samedi 16 novembre 2013

Sandwich proche-oriental

François part ce dimanche au Proche-Orient pour une longue visite. Ce n'est pas un exil et le voyage était prévu même avant la défaite honteuse de la France au foot hier. Il n'a pas non plus besoin de vacances au soleil après un automne maussade et gris pour lui. Ce voyage est comme une poupée ukrainienne, il y a plusieurs voyages dans le voyage.

François sera en Israël, puis en Palestine, puis de retour en Israël. Ce sandwich dans lequel est glissé une fine tranche de mouton entre deux grosses tranches de pain azyme ne ressemble ni à un grec plein de kebab, ni à un falafel, mais à un sandwich baguette bien français (en n'y mettant pas de porc quand même et en le faisant à la fois Kasher, Halal et bon).

François essaye de jouer une carte sur le plan international, parce que la France a besoin de prouver qu'elle pèse quelque chose pour peser réellement, notamment dans les discussions économiques. C'est un exercice obligé dont les effets attendus sont ailleurs.

Au Proche-Orient, l'actualité est riche en permanence. En ce moment au menu :
- La Syrie, mais on n'en parle plus trop car la balle est dans le camp de l'ONU et des grands pays, et la France n'y joue pas grand rôle, en attendant une conférence à venir bientôt à Genève.
- L'Iran avec les négociations de Genève sur le nucléaire, dans lesquelles la France a fait un coup d'éclat en adoptant une ligne très dure pour "vérifier" que l'accord signé ne sera pas bidon, comme celui d'avant. Israël a apprécié évidemment.
- Les palestiniens, mal ou peu gouvernés, mais pour lesquels la France est l'un des principaux contributeurs financiers avec un partage des rôles : Israël détruit de temps en temps les infrastructures et la France aide à reconstruire, puis on recommence.
- Israël avec une critique contre la colonisation sauvage et illégale. Une critique mais pas de mesures. D'ailleurs, dans l'avion de François il y aura plein de ministres mais aussi des entrepreneurs (du BTP ?)
- Le Mali et le combat contre les islamistes en Afrique, moyen d"tourné de montrer la cohérence des combats, ce qui n'est pas évident, vu la quantité de factions dans tous les camps.

La transformation en super VRP de l'économie nationale est devenue une marque de fabrique de tous les responsables politiques de la planète. La diplomatie, c'est bien, mais le fric c'est mieux. François s'y emploie donc aussi avec application. Israël qui est un pays riche (et rattaché à l'Europe dans plein de domaines, le foot par exemple) mais un territoire peu "exploité" par la France et ses entreprises. Les liens avec d'autres pays, les USA en premier mais pas seulement, sont beaucoup plus forts. Alors un peu de retour en espèces sonnantes et trébuchantes serait-il une récompense possible pour un soutien politique, même s'il est déclaré "équilibré' ?

Puisqu'il s'agit d'un exercice d'équilibre entre Israël et palestiniens et entre diplomate et pépettes, les mots de François seront surveillés un peu partout, même si l'image de la France n'est plus ce qu'elle était. Fabius joue là une grosse carte également. Du succès de ce voyage et de son équilibre gustatif dépend son avenir lors du prochain remaniement.

Car, s'il est une chose que les politiques ne savent pas faire, c'est de se contenter d'un équilibre. Ils cherchent toujours plus, toujours mieux, au risque de ne plus rien avoir. La notion même d'équilibre est étrangère au métier de politique, alors que finalement la plupart des gens espèrent une certaine forme de tranquillité dans leur environnement, leur permettant de faire ce qu'ils souhaitent (et ce qu'ils peuvent), y compris sortir de cet environnement tranquille pour aller ailleurs. C'est à mon avis l'une des causes majeures du divorce entre citoyens et politiques. Mais ça prend du temps d'atteindre un équilibre... et c'est si vite perdu !

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