dimanche 13 octobre 2013

Du temps de cerveau pour ... les prix Nobel de la Paix

C'est d'actualité en ce moment, mais un peu de retour en arrière ne fait jamais de mal. On ne parlera pas ici des autres prix Nobel décernés depuis 1901 et choisis en Suède :
- les prix scientifiques (sciences dures et de la vie) que s'arrachent les médias et surtout les universités du monde car ça les aide à gagner des places dans les classements internationaux comme celui de Shanghai
- le prix de littérature qui est d'une autre nature.
- le prix d'économie (le petit dernier des Nobel) ajouté en 1968 avec la condition expresse qu'aucun autre ne serrait ajouté. Il ne s'agit que d'un prix "en mémoire d'Alfred" Nobel.

On ne parlera que du plus symbolique des prix, celui de la Paix, choisi en Norvège, censé récompenser « la personnalité ou la communauté ayant le plus ou le mieux contribué au rapprochement des peuples, à la suppression ou à la réduction des armées permanentes, à la réunion et à la propagation des progrès pour la paix » selon les mots mêmes du testament du richissime Nobel, dont la fortune a été construite sur les armes.

Alfred Nobel a décidé sur le tard de créer ce prix. Une légende urbaine raconte que c'est la publication erronée par un journal français d'une nécrologie prématurée, condamnant son invention de la dynamite en 1888 qui le décide à laisser une meilleure image de lui au monde après sa mort. La nécrologie affirmait ainsi : « Le marchand de la mort est mort. Le Dr. Alfred Nobel, qui fit fortune en trouvant le moyen de tuer plus de personnes plus rapidement que jamais auparavant, est mort hier » (Wikipedia).
Il est clair que ce marchand d'armes s'est laissé persuader de transmettre une meilleure image de lui et de ses pays, puisque la Suède et la Norvège étaient un seul royaume à l'époque.


Un petit montage des récipiendaires réalisé par votre serviteur

Il y a des listes de prix attribués partout, ici bien sûr mais aussi ici. Les opposants à ce prix sont nombreux y compris en Suède et en Norvège où le prix est décerné par le parlement norvégien, qui change de politique de temps en temps, c'est normal, et qui est plutôt atlantiste en ce moment. Interview ici d'un opposant célèbre qui clame que près de la moitié des prix décernés depuis la deuxième guerre mondiale ne sont pas compatibles avec le testament d'Alfred Nobel.

Ce prix est unique mais a quand même été décerné trois fois à la Croix Rouge, la dernière en 1963 et les deux autres vers la fin des deux premières guerres mondiales, alors que les prix éteint suspendus pendant les autres années de guerre. Un prix de guerre pour la paix donc. A côté il y a de grands oubliés comme le symbole mondial de la Paix, Gandhi, qui n'a jamais reçu le prix de son vivant mais qui a reçu un hommage indirect juste après son assassinat, en 1948, année où le jury qui s'est senti un peu "merdeux" a refusé d'accorder un prix faute de candidat approprié et vivant, car la tradition voulait que ce prix ne puisse être accordé à titre posthume. 1948, année de guerre froide s'il en est est, devenue l'année sans lauréat, avec l'ombre de Gandhi flottant au-dessus des Nations-Unies naissantes, de la fin du colonialisme anglais en Inde et d'un sentiment de culpabilité général.

Les prix ont presque toujours été contestés, car il y a à chaque fois plusieurs nominations. Certains Etats puissants se sont vus récompensés à des moments bizarres de l'Histoire, comme les USA avec Kissinger (et Lê Duc Tho au Vietnam), Carter ou Roosevelt ou Obama, les russes avec Gorbatchev juste après la chute du Mur, mais aussi les Chinois avec le dissident Liu Xiaobo il y a trois ans. L'Etat chinois a été tellement furieux qu'ils ont créé un contre-prix, le prox Confucius, dont personne ne parle plus aujourd'hui tellement il a été conçu contre quelque chose et pas "pour" quelque chose. Faute tactique, le premier récipiendaire n'est d'ailleurs même pas venu chercher sa breloque.

Il y a quand même de grands noms :
- Martin Luther King en 1964 (il n'avait pas encore été assassiné à ce moment)
- Le prix 1994 pour Arafat, Peres et Rabin sur les accords de paix au Proche-Orient (ah bon ?), l'année d'après celui de Mandela. Décennie fastueuse puisque Aung San Suu Kyi l'avait eu en 1991 pour son opposition en Birmanie (depuis la Birmanie a commencé à basculer dans le chaudron de la démocratie)
- Le Dalaï Lama, année où les chinois se sont fâchés tout orange.
- Mère Teresa en 1979, Paix à son âme
- Le Docteur Schweitzer (je présume en 1952)

Récemment, les prix récompensent assez souvent des organisations, comme cette année avec l'OIAC pour les armes chimiques, ou l'année dernière avec la surprenante Union Européenne qui pourtant n'a toujours pas de parole unique sur les questions diplomatiques. L'avantage des organisations c'est qu'elles sont internationales et donc qu'elles génèrent moins de passions nationalistes que des individus. Il y a eu Médecins sans frontières, le manifeste Pugwash, les forces des Nations-Unies pour la paix, Amnesty international que beaucoup d'Etats décrient pourtant à chaque rapport, l'UNICEF et diverses incarnations des Nations-Unies.

Pourquoi un prix symbole de la Paix aujourd'hui ? La dimension symbolique et mondiale de ce prix est devenue incontournable, et pas seulement pour faire vendre de la copie. Nous avons besoin de symboles forts et communs, acceptés ou refusés, approuvés ou contestés, cela n'a aucune importance, du moment qu'ils restent des symboles d'une réalité internationale qui nous dépasse, qui dépasse notre petit jardin et nos questions quotidiennes. Le débat autour de ce prix a le mérite immense chaque année de faire ressortir la question de la Paix et des armes : cela devient un sujet de discussion. C'est donc mieux que de ne pas en parler du tout, ce qui a aussi comme conséquence d'énerver les cons et les égoïstes dont une des seules répliques est "foutez-moi la paix".

Justement.

Aucun commentaire:

Publier un commentaire