dimanche 4 décembre 2016

Du temps de cerveau pour... Une histoire de délaissé

Le jour où tout a basculé pour Uto aurait pourtant dû être un jour heureux, le jour du mariage de son grand frère avec l'aînée d'une belle famille qui allait devenir sa belle famille et sa famille belle.

Une famille idéale pour eux, évidemment. Quatre enfants comme eux, deux filles et deux garçons comme eux. Il pouvait arriver très rarement que des familles non parfaitement idéales s'unissent, mais c'était une chose dont on ne parlait pas. Et jamais ses parents ne l'auraient permis, eux qui étaient si conventionnels. Le mariage de son grand frère n'avait pas vraiment surpris Uto. Il avait bien vu, malgré ses 10 ans tout juste, que son frère était très différent depuis peu, et que ses parents voyaient beaucoup les Zite ces derniers temps. Uto ne les connaissait pas, lui.

Uto venait d'avoir dix ans et il était donc légalement possible d'organiser un mariage, comme dans toutes les familles du Monde. Il était le plus jeune de sa famille et il s'etait bien douté qu'un mariage allait bientôt se produire dans sa famille, puisqu'aucun mariage ne pouvait se produire tant que le petit dernier n'avait pas atteint l'âge légal. Son grand frère et sa grande sœur étaient tous les deux très actifs et semblaient très impatients. Uto aurait juré que sa grande sœur serait la première à choisir, mais il s'était trompė. C'était son frère qui avait trouvé le premier une famille idéale, vite adoubée par tous les parents. Uto avait secrètement espéré que cela serait sa sœur qui choisirait, parce qu'alors il aurait, lui, le choix. Mais finalement, ce n'était pas plus mal comme ça.

Uto avait du mal à comprendre les filles de toutes façons et n'avait jamais vraiment essayé. Il savait depuis tout petit qu'il n'aurait pas son mot à dire. C'était ça d'être le petit dernier. Il avait entendu des légendes à l'école sur des familles où c'était le dernier né qui avait choisi son épouse et sa belle famille, mais il n'y avait pas cru. C'était le boulot des grands, avait-il pensé et il était retourné jouer aux billes.

Le mariage était prévu à 15 heures et un quart d'heure avant ils étaient tous réunis dans la grande salle des cérémonies. Les deux familles au complet, quatre parents et huit enfants. On allait bientôt célébrer le mariage de son grand frère, puis viendrait celui de sa sœur avec le grand frère de la mariée, puis celui de sa petite sœur avec le petit frère de l'autre famille, et enfin le sien. Dans quelques minutes, il allait se marier avec une fille de son âge, presque inconnue et vaguement vue à l'école. Uto était plutôt excité. Il allait fonder lui aussi une famille et toutes les familles seraient ainsi unies au sein d'une super famille. Il avait hâte.

Depuis l'aube du Monde, c'était la tradition. Lorsque un mariage avait lieu entre un homme et une femme, tous les frères et sœurs des deux mariés se mariaient ensemble. Les mariages étaient rares, car il fallait non seulement des couples amoureux mais aussi des familles idéalement couplées, avec autant d'enfants de chaque côté. Un vrai casse-tête. Mais c'était comme ça, et ils avaient mis au point des techniques pour faciliter les contacts entre familles idéales en les regroupant par quartiers. Le seul problème était qu'on devait changer de quartier à chaque naissance, mais c'était un problème mineur si on y réfléchissait bien.

A 15h son frère se maria et ses parents pleurèrent beaucoup. A 15h20 sa sœur se maria et ses parents pleurèrent beaucoup. A 15h40 sa petite sœur se maria et ses parents pleurèrent beaucoup. A 15h55, tandis qu'elle approchait de l'estrade, sa promise s'écroula d'un coup. Tout s'arrêta. Les parents de sa promise se précipitèrent vers elle mais elle était déjà morte. Ils pleurèrent beaucoup. Les parents d'Uto ne pleurèrent pas. Ils se regardèrent d'un air effaré. Puis ils avancèrent vers lui, lui prirent des mains les ornements du mariage et le poussèrent dehors.

Uto se retrouva dehors. Seul. Il avait beau savoir ce qui venait de se passer, il ne pouvait le réaliser. En une seconde, il était passé du statut de garçon marié, membre d'une super famille belle et heureuse, à celui de délaissé. Un être non apparié, qui ne pourrait jamais se marier, sans famille, sans espoir. Et il n'avait que dix ans...

On lui avait chuchoté à l'oreille des histoires horribles sur les délaissés. Ils erraient sans but dans le monde et dès que les gens se rendaient compte de leur statut, ils se détournaient d'eux. On leur réservait les emplois les plus ingrats et on souhaitait qu'ils disparaissent comme des parias de la face du Monde. Tous les délaissés ne l'étaient pas pour les mêmes raisons. Certaines familles choisissaient en effet de se marier à d'autres familles non idéalement couplées. Les enfants surnuméraires étaient alors simplement abandonnés. C'était le cas aussi des orphelins. Mais dans les bonnes familles, conservatrices, le cas d'Uto était rarissime. Unique, en fait.

Uto fut pris en main dès sa sortie par un policier qui l'emmena à l'école spéciale pour délaissés. Elle était loin, à l'écart. Uto y passa quinze ans. Il y fit des études brillantes et eut de nombreuses aventures avec des délaissées qui n'avait pas plus d'espoir que lui. Il devint président du Monde à l'âge précoce de 35 ans. Il vécut très heureux avec une délaissée qu'il avait rencontré en dernière année d'Université. Il fut un président charismatique et encore célébré aujourd'hui pour sa vision et ses réformes. Comme sa réforme du mariage qu'il réussit à faire passer sur ses vieux jours, permettant au délaissés de se marier entre eux et de fonder une famille. Il épousa sa délaissée le jour même où cette réforme fut votée, à 62 ans. 

Et dire qu'Uto n'aurait pu être qu'un membre heureux d'une belle super famille belle...


samedi 3 décembre 2016

A bout d'habits de président

Francois était donc à Abou Dhabi. Pour trois raisons. 

Premièrement, pour parler et représenter la France à un Sommet international consacré à la protection du patrimoine en péril, avec une quarantaine d'autres États, l'UNESCO et l' ONU. Un Sommet censé aider à la protection d'œuvre sur en cas de conflit ou de crise quelle qu'en soit la nature. On pense tous aux destructions de lieux emblématiques par Daech, les talibans ou Al Qaïda à Tombouctou parmi d'autres obscénités artistiques. Pas facile de mettre d'accord des pays spoliateurs et spoliés depuis des siècles pour tout un tas de bonnes raisons. "Je te vole ton patrimoine parce que moi au moins je saurai le protéger" est un argument vieux comme les guerres de conquête et les colonies. L'Egypte par exemple à marqué son scepticisme sur le retour des œuvres mis en sécurité, une fois le calme revenu. Il faut dire qu'en Égypte le business du patrimoine est florissant à tous niveaux de l'Etat. Cette conférence à accouché d'un fonds international de 100 millions de dollars dont seulement 30 sont pourvus aujourd'hui... Par la France. Pour comprendre pourquoi la France de la culture s'est fourvoyée dans cette aventure, il faut tourner les yeux vers l'IMA et l'ineffable Djack Langue qui a sur vendu le projet. 



Deuxièmement, Francois allait là-bas pour inaugurer avant l'heure le Louvre d'Abou Dhabi prévu pour 2017. Un Louvre somptueux, arabisé dans le cadre d'un partenariat public-privé juteux pour certaines entreprises. Le premier "universel" dans le monde arabe comme dit Djack. D'ailleurs ça me fait penser à quelque chose. Où donner le nom de Francois (après sa mort) ? De Gaulle a eu plusieurs mieux, Pompidou son musée d'art moderne, Mitterrand sa très grande bibliothèque, Chirac aura (bientôt ?) son musée Branly. Giscard résiste à la mort mais vise le Musée d'Orsay. Sarkozy n'a rien construit mais pourrait prétendre à une famille de nains de jardin ou à une statue de lui arrivant au genou d'Ibrahimovic. Et Hollande ? Le Louvre Hollande d'Abou Dhabi ? Pourquoi pas ? Ou alors un sens giratoire qu'on prendrait exceptionnellement et uniquement par la gauche ?

Troisièmement, Francois est parti rapidement après sa renonciation goûter à cette traversée du désert (en 4x4 climatisé et pollueur) histoire d'emmerder Valls qui ne peut démissionner et se présenter quand le Président n'est pas là. Histoire de voir avec délectation les ronds dans l'eau que sa candidature à créés comme un pavé dans la mare. Une vraie œuvre d'art de communication politique. 

Un Sommet artistique donc, dans les trois cas. À préserver contre tous les périls primaires. 

vendredi 2 décembre 2016

Fin

Rassurez-vous, ce  n'est pas la fin de ce blog. Pas encore. On en connait maintenant à peu près la date de fin, le deuxième tour de la présidentielle ayant lieu le 7 mai 2017, ce blog finira lors de la passation de pouvoir vers le 11 mai normalement entre François et ??? (un autre François, une Marine, Un (Em)Manuel ?)... En tous cas il se transformera en autre chose, que je vous laisse le plaisir de découvrir en temps et en heure.

François a donc annoncé et énoncé clairement hier son renoncement, sans le surnoncer. Il ne sera pas le prochain président, c'est certain. Le doute, le suspense, l'attente ou le désir comme vous voulez ont donc prix fin hier vers 20h15 alors que j'étais en plein vidage de cartons.



Il faut la regarder, cette vidéo, pour en mesurer à la fois le contrôle précis du langage et de sa scénarisation, et l'émotion sentie dans la voix, la gorge, le ton et les gestes de François. Cela commence par un long bilan de tout ce qui a été positif, en y insérant l'acceptation de retards (chômage) et le regret sur la déchéance de nationalité qui a plus divisé que rassemblé. Cela continue par une critique des l'autre camp, la droite et l'extrême droite, ainsi que du protectionnisme à la Trump. Puis l'annonce, avec un grand A (et tant pis pour le calendrier de l'Avent dont je parlais hier). Et enfin un double appel : aux français d'une part pour rappeler qu'il sera jusqu'à Mai le président de tous, dans son unique rôle, et d'autre part à la gauche "progressiste" pour se rassembler.

Les réactions sont évidemment nombreuses, puisque cette annonce a pris par surprise les médias et les politiques. On attend maintenant les annonces de candidatures à la présidentielle et à la primaire (Macron, Pinel, Mélenchon d'une part, Montebourg d'autre part). Comme d'habitude à chaque événement important (voir la colonne de droite en bas), je vous ai concocté une petite collection de Unes de la presse ce matin (française et internationale). Quelques-unes de ces Unes sont à la fin de ce billet. J'aime bien la dernière qui presque une page de pub pour mon blog ;)

Alors, oui, c'était la meilleure décision possible pour lui et pour la gauche. Ce n'est pas pour cela que la gauche a plus de chances de gagner la présidentielles ni même d'avoir un nombre suffisant de députés ensuite, mais c'est un acte positif en ce sens.

Sauf que la gauche doit maintenant choisir, car les pôles de la vie politique française se dessinent mieux :
- A l'extrême droite, les dés sont lancés avec Marine, puis sa nièce ensuite puis leurs enfants et petits enfants, une vraie dynastie de sang (français).
- A droite, une droite assumée et dure avec Fillon, même s'il mettra de l'eau dans son vin de messe.
- A l'extrême gauche, toujours la même histoire avec des batailles entre micro-partis historiques en désaccord depuis des lustres, mais c'est pour l'anecdote et ils ne comptent pas plus que les écolos qui se rallieront à qui de droit.
- A la gauche de la gauche, une bataille entre Mélenchon (et sa grosse voix) et les frondeurs (j'ai failli écrire frontistes, honte à moi) pour représenter une ligne ancienne de la gauche historique

Il reste donc la droite de la gauche ou la gauche de la droite, à ne pas confondre avec le centre, ce marais de la politique française dans lequel tant d'aventures se sont terminées. Sur ce créneau il y a plusieurs candidats possibles : Bayrou, Macron, Valls au moins. Chacun y va de ses subtilités dans plusieurs registres, mais au fond, il s'agit de la même famille. Valls cherche à se raccrocher au PS mais il a lui-même dit que la fracture était irréconciliable ; Macron a déjà sauté dans le marais et Bayrou essaye toujours de sortir de la glu.

Dans un système non binaire, on aurait donc quatre grandes tendances : une extrême droite avec toutes ses tares, une droite dure, un centre responsable et une gauche très à gauche. Mais on n'en est pas là. Valls aura une position délicate à tenir, car il devra rassembler sa famille décomposée. Heureusement Macron servira de repoussoir. Et notre système binaire n'est pas adapté à ce type de combat.

Le paysage politique français a changé brutalement hier, en 10 minutes d'allocution.



jeudi 1 décembre 2016

Il y a carton et carton

Jeudi, début du mois de décembre. 

Les calendriers de l'Avent peuvent être entamés enfin et il y en a de toutes sortes maintenan y compris pour adultes  On notera cette année le calendrier des malfrats européens les plus recherchés (un par pays et la France est le 10 décembre, date anticipée de l'annonce à Marie de Francois pour sa candidature). Une drôle d'idée, pas très catho. On notera aussi les maintenant traditionnels calendriers Lego ou Playmobil puisqu'il n'y a pas de raison de ne pas faire d'affaires en ce mois du consumérisme sublimé. Le calendrier des bières recommence aussi. Mais rassurez-vous il y a toujours du carton dans ces calendriers, même ceux pour chats

Hier, il y avait le défilé Victoria's Secret au Grand Palais, pour la première fois en France donc. Les cartons (d'invitation) étaient durs (à obtenir). Je n'en ai pas eu. Et vous ? Photo, à défaut. 



La vision américaine de la lingerie féminine est nettement moins subtile que la vision européenne ou française. Les myopes n'ont pas besoin de s'approcher pour y voir mieux... On est dans un autre monde même avec des lunettes de 3D en réalité virtuelle en carton que personne n'oserait porter dans ce genre de défilé, que dis-je de canyon, de gorge, soutenue par de fragiles dentelles. 



En Politique, on attend le calendrier de l'Avent. Il y a plusieurs versions : celui, improbable, de la remontada de Francois, celui de sa chute, celui du déchirement du PS, celui de la manif pour tous sans gays ni vierges immaculées. Mais l'humour politique est rarement aussi percutant, même pour le dernier Noël de Francois qui a cartonné à ce poste. 

Alors "bon Avent" à la France catho de Francois (Fillon) et "bon vent" à ceux qui ne l'aiment déjà pas. Pour les amateurs de chocolat, où qu'ils soient, "bon appétit".