mardi 31 décembre 2013

Bonnes conversations !

Ce n'est pas encore le moment des souhaits de bonne année, selon la tradition française et bien que certains politiques aient voulu le faire par avance, histoire qu'on parle d'eux : c'est le cas de Copé par exemple qui pose comme un Président de la République qu'il espère toujours être si ses amis-concurrents-ennemis se désistent, ou de Désir qui envoie des voeux cryptiques aux socialistes à base de 2014 année Jaurès. Tous attendent les voeux officiels de François, le Président réel, ce soir et fourbissent déjà leurs réactions, comme si cela nous intéressait ;)

A propos de parler dans le vide, parlons un peu de numérique.

Nous utilisons de plus en plus des gadgets et des écrans, mobiles mais pas seulement. Beaucoup en auront reçu pour Noël et encore plus tapoteront sauvagement ce soir vers minuit pour tweeter des voeux, instagrammer des photos de fête ou les facebouquer. A propos de Facebook, conversation intéressante et de plus en plus présente dans nos discussions, il y a eu une rumeur il y a quelque temps sur le fait que FB passait de mode auprès des jeunes qui voient débuter leurs aînés et surtout leurs parents et qui utilisent de plus en plus d'autres médias sociaux, comme WhatsApp par exemple. Cette rumeur a eu du succès car elle rejoint des idées reçues. On parle de légende urbaine dans ce cas. Un rapport intéressant à lire sur le sujet ici. On y découvre qu'il y a effectivement beaucoup d'attraction pour d'autres réseaux que FB, mais qu'il reste la référence :


Ce tableau montre qu'une écrasante majorité des utilisateurs d'autres réseaux sociaux utilisent aussi FB, alors que le contraire n'est pas vrai ;) Evidemment d'autres initiatives apparaissent (comme ce réseau social grec élaboré par un gamin de douze ans) mais il est de plus en plus difficile pour ces initiatives de se généraliser : Google+Amazon+Facebook veulent investir l'ensemble des champs et y arrivent petit à petit. Leurs appétit est immense. Cela ne leur garantit pas l'éternité mais pour le moment c'est un fait. Même des acteurs comme Apple qui sont omniprésents dans les esprits, ne le sont que sur certains créneaux et y restent (contraints ou par vision). Quand on voit ce que rachète le groupe des G+A+F, on se dit, excusez-moi Monsieur Franquin, Gaffe aux GAF !

Toujours à propos de conversations, il y en aura certainement autour de vous pour ce réveillon. Il y aura aussi beaucoup de fausses conversations. Alors lisez l'article ici pour vous éclairer sur les conversations actuelles et leurs dérives. Il est tellement intéressant, mais en anglais, que je vous en livre ici un petit résumé.

Il s'agit d'un article sur les travaux récents d'une psychologue du MIT spécialisée dans les relations hommes-machines et qui travaille sur la conversation. Elle est elle-même très douée pour avoir des conversations. Ce genre de personne est rare mais facile à repérer car quand on sort d'une conversation avec l'une d'elles on se sent ragaillardi, sans même savoir exactement de quoi on a parlé et qu'est-ce qui a été important dans ce moment partagé. Il y a eu des mots, des mimiques, des gestes, des silences, des choses profondes et d'autres superficielles. Un moment de vie et de plaisir, simplement.

En tant que militante de la conversation, elle dit ne pas pouvoir s'empêcher de regarder les familles ne pas se parler au restaurant, les mères ne pas parler à leurs enfants dans les jardins, ou les mères envoyer des SMS pendant qu'elles poussent leurs poussettes (avec un enfant dedans semble-t-il). Quand on regarde autour de nous, on voit de plus en plus de personnes "solitaires ensemble" en train de tapoter ou regarder des écrans, quel que soit leur âge. Cela se passe aux USA évidemment, mais bientôt chez nous aussi...

En préparant son prochain livre elle a découvert que, techniquement parlant, nous ne nous parlons pas les uns aux autres. Nous parlons tout le temps, par la voix ou le texte tapé pourtant. Le monde est plus bavard qu'avant, de multiples façons. Le problème est que cette parlotte détruit les (vraies) conversations. Nous parlons aux autres plutôt qu'avec les autres et ça fait une énorme différence.

L'auteure, Megan Garber, rappelle qu'il faut des moments ennuyeux dans les conversations. Que c'est grâce à eux que d'autres moments apparaissent, comme des éclairs. Et que l'Internet, de par son omniprésence et son caractère impersonnel, nous juge et développe nos égos face à lui, plutôt que des moments de partage. Elle propose de limiter nos usages de ces appareils au-dehors "d'espaces sacrés" comme la table du repas commun. Elle souhaite qu'on se regarde dans les yeux quand on se parle (à ce propos je rajoute que le problème avec les applications de vidéo-conférence, genre Skype ou FaceTime, est qu'on a tendance à regarder l'autre, qui nous regarde aussi... ce qui fait qu'aucun des deux ne regarde les yeux de l'autre puisque la caméra n'est pas derrière l'écran mais au-dessus). Elle souhaite qu'on regarde le langage corporel de l'autre.

Les derniers paragraphes de cet article sont fascinants. Elle observe la foule dans un Apple Store, lieu convivial et fréquenté s'il en est, avec des dizaines de conversations à la fois. Sa conclusion est glaçante : "Tout le monde parle, et personne ne parle d'autre chose que de ce qui est sur les machines..."

A méditer, avant vos prochaines conversations avec des humains. Bon réveillon !

PS : Il y a d'autres opinions, évidemment, comme notre Fleur de ministre numérique ;)

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