mardi 4 avril 2017

Exclusif : les plans du Palais de la Francophonie

L'annonce par Benoit Hamon, répétée lundi à la télé, de construire un Palais de la langue française et de la francophonie à Paris, s'il est élu Président, a créé un choc. 

En voici un beau grand œuvre pour un Président. Nous avons réussi à nous en procurer les plans, au nez et à la barbe des agents de la CIA qui voulaient se les approprier pour construire un Palais Trump dans les jardins de la Maison-Blanche, quelques secondes avant les agents de Poutine qui voulaient les utiliser pour un Palais de la liberté de la presse ceinturé de hauts murs, et juste avant que le MI5 n'arrive à s'en saisir pour y célébrer la langue anglaise et le French kiss my airs. 

En exclusivité, nous vous livrons donc les principaux éléments de ce Palais. Rien que pour lui, on a envie de voter pour Hamon (non, je rigole, mais remarquez bien que les autres candidats ne parlent pas vraiment de francophonie, et à peine de langue française). 

Le PHUF (le palais Hamon Universel de la Francophonie) sera situé à la Goutte d'Or en rasant le quartier et en relogeant ses habitants dans des HLM construits à cet effet dans le 7ème arrondissement. Il aura trois étages au-dessus d'un grand hall de 18 mètres de haut (avec un chapeau sur la tête ? Non, ça n'existe pas). Vu de loin, le palais ressemblera à une grosse langue, un peu comme sur un vieil album d'un ancien groupe aux rochers roulants et aux doigts collants. Une langue oui, mais une langue française, Môssieur !
 
Le hall sera dans la langue (française) et les salles de formation dans la bouche, en haut. Les services administratifs seront logés dans les dents et le bureau du directeur, tout en haut, aura une vue parfaite de l'Elysée. 

A l'intérieur du hall, un labyrinthe d'escaliers et de passages, émaillé de trous et de puits, permettra de parcourir la bibliothèque de Babel des variantes du français, en hommage à tous les pays qui se partagent cette belle langue, et à tous ses parlers, de la ni langue au gazouillis en passant par l'envers du verlan, le rap et la langue de l'amour. 

Un grand vide au cœur du hall permettra d'accueillir des expositions temporaires, sur le modèle de la Tâte galerie de Londinium, dans un grand va-et-vient incessant pour le plus grand plaisir des visiteurs d'un jour. 

Nous avons pu nous procurer la liste des premières expositions prévues : une installation avec les 40 immortels empaillés et transformés en robots s'agitant (doucement) sans aucun sens ; un espace labyrinthique sculpté par le son de chansons dans toutes les langues et où le seul moyen de sortir est de suivre les paroles en français de chansons connues de Mireille Mathieu ; un gigantesque portrait du PH (le Président Hamon) composé de milliers de mots français tombés en désuétude, comme liberté ou socialiste. 

On notera la présence d'un grand amphithéâtre souterrain, la gorge, réservé aux communications gouvernementales, et d'un nombre important de niveaux souterrains en-dessous, pour les archives et pour conserver l'image de l'aillecebèrgue. 

Tout en bas, au dernier niveau, est aménagé un bunker pour le Président, l'Abri Nucléaire Universel Sécurisé, que les architectes appellent déjà le trou de l'enfer, en hommage au roman éponyme d'Alexandre Dumas. 

lundi 3 avril 2017

Quête

Quête de voix pour chaque candidat avec des meetings de plus en plus agités et même populistes. Le Pen et Mélenchon, tribuns naturels, ont rejoint Fillon dans la tournée des extrêmes. A force de parler à ses fans, on les captive. Le problème est d'en faire venir d'autres, d'étendre son socle comme on dit. Cette quête est le mode principal de recrutement d'électeurs. On peut se demander si c'est la bonne façon de faire dans une démocratie qui n'est clairement pas assez participative. 

Quête d'argent aussi, car il en faut, des sous, pour monter ces meetings et imprimer ces tracts. Lorsque Fillon a avoué n'être pas capable de mettre de l'argent de côté, personnellement, malgré un salaire moyen élevé autour de 25 000 euros par mois, certains esprits mal intentionnés (Le Gorafi) ont proposé de lancer une grande quête nationale pour aider ce pauvre homme à assumer ses goûts de luxe et de riche. Les méchants ! Il devrait faire comme tous les autres VIP de la politique et du show business, se faire prêter des vêtements. Le problème, c'est qu'il faut les rendre après. Dur, dur !

Quête de crédibilité surtout. Comment arriver à démontrer qu'on est le meilleur pour nous gouverner ? Je mets à part les candidats qui sont là uniquement pour promouvoir leur message, dans une démarche de moyen terme. Je mets Hamon aussi de côté car on dirait qu'il ne veut pas gagner et se contente de jouer dans son parti de plus en plus rétréci. Mélenchon, lui, est en train de prouver qu'il a des compétences, au-delà de ses talents d'orateur et de sa culture. Ayant lâché Hamon, il se rapproche de Fillon en nombre d'électeurs, dans ce mouvement de rotation des extrêmes qui privilégie les "critiques des partis historiques" et "le centre" face aux candidats de l'UMPS comme ne dit plus le Font national. 

Voix, argent, crédibilité ? Il manque des hommes et des femmes pour incarner une politique autour du futur Président. Mais là, pas besoin de quête. Les intéressés viennent seuls, par l'odeur alléchés. 

dimanche 2 avril 2017

Du temps de cerveau pour... Une nouvelle destination

John adorait prendre l'avion. Il se passait toujours tellement de choses ! Autour de lui pourtant, nombreux étaient ceux qui détestaient l'avion et qui ne le prenaient qu'en dernier recours. 

Il faut dire que les aléas du transport aérien étaient, à cette époque lointaine, encore nombreux. Depuis la sécurité à fait des progrès immenses et le problème des  TTV a été résolu depuis longtemps. Mais à l'époque de John, il y avait encore de trop nombreux accidents et retards sans que les causes en soient bien connues. 

John s'en foutait. Du haut de son mètre quatre-vingt dix, il voyait le monde de haut et voulait monter encore plus haut. L'avion était parfait pour ça. Il se souviendrait toute sa vie de son premier vol, à peine une heure entre les deux villes principales de son pays natal, mais une heure tellement intense, tellement haut perchée qu'il n'avait pas décollé son nez du hublot pendant cette heure de plaisir inouï. Depuis, il avait enchaîné les vols, souvent sans aucune raison que de voler dans les deux sens le plus longtemps possible. Évidemment tout billet coûtait une fortune car les voyages en avion étaient encore chers à ce moment. Mai tant pis ! Il économisait, volait, travaillait et recommencait. Ses amis n'y comprenaient rien. Ses amies encore moins. Il semblait prêt à les abandonner dès qu'il avait du temps libre et de l'argent pour s'envoler. 

John était myope. Sinon il aurait appris à piloter il y a longtemps. En plus il n'avait qu'un bras. Le gauche. Sa mère pensait que depuis son accident, John voulait voler pour oublier. Comme s'il pouvait dépasser son malheur. Le survoler, même. Mais John aimait voler, c'était tout. Il se sentait un homme différent dans les airs. 

Cela commença doucement. A son premier vol, l'avion vola comme dans du coton. Pas une perturbation. Les passager avaient le sourire en sortant de l'avion. Au deuxième vol, il y eut quelques perturbations, mais nettement moins que d'habitude sur cette liaison. Au sixième vol, au retour, il y eut du retard, un fait habituel. L'avion dût tourner un peu au-dessus de l'aéroport pour attendre son tour. John était ravi. Plus de temps en l'air ! Il n'avait pas du tout envie de rentrer à la maison. Au septième vol, l'avion fut retardé avant le décollage et John trépidait d'impatience. Le vol fut agité. 

John commença à se douter de quelque chose à son vingt-cinquième vol. C'était un long-courrier, avec des escales. Il n'aimait pas les escales. C'était du temps perdu par terre. Le vol arriva à destination à l'heure, mais sans s'être arrêté. L'avion avait volé tout du long. A l'arrivée, l'équipage sembla sortir d'un rêve et certains passager aussi. Ils ne comprenaient pas pourquoi ils étaient là et pourquoi personne, même eux, bd s'était étonné de ce vol direct. Le pilote avait beau savoir qu'un tel vol était impossible, à cause du carburant, il ne pouvait que constater le fait. 

Ce vol fit grand bruit dans la presse car il y avait à bord un ministre qui aurait dû descendre à la première escale. Une grande enquête fut diligentée mais aucune explication ne fut donnée. Ni trouvée d'ailleurs. 

Après un tel vol, John n'eut plus d'argent pendant longtemps. Il dut travailler dur pour reconstituer des économies. Cela lui permit de rester un plus longtemps chez lui, et une fille en profita pour lui mettre le grappin dessus. Elle était très belle et il ne comprenait pas pourquoi elle le draguait, mais elle réussit son coup. Ils se marièrent et grâce à l'argent qu'elle avait elle aussi mis de côté, ils partirent dès le lendemain en voyage de noces. En avion, naturellement. Une île pas très distante. John et sa femme eurent un vol aller paradisiaque, lui les yeux dans les nuages et elle la tête sur son épaule. La lune de miel fut courte mais le voyage de retour long. Très long. Beaucoup trop long. Comme si l'avion faisait le tour du monde dans l'autre sens... Les deux époux ne virent rien de tout cela. Ils s'épanouissaient dans les airs, ensemble. A l'arrivée, après 24 heures de vol, beaucoup de monde attendait l'avion : des officiels, des policiers, des journalistes et des proches inquiets. 24 heures au lieu de 2 ? Et personne ne s'en était rendu compte à bord ???

Ils furent tous interrogés longuement mais personne ne  pût donner une quelconque explication. John et sa femme rentrèrent chez eux. Mais le lendemain matin, alors que sa femme venait de partir travailler et que lui aussi était prêt à partir, on frappa à la porte. John ouvrit et un jet de gaz l'étourdit instantanément... 

La suite, cette nuit de Montréal, car entre les deux je suis... dans l'avion. Mais un billet par jour, c'est un billet, non ? Même incomplet ;)

Il se réveilla dans une pièce blanche. Allongé. Attaché. Mais sans douleur. Tranquille. Il ne se sentait pas inquiet en fait. La pièce était fermée. Aucune fenêtre. Juste une porte blanc sur blanc. 

La porte s'ouvrit. L'homme qui entra était habillé en noir et son visage ridé marquait son grand âge. Il s'assit en face de lui. Et il lui parla. Longuement. Il était convaincant. John fut convaincu en très peu de temps. Cet homme lui proposait de réaliser son rêve le plus fou. Voler, évidemment. Voler tout le temps. Voler sans arrêt. Voler au-dessus des nuages...

John accepta et l'homme sourit. Ses rides du sourire détonnaient sur son visage fripé. Il n'avait pas dû sourire beaucoup avant, se dit John. 

Il ne fallut à l'homme que trois mois pour construire l'avion. L'homme était très riche et ses milliards étaient plus nombreux que ses rides. Pendant ce temps John et sa femme faisaient des plans et s'organisaient. Elle aussi était enthousiaste car elle aimait John. 

Puis le grand jour arriva. L'avion spécial décolla. John et sa femme y disposaient d'une suite de cinq pièces. L'homme en avait dix-neuf pour caser sa famille et ses assistantes. Le reste de l'avion était pour le jardin, le docteur, l'école - car la femme de John était enceinte - et quelques pièces pour le travail et la détente. 

L'avion décolla donc. Toutes les télés étaient là. Car maintenant tout le monde savait que John était la source des délais des avions. L'enquête menée par l'homme avait prouvé que John était la seule explication possible, puisque ces étranges incidents ne se produisaient que lorsqu'il était à bord. De plus il avait été prouvé que les passagers ne vieillissaient quasiment pas et que le temps passait d'une drôle de façon à bord. C'est ce qui avait intéressé le vieil homme. Vivre sans vieillir.

L'avion décolla. Depuis toutes ces années, il ne s'est posé que dix fois. Au début surtout. Pour déposer à chaque fois un enfant de John. Un enfant doué du même pouvoir que celui de son père. Ralentir le temps jusqu'à l'arrêter. 

John fut le premier TTV, le premier Tueur de Temps de Vol/Vie. Aujourd'hui, il y en a des milliers, ses descendants. Les avions volent sans fin, sans carburant puisqu'un TTV y est présent à chaque fois. La vie du monde s'est organisée dans les airs. Des avions, des ballons, des villes volantes, des paquebots flottant sur les nuages, tous comportant un logement pour un TTV, un descendant de John. 

Mais John n'a jamais changé d'avion. Le vieil homme a fini par mourir, après plus de mille ans de vie. Sa femme aussi. Mais John vole seul, dans son avion modernisé et robotisé plusieurs fois dans un atelier volant. Au-dessus des nuages, le nez collé au hublot. Son avion a été repeint couleur de soleil couchant et tout le monde le connaît. John n'a plus besoin de poser le pied sur le sol. Il n'a pas vieilli et nous connaissons tous son visage. 

Aujourd'hui, ma petite-fille a vu passer l'avion de John dans le ciel, loin au-dessus de notre ballon de campagne. Elle l'a pointé du doigt. Je lui ai souri et lui ai dit de faire un vœu. Tout le monde sait que voir l'avion de John porte chance.