mardi 11 décembre 2018

Après le discours de Macron

Hier, nous parlions de l'avant-discours de Macron, aujourd'hui regardons l'après-discours.

Entretemps, allez faire un tour ici pour les Unes de la presse depuis le 1er décembre, et en particulier ce matin du 11 décembre sur les réactions des journaux au discours. Le moins qu'on puisse dire est qu'elles sont très variées et couvrent tout le spectre des possibles, selon vos opinions et le crédit que vous attachez ou non à certains titres, sans forcément prendre la peine de croiser les sources d'information, n'est-ce pas ? À cette heure, les analyses des décodeurs de l'info sont encore attendues. J'en noterais juste une sur le SMIC et les mauvaises interprétations des annonces d'hier, courantes sur les plateaux télé hier soir, un effet prévisible de ceux qui n'entendent que ce qu'ils veulent bien écouter.

Sur le ton, la forme et le fond, donc, comme hier. Discours ici. Vous remarquez cependant que le Président a choisi le format "Adresse à la Nation", et non un simple discours. Ce format n'arrive pas souvent en France et seulement lors d'événements graves. La Nation, le peuple, l'Etat, le pays... des notions différentes. La Nation peut être comprise comme la somme du Peuple et de l'État organisé. Une adresse à la Nation concerne donc l'État organisé qui doit agir et le Peuple, bien au delà de la phrase "Frnçaises et français".

Sur le ton, tous ont noté un vrai changement de ton. Artificiel ou pas, calculé ou pas, suffisant ou pas, la rupture de ton était évidente. En totalité sur le discours et entre ses deux parties principales, de l'empathie aux annonces. Macron n'est certainement pas quelqu'un qui avoue facilement ses erreurs, mais là il est allé plus loin que prévu et dans des termes clairs et parlants. Un ton présidentiel particulier, presque le même qu'à certains moments de sa campagne. Même pour les annonces, il a annoncé des choses précises et des mouvements encore flous et à préciser. Mais il a utilisé des mots forts pour lui, et même une anaphore sur le "pour vous" (pour nous autres). Est-ce que ce ton vous incite à lui faire confiance pour sortir de cette crise ? A vous de le dire. Moi, je pense que le ton des autres est absolument pathétique et pas mieux : Mélenchon est ridicule et comme convenu dans sa robe de prêcheur laïc outragé qui a peur d'un mouvement populaire non contrôlé par lui ou par LFI ; Le Pen qui se régalait de ce bon pourcentage d'électeurs du FN/RN dans les gilets jaunes rejoint "Je suis la République" sur une demande de démission ; Les Républicains se divisent toujours plus entre les partisans d'un Macron de droite douce et ceux qui sont attirés par l'extrême ; La gauche n'est même plus divisée mais émiettée et les écolos ne parlent pas. Aucun ton ne prête à confiance. Alors le ton de Macron ? Respect ?

Macron devant son piano son bureau

Sur la forme,
Après une rapide partie sur les violences (normal) Macron a joué sur le pathos et le quotidien, puis il a enchainé les annonces et les orientations à creuser. Treize minutes, ce n'est pas long. Il a donc enchaîné des annonces avec peu de mots, que le gouvernement et ses soutiens vont détailler dans les jours à venir, avec on espère une cohérence qui n'est pas apparue en pleine lumière ces derniers temps, chacun y allant de sa petite musique. La forme du discours propose en fait un éclairage sur la suite : il s'agit d'un programme résumé de la partie suivante du quinquennat, ce contrat social ET économique (le ET est important). La recherche, à ce titre, de corps intermédiaires (les maires principalement) et l'appel à des représentations "directes" de citoyens sont des signes d'une forme différente de pouvoir, sans aller pour le moment aussi loin que certaines revendications sur la démocratie participative. J'ai entendu des réactions sur cette forme de discours, notamment sur sa brièveté. C'est plutôt un bon signe, comme disent les communicants, car cela crée une attente, une frustration pour en savoir plus, comme celui qui attend la balle pour la renvoyer, dans un match plus long, en ne sachant pas qui va gagner le point. Je ne résiste pas au plaisir de vous remontrer, alors, cette photo qui date de 2016 à Nantes à l'époque de Hollande... et non des gilets jaunes !



Sur le fond,
Aaaaaah, beaucoup d'annonces du très particulier au très général. Un marché dans lequel chacun trouvera ou non ce qui le concerne personnellement. Des annonces sur le très court terme (comme les primes de Noël ou les heures supplémentaires défiscalisées, ainsi que sur la prime d'activité t la CSG sur les retraites), d'autres à moyen terme puisqu'il faut bien les organiser à partir du puzzle des revendications évidemment contradictoires de ces dernières semaines. On notera quand même, à quelques mois des élections européennes, une indépendance plus forte de la France par rapport à l'Union européenne. Quelques exemples : un déficit plus important pour financer les mesures sociales annoncées, donc une protestation à venir de l'UE, symbolique comme en Italie ; une attaque contre les GAFA qui sera spécifique à la France si l'UE n'agit pas pour leur faire payer des impôts ; une tentative de domicilier fiscalement les dirigeants d'entreprises en France (ah bon, il y en a qui logent ailleurs ?) malgré le droit communautaire européen qui accepte certains paradis fiscaux comme le Luxembourg, la Belgique ou l'Irlande sans parler des tout petit États.

En tous cas des annonces qui ne satisferont évidemment pas tout le monde. Certains oui. Parmi ces derniers, combien continueront à manifester "par solidarité" et combien arrêteront le mouvement pour laisser la place aux irréductibles gaulois habituels, violents ou pas d'ailleurs ? L'acte V aura évidemment lieu et même l'acte VI vraisemblablement. Et tant pis pour les commerçants et tant mieux pour Amazon, qui ne paye pas ses impôts ici.

Perdre la face n'est jamais bon dans un combat, à court et long terme. Ni pour le gagnant ni pour le perdant ni pour les autres acteurs. Macron a fait plusieurs gestes hier. Les fêtes de Noël suffiront-elles à calmer la situation et à lancer le débat démocratique pour déboucher sur une situation nouvelle et apaisée ? Je ne suis pas devin et de toutes façons mon opinion comme la vôtre (désolé) ne pèsent pas lourd dans ces mouvements de foule. Il y a déjà suffisamment de grandes gueules comme ça.

Cela ne m'empêche pas de donner mon opinion et cela ne devrait pas vous empêcher de donner la vôtre aussi :)

PS : 23 millions de téléspectateurs... Mieux que la finale de foot en 1998 ! Wow. Une petite mesure pour une grosse attente...

PPS : Mais qui sont les gilets jaunes ?


lundi 10 décembre 2018

Avant le discours de Macron


C'est aujourd'hui lundi


Macron n'est pas Sarkozy qui ne pensait qu'à ça et qu'en se rasant. Macron se brosse les dents. Mais le lundi, en ce moment, il pense aussi à autre chose.

Beaucoup attendent donc son discours ce soir. A suivre demain pour ce qui aura été dit, par lui et par les autres APRÈS lui.

Dans un discours, il y a le ton, la forme et le fond.

Sur le ton, saura-t-il en changer? Beaucoup de reproches sont liés à sa supériorité affichée et donc au mépris, assimilé au mépris traditionnel entre classes dirigeantes et classes populaires. Un juste retour des choses, puisque notre société est plus caractérisée aujourd'hui par ses fractures que par son ciment (de qualité moyenne et qu'il faut entretenir de temps en temps). Il aura du mal à nous faire croire à un ton paternaliste de vieux routard de la politique, puisque son positionnement est justement celui d'un jeune michelin (néanmoins guide de la nation). Il utilisera peut-être des mots teintés de saveurs de jadis, si ses plumes/nègres ne changent pas de style, justement. Une parole attendue comme l'arbitre de la Nation qu'il est, de par sa fonction, dans notre cher pays où on aime décapiter les chefs tout en en réclamant toujours plus (de chefs). Un discours à voir donc, à écouter. Une première fois pour un pur ressenti animal : on lui fait confiance ou pas ? On le croit ou pas ?

Sur la forme, on imagine plusieurs formes possibles, mais on parle d'une adresse à la Nation, beaucoup plus formelle que ce qu'il a fait jusqu'ici, tout en ne tombant pas dans le De Gaulle d'un autre temps. L'enchaînement des parties sera crucial, comme dans un discours plein d'éloquence, où le but est de convaincre, non seulement par le ton, mais aussi par le déroulé des arguments (quels que soient d'ailleurs les arguments) : Sécurité, cap, social, court terme, moyen terme ? Saura-t-il innover sur la forme et parler simplement avec tous les aspects abordés. Quelles seront ses attaques (le début du discours), ses conclusions (la fin) jusqu'au "et à la fin je touche" ? La forme sera disséquée par les professionnels du discours. La plupart d'entre nous ne la saisiront pas directement, mais il ne faut pas sous-estimer son importance subliminale, comme pour un spot de pub ou une série à suspense efficace.

Sur le fond, ses annonces seront disséquées par toutes sortes de personnes et de groupes. Elles le sont déjà certainement, avant même le discours pour certains, un peu comme lorsqu'on prépare une nécrologie avant le décès ou deux Unes selon le résultat de la Finale du grand match. Elles seront aussi décodés par les bienvenus groupes de journalistes qui cherchent partout des infox, des intox et des mensonges plus ou moins explicites, et félicitations à eux. Le cocktail attendu est a priori  impossible à construire. Mais impossible n'est pas français. Lorsque Boris Vian a imaginé son pianocktail, toutes sortes de cocktails étaient possibles. La question est "que faut-il jouer pour avoir un bon cocktail ?" :
- Bella Ciao pour un cocktail Molotov ?
- La danse des canards pour un cocktail de fêtes de fin d'année?
- La symphonie inachevée ou celle du nouveau monde ?
- Un air de blues au choix ?
- Redemption song de Bob Marley ?
- Le 5° mouvement de la Symphonie 45 de Haydn pour un cocktail dégressif de ministres ?
- un rap simple et basique ?
- Ne me quitte pas de Brel ?
- Je n'suis pas bien portant, où pourtant il n'y a aucune rime en jaune ?

Depuis le samedi 17 novembre, ce mouvement de protestation ne faiblit que légèrement, même si les violences physiques augmentent. Le moment est certainement venu d'en tirer des conséquences réelles, après des prises de paroles partielles et insuffisantes, sur le ton, sur la forme et sur le fond. La Presse est d'ailleurs un lieu intéressant à suivre pour visualiser ces évolutions et je vous rappelle que les Unes depuis le 1er décembre sont visibles ici et mises à jour chaque jour pour les principaux journaux nationaux, régionaux et quelques internationaux.

A vous la parole donc, Mister President... See you tomorrow !

vendredi 7 décembre 2018

Visiter Paris ce samedi ?


Pas une bonne idée, c'est certain, beaucoup de lieux seront fermés et des événements annulés ou déplacés. Fouilles à prévoir un peu partout, autorisées par le Procureur de Paris, dans les gares par exemple. Même le Téléthon, oeuvre consensuelle s'il en est a dû abandonner son chapiteau place de la Concorde et se réfugier dans des studios bien fermés. Et la Tour Eiffel sera également fermée, malgré le dernier Lucky Luke !!!

Pour vous retrouver dans Paris, il y a évidemment cet article génial (hum hum) avec différents types de cartes. Ça date de 2013, mais ça n'a pas pris dune ride, même si c'est plus joli que pratique.

A l'époque j'avais oublié une carte, celle des "Lieux de Pouvoir". La voici. Sans commentaires. Merci au Monde Diplomatique... (cliquer pour agrandir). Très instructif.



lundi 3 décembre 2018

Gilets jaunes à la Une

Comme pour tout événement majeur, j'ai ajouté une page avec des Unes de la presse française et internationale, classées pour une fois par date. A déguster ici sans modération ni violence...

Pour mémoire Macron a parlé le 27 novembre de la tradition énergétique, j'en ai parlé ici avec un changement de ton, et son premier ministre le 4 décembre pour annoncer des mesures.

jeudi 29 novembre 2018

Reggae ! Wo yooo wo yoyoyo

Ça y est !

Depuis tôt ce matin, le reggae de Jamaïque est inscrit au patrimoine culturel et immatériel de l'Humanité (dossier sur ce lien vers le site de l'UNESCO, voir la ligne 10.b.18 et les documents, photos et vidéos. Le moment du vote bientôt en vidéo ici).


En jaune, la couleur à la mode...

L'Unesco a souligné "la contribution" de cette musique à la prise de conscience internationale "sur les questions d'injustice, de résistance, d'amour et d'humanité", et sa dimension à la fois "cérébrale, socio-politique, sensuelle et spirituelle". 

Euh... Ils avaient fumé à l'UNESCO ???

En tous cas une bonne nouvelle pour tous les rastafaris et pour les fans de reggae. Une pensée spéciale et émue, si vous me permettez, pour la spécialiste de roots qui m'a fait l'honneur et la joie d'accepter de m'épouser.

Wo yooo wo yoyoyo

mardi 27 novembre 2018

L'écoute en politique : le discours de Macron sur l'énergie.

A l'occasion de la crise des gilets jaunes, notre président Macron a changé de ton. Se serait-il mis à écouter les citoyens (et ses conseillers) ?

Un mouvement spontané dans une société hyper organisée comme la nôtre, à tous les étages de l'ascenseur social et politique, c'est rare et c'est forcément à la fois le bordel et une puissance que rien n'arrête.

On est loin de mouvements corporatistes comme les bonnets rouges et les camionneurs qui bloquent les routes, puisque chaque conducteur ou cycliste a un gilet jaune quelque part dans un coin. On est loin de mouvements encadrés et manipulés par des "composantes" de la société, partis ou syndicats. On n'est pas non plus dans un mouvement de type "Nuit debout" réservé à une élite, même si les représentants (contestés) du mouvement des gilets jaunes vont d'intérimaires à chefs d'entreprise (paradoxe, quand tu nous tiens...) qui savent mieux communiquer que les autres. On n'est plus à l'époque du grand soir ou de la Marianne au drapeau et au sein nu.

Qu'on soit ou non d'accord avec ce qu'ils demandent (et personne ne sait exactement ce qu'ils demandent puisque c'est une juxtaposition de tout et n'importe quoi), on ne peut nier l'ampleur d'un mouvement et sa très grands distribution sur le territoire français, y compris les outremers. L'ampleur ne se mesure pas au nombre de participants ou de lieux touchés, mais à la force et à l'impact de mouvements divers, en un mot, au spectre couvert par ces manifs. Un spectre très large et agité d'un mouvement brownien, qui peut même paradoxalement nuire à d'autres mouvements, comme samedi dernier où presque personne n'a parlé de la journée contre les violences faites aux femmes et de la grande manif correspondante à Paris, puisqu'il n'y avait pas d'image spectaculaire à montrer sur les (non objectives) chaînes d'info continue.

Je ne parle pas ici des violences du fait de spécialistes de ce genre de manif (des extrêmes) ou de revendications fantaisistes et ultra-populistes du genre "supprimons Macron et l'impôt". Mais du reste, de ce sentiment d'être la vache à lait, de penser au quotidien avant de penser à l'avenir de la planète et des humains qui vivent dessus. C'est un sentiment bien connu, qu'on résume souvent au NIMBY (pas dans mon jardin). Les politiques doivent à la fois contenter ce besoin d'un immédiat de qualité et d'un avenir lointain de survie, sinon de développement. Par comparaison, on oppose souvent pour les pays pauvres et en développement ce qui est essentiel (manger, être en sécurité, aujourd'hui) et ce qui est un plus (l'environnement, les libertés, après-demain). Les hommes politiques efficaces savent coordonner des stratégies pour attaquer les deux de front. Jusqu'à ce matin, Macron ne donnait pas l'impression de savoir faire les deux.

Son discours de ce matin marque clairement un changement de ton et une humilité qu'on croyait oubliée (voir Le Monde, en attendant le texte écrit du discours qui ne saurait tarder sur elysee.fr). J'en retiens une phrase : Emmanuel Macron affirme qu'il mènera ses réformes "en ayant deux principes à l’esprit : le premier, chaque citoyen est nécessaire, pas de changement en méprisant un seul citoyen. La deuxième, c'est que notre action est plus grande que certains d’entre nous."

Ce discours a été fortement influencé par les gilets jaunes et cette forme particulière de grogne qui s'exprime en ce moment, puisqu'il devait ) l'origine être bien plus technocratique que cela (si, si, c'est possible). La question essentielle reste évidemment de concrétiser un tel discours, et les accusations de "paroles sans actes" seront certainement nombreuses. Mais les discours ont une importance dans la vie. Et celui-ci en a une, certainement, même si la méthode qui consiste à fabriquer un cadre puis à accrocher dedans une toile composite n'est pas la seule pour agir et être compris des citoyens. Les populismes préfèrent commencer par une couche de vernis irisé et chatoyant qui déforme la réalité ou cache la toile, avant de prendre le pouvoir (je vous laisse remplir ici avec vos exemples favoris de pays).

L'écoute c'est fondamental dans la communication. Cela suppose de ne pas s'occuper que des émetteurs et des messages émis, mais aussi et surtout des récepteurs et de la manière dont les messages sont reçus. Dans une communication personnelle, on peut user de la reformulation, pour vérifier que les messages sont bien passés, mais dans une communication publique, avec le grand peuple des citoyens, la reformulation, cela a un nom : un référendum. J'aime bien le mot mépris qu'il a utilisé. Se sentir méprisé, c'est par exemple ne pas avoir ni écouté ni entendu, ou d'avoir été oublié entre la parole et l'action. Un exercice ancien dans lequel les hommes politiques excellent.

Un changement de ton chez Macron, alors ?






jeudi 25 octobre 2018

Le poids des mots, le choc des enregistrements audio et vidéo, en Arabie Saoudite

Vous êtes au courant de la mort du journaliste saoudien dans l'ambassade d'Arabie saoudite en Turquie. Grand sujet dans les médias et dans les cabinets ministériels et politiques. Faut-il réagir et comment ? Chacun y va de ses mots (ou de ses absences de mots, comme Macron qui a pris le temps de réfléchir aux conséquences industrielles et financières d'une brouille avec ce royaume religieux et pétrolier, ou comme Trump qui pense avant tout aux élections locales dans deux semaines). Nombreux sont ceux qui se déclarent choqués, comme si c'était le pire acte jamais commis par des services secrets (Haha). Peu nombreux sont ceux qui proposent des actions.

En lisant cet article je m'interroge sur les mots : incident haineux ou crime (ou les deux mon colonel) ? Si MBS, le prince en vogue et héritier possible d'un roi vieillissant a dû prononcer de tels mots, il faut les décrypter.

Rien ne doit conduire à lui, évidemment, et tout doit s'arrêter à des fusibles intermédiaires qui auraient outrepassé leurs droits ou mal compris les ordres. MBS n'aurait pas été informé de l'opération contre Khashoggi. Dans un régime, quel qu'il soit, les plus hautes autorités sont toujours protégées par des fusibles. C'est vrai partout ou presque et notamment dans les régimes autoritaires, ou les dictatures, ou les royaumes. Rien de surprenant là-dedans. Comme par ailleurs ce royaume ultra conservateur a d'autres caractéristiques bien connues, il est délicat pour les hommes publics de prendre position de manière brutale et entière.

On peut citer en vrac : la guerre au Yemen contre les rebelles soutenus par l'Iran, les relations religieuses ente les diverses branches de l'Islam, le pétrole, les pétrodollars, les ventes d'armes de toutes parts, les libertés (ou l'absence de) dans un pays considéré par beaucoup comme rétrograde, la vitesse (ou la lenteur) des réformes dans un monde immobilisé, la complexité d'une famille royale et d'une noblesse qui aime à se jauger en permanence, la situation au Moyen-Orient et au Proche-Orient avec les grandes puissances internationales qui y jouent comme à un jeu de rôle... J'ajouterais le pas de côté de l'Arabie pour adhérer à la Francophonie (j'y vais, j'y vais pas) au dernier Sommet de la Francophonie, demande finalement repoussée au prochain Sommet, à la demande expresse du Canada qui a ainsi en partie monnayé le retrait de son soutien à Michaëlle Jean. Vive la politique internationale, ne soyons pas dupes, c'est un mal nécessaire mais très au-dessus de nous.

Revenons à ces mots : un incident haineux ou un crime haineux ? La presse mélange les deux, mais en diplomatie les mots sont importants. Ils doivent contrebalancer les preuves matérielles, comme ces enregistrements audio réalisés illégalement par la Turquie dans une ambassade étrangère et que personne ne doit entendre, puisqu'ils n'existent pas. Enfin, presque personne, puisqu'une diplomate américaine (cheffe CIA) les a entendus et qu'elle devra témoigner devant une commission parlementaire. Il y a plein d'autres preuves, puisque les membres du commando ont été arrêtés.

Mais les mots sont encore plus importants. Un incident ? Réellement ? Un incident comme quand vous vous cassez un ongle dans une porte ou comme quand vous laissez tomber un verre sur le tapis et qu'à la fin, non seulement votre tapis est sali mais en plus le verre s'est cassé et que vous devez ramasser un à un les morceaux, le plus discrètement possible ? Un incident dans un long parcours, la vie étant un long fleuve tranquille dans lequel seuls quelques incidents surnagent ?

Même pas un accident, mais un incident. Rien, en définitive. Une poussière sur l'épaule de mon costume Dior. Un crime oui, incontestablement, et non une rixe qui a dégénéré, mais un crime seulement au niveau intermédiaire des boucs-émissaires. Plus haut, c'est quoi, au niveau de la famille royale ? Un incident. Rien de plus. L'adjectif haineux est ici presque synonyme de bête. Il aurait été tellement plus facile de faire autrement...

Juste un incident, vite oublié.

PS : vous vous souvenez de cette citation de l'abbé Pierre ?
La responsabilité de chacun implique deux actes : vouloir savoir et oser dire.

mercredi 24 octobre 2018

Métonymies de l'Internet : Halte !

Vous connaissez ces expressions ? "Comment internet a réagi" "Les réseaux sociaux se sont emparés de cette histoire" "la haine des réseaux sociaux" "Quand Internet s'est emparé de" "Twitter s'enflamme"...

Naturellement, ni Internet, ni internet, ni les internet, ni Twitter, ni les réseaux sociaux ne sont des êtres et ils ne peuvent donc réagir ou s'enflammer.  Pourtant ces ellipses, ces métonymies sont courantes dans notre langage, dans les médias.

On devrait parler des personnes (anonymes, cachées ou non) qui utilisent ces outils pour réagir ou s'enflammer. La métonymie est pourtant une pratique de plus en plus courante, dans une société où l'on aime passer rapidement sur chaque chose et y passer le moins de temps possible. C'est une figure de style classique. Elle a une valeur certaine quand on la maîtrise, bien que je préfère le zeugme, moi qui aime les bêtises d'internet et de Cambrai.

Mais en l'occurrence, appliqué à l'Internet et à ses utilisateurs, la métonymie prend une autre ampleur. Car en confondant le media, les mots et les auteurs on fait le lit d'un extrémisme simplificateur comme si on se couchait devant quelques connards à l'ego surdimensionné. Lorsque l'on buvait un verre au comptoir d'un bar et qu'on écoutait le mec d'à côté dire ses conneries matinales comme on ferait son jogging, on se sentait humain, cela ne sortait pas de ce bar. Conversations et bruits quotidiens dans des endroits neutres et sans écho. Mais lorsqu'on lit la même connerie diffusée anonymement ou presque sur un réseau social, devenue virale et reprise en boucle par d'autres connards, on découvre une autre réalité. L'internet et ses avatars est un lieu réel, mais dont les pièces sont bien plus grandes que votre bar du matin, avec beaucoup plus de monde et donc plus de connards.

Les vieux briscards de l'Internet savent bien faire la différence, en tous cas pour certains d'entre eux. Les jeunes moins. Et en cas de problème (il y en a tous les jours) nombreux sont ceux qui décident de quitter ce lieu virtuel pour ne pas se trouver confrontés à ces délires. Fuir plutôt que combattre...

Alors cette métonymie n'est pas neutre. Dire que Twitter s'est enflammé sur un sujet, c'est faire comme si un consensus mondial s'était établi autour de ce sujet (avec plus de contre que de pour, en général), et comme s'il faisait autorité. Souvent, en faisant de l'archéologie internettienne on découvre à la source un seul tweet. Les décodeurs et autres explorateurs de la bêtise humaine arrivent de temps en temps à identifier l'origine de telle ou telle polémique. On tombe alors sur des auteurs anonymes (au sens de non connu des médias, d'un membre d'une foule sans caractéristique spéciale) ou anonymes (qui se cachent derrière un pseudo cryptique ou cynique). Comme si le caractère d'anonyme procurait un sentiment de représentativité du Peuple. Comme si les manipulations étaient obligatoires, chacun pouvant espérer manipuler l'autre, sans aucun risque de sanction.

Il est vrai que dans une foule de gens normaux et divers, il suffit souvent d'un seul connard pour changer l'atmosphère, alors qu'un mec bien ne sera même pas remarqué, sauf si un incident violent se produit et que les deux sont en face l'un de l'autre. Sur l'Internet, c'est toujours le connard, le hater, qui a raison et qui a le plus d'impact. Toujours.

Alors oui, confondre les individus et les lieux où ils s'expriment est néfaste. C'est un amalgame détonnant. Sur l'Internet, chacun avec nos multiples identités, ce mélange est explosif, encore plus qu'au comptoir de votre bar favori. Et cela va beaucoup plus loin que les fake news, pour lesquelles j'ai appris récemment que la commission française de terminologie proposait une traduction créative : infox. Infos ou Infox ? Une seule lettre de différence. Il est si facile de ne pas la voir cette différence : entre vrai et faux, virtuel et réel. Comme quoi, il est important de voir et de reconnaître le langage qu'on utilise, ainsi que ses effets pervers. C'est pourquoi je m'exclame :

Non à la métonymie !

jeudi 18 octobre 2018

Insoumis, vraiment ?

L'affaire de la perquisition chez Mélenchon, d'autres personnes de La France Insoumise et dans les locaux de LFI est très instructive. Autour des images violentes et de violence, les interprétations vont bon train.
- Chez Mélenchon himself, il a des protestations contre une perquisition politique et une atteinte à sa personne sacrée, histoire de montrer qu'il est un chef, un roc, que dis-je, une péninsule, et qu'il a du caractère. Il reconnaîtra qu'il a été un peu trop sanguin, histoire de parler d'autre chose. C'est cool un responsable sanguin, non ?
- À LFI, il y a à peu près le même discours mais avec quand même des voix divergentes qui ne veulent pas se faire assimiler à des irresponsables contestant la République, ses lois et ses forces de l'ordre ; On notera qu'il manque ici un tuto pour savoir comment résister aux forces de l'ordre, mais cela devrait être réparé bientôt...
- Au RN/FN on est trop heureux de dénoncer un État qui s'en prend à de pauvres partis d'opposition, histoire de faire oublier les procédures contre lui ;
- Dans l'opposition au sens général, on s'en prend à un acharnement politique, personne ne voulant de Mélenchon comme l'adversaire numéro 1 de Macron ;
- Dans la majorité, on dénonce cet irrespect des lois ;
- Dans la police et la justice, habituées à des protestations violentes dans ce genre de perquisition dans tous les secteurs de la société, on demande un vrai respect des lois et on rappelle que ce n'est pas un bon exemple à donner à tous ceux qui font l'objet d'interventions de forces de l'ordre.

Parlons un peu ici du mot Insoumis.


D'abord ses définitions : ici, extensive et universitaire, ou ici, plus politique. Ici pour LFI elle-même sur Wikipédia. Une définition philosophique et déconstruite de ces mots dans ce billet d'avril 2017 d'un blog de Mediapart. Long, mais intéressant. Si, si, on y trouve de belles réflexions sur les mots et les symboles utilisés (𝞥). Mais un mot reste un mot et ce qu'il devient est la conséquence de son appropriation par nous, les gens, directement ou à travers ce qu'on en voit dans les médias.

Ensuite ses synonymes (un dictionnaire universitaire) avec des sens voisins :
déserteur, désobéissant, dissident, dur, factieux, frondeur, guérillero, indépendant, indiscipliné, indocile, indompté, infernal, insubordonné, insurgé, irrégulier, maquisard, mauvais esprit, mutin, objecteur de conscience, partisan, rebelle, récalcitrant, réfractaire, résistant, rétif, révolté, sauvage, séditieux, souverain, terrible, têtu, transfuge.
Je n'ai pas trouvé dans cette liste le mot "indigné" tel qu'utilisé par Stéphane Hessel. Aucun de ces mots ne s'applique évidemment à Mélenchon.

Remarquons que l'on parle ici de la France insoumise. La France comme symbole patriotique. On ne parle d'insoumis que comme de membres de LFI a priori, pas au sens d'insoumis à l'ordre (républicain ou militaire). C'est bien la France qui doit être insoumise et fière de l'être, comme disait Mélenchon dans sa déclaration de candidature à la présidentielle perdue en 2017.

Alors, comment militer pour un parti, même un parti étrange et qui se veut plutôt un mouvement, en se déclarant insoumis et en voulant diriger la France, tout en en contestant l'organisation ? C'est un exercice délicat, pour lequel il faut des tribuns (Mélenchon en est un parfait exemple) des activistes, des relais dans les médias et un programme. Comment respecter l'ordre républicain et se battre contre lui tout en l'insultant ? Les militants et autres résistants ont toujours connu ce dilemme, essentiel pour la politique et la morale. Toutes sortes de comportements ont été causés par ce dilemme. On se souvient des vainqueurs, comme toujours. Lire ce livre pour en savoir plus.

Une équation complexe. L'épisode de cette perquisition montre que cet exercice n'est pas maîtrisé par Mélenchon ou ses principaux lieutenants (mot étrange pour un insoumis, non ?). La personnalisation à outrance est décidément un mal bien français, duquel pas grand monde ne sort vainqueur. En tous cas pas Mélenchon, amha. Mais vous avez certainement une opinion sur le sujet...

PS (si j'ose encore dire) : Et pour ceux qui considèrent (avec raison) qu'il vaudrait mieux parler des idées et du fond que des personnes ou des (micro-)événements, je confirme être d'accord. Image à l'appui !

mercredi 10 octobre 2018

Tempête à Erevan pour la Francophonie et cyclone en Amérique

C'est la semaine du Sommet de la Francophonie, comme tous les deux ans à pareille époque. Cela se passe à Erevan, sans Aznavour mais avec ses pensées et ses chansons dans toutes les têtes présentes en Arménie.

L'objet de ce Sommet est multiple :

- la nomination d'une Secrétaire générale pour cette institution intergouvernementale. L'actuelle (haïto-canadienne) a cru jusqu'au bout qu'elle se ferait réélire, malgré les casseroles qui lui sont attachées et le peu d'efficacité de son organisation ; la prochaine (très vraisemblablement), Louise la rwandaise, ayant le soutien de l'Union africaine, de la France, de la plupart des pays et depuis hier soir du Canada et du Québec, malgré la nationalité de l'actuelle patronne du machin francophone. Le Rwanda n'est pas le pays le plus francophone d'Afrique, ni le plus respectueux des libertés, mais Kagamé le dirige et préside l'Union africaine en même temps. Le seul élément de suspense est de savoir si Michaëlle Jean se retirera avant le huis clos final. Tout dépendra comme d'hab du poste qu'on lui proposera et des conditions pratiques de ce poste (salaire, avantages, appartement, piano, voiture, lieu et titre), que des choses essentielles à la paix dans le monde, d'évidence.

- l'adhésion de nouveau pays. Parmi les candidats on notera la Gambie, l'Irlande, Malte et la Louisiane... On ne parle plus de l'Arabie Saoudite pour le moment, on ne sait déjà pas comment gérer le Qatar qui ne paye pas ses cotisations. Vous avez dit la Louisiane ? C'est Trump qui va être content. Le cyclone Michaël (au masculin, à ne pas confondre avec Michelle Jean) approche des côtes de la Floride mais devrait épargner la Louisiane (Comme Louise ?) et les cajuns, tant mieux. L'Irlande ??? Keep calm !!!

- des rencontres bilatérales en tous genres entre chefs d'État, car il y a des échéances importantes à venir, à l'ONU notamment, et une défense collective du multilatéralisme contre les diverses montées de nationalisme et d'unilatéralisme un peu partout.

Macron y arrive ce mercredi soir. Le remaniement gros ou petit est donc suspendu jusqu'à son retour. Grosse fréquentation de pharmacies pour acheter des calmants à destination des ministres, futurs-ex, futurs et candidats. Macron tient un Conseil des ministres comme si de rien n'était avec un ordre du jour banal (juste le financement de la Sécu pour 2019 et autres broutilles). Il a aussi rencontré hier le monde agricole pour leur dire "allez-y, maintenant que la loi est votée". On notera le rythme frénétique des rédactions, comme ici sur le site du Monde, pourtant un modèle du genre d'habitude (je parle de la dernière ligne) : un lapsus ? Une envie de dire merde ? un acte manqué ?...




Sur ces bonnes paroles, je vous laisse. On reparlera de Francophonie après le Sommet ;)

lundi 8 octobre 2018

Hésitations lundinomatitudinales entre climat, Art et gouvernement : vive la poésie d'action

Olala. Je ne blogue plus assez souvent et aujourd'hui, patatras, il y a trois actualités qui se heurtent dans mon cerveau mal réveillé. Que faire, sinon parler des trois ? Sans oublier le lien possible entre elles, voir à la fin (Haha, ça c'est du tease ou je ne m'y connais pas !)

D'abord, le dernier rapport du GIEC, disponible ici en anglais of course, et d'ailleurs on appelle aussi IPCC ce groupe d'experts gouvernementaux mélangeant des scientifiques et des experts mandatés expressément par leurs gouvernements. Le rapport comprend un résumé pour les décideurs (qui n'ont pas que ça à faire, non mais) et pour les paresseux, il y a aussi les articles de la presse qui recopient des dépêches AFP, comme ici ou . J'aime bien le titre de Libé d'ailleurs, car il rappelle que le "réchauffement" climatique est un mot qui ne veut pas dire chaud partout, puisqu'il s'agit d'un changement climatique et d'une exacerbation des extrêmes. Le rapport est pessimiste, comme il se doit. De moins en moins de solutions s'offrent à l'Humanité pour éviter des conséquences catastrophiques. Les experts alertent et les décideurs décideront. Même s'il y a eu consensus international (y compris Chine et USA) sur ce rapport à quelques broutilles près au niveau des experts, il est évident que le consensus politique n'existe pas, ni celui des industriels concernés.

C'est peut-être l'occasion de rappeler que lorsqu'on parle d'environnement ou d'éco-système, il faut inclure l'humain dedans : l'Humanité, nous, vous et moi. Le mot environnement risque en effet d'être trompeur en parlant de "notre" environnement sans nous y inclure, comme si c'était ailleurs, une part de l'Autre, dont évidemment nous ne sommes pas responsables et dans lequel nous essayons juste de vivre ou survivre. Et comme dans toute approche systémique, l'environnement est un ensemble où les relations sont multiples : changer quelque chose a des conséquences sur beaucoup d'autre choses. Alors ? Alors, si l'Homme change de comportement, le reste aussi changera. Non ?

Ensuite, à l'autre extrême de l'axe futilité-importance, il y a la dernière affaire Banksy. Deux publications sur Instagram la résument mais les journaux en font des gorges chaudes. Un et Deux. Cet événement est en fait plusieurs événements : une installation comme beaucoup d'artistes en sont coutumiers, une première mondiale puisque personne ne l'avait encore fait, un canular à la fois dans la réalité et sur Instagram, un immense coup de pub pour l'artiste, pour Sotheby's et, last but not least, une très bonne affaire pour l'acheteur qui vient en quelques secondes de voir multiplié par au moins 10 la valeur de l'oeuvre qu'il venait d'acheter, pourtant une simple reproduction d'un graffiti... L'ambiguïté du marché de l'Art est bien connue, et ceci en est une démonstration. Pourtant Banksy est un artiste qui combat efficacement certaines dérives de notre temps (voir par exemple ici). Le détournement artistique peut-il alors sortir de son environnement (le marché de l'Art) ou est-il automatiquement absorbé par ce monstre aux multiples gueules ? Vous avez 4 heures... Qui a dit détournement ?
Mise à jour le 17 octobre : Banksy a publié une vidéo plus longue (un Director's cut comme on dit) qui montre que le tableau aurait pu (dû) se détruire en entier...

Enfin, c'est la semaine du nouveau gouvernement en France, ce petit pays qui était à la manoeuvre lors de la COP21 à Paris et qui n'a pas pris énormément de mesures depuis. Ce n'est pas un moment crucial de l'Humanité ou en France, sauf peut-être le départ de la ministre de la culture, attendu par tous - et tant pus pour l'Art. On pense que le ministre de l'environnement va rester, sinon ça ferait bien court comme passage, quitte à ce que son portefeuille évolue à la marge. Je ne cie cet événement que pour ce qu'il vaut, comprenez-moi bien. Le vrai événement dont je parlerai ici est le Sommet de la Francophonie avec Macron et d'autres chefs d'État : il s'agira de confirmer l'actuelle secrétaire générale de l'OIF ou de la remplacer, a priori par Louise Mushikiwabo...

Louise, avant

Alors, un lien entre ces trois actualités ?

Non, finalement. Juste le fait que quand on est à l'écoute du monde, on enregistre des faits, divers et sans rapport - et bien au-dessus des faits divers banals - qui nous démontrent le vaste gouffre qui sépare nos vies quotidiennes des hauteurs où vivent les puissants. Et qui nous poussent encore plus à aimer la poésie en chacun de nous comme un remède au mal du monde et un puissant facteur d'action pour le changer, ce monde où nous vivons et que nous préparons pour la suite.

Cette poésie d'action qui est en nous et que nous ne devons laisser à personne : ni aux experts, ni aux artistes, ni aux marchands, ni aux politiques.




lundi 1 octobre 2018

Un p'tit café ?

C'est la journée internationale du café (si, si !)

C'est aussi lundi et le début d'un mois dans les premiers frimas. Alors le p'tit café du matin sur le zinc est particulièrement nécessaire, maintenant qu'on n'y trouve plus d'oeufs durs :

On n'est pas obligé de prendre un croissant avec, m'enfin...

Il y a donc aujourd'hui plein d'articles sur le café, une boisson qui déclenche les passions. Il y a les partisans d'un bon café filtre, les partisans de George Clooney, ceux d'autres marques et les avaleurs de jus de chaussette. Sur toute la chaîne, bio a priori, sans prendre en compte le coût carbone du transport des grains évidemment jusqu'à nos petites tasses. Les amateurs vont en Italie, mais pas seulement :


Comme on peut le voir sur le site officiel de la journée, le thème cette année est "les femmes dans le café", à ne pas confondre avec "le café dans les femmes" pour les buveuses de café et "les femmes dans le bar" qui dépend fortement du quartier où est le bar, entre Pigalle et la place de la Sorbonne. Non, non, il s'agit des femmes de la fève à la tasse (sic), tout au long de la chaine du café, puisqu'il n'y a pas de raison que les femmes ne soient pas aussi bien mal traitées que les hommes. À ce sujet, quelle photo préférez-vous ? Moi je penche pour la 8, l'infini debout du café grand-mère... Ce site est celui de l'ICO, l'International Coffee Organization, le vertueux lobby du café.

Je parle de temps en temps de café, comme ici en 2015, et là aussi, et j'ai même écrit quelques histoires avec, ou pire, moulu sans café ! Même les IgNobel en ont parlé l'année dernière (en dynamique des fluides), mais c'est aujourd'hui le début de la semaine des "vrais" Nobel avec le prix de Médecine et on attend un prix sur les effets du café, indubitablement. Par contre pas de prix de littérature cette année puisque le harcèlement sexuel est venu frapper les jurés du prix plus rapidement que la vérole sur le bas clergé breton et la honte sur les hauts dignitaires de l'église lyonnais.

Vu à Londres, en hommage aux Rolling Stones, évidemment

Pas vu à New-York

Alors, aujourd'hui en particulier, buvez vos cafés avec délectation, sirotez-les, trempez votre langue dedans sans vous brûler, laissez-les glisser entre votre langue et votre palais, laissez-les réchauffer votre gorge enrouée et sentez-les descendre au plus profond de vous. Pendant ce temps, ayez une pensée émue pour vos êtes chers, buveurs de café ou non. La mienne en boit !

Et méditez le principe d'Archicaféde : "Tout café avalé par un corps produit un effet proportionnel à sa densité, pas à son volume".



mardi 25 septembre 2018

Le visage de l'origine du monde ? Je ne veux pas le voir !

Lecture fascinante et dérangeante à la fois

« L’Origine du monde », de Gustave Courbet.


Certains mystères de la vie restent des mystères, d'autres sont résolus, pour le bien ou pour le mal. Pour les mâles en l'occurence. Ce mystère en particulier fait l'objet d'un livre (normal dans notre société où tout se consomme) et je vous laisse découvrir ce qui cloche dans la couverture de ce livre. Je vous rappelle aussi que les algorithmes de Facebook avaient à tort censuré ce tableau avant un rétropédalage gêné. (Censureront-ils tous les articles sur ce sujet, dont celui-ci) ?

Comme tous les amateurs d'art, je connais ce tableau et vous aussi, forcément. Au-delà de son caractère subversif, révolutionnaire et/ou pervers, l'absence de visage est l'un des principaux traits saillants de ce tableau (non, je rigole). En fait, l'absence de visage renforce le côté choquant du tableau et le rend d'autant plus beau. Le mystère de la femme sans-visage est intrinsèquement, consubstantiellement lié à l'attrait de ce tableau.

Savoir avec une quasi certitude qui était ce modèle enlève, je trouve, à la beauté du tableau, car il ne s'agit plus de l'Origine du monde avec un grand O largement ouvert, ni même de la Femme, mais d'une femme en particulier, quelle qu'ait été sa vie et ses relations forcément tumultueuses avec le peintre, le commanditaire et les autres intellos terre à terre de la fin du XIX° siècle.

Je n'ai pas envie de voir ce visage.

Je l'ai aperçu au détour d'un lien mais je l'ai tout de suite oublié et je vous conseille de faire pareil. Le tableau contient toutes les femmes, et pas seulement cette Constance née vers 1830. Constance ? Constance et inconstance de l'Art ? Quel bel oxymore. Pourquoi toujours vouloir mettre des visages sur des images. Au plan scientifique, je comprends puisque les chercheurs sont toujours à l'affût de découvertes recherchées ou survenues par surprise (comme celle-ci). Mais au-delà de la science, l'Art procède d'une autre dimension, à ne pas confondre avec la réalité, puisqu'il la sublime.

Alors, oui le mystère de l'Origine du monde reste entier et ne peut pas être résolu. Ne doit pas être résolu. Au mépris de la réalité de la science !




vendredi 21 septembre 2018

Oublis

Ohlala, je ne sais plus depuis combien de temps je n'ai pas blogué... Il faut dire que c'est aujourd'hui la journée mondiale Alzheimer et que j'ai donc des excuses. En vérifiant, il semblerait que cela soit le 14 septembre, soit donc il y a une semaine exactement. Pfffft. Le temps passe vite...

En ouvrant le journal ce matin j'ai vu deux choses, mais je ne m'en souviens que d'une. Alzheimer a donc sa journée mondiale aujourd'hui, à ne pas oublier. On sait que les traitements curatifs sont encore loin, mais on connait de mieux en mieux des moyens de prévenir la maladie et ses dérivés. Cela implique une activité du cerveau pour lui conserver une agilité minimale. Il y a plusieurs possibilités, et donc des études pour les analyser, comme Silver Santé Study qui se focalise sur les vieux normands divisés en trois groupes : ceux qui ne font rien, ceux qui méditent (ce n'est pas la même chose semble-t-il) et ceux qui apprennent l'anglais.

Quand on vieillit on pense forcément à ce type de maladie et on entend des connaissances en parler. Au-delà de la blague attribuée à Ronald Reagan qui en est mort "ce qu'il y a de bien avec Alzheimer, c'est qu'on rencontre des gens nouveaux tous les jours", la notion de dégénérescence nous interpelle tous. La SF est pleine d'histoires de longévités exceptionnelles, à coups de régénération ou de transhumanisme plus ou moins moral, mais la vraie vie est bien plus dure que l'imagination des auteurs de SF. Il y a une pudeur bienvenue quand on parle de la fin de vie, qu'on sent même dans les livres les plus audacieux sur le sujet, mais dont je ne me souviens (évidemment) plus...

En ouvrant le journal ce matin, pendant que je buvais mon café mutin du matin, je suis tombé sur cet article. "Le mystère de la carotte de Barbès levé" ? Really ? WTF ! Je vous encourage à le lire car c'est très instructif. Ce n'est pas un article pour les lapins où les gens aimables, car cette carotte est en fait l'emblème des bureaux de tabac, bien connu de tous.


Il n'y a pas de bureau de tabac en dessous de la carotte, mais des vendeurs à la sauvette qui roucoulent toute la journée "Marlboro, Marlboro" et peuvent vous vendre tout ce que vous voulez, et pas seulement des cigarettes. Un lieu très connu et archi-surveillé. Les artistes qui ont accroché cette carotte ont voulu marquer le coup par cette "installation", depuis démontée.

L'art est un détournement de la vie et la réciproque est vraie aussi. On se plait à imaginer d'autres enseignes plantées ça et là :
- Une croix de pharmacien au-dessus des lieux de vente de drogues, à Barbès et ailleurs
- Un petit bonhomme vert pour traverser la rue au-dessus d'une agence pôle emploi
- Une sucette pour aider à traverser entre l'église et le cimetière pendant la canicule
- Le logo Amazon au-dessus de chaque boutique en ville
- L'affiche "Big brother is watching you" chaque fois qu'il y a marqué wifi gratuit
- Une colonne de barbier au-dessus des centres des impôts avec le slogan "ici on rase pas gratis"
- une grande affiche "je pollue" obligatoire sur les quatre côtés des véhicules roulants et autres...

J'ai oublié de quoi je voulais vous parler. Ah si ! L'équinoxe c'est dimanche ! La fin officielle de l'été. Mais pas encore la fin de l'heure d'été, ouf. On va pouvoir encore déguster quelques carottes apéritives le soir, tant qu'il y a de la lumière et quelques lueurs d'intelligence en nous. Et on pourra deviser sur les microtaxes qui pourraient être supprimées cette année. Exercice donc pour la prochaine fois : quelles taxes supprimeriez-vous dans l'empilement progressif de textes qui se superposent sans jamais être nettoyés ? On parle par exemple de cette taxe sur les assurances de véhicules étrangers circulant en France et qui ne rapporte presque rien (voir LégiFrance ici) parce qu'on suppose que personne ne la paye en fait. Mais on parle aussi de taxes qui font vivre des métiers ou des collectivités entières et pour lesquelles des guerres peuvent être déclenchées, comme la taxe sur la farine ou celle sur le ski de fond (et quand on skie dans de la poudreuse ?)...

Il faudrait que je blogue, moi, au fait. Ça fait trop longtemps. C'était quand la dernière fois ?




vendredi 14 septembre 2018

IgNobel 2018 : un cru époustoufifiant et à la limite de la censure

Enfin !

C'est vendredi mi-septembre donc le lendemain de la cérémonie des IgNobel. J'en parle ici tous les ans. Ici en 2017 (vous y trouverez aussi les liens pour toutes les années depuis 2012). Pour les anglophones, l'information brute (et non fake) est ici. Quand la Science se moque sérieusement du monde et d'elle-même... Cette année, un peu de Q quand même.

Médecine (USA)
"Comment accélérer le passage des calculs rénaux grâce à des montagnes russes ?"
Un beau sujet en effet, mais qui fait un peu mal quand même au bide (et un peu plus bas) quand on en a eu quelques-uns et qu'on s'imagine à Disneyland en pleine crise. Il faut dire que les montagnes russes d'aujourd'hui ont fait beaucoup de progrès, avec des mouvements de plus en plus vertigineux et des photos souvenir au pire moment. On espère d'ailleurs que la photo n'st pas prise au moment du passage du train de 18h43 du calcul rénal. Cet article, en tous cas, m'a fait pisser de rire.

Il semblerait même que cela dépende de l'endroit où on s'assoit

Anthropologie (Une flopée de pays hétérogènes en Europe et en Indonésie)
"Les chimpanzés imitent les humains aussi souvent et bien que l'inverse"
Une nouvelle rafraîchissante pour l'espèce humaine qui ferait donc aussi bien que les chimpanzés. Après Darwin et quelques millénaires, voici un élément important pour l'avenir de l'Homme. Les observations ont eu lieu dans un zoo et on imagine très bien l'ambiguïté de la situation : qui est de quel côté de la barrière ? Où est le spectateur et le spectaté ? Personnellement, j'aimerais bien voir quelques vidéos...

Biologie (pays variés dont la France, vous verrez pourquoi !)
"Les experts oenologues peuvent identifier par l'odeur la présence d'une seule mouche dans un verre de vin"
L'odeur de la mouche est donc suffisamment forte pour perturber un vin (même une piquette ?). On savait déjà que les oenologues recrachaient le vin après l'avoir goûté et on comprend donc pourquoi. Mais la question important reste celle du devenir de la mouche après l'expérience : a-t-elle été sauvée (aucune mouche n'a été blessée durant l'expérience) ? a-t-elle été dégustée par l'expert ? recrachée ? écrabouillée ? ré-utilisée dans un autre verre (comme on dit chez les mouches, rouge sur blanc et tout fout le camp) ? Ça me rappelle une blague classique avec quatre copains de nationalités différentes qui boivent des bières à une terrasse. Une mouche tombe dans chaque verre. L'allemand regarde et avale tout, le français pousse une gueulante et demande à faire changer sa bière, l'anglais sort délicatement la mouche et boit sa bière, et le japonais sort délicatement la mouche et la mange.
Mais on parle ici de vin, pas de bière, et c'est différent, non ?

Puisque l'image dans le verre est trop violente, les voici sur une myrtille

Chimie (Portugal)
"Mesure du pouvoir nettoyant de la salive humaine sur les surfaces sales"
La Madame elle est sortie, et elle n'a pas acheté les produits qu'il fallait. Alors je crache (sur vos tombes la table). Intéressant comme étude. On espère que beaucoup de surfaces, de taches et de salives ont été testées. Nous ne demanderons pas de quelles surfaces il s'agit, naturellement. Ayons cependant une pensée émue pour les personnes qui ont tout nettoyé après.

Éducation médicale (Japon)
"Auto-coloscopie en position assise, grâce à un instrument de petit diamètre et de souplesse variable"
Il doit y avoir quelques vidéos de ces expériences mais la décence nous interdit ici d'indiquer leurs URL sur YouPorn. La science est souvent impénétrable et la position du scientifique pas toujours agréable et facile à tenir. On aimerait quand même bien lire les conclusions de l'étude et les leçons apprises, car on est là dans un domaine important de la santé publique. On attend d'ailleurs les articles suivants dans d'autres positions et avec d'autres tailles.

Ceci est une répétition

Littérature (Australie, Salvador et Royaume-Uni)
"La plupart des gens qui utilisent des produits complexes ne lisent pas le manuel"
Bon, soyons honnêtes, on s'en doutait et d'ailleurs on fait pareil, n'est-ce pas ? Les manuels sont pleins de fonctionnalités sans intérêt, du genre comment nettoyer l'appareil les jambes en l'air sans tomber. Les geeks utilisent l'expression RTFM mais les informaticiens sont les premiers à ne pas le faire (Read The Fucking Manuel). J'avoue que la littérature moderne me dépasse souvent, surtout quand il s'agit d'un ouvrage traduit en français directement et automatiquement à partir du coréen, avec un sens certain de la poésie absurde.

Nutrition (Zimbabwé, Tanzanie et Royaume-Uni)
"Un régime cannibale apporte moins de calories que la plupart des autres régimes carnés"
Il semble que leur étude se soit focalisée sur le paléolithique et non sur le monde moderne, sans expérience directe donc. Vous remarquerez quand même que les auteurs (colonisés et colons) ont un profil parfait pour cette étude (à ne pas confondre avec la côlonoscopie du dessus). Suite à la cérémonie, on attend un ouvrage d'un obscur faux médecin pour nous recommander un tel régime et une réaction de Brigitte Bardot. Le veau gras, oui, l'homme gras, non !

Paix (Espagne, Colombie)
"Mesure de la fréquence, de la motivation et des effets des injures pendant que l'on conduit une auto"
Il n'y a pas que dans les pays hispanophones, je crois savoir, que certaines injures peuvent circuler dans les rues et sur les routes. C'est le cas de toutes les langues latines, dont le latin. J'espère qu'il y a un glossaire des termes utilisés dans l'article, car cela peut être utile pour les apprenants de cette belle langue, hijo de p...a

Médecine de la reproduction (une palanquée de pays)
"Comment mesurer les érections nocturnes avec des timbres-poste ?"
C'est effectivement une très bonne question que je réalise soudain ne jamais m'être posée. Evidemment, la taille du timbre-poste devient cruciale pour ce type d'expérience, en tous cas le rapport entre les tailles du collé-collant. Reste à savoir si c'est de la salive (nettoyante, voir plus haut) qui a servi pendant l'expérience à coller le timbre, ou si c'est un autre liquide, d'origine portugaise ou non.


Économie (Canada, Chine, Singapour, USA)
"L'usage de poupées vaudous est-il efficace contre un mauvais patron ?"
Il semble que non, sauf en ce qui concerne l'effet psychologique sur celui ou celle qui tient l'aiguille, qui lui serait bien réel. Désolé. Vous notez cependant que les scientifiques concernés ne viennent pas directement de pays où l'on pratique le vaudou depuis des siècles. Vous noterez aussi que cet article a été publié dans une revue sur le leadership... No comment. Zut, où j'ai fourré cette mèche de cheveux ? Après tout, l'expérimentation est à la base de la science, non ?


À suivre l'année prochaine ;)

vendredi 31 août 2018

Heure d'hiver, so far away, so long ago ?

Aaaaaaaaaargh !

Serait-ce la fin annoncée de l'heure d'hiver ? En tous cas l'Union européenne semble vouloir aller dans ce sens après plus de 40 ans (merci Giscard) d'heure décalée en été à la grande époque de la crise du pétrole et d'une vision régalienne de la France et de l'Europe qui devait tout régenter même la couleur de notre papier toilette l'heure à laquelle nous allons boire l'apéro. Suite à une décision du Parlement européen et à un sondage massivement en faveur de l'heure unique, la décision pourrait être prise rapidement. Décision rapide ne veut pas dire application rapide (dès cette année). Ne rêvons pas, ce genre de décision met plusieurs années avant d'être appliquée. Pour quand alors ? Mystère...


Lorsque l'heure d'été a été créée en 1976 (après un essai infructueux au début du XX° siècle et quelques avatars plus anciens) elle avait plein de justifications officielles, voir Wikipédia of course. En plus elle visait à corriger un peu les méridiens en Europe, au lieu d'un alignement à l'est (sur l'Allemagne). La France, en particulier couvre en longitude 12° soit un peu plus que trois quarts d'heure entre l'Alsace et la Bretagne, largement de quoi créer de grosses différences, quand les jours sont très courts ou très longs.


Beaucoup de citoyens préfèrent l'heure d'été, puisqu'elle nous offre des soirées longues en été pour boire l'apéro et manger des tapas. Cela fait longtemps que les agriculteurs sont habitués à être décalés des horaires civils puisque la Nature n'a pas d'horaire, surtout dans les poulaillers industriels où la lumière électrique remplace le soleil à heures fixes. Les premiers sondages indiquaient que la préférence allait à une heure unique, sans changement d'heure qui perturbe les poules, les gamins, les vieux, les paysans, les cheminots et les râleurs. Le fait que l'Europe choisie l'heure d'été en dit long aussi sur notre société. Il s'agit de supprimer l'exception de l'été en mettant toute l'Europe en été. L'exception deviendrait la règle ? Hum. Les pays à l'Est ne seront pas contents, ce qui est naturel, et comme ils sont un peu plus réac en ce moment (ceci est un euphémisme pour anti-europe), cette décision risque de ne pas être appliquée.

Mais poursuivons le débat un peu plus loin. Pourquoi ne pas proposer d'autres scénarios ?

- Toute l'Europe à l'heure d'hiver et même pourquoi pas à celle de Moscou. Histoire de montrer à tous qu'on n'est pas là pour rigoler.
- Tout le monde à la même heure dans le monde (USA ou Chine par exemple). Après tout Paris est la ville lumière et on pourrait travailler la nuit.
- Tout le monde à l'heure solaire avec un libre choix zone par zone : la Bretagne en avance, l'Alsace en retard et la Corse à l'heure de la sieste ?
- Le remplacement de l'heure par des horloges floues comme celle-ci ou même pas d'horloge du tout comme ça on ne sera jamais en retard
- La généralisation de l'heure Internet.


En tous cas, si cette réforme se met en place un jour, on pourra tous lever notre verre au moment du coucher du soleil, en mémoire de cette heure d'hiver glaciale qui aura perturbé tant de gens et tant de moutons (qu'on ne compte plus avant de dormir, tellement il y en a).


mercredi 29 août 2018

Hulot en vacances

En attendant Godot le remplaçant de Hulot, si on revenait un peu sur la démission de Nicolas Hulot du gouvernement ?

Si vous ne l'avez pas entendu sur France Inter (en direct ou en podcast), voici le verbatim de l'annonce de sa démission. À lire/écouter avec attention pour bien comprendre que toute tentative de récupération politique ou industrielle est vaine, de la part du gouvernement, de toutes les oppositions et même des écolos "officiels". Cela n'a pas empêché depuis lundi tout un tas de responsables politiques et de médias de récupérer, mais on est habitués maintenant à leur attitude insouciante. Chacun en prend pour son grade, un exemple ici dans Les Échos.

Ce qu'il dénonce, une fois de plus, est le peu d'importance pour les responsables de notre société de l'écologie et du long terme : écologie évidemment, au sens complet du concept, et long terme, c'est-à-dire au-delà de la durée des mandats électifs et des durées de vie des responsables. Il le dénonce non seulement chez les responsables politiques, mais aussi dans les autres compartiments de la société, industriels, syndicats, financiers, militants écolos ou anti, et particuliers. Une forme ancienne de protestation qui n'a pas réussi à trouver d'expression efficace, suivie d'actions, dans ce domaine.

Au-delà de sa personnalité et de son aura, sans parler vraiment de son statut de star, Hulot est l'un des rares représentants visibles de cette écologie théoriquement désirée par beaucoup et pratiquement prioritaire pour très peu de gens. À cette heure on ne sait pas comment il sera remplacé (un ou plusieurs ministres) et quelles seront les inflexions de la politique du gouvernement dans les principaux dossiers en cours. Dans son discours aux ambassadeurs, lundi soir (avant la démission surprise), Macron avait parlé (un peu) de l'accord de Paris sur le climat. Je note cette phrase : "Cette diplomatie environnementale est majeure pour répondre à ce grand bouleversement du monde. Elle est majeure parce qu’elle caractérise l’engagement français et européen en la matière, parce qu’elle permet de nouer de nouvelles alliances, en particulier avec la Chine et plusieurs autres puissances, et donc construire, là aussi, nouvelle forme de coopération internationale, et parce qu’elle permet très profondément de répondre à nos intérêts, sur le court, moyen et long terme."Hum... On verra à la COP 24, en décembre en Pologne, non ?

Les fans de SF savent bien que le thème de l'écologie est un grand classique. Nombre de romans, de nouvelles, de séries et de films ont pour cadre des catastrophes écologiques crées par l'homme. Dune, Le monde vert, Le troupeau aveugle, la trilogie Mars sur sa terraformation... Soleil vert, Avatar, Wall-E, Princesse Mononoké, Le jour d'après, Interstellar, Mad Max... Il y a pourtant une différence entre réalité et fiction, même si la science est dans les deux. Nous ne vivons pas dans un film mais dans une réalité qui est là, que nous pouvons ou pas influencer. Ou pas ? On peut toujours influencer la réalité, même un peu, sans aller jusqu'au battement des ailes d'un papillon qui peut déclencher un ouragan. Reste à en avoir la volonté. Et à tenir compte du temps et de toutes ses dimensions : le temps immédiat, celui de nos instants successifs, le temps long à notre échelle, celui de notre vie, le temps long pour l'Homme, le temps à l'échelle géoclimatique...

La démission de Hulot n'est qu'un micro-événement, pas surprenant car attendu, même si le moment choisi a surpris tout le monde. Mais s'il peut nous faire réfléchir un peu sur l'environnement, tant mieux. Au-delà des affaires de petites et grandes personnes.


jeudi 23 août 2018

Rentrez ou sortez...

C'est bientôt la rentrée mais pas encore tout-à-fait. Parlons un peu de Paris.

Il y a celles et ceux qui sont encore en vacances ou déjà repartis, histoire de ne pas être là au moment où les foules parisiennes se presseront, l'air gauche, dans les transports en commun, qui n'ont rien d'amoureux ou d'une communauté. Ne devrait-on pas plutôt parler, d'ailleurs, de compressions de masse, à la César ? Ceux qui ne sont pas à Paris ratent pourtant le faible rythme de la ville, les troupeaux de touristes suivant leurs guides panurgesquse, maintenant heureusement de plus en plus équipés de casques micro, et leurs moutons dotés d'oreillettes, ce qui est bien pour la tranquillité des lieux, notamment quand plusieurs groupes se bousculent dans le même endroit, au son de leurs criées comme sur le port de Marseille à l'époque de M. Brun. Mais je m'égare (de Lyon) on est à Paris, restons-y.

Il y a ceux qui ne sont pas partis, faute souvent de moyens. J'ai retrouvé mes sdf habituels, à peine déplacés de quelques mètres et dont les affaires n'ont pas été brillantes pendant l'été, faute de clients parlant français. Il y a aussi ceux qui sont faussement partis, par exemple dans les cafés où souvent des équipes de remplacement ont pris la place des permanents. A l'époque des bougnats, c'était ainsi l'échange entre un cafetier parisien allant en Auvergne remplacer le bougnat qui venait le remplacer à Paris. Une sorte échange de cafés pendant les vacances et de vacances loin/près de chez soi. Aujourd'hui, on voit de jeunes serveurs intermittents ne connaissant pas bien leur métier, et encore moins les prix des consommations, obligés de demander aux clients "réguliers" le bon prix.

Il y a ceux qui sont fraîchement rentrés, encore tous décalés : une tenue pas vraiment parisienne, surtout dans les souliers, avec peu de cravates et même presque des vestes de couleur, un bronzage évident et des tatouages frais comme la nuit. Surtout, on les reconnait à leur regard vague, encore émerveillé par les beautés de la ville et en même temps résignés comme des zombies allant de bon matin au point de sang s'abreuver du regard des autres. À leur démarche également, légèrement zigzagante, frétillante même (comme dans Pretty Woman pour les dames, stop wriggling, ou chaloupée chez les hommes). Les codes vestimentaires évoluent en été et c'est aux marges qu'on voit des dommages collatéraux - au début et à la fin des vacances - avec des chocs vestimentaires pas du meilleur goût. Mais enfin ! cessez ce va-et-vient !

Il y a la rentrée politique à venir. Premier conseil des ministres pour chauffer les troupes hier, premières universités d'été ou équivalentes mobilisations, souvent en ordre dispersé, puisque ce qui caractérise cette rentrée c'est l'absence de combats communs. Macron a sa stratégie, qu'on espère aller vers de la gauche, du social et du fraternel, mais il la déroule avec tellement de vitesse que cela ne laisse pas à ses (nombreux) opposants le temps de respirer entre deux combats. Les affaires de cet été n'ont servi qu'à remplir les colonnes des médias dans une époque post coïtale coupe du monde de foot largement inintéressante. Les médias annoncent une rentrée difficile pour l'exécutif. À voir ! Les arbitrages budgétaires seront connus très vite, puisqu'en août ce sont les cabinets ministériels et les hauts fonctionnaires qui bossent sur le budget. L'ordre des annonces sera crucial puisque c'est lui qui créera la bonne (ou la mauvaise) atmosphère en attendant la prochaine échéance électorale au printemps 2019 pour les européennes.

À Paris, ça sent de plus en plus mauvais pour Anne Hidalgo, même si les municipales ne sont que dans 18 mois. Sauf si elle arrive à diviser encore un peu plus ses nombreuses oppositions, il y a peu de chances pour elle de se faire réélire. Macron ne l'aime pas, c'est évident, et l'affaire de la grande roue et du marché de Noël délocalisés de la Concorde (gérée par la Ville) à quelques mètres aux Tuileries (gérées par le Ministère de la Culture) en est un exemple criant, même si personne ne se fait d'illusions sur la crédibilité de M. Campion. Il faut dire que comme chaque été, Paris est plein de travaux un peu partout et qu'il faut zigzaguer entre les barricades barrières. Sans Vélib, sans Autolib, avec un RERlib en travaux... Heureusement il y a Trotinnettelib !

Et enfin, il y a la rentrée scolaire à venir. À partir du 3 septembre. La vraie date de la rentrée et du rush parisien. Angoisses chez certains bacheliers inscrits sur Parcoursup et qui devront attendre les deux derniers jours pour savoir où ils vont aller. Le système veut en effet que l'on puisse retenir ses voeux jusqu'au dernier moment, un peu comme une vente aux enchères à la chandelle, où c'est celui qui se retient le plus longtemps qui gagne. Un effet pervers bien connu et qui sera peut-être corrigé l'année prochaine, mais qui risque cette année de planter la plateforme dans les dernières heures le 5 septembre à cause d'une affluence record, largement prévisible. Pour les autres scolaires, ce sera une rentrée calme avec de belles images à la télé et pleins de stories sur Instagram.

Bon, je vous quitte, je dois aller fair les courses de rentrée avec mon terminaleux, justement. Au moins, il y en a qui ont mis l'été à profit pour grandir d'une ou deux tailles. Damn !!!


lundi 16 juillet 2018

Et une, et deux... et trois étoiles ?

Difficile de chanter "Et, un, et deux, et trois zéro" ce coup-ci. Quatre-deux ça ne sonne pas bien mais on s'en fout ;) La France a gagné la Coupe de monde de foot comme il y a vingt ans. Les vieux comme moi s'en souviennent. C'était un autre monde, sans réseaux sociaux et où la société était plus fermée : les femmes des joueurs étaient mal perçues, le fameux black-blanc-beur de l'époque était politique alors que la France d'aujourd'hui ne choque que les frontistes mal embouchés de l'absence de renommée, l'insécurité était plus diffuse et la droite était au pouvoir (ah bon, c'est pareil aujourd'hui ? En même temps...)

On espère donc pouvoir chanter l'air du titre dans 4 ans avec cette jeune génération, ou même dans 8 ans puisque le climat du Qatar n'est pas favorable au foot (à pas grand-chose d'ailleurs). En attendant, il faut aller racheter des maillots bleus avec deux étoiles ou savoir en coudre une autre. Pas simple... Et ranger ses drapeaux français jusqu'à la prochaine occasion. La coupe d'Europe dans deux ans ?

Au-delà du bordel dans les rues de France et même dans les endroits les plus improbables, on a le droit de laisser éclater sa joie (je vous y autorise). La liesse populaire est trop rare pour être boudée, quelles que soient les raisons de cette liesse. Le sport et notamment le foot arrivent à ce niveau et tant pis pour ceux qui préfèreraient des liesses populaires plus politiques ou plus sociales. L'époque individualiste et communautarisme ne s'y prête pas beaucoup et les grands organisateurs de manifs n'arrivent à rassembler que peu de personnes en général. Ça pourrait venir, mais ce n'est pas avec les mégalos genre Mélenchon que ça risque de motiver les foules (mon correcteur orthographique persiste à vouloir remplacer par métallo, on voit bien qu'il ne connaît pas Mélenchon !). Ce qui est bien avec ce sport, c'est qu'il rassemble des gens toujours très variés, même pendant peu de temps, pas seulement des jeunes, des amateurs de foot ou des hommes, mais toutes sortes de variantes d'êtres humains, des plus cons aux meilleurs en passant par ceux que les médias appellent les anonymes, puisque le mot peuple leur écorche la bouche. Difficile pour les élites de vivre l'instant présent sans se projeter dans un avenir forcément gris, puisque on a forcément l'esprit critique.

La RATP s'est amusée à changer (temporairement) le nom de certaines stations, comme ils le font de temps en temps (vous vous souvenez du métro Apéro ?)



Et les détournements sur l'Internet sont nombreux... Merci au Gorafi en tous cas


Alors, comme à chaque grand événement, je vous ai préparé une page avec les Unes françaises de la presse, puis internationales. Cette page se complètera au fur et à mesure où les Amériques se réveilleront, pour le moment il n'y a que 210 Unes, mais la page est déjà lourde, je vous aurai prévenus... On y note quelques slogans savoureux et de surprenantes photos. Un témoignage pour la prochaine fois, en espérant ne pas attendre 20 ans la troisième estrella. Quelques exemples ici