mercredi 26 juin 2013

Cent mille

100 000 morts en Syrie depuis le début de la guerre civile / révolte / rébellion, quelle que soit le nom que vous voulez donner à cette tragédie.

Ca fait longtemps que les chiffres ne veulent plus rien dire dans les médias. Mais c'est un cap qui a été franchi, le 24 juin, jour de la Saint-Jean et des feux (de joie ?).

Alors juste quelques réflexions en vrac sur les chiffres aujourd'hui.

100 000 morts au loin pèsent moins qu'un ou deux près de chez vous. Je ne parle pas de vos proches qui pèsent plus que tout évidemment. Mais un mort inconnu pas loin ou 100 000 très loin, ce sont des informations différentes. Près de chez vous, cela veut dire que vous pourriez le connaître de vue, que ça pourrait vous arriver et qu'il pourrait u avoir des conséquences directes ou indirectes pour vous. Au loin, les conséquences sont faibles, voire supposées nulles.

100 000 morts ça représente un gros coût pour la société : le coût du mort est évalué (froidement mais technocratiquement) en fonction du manque à gagner pour la société s'il avait continué à vivre, à gagner de l'argent, à payer ses impôts,etc. Il est aussi calculé en fonction des dommages et frais générés par cette mort. En France, par exemple, dans le domaine des transports que je connais un peu, le coût du mort est évalué à un million d'euros pour les transports individuels et à un million et demi pour les transports collectifs. Si, si ! (Référence PDF ici). C'est "grâce" à ce calcul que sont prises les décisions d'investissements. Par exemple l'aménagement d'un carrefour dangereux pour réduire ou supprimer le nombre de morts sera une simple équation entre le nombre de morts passés et le coût de l'aménagement. Evidemment je simplifie. Il y a aussi le coût des blessés et des considérations de politique locale. Alors 100 000 morts, ça coûte combien à la Syrie ?

100 000 morts selon les uns, moins ou plus selon les autres. En l'occurrence, il s'agit d'un comptage précis à l'unité près réalisé par une ONG syrienne. En France les estimations varient beaucoup suivant les sources, comme pour les manifs. De 1 à 8 dans le pire des cas et de 1 à 3 en général. Les méthodes de comptage sont différentes et surtout les intérêts des organisations qui comptent. Ce phénomène est présent également dans quelques organisations qui n'aiment pas spécialement la transparence et qui préfèrent la propagande. EN fouillant dans leurs rapports et leurs sites internet, on trouve plein de chiffres différents pour désigner la même donnée et personne ne leur fait de remarque car, après tout, tout le monde s'en fout, sauf ceux qui raisonnent en euros : le fisc, l'URSSAF ou les responsables comptables qui doivent certifier des comptes. Mais tout ça est sans compter l'arbitrage "politique". Dans le cas Tapie-Lagarde ou Balladur-Karachi ou Hollande-Cahuzac (il serait temps que M. Cahuzac fasse son travail de deuil, d'ailleurs).

100 000 morts, ça fait un tas de morts. C'est certain. Un mort, ce n'est pas un tas de morts. Deux non plus (a couple, comme disent les américains). Trois non plus. A quel moment peut-on commencer à parler d'un tas (de morts ou de haricots, avec tous mes sentiments respectueux pour tous les morts et leurs proches) ? Depuis l'antiquité cette question a agité les philosophes et a généré plusieurs paradoxes sorites. Je suis assez Hégélien sur le sujet. Un tas c'est une combinaison de quantité et de qualité. L'une transforme l'autre et réciproquement au fur et à mesure où l'on ajoute des unités au tas. Tout ça dépend du contexte et de la "paresse" de l'individu à compter ou évaluer. Ca dépend aussi de son nombre de doigts, mais dans une moindre...mesure.

Et puis, il y a des individus qui sont des tas à eux tout seuls, car ils ont changé le monde. Mandela par exemple. Tous les médias du monde ont déjà préparé sa nécrologie et des numéros spéciaux. Pas ici. Juste une pensée pour qu'il vive et parte sereinement, avec ses proches, en le remerciant pour ce qu'il a fait pour l'Humanité.

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