lundi 16 juillet 2018

Et une, et deux... et trois étoiles ?

Difficile de chanter "Et, un, et deux, et trois zéro" ce coup-ci. Quatre-deux ça ne sonne pas bien mais on s'en fout ;) La France a gagné la Coupe de monde de foot comme il y a vingt ans. Les vieux comme moi s'en souviennent. C'était un autre monde, sans réseaux sociaux et où la société était plus fermée : les femmes des joueurs étaient mal perçues, le fameux black-blanc-beur de l'époque était politique alors que la France d'aujourd'hui ne choque que les frontistes mal embouchés de l'absence de renommée, l'insécurité était plus diffuse et la droite était au pouvoir (ah bon, c'est pareil aujourd'hui ? En même temps...)

On espère donc pouvoir chanter l'air du titre dans 4 ans avec cette jeune génération, ou même dans 8 ans puisque le climat du Qatar n'est pas favorable au foot (à pas grand-chose d'ailleurs). En attendant, il faut aller racheter des maillots bleus avec deux étoiles ou savoir en coudre une autre. Pas simple... Et ranger ses drapeaux français jusqu'à la prochaine occasion. La coupe d'Europe dans deux ans ?

Au-delà du bordel dans les rues de France et même dans les endroits les plus improbables, on a le droit de laisser éclater sa joie (je vous y autorise). La liesse populaire est trop rare pour être boudée, quelles que soient les raisons de cette liesse. Le sport et notamment le foot arrivent à ce niveau et tant pis pour ceux qui préfèreraient des liesses populaires plus politiques ou plus sociales. L'époque individualiste et communautarisme ne s'y prête pas beaucoup et les grands organisateurs de manifs n'arrivent à rassembler que peu de personnes en général. Ça pourrait venir, mais ce n'est pas avec les mégalos genre Mélenchon que ça risque de motiver les foules (mon correcteur orthographique persiste à vouloir remplacer par métallo, on voit bien qu'il ne connaît pas Mélenchon !). Ce qui est bien avec ce sport, c'est qu'il rassemble des gens toujours très variés, même pendant peu de temps, pas seulement des jeunes, des amateurs de foot ou des hommes, mais toutes sortes de variantes d'êtres humains, des plus cons aux meilleurs en passant par ceux que les médias appellent les anonymes, puisque le mot peuple leur écorche la bouche. Difficile pour les élites de vivre l'instant présent sans se projeter dans un avenir forcément gris, puisque on a forcément l'esprit critique.

La RATP s'est amusée à changer (temporairement) le nom de certaines stations, comme ils le font de temps en temps (vous vous souvenez du métro Apéro ?)



Et les détournements sur l'Internet sont nombreux... Merci au Gorafi en tous cas


Alors, comme à chaque grand événement, je vous ai préparé une page avec les Unes françaises de la presse, puis internationales. Cette page se complètera au fur et à mesure où les Amériques se réveilleront, pour le moment il n'y a que 210 Unes, mais la page est déjà lourde, je vous aurai prévenus... On y note quelques slogans savoureux et de surprenantes photos. Un témoignage pour la prochaine fois, en espérant ne pas attendre 20 ans la troisième estrella. Quelques exemples ici


jeudi 5 juillet 2018

C'est pas du foot, c'est de l'Art, ou de la sociologie russe

J'ai eu envie de bloguer aujourd'hui. Juste à cause de ce tweet aperçu sur le mur infini des logorrhées numériques d'humains et de bots sevrés de vraie communication qu'est twitter :



Une photo comme celle-ci en dit long dans plein de domaines :

- Sur le foot lui-même et sa dramaturgie soignée, surtout lors d'une séance de tirs au but comme celle de Russie-Espagne, gagnée de manière imprévisible par les russes. Il y a une vraie tension dans ces moments, même quand ce n'est pas son équipe qui est à l'écran. Certains se voilent la face, d'autres prient ou croisent les doigts par superstition. Quelle que soit la façon dont on se prépare à cette phase de jeu, c'est toujours différent. Les anglais l'ont bien compris en se préparant mieux que les fois précédentes et ils ont eu bien raison.

- Sur l'intérêt porté par la population russe et sur le vent nouveau (et soyons clair, éphémère) apporté par les rencontres entre supporters, peuples et passants. Lire cet article sur le phénomène à Moscou, dans ce lieu symbolique entre Kremlin, KGB et temple de la consommation internationale. C'est dangereux d'organiser de tels événements. Les JO d'hiver à Sotchi c'est bien, mais c'était pour les happy few et une population locale isolée. Des matchs à Moscou et Saint-Pétersbourg par contre, ce sont des coups au coeur de l'empire russe actuellement incarné par Poutine. Des coups intéressants qui laisseront forcément des traces, même légères. C'est avec des petits pas qu'on avance, pas toujours avec des grands sauts, ou des bonds en avant comme disaient les voisins chinois avant leur envolée.

- Sur l'importance de la technologie dans nos vies. Que ceux qui croient qu'elle est superflue, addictive seulement et ultra personnelle, regardent bien cette photo où un smartphone même pas à l'horizontale retransmet en direct une image pour plusieurs personnes, des femmes et des artistes en plus. Elle est finie l'époque où l'image était réservée à quelques-uns, filtrée et contrôlée, accessible uniquement quand le regard des autres vous jugeait. C'est l'une des vraies révolutions introduites par ce type de technologies. Que ceux qui rigolent en pensant qu'il n'y a même pas une télé dans les coulisses du Bolchoï se calment un peu... Les téléphones sont partout à vous regarder.


- Sur l'Art. Du pain et des jeux ? Oui, mais quels jeux ? Le foot, la danse ? Quelles différences ? Des tonnes évidemment et personne ne comparera les dribbles ou les roulades de Neymar à des pointes et des entrechats de danseuses étoiles. Mais l'un n'est pas exclusif de l'autre. Quand on aime les deux, on peut ressentir, à certains moments et au fond de soi, des sensations similaires. Ce ne sont pas les mêmes émotions, quoique, mais elles peuvent être aussi denses. Danses. Comment ont dansé les danseuses du Bolchoï après la victoire de la Russie ? Avec plus de joie, de hauteur, de grâce, de sourires ? Les spectateurs ont-ils ressenti autre chose, comme un complément d'Art ?

En tous cas, une belle photo !

jeudi 28 juin 2018

La fable du capitaliste-chasseur sachant scier les os de son chien selon Banksy

Vous avez entendu dire, certainement, qu'à l'occasion de la journée internationale des migrants et des célébrations de Mai 68, Banksy et passé à Paris pour y déposer quelques graffs. Lire ici pour les voir et regarder comment certains ont déjà été dégradés.

Je travaille pas loin de l'un d'entre eux qui se trouve sur un mur juste en face de la Sorbonne, sur le mur aveugle et moche d'un hôtel où de riches touristes prennent leurs aises. Je passe même devant ce mur pour aller déjeuner dans mon petit restaurant chinois de quartier.

Laurence Parisot, qui habite tout près (il y a de beaux appartements dans le coin) a commis un tweet qui a fait scandale (lire ici) et je vous laisse rire jaune ou noir à la lecture de son interprétation, soit pas du tout politique soit au contraire très politique. En tous cas, quand on connait les combats militants et politiques de Banksy au Royaume-Uni et à beaucoup d'endroits dans le monde, on ne peut pas acheter l'interprétation "Brigitte Bardot" de Madame Parisot. Les allégories peuvent être détournées, mais depuis Platon et sa caverne on est plusieurs à avoir appris à les décrypter sans amalgame.



Ce capitaliste-chasseur sachant scier les os de son chien est très percutant. Un temps protégé par un panneau en plastique (dont il reste le cadre), il est redevenu nu et donc d'autres l'ont... comment dire... complété, un peu à la manière de ces street artists (ex-tagueurs) qui marquent leur territoire en pissant taguant au-dessus des autres. Voici une photo prise ce jour.


Vous remarquerez l'ajout d'un tag de la Cathédrale de Reims, apposé là (et signé car quand on est con, on est con et on aime le faire savoir) pour montrer qu'en plus des anciennes patronnes du MEDEF amies des animaux, il ne faut pas oublier les royalistes-cathos français, Môssieur. À moins que cela ne soit pour renforcer le lien entre capital, pouvoir et religion face à l'opprimé ? Hum... Il me semble d'ailleurs que du rouge sang a été ajouté sous la patte coupée du chien, de la même couleur que la signature du connard de droite à droite.

Le street art est un art dangereux donc nécessaire quand il est beau, qu'il a du sens et qu'il respecte les autres. C'est évidemment le cas de certains, dont Banksy. Qui dit art dit détournement, au risque de se faire détourner soi-même. À voir ce que va en dire la Maire de Paris, amoureuse de la modernité du Street art, sauf lorsque des élections municipales approchent (en 2020).

PS et mise à jour : ce billet a été posté jeudi. Ce vendredi le tag royal-catho a disparu mais le sang rouge est resté en bas ;) Quelle efficacité pour protéger l'Art !

mardi 26 juin 2018

Ich bin ein Vaticaner

26 juin 1963, JFK prononce ces mots en pleine guerre froide à Berlin (Ouest).

26 juin 2018, Macron ne prononce pas ces mots lors de sa visite au Vatican pour devenir Chanoine honoraire (ou d'honneur, c'est selon) de la basilique de Saint-Jean-de-Latran, comme Henri IV et Sarkozy (cherchez l'erreur).

La religion est-elle encore l'opium du peuple, les valeurs mystiques peuvent-elles exister en dehors de la religion, la métaphysique a-t-elle été indûment appropriée par les prêtres, la Vatican combien de divisions, la France serait-elle éternelle sans la religion, la France est-elle la fille aînée de l'Église, la guerre peut-elle être froide, Dieu est-il aussi existant qu'on le dit ??? Que de questions !

Mais rassurez-vous je ne vais pas vous parler de tout ça. Bien trop sérieux. Même pas de foot d'ailleurs, puisque mon patron a mis une réunion inévitable en plein match de la France cet après-midi ! Les traditions historiques et religieuses se perdent alors que tout le monde sait qu'il faut du pain et des jeux pour contenter le peuple, ce qui dans l'entreprise revient à dire qu'il faut des salaires et des réunions en dehors des matchs de foot de la France. Pfffffft.

J'ai même cherché dans l'éphéméride du jour, mais le saint officiel est un certain Anthelme, qui fut aussi chanoine mais qui a été canonisé, lui. Anthelme... C'est un beau nom pour un personnage de roman un peu fané, qui me fait penser au Stèphe des fleurs bleues de Queneau. À part ça, il n'y a pas grand chose à en dire, et je n'ai pas l'heur de connaître un Anthelme, à part peut-être Jean-Anthelme Brillat-Savarin, l'inventeur du "Dis-moi ce que tu manges : je te dirai ce que tu es."

J'ai vu quand même qu'il y en a moins d'une centaine en France, dont un à Caen, ville dont j'apprécie particulièrement les charmes. Il s'agit d'un écrivain public. Photo :


Ce n'est pas lui, mais juste pour montrer combien ce métier est noble et existe depuis longtemps. À l'époque de Saint-Anthelme, au XII° siècle, peu de gens savaient écrire. On copiait beaucoup, on recopiait. Pas encore d'imprimerie. Mais même aujourd'hui, et en France aussi, pas seulement dans les pays qui ont un plus fort taux d'analphabétisme que nous (si, si, il y en a), ce métier existe encore. Il prend même de l'ampleur avec l'illectronisme. Car écrire ou comprendre le monde numérique dans lequel nous vivons n'est pas donné à tout le monde et souvent, même les plus experts se perdent dans les dédales de formulaires à remplir ou d'explications obscurantistes à décrypter.

En tous cas il ne faut pas confondre un écrivain public avec un blogueur. Le blogueur écrit ce qui lui passe par la tête en ayant traversé son corps, son coeur, son esprit, son âme (amen). Il n'écrit pas pour les autres, car c'est un égoïste profond qui n'écrit que ce qu'il pense, au lieu de mettre son éventuel talent plumes que au service d'autres causes, comme un écrivain public ou un enseignant qui apprendrait le français à des réfugiés.

Pas besoin de faire appel à de valeurs métaphysiques ou à des phrases emblématiques pour s'occuper du quotidien. Il suffit de s'y plonger sans s'y noyer. Carpe diem. Rester zen. Surtout... surtout que demain c'est l'oral du bac de français de mon fils et que ce qui se conçoit bien s'énonce bien, par écrit ou par oral.

mercredi 20 juin 2018

Multilatéralisme

Petit coup de gueule aujourd'hui pour défendre le multilatéralisme.

Je vous encourage à lire l'article de Wikipédia (exemple parfait d'encyclopédie coopérative et multilatérale) sur ce sujet. Un extrait ? "Le multilatéralisme est donc, à l'intersection de la coopération et de l'anarchie internationale, un mécanisme imparfait de régulation des relations interétatiques." Intersection entre coopération et anarchie ? Un peu étroite cette crête entre deux utopies...

Le multilatéralisme est fragile. C'est déjà un concept difficile à prononcer, encore plus à mettre en oeuvre, surtout à une époque de résurgence des nationalismes, des protectionnismes, des individualismes et des populismes qui tous vont dans le même sens : on pense d'abord à nous et ensuite - éventuellement - aux autres, que cela soit au niveau des individus, des communautés ou des États.


Les diplomates connaissent bien ce concept. Staline disait en 1941 "Ce qui est à moi est à moi, ce qui est à toi est négociable". Cette phrase a été déformée plein de fois, la seule partie invariante étant le "Ce qui est à moi est à moi", le reste pouvant être "ce qui est à toi est à moi", "ce qui est à toi on le partage", "ce qui est à toi ne l'est plus"... Elle déforme d'ailleurs un verset de la Bible, dans un autre domaine, quoique la religion soit l'opium du Peuple, n'est-ce pas ?.

Les exemples actuels de lutte contre le multilatéralisme sont nombreux. En voici quelques-uns :

- Trump, l'homme de Lui d'abord et de l'Amérique aussi, a prouvé maintes fois qu'il n'aime pas toutes ces institutions qui ne sont pas dans le domaine de la négociation musclée (à son avantage). Il a simplement renforcé et officialisé une tendance américaine ancienne d'unilatéralisme, en coupant ses subventions à l'UNESCO, en quittant l'Accord de Paris sur le climat, celui sur le nucléaire en Iran ou en quittant hier le Conseil des Droits de l'Homme de l'ONU - conseil hautement criticable car parodique et mal composé mais qui a osé critiquer sa politique anti-immigration avec le Mexique. Il défie l'OMC sur les accords commerciaux en mettant en place des barrières à l'importation. Mais c'est logique. Les USA ont très souvent, en tant qu'État fédéral, agi contre le multilatéralisme, y compris au conseil de sécurité de l'ONU justement. Trump ne fait que rendre cette parole publique et assumée, tout en laissant ses conseillers et les patrons des grandes entreprises américaines négocier discrètement des accords bilatéraux. Bilatéraux, oui, justement. Et pas seulement sur notre belle planète de moins en moins accueillante. Dans l'Espace aussi, puisque Trump a dit "It is not enough to have an American presence in space, we must have American dominance in space."

- En Europe, les attaques fusent de partout contre cette Union Européenne qui n'est perçue et présentée que comme apporteuse de problèmes, comme le bouc-émissaire ultime, le Malaussène du grand magasin européen où l'on trouve tout ce que l'on veut. Evidemment, l'un des mécanismes préférés du multilatéralisme est celui de la négociation en groupe, à travers le consensus, l'acceptation des règles de décision quelles qu'elles soient, incluant l'unanimité ou la simple majorité (de quoi d'ailleurs ? une voix par pays comme à l'ONU, plusieurs voix selon la puissance ou la population ou la taille des cheveux du représentant ?). Ces règles peuvent être dénoncées ou contournées à tout moment, il suffit souvent d'une élection, comme en Europe en ce moment avec les exemples italiens ou allemands au sein d'alliances électorales de pâté de carpe et de lapin farci à moins que cela ne soit le contraire. Nous en sommes aujourd'hui à une Europe des Nations où chacun fait ce qu'il lui plaît dans ses domaines régaliens comme on dit en France, dans cette République qui a pourtant guillotiné son Roi. Une Europe fédérale, donc multilatérale à son échelle, est loin de nous. Une Europe unie encore plus. Le multilatéralisme est délicat à mettre en oeuvre, et il est facile d'en critiquer la faiblesse au-delà de ses frontières quand on ne regarde pas chez soi. Le élections européennes tourneront implicitement autour de ce thème l'année prochaine, gageons-le.

- Dans le monde du développement international, on parle souvent d'aide multilatérale et d'aide bilatérale. Lire cet article si cela vous intéresse, d'où est extrait le graphique ci-dessous


Malgré les discours, les aides bilatérales restent les plus nombreuses, quelles que soient leurs origines, sauf en Europe où c'est assez équilibré, justement à cause du degré légèrement multilatéral de l'Union européenne elle-même. En Afrique par exemple, le contraste est saisissant. Dans ce futur grand marché, dans cette mosaïque d'Afriques très différentes même au Sud du Sahara, dans ce continent bientôt l'un des plus peuplés et qui n'arrive toujours pas à nourrir ou fournir de l'électricité et de l'eau à tous, les aides diverses et variées se multiplient. Les discours ambitieux se confrontent aux réalités dures de l'Afrique, et chacun accuse l'autre de néo-colonialisme, d'ingérence ou même de laxisme. L'Afrique est un exemple parfait de multilatéralisme raté, ou pour être optimiste de multilatéralisme en cours de construction à travers l'Union africaine ou d'autre "supranational bodies", comme dans la carte ci-dessous qui complète celles que j'avais déjà publiées ici en 2014. Une carte qui donne une bonne idée de la difficulté de mettre en place un multilatéralisme efficace dans notre monde de brutes.


- Dans notre monde numérique, celui du "partage", le multilatéralisme est profondément vicié au bénéfice quelques-uns. Lisez ce livre pour en avoir une belle critique, même si elle est déjà ancienne puisqu'elle date de 2016 et que le monde du numérique va vite. L'Internet est devenu l'un des fondements de nos vies grâce à tout ce qu'il permet. Il a été basé sur une idée de partage dès sa conception et sur le multilatéralisme dans sa gouvernance (même si les USA ont toujours eu un poids déterminant, celui-ci a beaucoup diminué sous Obama et Trump risque d'ailleurs de revenir en arrière...). Les nouveaux services de partage ont pourtant presque toujours le même but, c'est de traiter les clients comme des données vendables à d'autres clients ou pour de la publicité ciblée. En l'occurence "Ce Qui Est À Toi Est À Moi" devient une appropriation par certains de ce qui nous appartient, puisque les bénéfices ne sont pas équitablement partagés. Rien à voir avec le multilatéralisme des États, me direz-vous ? Hum... Le multilatéralisme de la politique internationale ne concerne plus aujourd'hui que les États, justement, mais aussi les grandes compagnies internationales qui ont intérêt à négocier des accords bilatéraux partout, afin de garder étanches entre eux les segments de marché.

Mais l'étanchéité n'existe pas, comme lors du naufrage du Titanic lorsque les segments du paquebot se sont remplis comme de vulgaires vases communicants. Alors, le multilatéralisme, vous êtes prêts à lutter pour lui ? Moi, oui.


mercredi 6 juin 2018

Joueurs de foot ? Statistiques amusantes

Désolé pour les non-amateurs de foot...

La liste officielle des joueurs pour la coupe du monde de foot (pdf) est parue. Quelques analyses débiles ci-dessous :

Maths
32 équipes de 23 joueurs = 736 joueurs et 32 entraîneurs. Sur le site de la FIFA, cela permet de voir toutes les équipes en 4 lignes de 6 (dont l'entraîneur en fin de liste). A raison de 8 poules de 4, cela va nous faire 64 matches en tout en comptant le match pour la 3ème place. A chaque match chaque joueur serre au début la main aux 11 autres joueurs adversaires + les arbitres, je vous laisse donc calculer le nombre total de poignées de mains retransmises à la télé (sur les chaines payantes et sur TF1 - moins de matchs).

Genre
Que des hommes... Vous me direz que c'est normal puisqu'il y a aussi une coupe de monde pour les femmes, mais c'est quand même à noter. Pas d'entraîneur femme non plus, on peut rêver... Beaucoup d'entre eux (les joueurs) sont mariés mais je n'ai pas trouvé la statistique, ni le nombre d'enfants.

Championnats
Plus intéressant, dans quels championnats nationaux évoluent les joueurs sélectionnés ? Classement par ordre décroissement de pays qui ont le plus de joueurs dans leur propre pays :

Les bons élèves

Angleterre : 23 en Angleterre !!! (Rule Britannia !!!)
Russie : 21 en Russie, 1 en Espagne et 1 en Belgique (Effet Poutine ?)
Arabie Saoudite : 20 dans le pays, 3 en Espagne (Naturalisés ?)
Espagne : 17 en Espagne, 4 en Angleterre, 1 en Allemagne, 1 en Italie (Et la France ?)
Allemagne : 15 en Allemagne, 2 en France
Corée (du Sud) : 12 en Corée, 5 au Japon
France : 9 seulement en France, 6 en Espagne, 5 en Angleterre, 2 en Allemagne et 1 en Italie
Iran : 9 en Iran, 2 au Qatar, le reste en Europe (dont Russie évidemment)
Mexique : 8 au Mexique, 3 aux USA, le reste en Europe
Japon, 7 au Japon, 7 en Allemagne, 1 au Mexique, le reste en Europe (Ah, l'Axe !)
Portugal : 6 au Portugal, 1 en Chine, le reste en Europe
Tunisie : 6 en Tunisie, 7 en France, 8 dans d'autres pays musulmans

Les autres

Belgique : 1 seul en Belgique, 2 en France, 12 au Royaume-Uni
Argentine : 18 en Europe (langue latine), 1 en Chine (?!?) et le reste en Amérique latine
Australie : seulement 3 dans leur pays
Brésil : Seulement 3 au Brésil, 19 en Europe et 1 en Chine
Colombie : 9 en Amérique latine
Costa-Rica : 16 dans les Amériques
Croatie : 2 dans leur pays, tout le reste en Europe
Danemark : 3 au Danemark
Egypte : 13 dans la région
Islande : 1 en Islande
Maroc : 2 au Maroc, 2 en France, 4 en Turquie, 1 aux EAU
Nigéria : 2 en Afrique, 2 en Chine, 4 en Turquie, le reste en Europe
Panama : 18 aux Amériques
Pérou : 18 aux Amériques
Pologne : 4 en Pologne, le reste en Europe
Sénégal, 1 en Afrique (Guinée), 7 en France
Serbie : 3 en Serbie, 1 en Israël, le reste en Europe
Suède : 1 au Danemark, 1 aux USA, 1 aux EAU et le reste en Europe
Suisse : 1 en Suisse, 10 en Allemagne, 5 en Italie, 1 en France (poids des langues...)
Uruguay : 2 en Uruguay, 7 en Amérique latine, le reste en Europe

Il y a évidemment l'attrait de l'Europe, les pays riches et avec des clubs riches, mais il y a aussi des effets de bord, politiques et historiques, voire linguistiques.

Taille et poids
Le plus grand ? Un croate culmine à 2m01 suivi par un danois à 2m00
Le plus petit ? Un panaméen et un saoudien arrivent à 1m65
Le plus lourd ? Un panaméen et un saoudien atteignent 99 kilos (un peu d'effort pour arriver à 100 !)
Le plus léger ? Un marocain pèse 59 kilos, le seul en-dessous des 60

Taille du pénis :
Désolé, je n'ai pas trouvé cette information. Si quelqu'un l'a... C'est comme pour la taille de l'égo, pas trouvée non plus (aucun rapport évidemment).

Fortune
Il parait que c'est l'équipe de France la plus chère, en additionnant le prix de marché de ses joueurs.
O tempora, O mores...

Et le reste ? Et le foot, le sport ??? A voir à partir du 14 juin...
Allez les Bleus  !

jeudi 31 mai 2018

Du temps de cerveau pour une nouvelle rôtie

Jules s’essuie avec lenteur, avec plaisir. Il aime ce moment juste après la douche. Il se sent vivre pleinement, avec tous ses sens. Et ce soir, c’est encore plus vrai. Car ce soir, elle vient dîner et il a prévu un programme particulier. Un programme pour eux deux, rien qu’eux deux. Jules se regarde dans le miroir, il se trouve beau. Il sait qu’il est bel homme, il sait qu’il est séduisant, en plein âge mûr avec un soupçon de cheveux couleur de mercure sur sa tête d’ange. Il se sourit, il se plaît. Ce soir sera grandiose, pense-t-il. Son corps nu en frémit.

*

Jules est maintenant habillé, très simplement mais avec son bon goût habituel. Une chemise dont les deux boutons du haut sont ouverts, des manches retroussées, un pantalon léger et des mules élégantes. Rien d’autre. Il se sourit et sort de la salle de bains. L’odeur le saisit instantanément. Il tourne à droite vers le salon, comme un loup sur la trace d’un mouton. Elle est là. L’odeur. Elle vient de la cuisine ouverte. Du four exactement. Du rôti. Il adore cette odeur de viande rôtie. Les narines de Jules s’agrandissent, c’est comme une drogue. Il enfile rapidement son tablier de Chef et ouvre la porte du four. L’odeur le frappe en plein visage. 

Il en pleure presque mais ses yeux se fixent sur la couleur du rôti. Pas encore, pense-t-il. Il faut encore un petit peu de temps pour atteindre cette couleur de viande brunie, entre le brûlé et le pâle, entre le cru et le cuit. Une couleur excitante. Une symphonie de marrons qui transcende le rouge violent de la viande crue. Jules se repaît de cette vision si douce et si violente. Puis il prend une longue cuillère et arrose le rôti avec son jus. Surtout ne pas le laisser sécher. Puis il referme la porte du four et reste devant à attendre.

Le frisotement du rôti arrive progressivement à ses oreilles, une douce musique qui lui rappelle à la fois la mer, de l’autre côté de la plage, et la pluie lorsqu’elle tombe doucement pendant des heures. Il aime cette musique rôtie et en bon cuisinier il sait l’interpréter. Mais Jules s’ébroue. Il reste tant à préparer avant qu’elle arrive. Il s’active entre la cuisine et le salon, au rythme de ce frémissement qui l’enrobe. Son téléphone vibre. Un SMS. Elle sera là dans cinq minutes. Il sourit. Tout est prêt.

Une dernière vérification ? Il ouvre le four et enfonce avec délectation le thermomètre à viande dans le rôti. Depuis qu’il l’a acheté, il s’en sert le plus souvent possible. Il aime cette sensation d’intimité, de contact entre lui et le rôti. Jules a toujours été un tactile. Il ne peut pas toucher le plat avec ses mains, alors le thermomètre lui sert d’ersatz. Tout à l’heure. Tout à l’heure il la touchera directement, elle. Bientôt. Le rôti est d’ailleurs presque à la bonne température. Il trempe la sonde dans le jus et referme la porte du four avec un sourire. Il éteindra le four au moment où elle sonnera pour que le rôti soit parfait.

Jules souffle sur le thermomètre pour le refroidir et lèche le bout de la sonde métallique. Un cuisinier doit toujours goûter, c’est un principe absolu. Jules hésite. Peut-être un peu plus de sel ? Un peu moins ? Il ne sait pas. Soudain, il ne sait plus que penser. Il reste là, comme un homme frappé de stupeur. Peur, oui. Peur de ce qui va se passer. Il regarde songeur le thermomètre et le repose sur la planche à découper, à côté du couteau qu’il a spécialement aiguisé.

*

Jules bouge lentement, comme s’il était ailleurs. Toutes sortes de pensées lui viennent à l’esprit. Ses décisions qui semblaient si mûres l’instant d’avant semblent maintenant si fragiles. Il regarde la planche. A découper. Puis il entend la sonnette. Elle est là. Il sort d’un coup de sa transe. Il ôte rapidement son tablier, éteint le four et ouvre la porte d’entrée. Elle est là, devant lui. Magnifique et souriante. Cela dure comme à chaque fois une éternité, sur ce paillasson pourtant si banal. Il s’écarte pourtant et la laisse entrer. Il la regarde marcher, pris d’un désir fou de se lancer maintenant, tout de suite. Mais il se retient. Ils doivent parler d’abord, c’est important. Il doit savoir. Avant.

- Tu as préparé un rôti ?
- Oui. Ça sent bon, non ?
- Oui ! Miam !

Il aime sa voix douce. Il n’aime pas toujours ce qu’elle dit, naturellement, et même de moins en moins avec le temps, mais il aime sa voix. Dommage de ne plus l’entendre. Il soupire. Mais elle est déjà arrivée près du canapé. 

- Tu viens ? dit-elle en s’asseyant au milieu du canapé.

*

Ils s’embrassent à pleine bouche. Il adore le goût salé de ses lèvres. Elles sont toujours salées à point. Un équilibre qu’il n’atteindra jamais dans sa cuisine. Un goût qui l’enivre. Un goût qui lui manquera. Comme le goût de sa peau, dans le cou. Elle aime qu’il la morde un peu. Pas jusqu’au sang, mais un peu plus qu’un baiser. Il la mord.

Maintenant ils sont nus, blottis sur le canapé. Ils profitent l’un de l’autre, de cet instant qu’il sait être parmi les derniers avec elle. Ils parlent. Ils parlent d’eux, de ce qui fût et de ce qui aurait pu être. Un dîner d’adieux. Un dîner pour se dire tout ce qu’ils ne sont pas avoués auparavant. Il leur a toujours été plus facile de parler nus. Nous formons un étrange couple, pense Jules. Nous formions. Un silence s’établit. Elle frissonne et lui aussi. C’est le moment. Il va se lever et aller dans la cuisine, sous prétexte de sortir le rôti. Mais elle a posé une paume contre son torse. Elle le regarde dans les yeux. Il attend encore quelques secondes. Puis il sent le couteau pénétrer sa poitrine. Il le sent entrer en lui avec une puissante lenteur. Un couteau merveilleusement aiguisé. Il n’a pas réalisé qu’elle en avait apporté un dans son sac, là, sur le canapé. Et dire que le sien est toujours dans la cuisine.

Il crie. Comme une bête blessée, comme une bête qui pousse son dernier cri. Elle sourit toujours mais il doit fermer les yeux. Son cri emplit le salon, s’amplifie avec la douleur comme si son corps n’était qu’une corde vibrante. Il essaye d’attraper le manche du couteau, mais elle a attrapé ses mains. Jules s’entend gargouiller, s’étouffer.

Jules s’affaiblit. Il réussit à rouvrir les yeux. Elle est encore en face de lui. Ses yeux dans les siens. Elle sourit toujours, d’un sourire qui le transperce aussi sûrement que la lame qui le déchire. Puis elle se lève et s’éloigne de quelques pas. Il la voit en entier. Elle est de dos. Nue. La couleur laiteuse de sa peau lui a toujours plu. On n’y voit aucune marque. Une couleur et des formes qui le paralysent, à moins que cela ne soit son cœur qui lâche. Il aimerait tant la toucher.

Elle s’éloigne vers la cuisine. Il la perd de vue. Ses paupières se ferment. Son univers se rétrécit. Seul reste son odorat. Elle a dû ouvrir la porte du four car l’odeur du rôti l’assaille. Une odeur de rôti cuit à la perfection. Pourtant... Pourtant, il sent une autre odeur, une odeur parasite. Comme une odeur de sang. Comme l’odeur de son sang.

*

Julie sort le rôti du four, le pose sur la plance et en découpe une belle tranche avec le couteau de Jules. Elle sourit. Un beau couteau. Elle a toujours adoré le rôti de Jules. Dommage ! Mais il ne faut pas gâcher, alors elle déguste sa tranche de rôti, puis elle se rhabille. Elle ne jette même pas un regard vers le cadavre de Jules, là-bas sur le canapé. Avant de sortir, elle allume un feu au milieu du salon avec les journaux de Jules. Ça brûlera bien, pense-t-elle, c’est ça l’avantage des maisons en bois.

vendredi 25 mai 2018

RGPD


Bonjour, chers lecteurs.

Depuis le 25 mai 2018 matin, l'Internet a changé, dans l'Union européenne du moins, ou chaque fois qu'un européen consulte l'Internet dans le monde. Grâce au RGPD.

Il s'agit de ce règlement européen sur la protection de vos/nos données. C'est à cause de cette date que vous trouvez dans vos boites à lettres plein de messages de sites auxquels vous êtes abonnés (en l'ayant souvent oublié) et qui vous demandent d'accepter leurs nouvelles règles de protection de la vie privée (que vous ne lirez pas plus que celles d'avant).

Ce blog est sans pub et sans captage de données par moi, l'auteur, Georges L'auteur je dirais même. Mais ce site est hébergé par Blogspot, un service de Google, le premier des GAFAM, cette grande compagnie dont le modèle économique est basé sur notre vie privée, nos données personnelles et leur revente à des sites qui les utilisent à des fins commerciales : de la pub ciblée en fonction de votre navigation, ou un suivi de vos visites sur certains sites de façon à vous proposer des prix moins intéressants - sur certains agrégateurs de voyages par exemple. Les exemples formeraient plusieurs légions de César, qui soit dit en passant n'aurait pas dit aujourd'hui Veni, vidi, Vici, mai Googli, Vici.

Sur mon site d'administration du blog, j'ai eu ce message :

Conformément à la législation européenne, vous devez informer les internautes des pays européens de l'utilisation qui est faite des cookies employés et des données collectées sur votre blog. Dans de nombreux cas, ces lois exigent également que vous obteniez l'autorisation des internautes. 

Par mesure de courtoisie, nous avons ajouté sur votre blog une note d'information expliquant l'utilisation que fait Google de certains cookies Blogger et Google, y compris les cookies Google Analytics et AdSense, ainsi que d'autres données collectées par Google. 

Vous êtes tenu de confirmer que ces informations concernent effectivement votre blog et qu'elles y apparaissent. Si vous utilisez d'autres cookies, notamment parce que vous avez ajouté des fonctionnalités tierces, il se peut que cette note d'information ne vous concerne pas. Si vous incluez les fonctions d'autres fournisseurs, il est possible que des informations supplémentaires soient collectées auprès de vos utilisateurs. 

En savoir plus sur cette note d'information et vos responsabilités

Sur la page d'accueil, vous avez dû également voir ce bandeau, mis évidemment sans mon consentement :

 Ce site utilise des cookies provenant de Google pour fournir ses services et analyser le trafic. Votre adresse IP et votre user-agent, ainsi que des statistiques relatives aux performances et à la sécurité, sont transmis à Google afin d'assurer un service de qualité, de générer des statistiques d'utilisation, et de détecter et de résoudre les problèmes d'abus.

En visitant certains sites vous verrez de plus en plus de messages comme ceux-ci. Attachez-y de l'importance. A partir d'aujourd'hui, votre consentement pour partager vos données doit être explicite (opt-in, avec une case non cochée d'avance) et détailler les données utilisées. Certains sites américains ont même temporairement disparu de l'Internet européen car ne voulant pas prendre le risque financier de se faire dénoncer - ce qui voulait bien dire que leurs pratiques sont contraires au RGPD.

Vous le savez, sur ce blog on aime la protection de la vie privée, l'Internet neutre et les données ouvertes. Prenez le temps de vous informer et de réfléchir à vos usages de l'Internet en ce jour de RÉVOLUTION (merci à l'Union européenne).

Quelques sources d'information sur le sujet parmi des centaines et tous les médias :
CNIL
La Marmite
Pour les jeunes avec une belle fiche pédagogique belge
En BD
Exemple ici de "En savoir plus"


vendredi 11 mai 2018

L'Internet neutre selon Trump ? Fake news

Bonjour, chers utilisateurs de l'Internet.

Vous avez déjà entendu parler de la neutralité du Net ? J'en parle souvent, comme ici.

Lisez cette page (ça vous fera également un exercice pratique de lecture de l'anglais, mais si vous préférez, c'est en français ici). C'est un sujet qui ne concerne pas que les américains et les anglophones. Nous sommes tous concernés car beaucoup, beaucoup de services et de sites internet passent par les USA, même indirectement, à commencer par les serveurs DNS root. Et ce n'est pas grave si vous ne savez pas ce que c'est, cela a de graves conséquences, rapidement, sur notre usage de ce bien commun que devrait être l'Internet.


mercredi 9 mai 2018

Uber-Trump même combat

Deux actualités a priori sans rapport l'une avec l'autre :

Ma signature est plus grosse que la tienne, dude

D'une part, Trump a déchiré l'accord nucléaire avec l'Iran, unilatéralement, alors que cet accord implique également d'autre puissances comme l'Union européenne (à travers la France, l'Allemagne et la Grande-Bretagne encore européenne à cette heure), la Russie et la Chine. Pour ce faire, il s'est appuyé sur la collaboration déjà ancienne entre Israël et ses factions les plus dures, et le parti Républicain, et sur des données adroitement présentées. En l'occurrence, ce ne sont pas les données qui comptent, mais la manière de les présenter et qui les présente. Il est facile de transformer le positif en négatif, c'est une question de marketing (politique), sans même invoquer les fake news chères à Donald. Il suffit de savoir ce que l'on veut et les faits suivront, surtout quand on n'aime pas les faits comme Trump, en tous cas pas ceux qui vous donnent tort.

Ma voiture est plus grosse que ton vélo, dude

D'autre part, Uber vient de se voir pris la main dans le sac à propos des voitures autonomes. Après un accident récent où un voiture autonome Uber a tué un piéton (une piétonne qui traversait la route la nuit à pied avec son vélo à côté), la cause "aurait" été identifiée. Le véhicule et ses capteurs ne sont pas en cause, mais "seulement" le programme qui traite les informations reçues et qui a décidé qu'il ne s'agissait que d'un simple petit obstacle sans danger (ni pour la voiture ni pour l'obstacle). Un faux positif comme disent les spécialistes. C'est-à-dire un cas positif (pas de danger donc pas de manœuvre à effectuer) qui aurait dû être un négatif (Danger !!!) mais qui a été mal calculé. Les coupables sont évidemment les techniciens, ingénieurs, informaticiens et décideurs d'Uber qui ont décidé d'abaisser les seuils de détection, afin de ne pas trop perturber la vitesse du véhicule : s'il détecte plein de risques, le véhicule doit passer son temps à ralentir ou anticiper, ce qui n'est pas confortable pour le client Uber à bord du véhicule. Tant pis pour l'obstacle, en l'occurrence le piéton. La priorité d'Uber c'est le passager et tant pis pour le reste du monde (y compris les chauffeurs humains de VTC qui eux aussi peuvent avoir des accidents). En gardant les mêmes paramètres la nuit sur une route rapide et en ville à vitesse réduite, les informaticiens ont clairement choisi leur camp. Dont acte.

Deux actualités donc qui nous enseignent qu'il faut écouter les porteurs de parole aussi, en parallèle avec les informations qu'ils nous donnent.

Il y a presque toujours des informations objectives en amont (des études internationales objectives ou biaisées dans le cas de l'Iran, des données issues des capteurs dans le cas d'Uber), même quand il n'y a pas de fake news, mais les décisions sont basées sur la psychologie et les intérêts de ceux qui portent la parole : Trump souhaitait tenir ses promesses et plaire à son camp, Uber souhaitait plaire à ses clients quel qu'en soit le prix.

Séparer l'information de la voix qui la porte et qui s'en sert pour justifier une décision est un exercice dangereux. Mortel pour une personne chez Uber. Mortel pour beaucoup, beaucoup de personnes potentiellement dans le cas de l'Iran.

A nous, auditeurs de ces paroles, de garder un esprit critique.

lundi 7 mai 2018

The long bridge

Si on parlait un peu des British ?

C'est une semaine de grand pont (et je suis certain que mon titre-traduction est mauvais, mais je laisse aux spécialistes le soin de me corriger, sans trop me faire mal). Donc à Paris en tous cas, c'est bien vide. Du soleil, des touristes, des manifestants et peu d'actualités. Des parisiens partis entre autres à Londres...

A Londres, le 20 avril, se terminait le sommet des chefs d'Etat du Commonwealth, ce machin politique censé définir l'espace économico-politique d'influence de la Grande-Bretagne après l'Empire. Le Commonwealth a beaucoup crû depuis sa création, en nombre de pays, mais sa ligne directrice n'est pas aussi claire que dans d'autres espaces géographiques, linguistiques, post-coloniaux ou économiques.

La reine Elisabeth qui a quand même 92 ans est la chef du Commonwealth. C'est un titre honorifique, puisque chaque Etat est indépendant des autres. Ce n'est donc pas un titre héréditaire comme la couronne d'Angleterre. Lors de ce Sommet, elle a vendu l'idée que son successeur soit son fils adoré, le prince Charles, l'homme qui a cru toute sa vie qu'il serait roi. C'est une décision qui a été actée par les dirigeants présents. "Un jour...", c'est-à-dire, à ma mort. On appelle ça l'understatement à l'anglaise. A lire aussi, dans cet article, les positions bien "conservatrices" de Charles, le roi de la lorgue pompeuse (au moins).

Voici donc un beau lot de consolation tout trouvé pour Charles après la mort de sa mère. Il est évidemment de plus en plus question que Charles ne règne pas après sa mère, mais que la couronne passe directement à son fils ainé, le père maintenant de trois enfants, depuis la naissance de Louis (et si vous ne savez pas de quoi ou de qui je parle, il est temps de vous réveiller, de prendre une douche, de boire un jus d'orange et de sortir de votre hibernation). Au moins donc, Charles aura un titre et pourra faire, comme Ulysse, de beaux voyages. Ses fils, le deuxième sera marié dans une dizaine de jours, seront aux commandes de la vraie royauté.

On appelle cela de la diplomatie. Que chacun croie avoir gagné quelque chose, alors que c'est moi qui rafle tout. Le fameux vieux dicton de la diplomatie anglaise, mais qu'on pourrait attribuer à tous les pays : "Ce qui est à toi est à moi et ce qui est à moi, on le partage (ou je le garde, dans la version plus trash)". À ce jeu, Charles n'est pas le gagnant. Mais on ne sait jamais.

En France, le pays de Macron, il n'y a pas de royauté. Il n'y en a plus. Nous sommes une République laïque et sociale. Enfin ça dépend des interprétations de ces trois mots. République dans la réalité juridique, mais avec beaucoup de pouvoirs concentrés dans les mains d'un seul homme quand même. Laïque, mais avec des définitions parfois limites entre Etat et religion, Histoire et monde réel, temporel et spirituel. Sociale... Euh, est-ce bien le moment d'en parler ?

Macron, sort ce soir à la télé une petite phrase qui a fait déjà beaucoup parler d'elle. "ceux qui pensent que le summum de la lutte, c’est les 50 euros d’APL, ces gens-là ne savent pas ce que c’est que l’histoire de notre pays"

C'est intéressant comme phrase, au-delà de la morgue présidentielle (et non royale). Mettre en parallèle les grands mouvements de l'Histoire et des détails (Attention à l'effet Jean-Marie) est un exercice périlleux. Car, même quand on a une "vision" pour la France, il faut faire attention à bien écouter le monde.

Il y a des signaux forts, ce sont ceux dont tout le monde parle, impossible de les louper. On les entend ou on les refuse, mais ils sont là. Et puis, il y a les signaux faibles. Ceux qui sont difficiles à observer, délicats à interpréter. Refuser d'entendre les signaux faibles, c'est se couper de l'avenir, tous les innovateurs le savent, quel que soit leur domaine d'activité. L'APL est un signal faible, largement déconstruit depuis son annonce d'ailleurs par tous les autres responsables impliqués. Mais c'est un signal dont on ne doit pas se moquer et qu'on ne doit pas mettre impunément en balance avec des grands courants de l'Histoire. Comme si seules les grandes luttes épiques étaient nobles et comme si tous les actes du quotidien étaient négligeable. Un fossé immense. Comme s'il existait "un et un seul" summum de la lutte... Mais Macron ne lit pas ce blog et doit être entouré de conseillers craintifs qui choisissent leurs mots. Lui, il croit/sait que sa lutte est la seule. Magie du pouvoir solitaire.

En Grande-Bretagne, la royauté a connu plusieurs crises ces dernières années. Ils en sont toujours sortis. Tellement sortis, d'ailleurs, qu'ils quitteront l'Union européenne dans un an, maintenant.

Question : qui règnera lors du Brexit ? et où ?


lundi 9 avril 2018

L'attaque du sperme rouge

Sourire à la lecture de cet article du Monde sur le "sperme rouge".

Irai-je de mes réflexions sur ce sujet hautement (ou bassement) politique ? Oserai-je ? Oui, allez, je me lance.

L'inné et l'acquis, vieux débat. Est-ce qu'en devenant un bon membre du parti communiste chinois, nos gênes sont modifiés et cette orthodoxie se transmet-elle à notre progéniture via nos spermatozoïdes ? La réponse scientifique est non, en occident, mais sait-on jamais, la médecine chinoise fait des merveilles et peut-être que contrairement aux fils de bourgeois qui lançaient des pavés il y a cinquante ans pour ne pas faire comme leurs pères, les chinois communistes font ils comme les paires de leurs pères les ont configurés ? Ce serait intéressant et un champ très prolifique pour les industriels, notamment ceux du numérique : imaginez un peu les enfants des fans d'Apple acheter automatiquement des Apple. Quelle manne !

L'eugénisme, qui consiste à ne garder que les individus jugés corrects, aptes et conformes à l'immoralité ambiante (cf Hitler par exemple) est un concept qui a vécu, mais dont la progéniture revient régulièrement dans l'actualité. Entre Trump qui rêve à des américains blonds, anglophones et chrétiens, et les chinois qui rêvent à une armée de clones de Xi, on est mal barrés, non ?

Vous remarquerez d'ailleurs qu'on parle ici de donneurs de sperme, donc de mâles. Les femelles ne servent donc visiblement pas à grand chose dans l'hérédité chinoise. Serait-ce pour contenter des vieux caciques du parti, incapables d'enfanter, afin de les récompenser par de beaux bébés aryens communistes ? Mes études en SVT sont lointaines mais je crois me souvenir que la femme joue un rôle dans l'héritage génétique.

Moi, je pense qu'il s'agit en fait de récompenser les cadres du parti (donc insoupçonnables, évidemment), surtout ceux en pleine possession de leurs forces intimes de conviction, en leur permettant d'aller (contre rémunération et lecture de journaux interdits ailleurs, avec des illustrations en couleur sur papier glacé pour durer plus longtemps) se masturber dans des banques capitalistes du sperme, après leurs dures journées de travail, comme les boutiques soviétiques réservées à la Nomenklatura de l'époque (avant Poutine évidemment). Ils sont payés (71 euros par don de soi, selon Le Monde toujours très bien informé). Est-ce plus cher qu'un acte sexuel illégal en Chine, je ne saurai dire. Un beau geste. On peut supposer, avec une telle annonce, que les donneurs potentiels de sperme pas tout-à-fait certains de leur qualité idéologique hésiteront à aller dans ces banques, de peur d'avoir à subir des tests déroutants et au risque de se faire mettre en taule s'ils ne réussissent pas à les passer.

La nouvelle annoncée a été retirée parce qu'un officier de censure s'est réveillé après le mauvais buzz créé par cette stupéfiante nouvelle. On ne saura donc pas comment mesurer la teneur en "haute qualité idéologique" des spermatozoïdes. On ne peut qu'imaginer... Imaginons alors des tests :
- utiliser un colorant, comme la fleur de cochinchine, pour détecter le sperme rouge dans un océan de sperme blanc (ou jaune).
- distiller les spermatozoïdes dans un tube à essai avec un filtre ne laissant passer que les objets communistes.
- installer une bifurcation avec un portrait de Xi et un portrait de Trump en face de chaque spermatozoïde, afin de ne prendre que ceux qui tournent vers le soleil levant.
- utiliser un boulier (évidemment) légèrement adapté
- n'utiliser que du sperme émis pendant que le donneur écoute de la musique militaire chinoise, sans image et mettre en prison tous les autres donneurs pervertis par l'imagerie occidentale nuisibles à la culture chinoise.
- mettre tous les lots dans les mêmes conditions climatiques identiques (l'air pollué de Pékin) et au bout de quinze jours n'utiliser que ceux qui ont survécu, car l'air est pur à Pékin pour ceux qui le croient et tant pis pour les autres.

On se moque, on se moque. Mais de telles dérives déontolo-idéologiques peuvent nous tomber dessus à tout moment, car les pressions politiques et financières sur les scientifiques sont telles que certains n'y résistent pas. Et pas qu'en Chine, n'est-ce pas ?

mercredi 4 avril 2018

Fable de l'usager qui se croyait un client

Il était une fois un groupe de quidams, chalands à leurs heures
Mais qui la plupart du temps passaient leur temps dans les transports :

Pour aller travailler
Pour revenir du travail
Pour commuter entre leurs domiciles éloignés
Pour aller faire des courses
Pour revenir des courses
Pour partir en mission ou en rendez-vous
Pour revenir de ces missions professionnelles
Pour partir en vacances ou en week-end
Pour en revenir
Ou pour des raisons inavouées et inavouables,
Dont le voyage pour le plaisir, le transport amoureux et j'en passe.

Survint la grande grève de 2018, là où c'est possible, à la SNCF. Ils essayèrent de trouver des moyens de transport. Pas facile. Se lever plus tôt ou partir la veille, rentrer plus tard ou le lendemain, ne pas bouger, prendre une RTT, oser des moyens alternatifs de transport... Ils lisaient les journaux locaux et l'Internet source de solutions (mais aussi de problèmes de vie privée).

On y parlait d'usagers, avec un r, pas d'usagés comme des déchets inutiles et bons à jeter, sortes de mouchoirs sales destinés simplement à polluer la planète dont tous les automobilistes se foutent (mais ce n'est évidemment pas leur faute, hein ?)...

Alors, le groupe de quidams se mit à rechercher la signification du mot usager. Il semblerait qu'on parle d'usager d'un service public et de client d'un service privé, ou même d'adhérent pour une personne membre d'une organisation (forcément privée). Les mythologies derrière ces mots, usager-client principalement, sont nombreuses et différentes selon les angles. Un service public, c'est, au sens matériel, une activité d'intérêt général, assurée sous le contrôle de la puissance publique, par un organisme (public ou privé) bénéficiant de prérogatives lui permettant d'en assurer la mission et les obligations (continuité, égalité, mutabilité) et relevant de ce fait d'un régime juridique spécifique (en France : le droit administratif)  Beaucoup de services rendus se targuent d'être des services publics quand ça les arrange et des services commerciaux le reste du temps. C'est le cas notamment dans le transport, où les frontières sont floues et où l'on confond souvent l'organique (l'organisation qui assure le service) et le matériel (le service rendu).

Le groupe de quidams s'interrogea sur les différents critères : service public, service du public, service directement ou indirectement du public, service pour lequel on n'a pas vraiment le choix du fournisseur ? Client qui a son mot à dire puisque c'est lui qui décide d'acheter (influencé quand même par le marketing commercial, politique ou syndical ? Consommateur qui utilise un service qui a été conçu et acheté par quelqu'un d'autre (comme une collectivité territoriale) ?

Et puis, les quidams se rappelèrent que la notion de client supposait de la part de ceux qui le servent une sorte de respect, voire une qualité de service. Lorsqu'un serveur dans un restaurant canadien se fait virer pour cause de service agressif et irrespectueux des clients, il ne trouve par exemple rien de mieux pour se justifier que d'expliquer qu'il est français (et donc que son irrespect est naturel, voire congénital). Maudits français, comme on dit au Québec ! Chaque endroit a ses traditions et sa culture, mais notre groupe de quidams est français et ça le fait rigoler, sauf quand il attend son train sur un quai bondé et devant des rails déserts.

La grève joue un rôle central dans notre système, en France, et tant mieux car c'est l'un des droits fondamentaux, parmi d'autres. C'est souvent le dernier moyen d'enclencher des négociations entre salariés et patrons, comme on dit. C'est parfois le premier, notamment dans les transports où l'usager d'un service public non assuré joue la variable d'ajustement. Il faut dire que c'est très efficace et que chacun est habitué à jouer sa partition avec une habitude certaine, après des années de répétitions bien orchestrées : les syndicats de salariés (cheminots ou pas) préparent les prochaines élections (à l'automne cette année) et cherchent à créer le plus possible de perturbations en coûtant le moins cher aux salariés, en jours de grève non payés ; les patrons ou l'entreprise - dans le cas de la SNCF, il y a les vrais patrons (Pepy et al.) et les patrons vrais (le gouvernement) - cherchent à assurer le plus possible de service y compris en minimisant les effets sur ce qu'ils appellent les clients ; les usagers/clients, justement, cherchent à utiliser d'autres solutions, à se plaindre ou à parler devant les micro-trottoirs de la presse ; la presse cherche des coupables et des histoires à monter en épingle, dès 6 heures du matin sur les quais. De toutes façons, tout se terminera autour de quelques tables de négociation, quels que soient les résultats de la grève.

Dans les transports, on parle de chaîne, au singulier. Au pluriel aussi de temps en temps, car nos pieds sont parfois lourds. Il suffit qu'un maillon soit faible pour que toute la chaîne soit fragilisée et un train, mine de rien, c'est un gros paquet de chaînes, du conducteur au contrôleur, en passant par la gare et les postes d'aiguillage, les ateliers de maintenance et le ménage, sans oublier la planification en amont et le service aux usagers/clients, ou les informaticiens chargés de créer des liens entre des tas de systèmes informatiques différents et qui ne communiquent pas toujours très bien (puisque même les contrôleurs disent passer par l'application mobile grand public pour en savoir au moins autant que les passagers).

Finalement, le groupe de quidams décida de faire comme avant, et advienne que pourra. Carpe diem. On verra bien. De toutes façons, les enjeux nous dépassent... etcétéra.

Ils décidèrent quand même de voter entre eux pour savoir s'ils étaient des usagers ou des clients, sachant que plusieurs étaient aussi adhérents (à des syndicats, des associations ou des groupes sur les réseaux sociaux). Les votes furent partagés à 50-50. Ils cherchèrent alors un quidam pris au hasard dans la rue pour les départager et ils tombèrent sur moi. Ils expliquèrent en long et en large leurs arguments, puis me laissèrent cinq minutes pour réfléchir.

Mais je n'avais pas le temps, j'avais un train à prendre et il n'y en avait pas d'autre après. Alors je les ai laissés là, Grosjean comme devant. J'ai souri, j'avoue, un peu jaune quand même (et malgré le fait que cela soit la couleur des briseurs de grève). Pourquoi serait-ce à moi de trancher un débat aussi vieux que le XIX° siècle ? Aujourd'hui je me sens surtout usager jetable et client jeté. Et je pense à tous ceux qui se sentent mal. Aujourd'hui et lorsque l'inéluctable concurrence privée arrivera, soit pour assurer un service public à des usagers éclairés, soit pour vendre de meilleurs services à des clients en demande, soit les deux. Dans très peu de temps.

Certains parlent d'ailleurs de voyageurs pour remplacer la dualité usager-client par leur objectif : voyager, tout simplement. On sent bien là une source de gêne dans les discours des uns et des autres, car il ne faut pas confondre l'être et le faire, le statut et les rôles. Mais c'est un sujet traditionnel d'amalgame que de confondre les concepts. On parle de PAX dans l'aérien par exemple pour résumer le mot "passagers", ceux qui ne font que passer et qui finalement ne sont donc pas importants, au point de voyager de temps en temps comme des paquets.

Toute fable doit se terminer par une morale comme disent les fabulistes. Alors ? Quelle morale proposez-vous ? Je vous propose celle-ci : Les conseilleurs ne sont pas les payeurs (1568)...

mardi 3 avril 2018

Premier Trois Avril

Monsieur le proviseur,

Je soussigné, (illisible), fils de Georges Lauteur, voudrais par la présente excuser mon père. En effet, il n’y a pas eu cette année de poisson d’avril sur ce blog. 

Je sais que c’est impardonnable, mais je voudrais cependant faire appel à votre grande mansuétude. 

Mon père a voulu exprimer plusieurs excuses et je vous laisse juge de leur importance, pour ma part, en bon fils, je me suis fait ma propre opinion :

- d’abord, cette année, le premier avril est tombé un dimanche. C’était tout à fait inattendu et imprévisible, même pour un bon statisticien comme mon père, lui qui prévoit pourtant toujours avec exactitude les noms des jours de la semaine. Il était naturellement impensable de poster un message un dimanche, puisque c’est jour de pêche dans la Seine, tant que c’est encore autorisé. Et comme vous le savez, la Seine fait beaucoup de méandres jusqu’à la Manche et malgré l’huile de coude mon père était trop fatigué pour écrire, sans oublier le fait que c’est interdit par le code du travail le dimanche. 

- ensuite, c’était le dimanche de Pâques et même, ô surprise, le lundi de Pâques le lendemain. Mon père a dû peindre tous ces œufs la veille et n’a pas eu le temps de préparer son poisson d’avril. Le lundi il a fallu aussi nettoyer tous les enfants, leurs vêtements et les canapés tachés avec la peinture de mauvaise qualité qui avait déteint. Vous comprenez bien que dans ces circonstances, il était humainement impossible de créer un tel poisson d’avril même pour un homme qui aime si poissonnément les poissons. 

- de plus, du fin fond de la Normandie, habituellement desservie par des trains en retard, il a fallu essayer d’organiser un rapatriement avec des trains absents et néanmoins bondés. Pas facile et assez prenant, alors même que la marée n’attend pas. Les poissons n’ont pas été livrés et ont dû être consommés sur place. Désolé pour vous, ils étaient très bons malgré le froid, mais nous étions couverts car comme dit notre grand-mère, en avril ne te découvre pas d’un fil de pêche. 

- enfin quelques problèmes techniques ont empêché mon père d’envoyer son poisson d’avril. D’abord son traitement de textes Office 364 a décidé de ne pas fonctionner justement ce jour-ci, puis le correcteur ortografique a parsemé le texte de fautes qu’il a fallu corriger une à une, en espérant toutes les avoir repérées, et le nouveau système de partage SharePoissont n’a pas pu s’enclencher malgré plusieurs tentatives d’hameçonnage. Enfin, l’Internet a décidé de router le message sur la base de la RFC 1149 (https://rfc1149.net/rfc1149.html) ce qui a légèrement augmenté le temps de transmission. 

Finalement, mon père m’a autorisé à vous dévoiler quand même le poisson d’avril auquel il avait pensé, mais qu’il n’a pu envoyer. Je vous le livre, il est un peu réchauffé mais garanti sans arêtes : en hommage aux 50 ans des événements de 1968, il n’y a pas de poisson d’avril cette année, ni sous les pavés, ni sur la plage, ni sur les rails entre les deux (puisqu’il n’y a pas non plus de train).

En vous remersciant, Monsieur le proviseur. 

vendredi 16 mars 2018

Métro, boulot, dodo, poésie ?

La RATP relance son concours annuel de poésie. Vous savez ? Ces petits textes qu'on voit affichés de temps en temps dans les rames, les bus ou sur les quais. Pourquoi pas vous ?

C'est limité à 14 lignes (de texte, pas de métro). Voici celui que j'ai déposé dans l'immense urne de la RATP qui berce nos matins et nos soirées avec sa douce ambiance rassurante et calme, pour nous les parisiens (non, je rigole).

Miam

Une étoile
Deux étoiles
Trois hachis parmentier
Quatre moutons du vernet
Cinq picasso de l'époque bleue
Six coquilles saint-jacques
Sept opéras au chocolat noir
Huit commerces de bouche
Neuf eaux de jasmin
Dix litres d'eau de javel pour nettoyer tout ça, après
Onze goncourt mémorables (mais pas pour moi)
Douze rennes en gelée
Et treize invités à la table de la gaité

Le métro me donne faim.


mercredi 14 mars 2018

DMDM 2018

Kézaco ?

DMDM = Dis Moi Dix Mots (sur tous les tons en 2018)

Comme chaque année à l'approche de la journée de la francophonie, le 20 mars, de la semaine de la francophonie et de la langue française en France (et du salon du Livre), les initiatives se multiplient, notamment autour des fameux dix mots. Les contraintes (amie des OuLiPiens) autour de ces dix mots sont variées. Allez voir ici pour découvrir plusieurs initiatives.

Cette année, les gagnants sont : Accent, Bagou, Griot(-te), Jactance, Ohé, Placoter, Susurrer, Truculent(-ente), Voix et Volubile.

Voici en tous cas ce que j'ai publié à cette occasion sur ce site. Et vous ?


Démonstration graphique
de l’utilité
des hyperliens
dans la littérature




Ohé Matelot ! Quand tu seras près du griot volubile qui susurre, puis crie sa jactance, avec son bagou et son accent, reste tranquille, arrête de placoter avec ta voisine, même si sa truculence et sa voix te plaisent. Écoute simplement !








Librement inspiré de ce vieux site, commis il y a longtemps, en remerciant Queneau et tous les producteurs de contenus sur l’Internet.



PS : Ce billet est posté en un jour très hypertextuel à l'infini : Pi-Day, le jour de Pi (3/14) anniversaire de la naissance d'Einstein et maintenant jour de la mort de Stephen Hawking, merveilleux scientifique. Nous ne sommes tous que des décimales dans le nombre Pi, mais il en était l'une des plus importantes...