préfèrent empêcher leur lecture directe (parce que les ayant-droit protesteraient) plutôt que les protéger. Par exemple, en choisissant des livres disposant d'un ISBN, l'excuse est qu'un exemplaire a forcément été déposé dans une bibliothèque nationale, donc le livre n'est pas détruit. Hypocrite, non ? Marketing, oui !

Le vrai paradoxe est là : les ayant-droits, à force de protéger leurs droits, poussent à la destruction des oeuvres par les IA. 

Un autre monde de l'édition aurait pu être possible : rémunérer les ayant-droit qui le souhaitent (auteurs mais pas seulement), alimenter les IA avec des contenus humains, permettre à tous de lire librement tout ce qu'ils veulent et de le trouver facilement sous le format qu'ils souhaitent. Mais si un tel modèle devait être implémenté, il faudrait changer tellement de choses, que chacun dans son petit coin y perdrait. 

Alors, oui, il est tellement plus facile d'accuser l'autres (nimby) et de se foutre du bien public commun.

Merci aux auteurs et aux lecteurs. Finalement, c'est vous qui faites vivre le livre. Vous seuls. Oui.


PS : Au fait, puisqu'on n'est jamais servi aussi bien que par soi-même, je publie des recueils d'histoires fraiches. Zéro euro. Liens ici sur mon site principal. Bonne lecture ;)