dimanche 1 juillet 2012

Du temps de cerveau pour ... le Minitel

Soupirs

Le Minitel 1 - l'ancêtre
Un gros Minitel
Le mien (Minitel 1B) !!!

Le Minitel est mort, vive le Minitel. Depuis hier, samedi 30 juin 2012, les Minitels sont défunts.
Si vous en avez encore un (estimation de 400 000 au minimum en France), il fonctionnera toujours, fera son petit bruit caractéristique à l'allumage, mais il ne pourra plus se connecter à rien car le réseau derrière (TELETEL - TRANSPAC pour les intimes de l'opérateur historique) est débranché. Il restait quelques centaines de services actifs. Le 3618 marche encore parait-il (c'est ce service pour chatter d'un Minitel à l'autre en direct, comme un gros téléphone pas mobile du tout en mode SMS...) mais je n'ai pas pu l'essayer.

On ne rigole pas. Les utilisateurs de 2012 s'en servaient encore pour deux raisons principales : parce que c'était une habitude et plus facile à utiliser qu'un ordinateur ; parce que dans certaines zones dites "blanches" en France, il n'y a toujours pas d'autre moyen d'accéder à certains services, l'ADSL et autres bons débits n'étant pas encore disponibles.
Ca fait sourire les moins de vingt ans qui ne peuvent pas connaître, ou les hyper-branchés à coup de fibre optique, de wifi, de liaisons rapides Internet 2,3 ou plus.

C'est donc un moment important. 30 après son début public, à l'âge d'or de la télématique, du monopole de France Télécom, en pleine période de démarrage d'une électronique grand public, le Minitel nous quitte. Première machine grand public avec un micro-processeur au moment de sa conception et des tests en Bretagne et à Vélizy. Première machine sympathique à avoir envahi les foyers. 9 millions de Minitels à son apogée.

Quelques souvenirs et idées au hasard

Xavier Niel devrait organiser une fête avec tous les clients de Free, car l'immense fortune du fondateur de Free vient du Minitel à l'époque des messageries roses et du fameux premier annuaire inversé (dis moi ton numéro et je te dirai qui tu es). Comme d'autres, à coup de création de vraies ou fausses publications papier, il a lancé des services qui rapportaient gros. L'annuaire inversé était encore en service hier et rapportait plusieurs millions à Free chaque année encore ! En supprimant le Minitel, est-ce que Orange essaye de ruiner un concurrent ? LOL

Je me souviens être allé rencontrer un ministre mexicain des télécoms (si, si, il y en a, il n'y a pas que des militaires) au début des années 80. Il avait sur son bureau un Minitel laissé là par un missionnaire français précédent sans explications autres que techniques. Il ne savait pas à quoi cela pouvait servir. Il n'avait aucun réseau derrière capable d'accueillir ce petit engin. Il pouvait appeler la France (bonjour l'économie) et consulter l'annuaire. Super, comme argument de vente. Ils ont donc choisi des Apple II à l'époque pour les applications simples qu'ils voulaient.. No comment sur la capacité mille fois prouvée de l'opérateur canal historique à savoir vendre ses solutions : "On nous dit que le monde entier nous envie le Minitel. Je ne sais pas s'il nous l'envie, messieurs, mais je peux en tout cas vous dire une chose avec certitude, c'est qu'il ne nous l'achète pas" Bruno Lussato, professeur au CNAM, 1988.

On a revu avec l'élection du 6 mai 2012, les images fameuses du 10 mai 1981 à la télé, avec le visage de François Mitterand qui se dévoile progressivement comme s'il apparait sur un Minitel. C'était la manière tendance de présenter l'info, 12 ans avant l'arrivée de l'internet grand public en France... Aujourd'hui, on tweete.

3615 ULLA s'étalait en grand sur les murs de Paris avec des affiches géantes (attention, lien réservé aux obsédés adultes du pixel). Les messageries roses, sponsorisées par l'Etat et rapportant des fortunes à cet Etat et à ses partenaires, florissant de partout, faisaient scandale car finalement personne ne protestait contre un système qui rapportait gros, officiel et dont la France était fière.

Les bidouilleurs peuvent encore récupérer des Minitels et les connecter à un ordinateur personnel ou à un petit serveur. Un beau combat d'arrière-garde pour les aficionados des affichages simples et rustiques. Gageons qu'il sera bientôt ultra-chic de réaliser de telles applications. Tiens, si je transformais mon iPhone en serveur Minitel ?

La nostalgie des pixels lents du Minitel est une nostalgie comme les autres. C'est comme les allumeurs de réverbères qui au XIXème siècle faisaient florès. Un beau métier, plein d'avenir, disparu avec l'arrivée du gaz de ville puis de l'électricité. L'Internet m'a tuer, disait le Minitel. Et pourtant, et pourtant... Beaucoup de compagnies aujourd'hui cherchent à recréer un système économique et de contenus aussi riche et puissant. Le Cloud est le vrai remplaçant du système Minitel. Et on n'a pas fini d'en entendre parler. La vache à lait du Minitel a accouché, mine de rien, de plein de veaux dans le nuage et l'on attend pour voir qui sera le plus fort.





Aucun commentaire:

Publier un commentaire