lundi 12 octobre 2015

Non, vous ne vivez pas dans une version moderne de The Truman Show

Article intéressant à lire ici.

C'est en anglais. Pour les francophones non anglophones (il y en a, j'en connais, là-bas au fond près du radiateur, car le temps commence à se rafraîchir sérieusement en ce lundi de m...), je vous ai concocté une traduction sauvage et rapide (sans l'aide de Google, suivez mon regard). Cela suppose d'avoir vu ce merveilleux film (The Truman Show) dont voici la bande-annonce au cas où (en français naturellement).



Donc, l'article s'intitule "Non, vous ne vivez pas dans une version moderne de The Truman Show".

Ne soyez pas idiot. Vous ne vivez pas dans une version moderne de The Truman Show. Si c'était le cas, ne pensez-vous pas que votre famille et vos amis vous l'auraient déjà dit ? C'est une idée absurde.

Parce que si vous viviez vraiment dans une version moderne de The Truman Show - où le monde entier vous regarde à travers toutes sortes de media sans que vous le sachiez, et où votre famille et vos amis sont des acteurs - des signes en seraient visibles partout.

Pour commencer, il devrait y avoir des caméras et des microphones pointés sur vous presque tout le temps. Vraiment partout, je veux dire. Pour produire une version moderne de The Truman Show, il faudrait des caméras et des micros sur l'ordinateur que vous utilisez tout le temps, sur le smartphone que vous emportez partout et des caméras dans toutes les rues. Il devrait même y avoir des caméras sur la plage arrière des autres voitures pour obtenir des gros plans de vous dans votre propre auto. C'est ridicule.

Deuxièmement, tous vos proches devraient être complices. Remarquez, ce n'est pas nécessaire.  Ils pourraient être Truman Showés eux-mêmes. D'ailleurs, maintenant que j'y pense, ça serait une super idée pour une suite au film - un monde dans lequel les principaux proches du héros ne sauraient pas que leur vie est également enregistrée et diffusée en direct devant le monde entier. Mais ça n'arriverait jamais.

Troisièmement, vous devriez être en permanence confrontés à des marques. Vous vous souvenez comment la femme de Truman est constamment en train de mentionner des noms de produits ? Les gens ne font pas ça dans votre vie. Par exemple, je parie que vous n'avez pas été confronté à un seul nom de produit depuis ce matin. N'est-ce pas ? Affaire réglée, donc.

Enfin, une sacrée infrastructure devrait être construite pour que votre vie soit diffusé en direct, sous tous les formats possibles et sans que vous le soupçonniez. Ca prendrait des dizaines d'algorithmes et beaucoup de serveurs coûtant des dizaines de milliers d'euros, juste pour vous cacher la vérité. Personne ne ferait un tel effort pour un simple show télé diffusé sur toutes les plateformes.

Faites-moi confiance, vous ne vivez pas dans une version moderne de The Truman Show. 
Ne soyez pas ridicule !

J'adhère complètement à ce brillant article. Et vous ? Attention à vos commentaires. Restez prudent. On ne sait jamais.

dimanche 11 octobre 2015

Du temps de cerveau... Pour une bulle

Amoro était très joyeuse aujourd'hui. Elle se promenait dans les rues de Paris et cela faisait bien longtemps qu'elle n'y était pas revenue. Amoro était très jeune et n'avait pas encore beaucoup eu le temps de parcourir le monde. Mais à chaque frottement elle captait des souvenirs des autres bulles et elle savait maintenant que Paris était une ville spéciale pour toutes les bulles.

La première fois qu'elle était venue ici, elle était encore ignare. A peine éveillée à la conscience. Un bulle qui n'avait pas encore de nom. Une petite bulle à peine capable de se frotter aux autres. A l'époque, elle ne savait pas contrôler les âmes et elle sautait de l'une à l'autre sans même le savoir. Depuis, elle avait appris que toutes les bulles commençaient pareil. Personne ne se souvenait de sa naissance. Les bulles apparaissaient et se développaient, mais leurs souvenirs les plus anciens n'expliquaient pas le mystère de leur naissance. La seule chose que les bulles connaissaient, c'était leur lieu de naissance et leur parcours depuis, comme si chaque bulle était un petit globe terrestre, avec un point rouge pour marquer sa naissance et un fil brillant pour jalonner son parcours. A tout moment chaque bulle pouvait revoir son parcours. Et à chaque frottement, la première chose que faisaient les bulles concernées était de s'échanger son parcours et toutes les expériences qu'elles souhaitaient partager. Certaines bulles étaient plus secrètes que d'autres et ne partageaient presque rien. Amoro était au contraire très partageuse. Elle montrait tout.

Rares étaient les bulles aussi partageuses qu'Amoro. Car à chaque frottement, les bulles perdaient un peu de leur substance, proportionnellement à ce qu'elles donnaient. Elles se renforçaient évidemment, aussi, c'était même là le principal mécanisme de maturation des bulles, mais cela expliquait pourquoi Amoro était restée jeune et petite si longtemps, car entre ce qu'elle perdait et gagnait à chaque frottement, le différentiel était petit. Toujours positif, naturellement, car les bulles sont faites comme ça, mais si petit que certaines fois Amoro se demandait s'il y avait réellement un gain. Alors elle passait son temps à se frotter le plus possible à toutes les bulles qu'elle rencontrait.

Elle se souvenait naturellement très bien de la première âme qu'elle avait touchée. C'était en Italie, pas très loin de son lieu de naissance. Elle venait de se frotter à une bulle assez imposante quand celle-ci décida de permuter. En un éclair, Amoro se retrouva autour de l'autre âme. Et pour la première fois elle eut conscience de ce qu'était une âme, et de l'acte de toucher. Elle regarda l'autre bulle s'éloigner, autour de l'âme qu'elle entourait précédemment, sans le savoir. Cette âme était celle d'un petit chien. Très mignon, pensa-t-elle. Elle regretta un instant de l'avoir quitté, mais tout de suite elle s'émerveilla de la plénitude de l'âme qu'elle touchait maintenant. Un homme. Un homme très séduisant en plus. Qui s'appelait Amoro évidemment, puisque c'est comme ça que les bulles étaient choisis par leur nom. La première âme qu'elles touchaient en toute conscience.

Amoro, la bulle, passa de nombreuses années avec Amoro, l'homme. Elle n'avait pas envie de le quitter. C'était souvent le cas avec la première âme. Elle apprit beaucoup de lui et malgré le fait qu'elle n'avait pas encore grand chose à lui apporter, elle savait confusément qu'il se sentait bien avec elle. 
Il mourut un jour, évidemment, car tous les humains meurent. C'était sa première mort et elle avait appris que la tradition exigeait qu'on restât jusqu'au bout. Amoro, l'homme, avait beaucoup d'amis et sa bulle en profita pour se frotter à plein d'autres bulles. Tous les humains avaient une âme mais tous n'avaient pas de bulle à un moment donné, et si l'on ajoutait les animaux, il y avait souvent la possibilité de toucher une âme sans se frotter à une autre bulle. 

Mais après la mort de son humain, Amoro décida de choisir un chien. Il n'avait jamais compris pourquoi l'autre bulle avait quitté une si belle âme d'humain pour un chien. Mais après quelques jours, Amoro comprit. C'était très reposant un chien, après un humain aussi "sociable". Ce chien était aussi très mignon et Amoro lui apporta beaucoup, car elle avait acquis de l'expérience. Le chien se fit adopter par une princesse qui voyageait beaucoup. En quelques années, Amoro vit plusieurs pays. Les voyages étaient longs à cette époque. Tout se faisait encore à cheval. 

Avec le recul, Amoro avait beaucoup aimé cette période de l'Humanité, et très vite elle avait goulûment sauté d'âme en âme et s'était frottée au plus grand nombre possible de bulles. Elle aimait moins la période actuelle où les hommes vivaient et mouraient dans de petites boîtes. Il y avait de moins en moins d'échanges directs, donc moins d'occasions de se frotter à d'autres bulles. C'est pourquoi elle avait poussé son humain à venir à Paris. Elle espérait bien y trouver plus d'animation.

Ce matin-là, elle avait choisie une femme élégante et très bien habillée. Une femme qui n'avait pas eu de bulle avant. Amoro la toucha et fut séduite par sa personnalité. Elle était curieuse. La femme et sa bulle marchèrent toute la matinée et Amoro put se frotter à de multiples bulles très évoluées. Puis la femme se changea dans un magasin et rentra chez elle. Un homme l'y attendait. Naturellement les deux humains se frottèrent l'un à l'autre, comme ils le faisaient de temps en temps et Amoro en profita pour se frotter à la bulle de l'homme. Une bulle fascinante.

Et c'est là qu'Amoro perdit la mémoire. Elle se retrouva dans une brume chaude. Seule. Seul même. Car Amoro sut alors qu'il était une bulle mâle. Il s'éveilla dans le corps d'un bébé vagissant. Une expérience fascinante, mais qu'il oublia aussi vite. Il venait de découvrir comment les bulles naissaient. Mais il ne le saurait jamais plus.

Pour ceux que cela intéresse, l'homme et la femme se marièrent mais n'eurent que cet enfant. Au moment où Amoro frotta l'autre bulle, les deux se fondirent. L'autre bulle absorba Amoro mais ne s'en rendit pas compte non plus. Elle quitta l'homme très vite. Et plus jamais une bulle ne toucha ce couple. Le bébé, par contre, c'est une autre histoire.

samedi 10 octobre 2015

Une jolie Histoire du monde

Wikipedia, vous connaissez ? (Euh, ceux qui auraient répondu non sont priés d'aller ici de toute urgence, je ne me suis pas tapé un billet pour rien, hein ?).

Regardez ce site alors

C'est une frise historique de l'Humanité et de son Histoire, vue par Wikipedia, depuis le Big Bang jusqu'à aujourd'hui. C'est un projet de fin d'études par un étudiant d'école d'Art et de Design... C'est impressionnant. On peut filtrer les événements par catégorie et par date. Mais c'est avant tout un objet d'art en tant que tel cette n-ième frise.

Les choix éditoriaux de ce type d'Histoire universelle sont toujours sujets à caution. Alors qu'hier François inaugurait les nouveaux locaux de l'Ecole des Chartes dans l'ancienne Bibliothèque Nationale, rue de Richelieu, on mesure le poids de l'Histoire et de la Culture. Son absence de neutralité aussi. Le fait d'avoir un Wikipedia derrière apporte quand même une sorte de caution. Quoique. Les choix personnels de l'artiste/historien sont nombreux. Il y a en effet la frise elle-même très remplie, mais aussi une lecture de quelques dates avec des choix éditoriaux. Un petit exemple avec cet extrait de ce qui a été retenu entre 0 et 1340 :


Hétéroclite, non ? Les cathos vont apprécier.

Mais là n'est pas l'important. La beauté de l'interface est saisissante et il y a de quoi y passer une partie de votre week-end, sauf si vous avez mieux à faire. La frise se met à jour en fonction des nouveaux éléments ajoutés sur Wikipedia.


vendredi 9 octobre 2015

Guerre et Paix, une frontière en pleins sables pour le Nobel de la Paix

Aujourd'hui a été décerné le Prix Nobel de la Paix, le plus paradoxal de tous les prix Nobel, richissime inventeur et homme d'affaires dans le domaine des armes, rappelons-le. Il est censé récompenser "la personnalité ou la communauté ayant le plus ou le mieux contribué au rapprochement des peuples, à la suppression ou à la réduction des armées permanentes, à la réunion et à la propagation des progrès pour la paix".

Ce Prix est celui qui symbolise le plus la notion de Nobel, car il s'adresse à des personnalités (ou à des organisations) non scientifiques. Il y a bien le Prix de Littérature dans le même genre, mais il faut quand même savoir écrire des romans pour l'avoir. Alors que pour la Paix, la palette est beaucoup plus large. Parmi les plus controversés, il y a eu Obama en 2009 (et Jimmy Carter en 2002), l'Union européenne en 2012, Al Gore et le GIEC en 2007 (ce qui tombe bien avec la COP21 de cette année prévue pour concrétiser les engagements  "pris" à l'époque), mais aussi  Médecins sans frontières en 1999 (avant le bombardement de leur hôpital par les USA susnommés), Arafat-Perez-Rabin en 1997 pour leurs efforts de l'époque... Mandela en 1993 et Gorbatchev en 1990... Amnesty International en 1977... Martin Luther King en 1964... La plus jeune (Malala) avait 17 ans l'année dernière. Jolie façon de présenter l'Histoire sur cette infographie du JDD.

C'est un prix souvent controversé, et même si il y a dix ans le Comité Nobel a changé de politique, ce n'est pas flagrant : il a affirmé publiquement que le prix ne reviendrait plus qu'à des personnes, groupes ou organismes qui auront engagé leur existence au service des droits de l'homme, de la promotion du modèle démocratique ainsi que de la défense des voies de la diplomatie.

Il manque un Prix Nobel de la Guerre. Il y aurait tellement de candidats qu'il faudrait peut-être même plusieurs sous-catégories : guerre civile, guerre de conquête, guerre économique, massacres civils, dictature... Il pourrait être attribué à des personnes, des organisations ou des Etats, mais là aussi, il y aurait des controverses car chacun voit midi à sa porte. En effet un Prix Nobel de la Paix ne peut exister que parce que le titulaire a combattu ceux qui faisaient la guerre ou un équivalent aussi atroce.

Une remise couplée serait donc très utile. Et dans un décor approprié. Une sorte de ring ou d'arène. C'est le titulaire du Prix de la Paix qui choisirait les armes évidemment : elles pourraient être les mots, le discours, la faiblesse, la force, l'amour ou même l'Amour. De beaux duels en perspective.

Cette année, le Prix a donc été attribué à... Poutine (non je rigole, le prix de Littérature attribué à Svetlana Alexievitch, une de ses opposantes réalistes, le discrédite) à...  la Tunisie et à son quartet pour le dialogue démocratique suite à la révolution de 2011. Beau symbole. Dégagez, les autres !!!


Une controverse possible ? Puisque l'Homme aime la controverse depuis l'époque du dialogue Socratique et des guerres, on doit bien pouvoir trouver quelque chose, non ? Sur ce coup ça sera difficile. Beau pied-de-nez aux islamistes aussi. (Et tant pis pour Sarkozy ;) L'extension à d'autres zones est en effet parmi les attendus... Et c'est le dialogue qui a été récompensé, pas les organisations individuelles qui composaient le Quartet ! Un prix dirigé clairement vers la Tunisie et d'autres pays dans des situations similaires (avec ou sans printemps arabe), mais aussi contre les dictateurs qui se maintiennent au pouvoir. Un vrai Prix de la Paix ET de la Guerre (civile).