lundi 14 décembre 2015

Système ternaire

Allez, je vous bassine encore un coup avec les élections régionales. Quelques faits à interpréter comme vous le voulez, au-delà des incantations suivant la méthode Coué des habitués du genre.

Score final en régions : 7 à droite, 5 à gauche, 0 au FN et 1 aux indépendantistes (en Corse). Un rapport de force clairement à droite en France.

Mais recomptons un peu : 2 régions où la gauche s'est retirée et une troisième où elle s'est quasiment retirée (et où d'ailleurs le score de la liste dissidente de gauche est très inférieur à ce qu'il aurait été si le PS avait maintenu cette liste). Cela nous fait 9 ou 10 régions avec des vraies triangulaires. La Gauche en a gagné 5 et la droite 4 ou 5 suivant la manière dont vous voulez compter le Grand Est. Un équilibre relatif donc entre droite et gauche lorsque le FN est présent. Et beaucoup de régions où on est autour de trois tiers.

Mais les principales régions en population et en richesse sont à droite. Lyon et Paris sont venus s'ajouter à Lille et Marseille courus d'avance. Paris en tant que tel est resté à gauche, mais au milieu d'une région à droite, dans un Grand Paris à construire (à droite donc).

Et en voix ? Quasiment 7 millions d'électeurs et d'électrices pour le FN, le plus gros score jamais recensé, même en 2002. Un seul million de moins que la gauche (8 millions), alors que la droite selon Sarkozy (LR+ centre) atteint 10 millions. 25 millions de votants sur 45 millions d'inscrits. Ces chiffres bruts (et brutaux) sont sans appel. Le FN est bien la troisième force dans le pays, même face aux rassemblements classiques de la gauche et de la droite. En comptant séparément les partis - car il y en a beaucoup - rappelons qu'au premier tour avec 6 millions d'électeurs, le FN était arrivé devant le PS et devant l'union LR+Centre.

Un mot de statisticien sur les pourcentages dont raffolent les médias. Ils sont trompeurs même s'ils se sont installés dans le paysage. Et ils ne révèlent que des raccourcis en cas de duel (plus ou moins de 50%, ou d'une barre pour se maintenir ou pas au second tour). Ce qui compte ce sont les nombres de votes, donc d'humains qui se sont déplacés et qui ont voté réellement. A ce titre les 20 millions de non votants représentent un effectif choquant. Même s'il est vraisemblable que ces abstentionnistes auraient voté en général à peu près pareil que les électeurs - toutes les études le montrent, sauf en cas de mobilisation extrême. 

Si les régions étaient restées les mêmes qu'avant la réforme (de 22 à 13) le FN aurait gagné le Languedoc-Roussillon ! (Sauf désistements du genre Nord et Sud-est). D'ailleurs dans certaines des nouvelles régions, obtenues à l'arraché, les majorités seront courtes au conseil régional, malgré le bonus de 25% à la liste gagnante. 51 conseillers sur 100 en Bourgogne&co par exemple pour la gauche. Pas facile pour gouverner et voter des budgets.

On ne peut pas parler d'un système à trois partis. Mais à trois blocs, si. Relire mon billet de mardi dernier par exemple. Reste que dans cette configuration, en cas de triangulaires il y a quasi égalité gauche-droite, mais comme la gauche joue le jeu du front républicain, cela avantage la droite qui reste campée sur la ligne ni-ni de Sarkozy... pour le moment. A ce jeu, la droite sort gagnante en voix.

2017 (et la fin de ce blog) est donc en marche. Élections internes à prévoir à droite et discussions intenses à gauche sur une ligne unificatrice si c'est encore possible. Car il semble clair que Marine Le Pen est en bonne position pour être au second tour de la présidentielle de 2017. Son challenger sera (j'espère) élu contre elle à ce tour. C'est donc celui ou celle qui terminera en tête avec elle du premier tour qui sera de facto en bonne position pour être élu. C'est comme si on avait une élection présidentielle à un seul tour. Les camps divisés perdront donc automatiquement. La stratégie est donc claire : rassembler le plus possible à droite et à gauche en éliminant les trublions (Duflot, Mélenchon, Bayrou, primaire LR...) et pour le FN, chercher de nouveaux électeurs pour avoir une petite (mal)chance de passer au second tour. N'oubliez pas non plus qu'il y aura, quelques semaines après, les législatives avec sont lot cette fois de triangulaires au second tour, sauf improbable front républicain. On imagine alors une cohabitation possible. Qui osera ?

Un système à trois blocs ne peut pas être stable, surtout dans notre système où les modes d'élection ne sont pas identiques - de temps en temps favorisant le bipartisme, une proportionnelle contenue ou des alliances improbables. À trois il n'y a en effet que trois alliances possibles sauf recomposition : le front républicain (tous contre le FN), la droite dure alliée à l'extrême droite de temps en temps, ou un improbable "tout sauf la droite de Sarkozy". De toutes façons, cela veut dire que le centre de gravité de notre vie politique est à droite. En tous cas celui des "élites politiques", les fameux états-majors qui décident. 

Sale temps pour la gauche et encore plus pour la gauche de la gauche !

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