dimanche 17 février 2013

Du temps de cerveau pour ... Les MISérables

Ceci n'est pas une critique de film, même si cette semaine est sortie en France l'adaptation des Misérables. En tous cas pas uniquement.

Lorsque Victor Hugo écrit Les misérables, il est à la fois l'un des auteurs les plus connus en France et les plus engagés pour la liberté. Publié en 1862 (il y a 151 ans), alors que Victor Hugo était exilé à Guernesey, ce roman en cinq volumes devient vite un grand succès. « Ma conviction est que ce livre sera un des principaux sommets, sinon le principal, de mon œuvre », écrit Victor Hugo. Le succès du roman dépasse la France très, très largement. Devenu un classique en France, enseigné à l'école, il prend une autre tournure à l'étranger, avec ce souffle hugolien, ces personnages si divers et si présents dans lesquels chacun retrouve ce qu'il aime ou déteste, ce symbole d'une révolution populaire toujours avortée.

 

Mais vous les avez tous lus, n'est-ce pas ? C'est un texte du domaine public maintenant, disponible par exemple ici : Tome I, Tome II, Tome III, Tome IV, Tome V en format epub pour lire sur vos liseuses préférées (moi c'est un iPad). On le trouve aussi ici ou ici ou évidemment ici. Ou encore ici en anglais.
Prévoir quand même quelques nuits de lecture ;)

Face à un tel monument, il y a eu énormément d'adaptations, au cinéma, au théâtre et aussi comme comédie musicale. Au cinéma, tous les grands monstres au joué Jean Valjean, de Gabin à Ventura, de Harry Baur à Belmondo, en passant même par le mal nommé Depardieu.

Le film qui vient de sortir cette semaine n'est pas une adaptation du roman de Victor Hugo, mais une adaptation au cinéma de la comédie musicale qui a été adaptée en anglais à partir de la comédie musicale en français écrite à partir d'un double album de musique inspiré du roman.
Vous suivez ?
Les textes originaux de ce double album étaient de Alain Boublil et la musique de Claude-Michel Schonberg. Au fur et à mesure des adaptations, ces textes et cette musique ont été adaptés, traduits en anglais, retraduits en français, dramatisés, etc.

 

Finalement, à bien y réfléchir on pourrait s'être totalement éloigné du roman initial et fondateur de Hugo. En fait, on s'en est rapproché, car la vérité dans sa grandeur et sa simplicité exerce toujours une grande force d'attraction sur le monde.

J'ai donc vu cette semaine ce film, accompagné d'une très chère amie, américaine.

 

Il faut bien comprendre que la comédie musicale Les Miz ou Les Mis puisque c'est devenu son petit nom au fur et à mesure des années est à ce jour la comédie musicale qui a eu le plus de succès au monde, qui est jouée sans interruption à Londres depuis le plus grand nombre d'années (depuis 1985) et qui a séduit le monde anglophone avec une force d'impact étonnante. Les américains et les anglais sont très séduits par cette histoire, cette musique puissante et cette vision mélangée de la France, du XIX° siècle, de Hugo, de la liberté et de l'amour. C'est à ce point, par exemple, que lors de grèves et de manifestations sociales habituelles, on peut même entendre la chanson révolutionnaire emblématique retentir, comme ici il y a quelques années dans le ... Wisconsin. Hugo, la liberté, le peuple et des grévistes...

Le film lui-même est une auto-référence par rapport à la comédie musicale : Tous les acteurs chantent en direct pendant qu'ils tournent, ce qui est une performance pour eux et ce qui donne une forme de spontanéité au film, pas tout à fait comme sur une scène à Broadway ou à Londres, mais loin quand même des comédies musicales en playback habituelles. Plusieurs acteurs "historiques" en font partie, comme le premier Jean Valjean en 1985 à Londres qui incarne ici l'évêque de Digne - subtil retour en boucle sur les rapports de Jean Valjean avec Dieu. La comédie musicale a fêté ses 10 ans puis ses 25 ans avec des concerts imposants, bien au-delà de ce que Robert Hossein avait fait en France, alors même que c'est le metteur en scène le plus connu en France pour des adaptations mégalo-macro-spectaculaires.

 

Un anglo-saxon n'a donc pas du tout la même vision de ce film qu'un français pur jus. Les critiques de cinéma ne s'y sont pas trompés. Les américains et les anglais célèbrent ce film. Les critiques français le dénigrent dans leur grande majorité. Souvent incultes, acculturés, ils n'ont pas compris les références derrière ce travail et cèdent à la mode du cynisme parisien habituel. Tant pis pour eux. Je défie un spectateur moyen de ne pas être ému ou même de pleurer à certains moments, notamment à la fin.

D'ailleurs il s'agit plus d'une tragédie musicale que d'une comédie, même si les Thénardier, les horribles Thénardier, apportent une dose de comique sur la scène, fortement réduite dans le film.

Moi j'ai bien aimé. J'ai toujours aimé Les misérables comme un roman fondateur écrit pendant une de mes époques favorites de l'Histoire de France. Une époque où la modernité commençait à émerger. Mais pour me faire à l'idée de voir ce film, ce ne fut pas évident. Je ne connaissais pas vraiment la comédie musicale en français, ni lors de ses remakes en français retraduit de l'anglais.

Mes conseils :
- Ecouter les chansons (en anglais) de la comédie musicale (trouvables sur Youtube facilement). Vous en reconnaitrez peut-être certaines.
- Ensuite allez voir le film, avec une oreille prête et laissez vous aller. Pleurez un peu si vous le sentez.
- Puis relisez encore et encore Les misérables de Victor Hugo
Vous aurez passé de bons moments et serez prêts pour la suite, la Vie.

Vous pouvez évidemment ne pas être d'accord ;)

(ici adapté et lu sur France Culture)

 

 

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