Entretemps, allez faire un tour ici pour les Unes de la presse depuis le 1er décembre, et en particulier ce matin du 11 décembre sur les réactions des journaux au discours. Le moins qu'on puisse dire est qu'elles sont très variées et couvrent tout le spectre des possibles, selon vos opinions et le crédit que vous attachez ou non à certains titres, sans forcément prendre la peine de croiser les sources d'information, n'est-ce pas ? À cette heure, les analyses des décodeurs de l'info sont encore attendues. J'en noterais juste une sur le SMIC et les mauvaises interprétations des annonces d'hier, courantes sur les plateaux télé hier soir, un effet prévisible de ceux qui n'entendent que ce qu'ils veulent bien écouter.
Sur le ton, la forme et le fond, donc, comme hier. Discours ici. Vous remarquez cependant que le Président a choisi le format "Adresse à la Nation", et non un simple discours. Ce format n'arrive pas souvent en France et seulement lors d'événements graves. La Nation, le peuple, l'Etat, le pays... des notions différentes. La Nation peut être comprise comme la somme du Peuple et de l'État organisé. Une adresse à la Nation concerne donc l'État organisé qui doit agir et le Peuple, bien au delà de la phrase "Frnçaises et français".
Sur le ton, tous ont noté un vrai changement de ton. Artificiel ou pas, calculé ou pas, suffisant ou pas, la rupture de ton était évidente. En totalité sur le discours et entre ses deux parties principales, de l'empathie aux annonces. Macron n'est certainement pas quelqu'un qui avoue facilement ses erreurs, mais là il est allé plus loin que prévu et dans des termes clairs et parlants. Un ton présidentiel particulier, presque le même qu'à certains moments de sa campagne. Même pour les annonces, il a annoncé des choses précises et des mouvements encore flous et à préciser. Mais il a utilisé des mots forts pour lui, et même une anaphore sur le "pour vous" (pour nous autres). Est-ce que ce ton vous incite à lui faire confiance pour sortir de cette crise ? A vous de le dire. Moi, je pense que le ton des autres est absolument pathétique et pas mieux : Mélenchon est ridicule et comme convenu dans sa robe de prêcheur laïc outragé qui a peur d'un mouvement populaire non contrôlé par lui ou par LFI ; Le Pen qui se régalait de ce bon pourcentage d'électeurs du FN/RN dans les gilets jaunes rejoint "Je suis la République" sur une demande de démission ; Les Républicains se divisent toujours plus entre les partisans d'un Macron de droite douce et ceux qui sont attirés par l'extrême ; La gauche n'est même plus divisée mais émiettée et les écolos ne parlent pas. Aucun ton ne prête à confiance. Alors le ton de Macron ? Respect ?
Macron devant son piano son bureau
Sur la forme,
Après une rapide partie sur les violences (normal) Macron a joué sur le pathos et le quotidien, puis il a enchainé les annonces et les orientations à creuser. Treize minutes, ce n'est pas long. Il a donc enchaîné des annonces avec peu de mots, que le gouvernement et ses soutiens vont détailler dans les jours à venir, avec on espère une cohérence qui n'est pas apparue en pleine lumière ces derniers temps, chacun y allant de sa petite musique. La forme du discours propose en fait un éclairage sur la suite : il s'agit d'un programme résumé de la partie suivante du quinquennat, ce contrat social ET économique (le ET est important). La recherche, à ce titre, de corps intermédiaires (les maires principalement) et l'appel à des représentations "directes" de citoyens sont des signes d'une forme différente de pouvoir, sans aller pour le moment aussi loin que certaines revendications sur la démocratie participative. J'ai entendu des réactions sur cette forme de discours, notamment sur sa brièveté. C'est plutôt un bon signe, comme disent les communicants, car cela crée une attente, une frustration pour en savoir plus, comme celui qui attend la balle pour la renvoyer, dans un match plus long, en ne sachant pas qui va gagner le point. Je ne résiste pas au plaisir de vous remontrer, alors, cette photo qui date de 2016 à Nantes à l'époque de Hollande... et non des gilets jaunes !
Sur le fond,
Aaaaaah, beaucoup d'annonces du très particulier au très général. Un marché dans lequel chacun trouvera ou non ce qui le concerne personnellement. Des annonces sur le très court terme (comme les primes de Noël ou les heures supplémentaires défiscalisées, ainsi que sur la prime d'activité t la CSG sur les retraites), d'autres à moyen terme puisqu'il faut bien les organiser à partir du puzzle des revendications évidemment contradictoires de ces dernières semaines. On notera quand même, à quelques mois des élections européennes, une indépendance plus forte de la France par rapport à l'Union européenne. Quelques exemples : un déficit plus important pour financer les mesures sociales annoncées, donc une protestation à venir de l'UE, symbolique comme en Italie ; une attaque contre les GAFA qui sera spécifique à la France si l'UE n'agit pas pour leur faire payer des impôts ; une tentative de domicilier fiscalement les dirigeants d'entreprises en France (ah bon, il y en a qui logent ailleurs ?) malgré le droit communautaire européen qui accepte certains paradis fiscaux comme le Luxembourg, la Belgique ou l'Irlande sans parler des tout petit États.
En tous cas des annonces qui ne satisferont évidemment pas tout le monde. Certains oui. Parmi ces derniers, combien continueront à manifester "par solidarité" et combien arrêteront le mouvement pour laisser la place aux irréductibles gaulois habituels, violents ou pas d'ailleurs ? L'acte V aura évidemment lieu et même l'acte VI vraisemblablement. Et tant pis pour les commerçants et tant mieux pour Amazon, qui ne paye pas ses impôts ici.
Perdre la face n'est jamais bon dans un combat, à court et long terme. Ni pour le gagnant ni pour le perdant ni pour les autres acteurs. Macron a fait plusieurs gestes hier. Les fêtes de Noël suffiront-elles à calmer la situation et à lancer le débat démocratique pour déboucher sur une situation nouvelle et apaisée ? Je ne suis pas devin et de toutes façons mon opinion comme la vôtre (désolé) ne pèsent pas lourd dans ces mouvements de foule. Il y a déjà suffisamment de grandes gueules comme ça.
Cela ne m'empêche pas de donner mon opinion et cela ne devrait pas vous empêcher de donner la vôtre aussi :)
PS : 23 millions de téléspectateurs... Mieux que la finale de foot en 1998 ! Wow. Une petite mesure pour une grosse attente...
PPS : Mais qui sont les gilets jaunes ?
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