samedi 25 mai 2013

OUAHHH ! Cinquante ans et toujours pas de défenses !

Jubilez, jubilés, l'Afrique politique fête ses cinquante ans !
C'est jeune pour un éléphant encore.



L'(O)UA fête donc ses cinquante ans ce samedi, puisqu'elle a été créée le 25 mai 1963, dans la foulée des grandes indépendances. Déjà à l'époque les visions politiques divergeaient entre des fédéralistes et des tenants d'une union d'Etats nations. Ca ne vous rappelle rien ? On parle ici de l'Afrique et non de l'Europe... Le rythme d'évolution a été bien différent sur les deux continents, car les moyens ont longtemps été à la traine, avec en plus la bataille récurrente entre anglophones et francophones. Mais les problèmes affrontés par l'OUA étaient d'un autre ordre : accompagner les pays après la décolonisation, lutter contre l'apartheid en Afrique du Sud, gérer des crises locales et régionales fréquentes, à coup de droits de l'homme (et de la femme) largement contestés par des pouvoirs dictatoriaux en place.

En ayant choisi Addis Abeba, capitale de l'Ethiopie et plus haute capitale d'Afrique - plus de 2000 mètres - pour s'installer, les pères fondateurs ont choisi un terrain neutre, laissant libre cours aux puissances africaines de développer leurs stratégies sans être embêtés par un "centre" trop fort (Comme Bonn par exemple en Allemagne avant la chute du mur). Un peu d'histoire sur les régionalismes africains ici.

Finalement, l'OUA n'a vraiment pris son envol qu'avec Khadafi et son rêve panafricain. C'est lui qui a poussé à l'Union, avec le traité de Syrte en 2000 et le passage d'une organisation pour l'unité africaine à une Union africaine créée en 2002 et prenant la suite de l'OUA avec beaucoup plus d'organisation. C'est lui qui a marqué son histoire récente et une certaine tension de force. Quelques avis informés ici, ici et  (Vive la presse).

Depuis un peu plus de dix ans, l'UA a donc pris son envol. Il y a un frémissement malgré une bureaucratie encore très peu efficace et qui fait rigoler tous les spécialistes, et des postes quasi royaux affectés aux Etats, via des commissaires par exemple, dont certains passent plus de temps dans les salons VIP des aéroports que dans leur propre "ministère". A leur décharge, il faut dire que les transports en Afrique sont extraordinairement lents : aller d'une capitale à une autre demande dans certains cas beaucoup de courage et de temps si on ne passe pas par un pays du Nord ou en choisissant un des deux ou trois grands "hubs" aériens africains.

Aujourd'hui tous les Etats africains reconnus sont membres de l'UA, sauf le Maroc (en gris en haut à gauche) qui a quitté il y a trente ans lorsque ses ennemis saharouis ont été admis. C'est juste un exemple qui montre que les vieilles rancoeurs ont du mal à se résoudre. Comme si tous les Etats (ou gouvernements) qui étaient présents à l'UA s'adoraient et étaient légitimes... Ah si, il y a aussi le Somaliland qui n'est pas membre, mais lui n'est reconnu par aucun Etat, donc il ne compte pas du tout. C'est juste un ancien territoire britannique, une île en Afrique.

Khadafi n'est plus là et ce jubilé d'or est l'occasion d'un nouveau départ. L'UA est dirigée depuis un an par une femme anglophone qui a remplacé un homme francophone accusé de tous les maux. Les crises sont toujours là et elles prennent de plus en plus de résonance, au-delà des frontières artificielles léguées par les anciens colonisateurs. La solution à chaque crise ne peut plus être traitée au niveau de chaque Etat. De plus les nouveaux colonisateurs arrivent, attirés par l'odeur alléchante du fromage africain et du réservoir de développement qui y gît, sans compter les ressources naturelles de toutes sortes qui s'y trouvent.



A ces cérémonies d'Addis Abeba, on trouve en premier lieu la Chine, officiellement la seule à être remerciée à la tribune pour son soutien (désintéressé évidemment). Les chinois disent de l'Afrique « La force de l'Afrique vient de l'unité et de la coopération, l'avenir de l'Afrique dépend de la solidarité ».
On trouve aussi le Brésil, les Etats-Unis et... la France, seul pays européen à être représenté au plus haut niveau, puisque François y est venu. Bien joué, François, même si la Commission européenne est aussi présente à son plus haut niveau. Reste à montrer un discours différent, responsable et permettant concrètement à l'Afrique de se développer, en toute sécurité. Une occasion !

La sécurité est le mot dans toutes les bouches : intérieure et extérieure, impact sur les populations, terrorisme, rébellions, femmes... François annonce une grande conférence fin 2013 à Paris sur la sécurité en Afrique et y invite les Chefs d'Etats africains («A la fin de l’année, j’inviterai l’ensemble des chefs d’Etat africains à Paris pour une réunion qui sera consacrée à la paix et à la sécurité et donc, d’une certaine façon aussi, à la lutte contre le terrorisme»). On y reviendra à ce moment évidemment. Mais il va aussi parler des crises au Sahel et donc au Mali, et des terrorismes régionaux. On imagine quelques discussions privées intéressantes. Dommage qu'il ne reste pas longtemps et qu'il doive rentrer à Paris pour la manifestation de tous les dangers des anti-mariage homo.

A ce Sommet, sont donc présents presque toutes les puissances du Monde et les BRICS sont là ;)
En matière de développement, toutes les prévisions sont optimistes pour l'Afrique. Il est vrai qu'il y a du chemin à faire, encore et encore. Comme le rappelle l'AFP "selon l'Indice de développement humain (IDH) des Nations unies, les douze pays les moins développés du monde sont en Afrique; et au sein des 26 pays de la queue du classement, un seul n'est pas africain: l'Afghanistan."



Aucun commentaire:

Publier un commentaire