lundi 30 décembre 2013

Mélange de torchons et de serviettes

Nos mères nous ont répété qu'il ne fallait pas mélanger les torchons et les serviettes. C'est facile dans sa maison, quoique certaines serviettes ressemblent maintenant à des torchons, mais c'est beaucoup plus difficile en politique et en diplomatie. La visite de François à Riyad en Arabie saoudite en est un bel exemple.

Il s'agit à la fois de la situation au Liban, en Syrie et dans tout le proche-Orient, et à la fois de la situation économique, avec la vente possible d'avions et d'armements. Un classique, mais quand on sait que l'Arabie saoudite est un acteur incontournable, richissime, très influent, à la source de l'Islam sunnite et du pétrole, et un soutien indéfectible du Liban sunnite (hors Hezbollah) et des rebelles syriens.

Le pays a un nouveau sous patron, un peu plus libéral que le précédent, si j'ose dire en parlant de ce pays rigoriste jusqu'à l'extrême dans un islam historique. Le fait d'héberger La Mecque et les lieux sacrés liés au prophète de l'Islam n'y est pas pour rien. Mais les femmes y sont toujours traitées comme une espèce différente des hommes, une sous-espèce évidemment.

La France joue crânement sa carte. Elle a choisi les sunnites contre les chiites (Iran, Hezbollah et le dictateur syrien par exemple). Elle est mieux appréciée que les USA qui croient pouvoir être amis (ou ennemis, c'est pareil) avec tout le monde. Cela simplifie sa diplomatie, y compris en Afrique ou les sunnites sont très très présents à coups de constructions de mosquées et de routes. Mais le "juste milieu" qui a toujours caractérisé notre diplomatie dans la région, avec Israël notamment, en prend un sacré coup. Sans compter les amours fragiles entre l'Arabie saoudite et ses voisins du Golfe.

On parle donc de possibles ventes d'armes au Liban, grâce à des financements saoudiens. Par "au Liban" entendez au gouvernement qui inclut les sunnites, alors même que Hariri, le fils, est presque en permanence hebregé en Arabie saoudite pour d'évidentes raisons de sécurité, vu les nombreux attentats dans son Liban d'origine. C'est un jeu de billard à trois bandes. C'est donc un jeu qui demande du doigté et de la vision. Pour vous en convaincre lisez cet imbroproglio entre EdF et le royaume, ici...

Signalons aussi que beaucoup de présidents sont allés dans cette région, souvent à cette époque, depuis Mitterand qui passait ses vacances d'hiver en Égypte. L'Egypte, c'est pas le moment ;) En plus, le premier de l'an n'est pas une date reconnue dans le calendrier musulman puisque l'année est comptée autrement. Dans une ville comme Riyad il est même interdit de célébrer la nouvelle année (chrétienne). Tolérance zéro donc pour les autres religions et lecture stricte des textes anciens, revus et corrigés, mais si peu.

En France, on célèbre toutes les fêtes, laïques et religieuses. Certains se débrouillent même pour prendre des congés pour toutes. J'en ai connu une il y a longtemps, dans un ministère, qui devait être à la fois chrétienne, juive et musulmane, sans compter qu'elle était française, belge, suisse, marocaine et algérienne (pour les fêtes nationales)... On ne la voyait pas souvent ;)

La diplomatie est un art difficile, dans lequel on risque de perdre sa morale et sa vision, et François en a une même si elle ne plait pas à tous et s'il ne la montre pas tous les quarts d'heure. Attention donc. Les français ne comprennent pas forcément tout de ces enjeux, car la presse et les humoristes amateurs de quenelles (au porc ?) sont pleins d'amalgames. Francois a même dû parler de ça pendant sa conférence de presse en réponse à une question... à Riyad ! Et on revient aux torchons...

 

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