dimanche 16 février 2014

Du temps de cerveau pour … une nouvelle du XXI° siècle

Monsieur et Madame Coullet prenaient leur douche. C’était le deuxième jour de leur voyage de noces et ils étaient un peu fatigués mais ne s’en souciaient pas. Leur cabine était très confortable avec une douche privée. Une vraie suite nuptiale. D’ailleurs toutes les cabines étaient des suites nuptiales à bord de la Calypso. C’était un vaisseau spécial pour les jeunes mariés et il fallait bien calculer la date de son mariage pour avoir la chance d’y séjourner. Les Coullet avaient tout planifié avec précision et avaient eu la chance de bénéficier d’un coup de piston du capitaine, car elle connaissait la cousine de la première maîtresse du fils du commandant.

La Calypso était un mythe. Ce vaisseau avait eu l’honneur d’accueillir de nombreuses célèbrités. Pour ceux qui pouvaient se le permettre, le voyage était inoubliable, un vrai voyage initiatique. Il y avait ceux qui avaient effectué ce voyage de noces, et les autres. Monsieur et Madame Coullet y avaient beaucoup pensé jusqu’à l’embarquement, puis la magie du voyage les avait pris et ils ne pensaient plus qu’à profiter de chaque instant.

Les douches étaient des moments clés pour ce voyage. Car toutes les cabines de douche étaient à l’extérieur du vaisseau et leurs parois de verre, parfaitement transparentes donnaient l’impression de flotter dans l’espace, environné d’étoiles. Ici, près du centre de la galaxie, le spectacle était à couper le souffle.On ne voyait rien d’autre que les étoiles et son conjoint. Certains couples passaient presque tout leur temps dans leur douche, d’autres choisissaient avec délicatesse leurs moments d’intimité. Tout tournait autour de ces moments. Même pendant les repas, somptueusement servis en commun s’ils le désiraient, les passagers ne parlaient que de ça.

Quelque chose d’insolite attira l’oeil de Madame Coullet par  dessus l’épaule de son mari. Elle aimait bien penser à lui comme son mari. Ce n’était que son vingt-troisième mariage et elle ne s’était pas encore habituée à la sonorité de ce mot : mon mari ! Pour lui c’était évidemment le premier mariage, c’était la règle à bord de la Calypso.

Elle vit un éclair pointu de lumière blanche frapper un panneau sur le vaisseau, pas loin de leur chambre. Puis une gerbe d’étincelles. Elle fut un peu surprise. Elle ne s’y attendait pas si tôt dans le voyage. Ils ne devaient être qu’aux limites de l’amas stellaire et ces chocs étaient rares si loin du Coeur. Elle eut un réflexe et griffa le dos de son mari. Celui-ci n’avait rien vu, car il était face à elle, mais il comprit le message et se mit à la caresser. C’était un bon mari, pensa Madame Coullet. Il eut le temps de la faire jouir, et plutôt bien, avant que la lampe bleue ne s’allume. Madame Coullet s’y attendait, mais il eut l’air étonné et la regarda d’un air interrogatif. Elle lui caressa la joue et lui sourit. Il sortit de la douche et se retrouva dans le petit sas qui les séparaient de leur chambre. Elle le regarda une dernière fois à travers la vitre puis il ouvrit la porte du sas vers la chambre et mourut instantanément dans le vide. C’avait été une belle mort. C’était un homme élégant et il ne l’avait pas quitté des yeux en expirant . La classe.

Mademoiselle Coullet attendit quelques minutes. Elle profita de la vue pendant que les robots réparateurs venaient tout nettoyer. Quand la lampe bleue s’arrêta, elle rentra dans sa chambre, sans problème et se prépara pour le dîner. Elle mit une robe noire sexy.

En arrivant dans la salle manger elle vit qu’il manquait quatre maris de plus, sans compter son ex, et se dit que le voyage commençait bien. A ce rythme, il n’en resterait plus à la fin du voyage, comme prévu. La Calypso était un vaisseau très fiable et son équipage savait parfaitement organiser les journées. Il n’y avait que très rarement besoin d’exécuter les maris restants à la fin du voyage. Heureusement Mademoiselle Coullet n’avait jamais eu à vivre ça. Les siens s’étaient toujours bien comportés.

Elle fila, comme les autres veuves dans les quartiers de l’équipage. Le reste du voyage en fut la meilleure partie, évidemment. L’équipage de la Calypso était choisi avec soin, et si tôt dans le voyage, elle aurait le choix. Allez, encore cinq jours à tirer ! Mademoiselle Coullet avait le sourire.








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