lundi 11 août 2014

Le début de la fin des cadenas sur les ponts de Paris

Vous vous souvenez certainement de la campagne lancée en février par NoLoveLocks contre l'épidémie de cadenas (soi-disant) d'amour qui pullulent sur les ponts de Paris. On en avait parlé au lancement et un peu après car sur ce blog quotidien on la soutient. Cette campagne a eu un gros succès et a pris de l'ampleur ce week-end avec la première étape d'une campagne officielle par la Mairie de Paris.

Rappelons que ces cadenas sont attachés par milliers (et même centaines de milliers) sur plusieurs ponts de Paris :
- au mépris de leur protection (un comble pour un cadenas) alors que ce sont des sites historiques à la fois classés par le Ministère de la Culture et inscrits au patrimoine mondial de l'humanité par l'UNESCO ;
- au mépris de la sécurité des passants puisque les grilles de protection s'écroulent régulièrement et que le Pont des Arts a dû être fermé plusieurs fois déjà. La Mairie collectionne d'ailleurs les grilles pleines de cadenas rouillés, au moins une soixantaine à cette heure et ça continue.
- au mépris du symbole de l'amour car qui veut d'un objet symbole d'esclavage et d'égoïsme pour marquer une forme de romantisme ? Surtout quand cet objet une fois posé est oublié, et qu'il se retrouve revendu à d'autres par des vendeurs à la sauvette sans vergogne (vous avez certainement vu ces mecs rouvrir des cadenas fermés pour les revendre après, ils le font très souvent) ou entreposé comme un déchet qu'il est.
- au mépris des autres, puisque c'est évidemment un acte de vandalisme pour montrer son égo en se foutant du regard oblique des passants honnêtes. Au moins Brassens, un vrai poète et qui a chanté le Pont des Arts, aimait l'éphémère et le beau, pas le laid et le pollueur. Et Brassens aimait la vraie qualité de vie qu'on trouve quand on la cherche. Les cadenas au contraire ont détruit la qualité de vie de beaucoup de parisiens qui souffrent de ce qui est fait à ces ponts où les touristes regardent plus les cadenas que la magnifique vue qu'on y trouve.
-au mépris de la tradition, tout en s'en réclamant. Il n'y a pas en effet de tradition parisienne des cadenas, mais le poids de Paris capitale de l'Amour est tel que plein d'autres villes en souffrent également. La plupart de ces villes, d'ailleurs, ne veulent pas devenir une poubelle comme Paris.

La campagne lancée par deux américaines n'était pas la première contre ces cadenas, mais c'est elle qui a fait le plus de bruit. Nous savons que des contacts ont eu lieu entre ce collectif et la Mairie, qui vient donc de lancer sa première vraie campagne officielle. La Mairie est une grosse machine et nécessairement prudente, mais elle semble également vouloir la fin des cadenas. C'est à dire qu'elle ne veut pas chercher d'autres endroits ou des arbres où accrocher les cadenas, comme certains le suggèrent, mais qu'elle souhaite également l'élimination des cadenas. Par contre la méthode de la Mairie est douce et cette première étape vise à créer un "social wall" sur l'Internet pour que les touristes y accrochent virtuellement leurs selfies pris sur le pont des Arts ou sur celui de l'Archevêché ou un autre touché par l'épidémie. Il y a des auto-collants aussi.

Le principe est simple : un selfie plus le hashtag #lovewithoutlocks sur Twitter par exemple et tout ça se retrouve automatiquement sur le mur de la Ville de Paris ici.

On remarquera deux choses rigolotes dans cette première bataille d'une guerre qui s'annonce longue contre les touristes crétins (attention, tous les touristes ne sont pas crétins et tous les crétins ne sont pas des touristes) :
- Le logo ressemble étrangement à celui de NoLoveLocks et le fait d'avoir un hashtag en anglais aussi vise clairement les touristes étrangers même s'il n'y a pas qu'eux qui accrochent des cadenas. Moi j'y vois de manière évidente l'influence d'une campagne virale lancée par deux passionnées sur des organismes officiels. C'est rassurant et fascinant.
- le choix du hashtag est intéressant : "Amour sans les cadenas" contre "Non aux cadenas d'amour". On voit que la Mairie veut positiver et vendre "Paris et l'Amour" mais sans cadenas.
C'est bien de positiver mais il faut aussi savoir punir de temps en temps. Eternel débat, très politique au fond. Pourtant, toutes les tendances politiques s'accordent sur ce combat contre les "cadenas de la haine" comme je l'ai lu quelque part. Ce n'est donc pas un combat limité au creux du mois d'août, mais le début d'une bataille.

Libérons Paris de ces cadenas. C'est moins grave qu'une guerre me direz-vous. Evidemment. Mais la liberté s'achète tous les jours. Souvenez vous de cette manif en juillet pour la Paix en Palestine, avec des juifs et des musulmans main dans la main, qui se termina par un lancer de fleurs blanches dans la Seine à partir du Pont des Arts pour la Paix. C'était une initiative lancée par une étudiante de 18 ans. La symbolique du "Pont" me semble plus forte dans ce cas que dans l'affaire des cadenas d'égoïstes.

Toute cette campagne officielle semble bien légère pour le moment, mais il faut féliciter la Mairie de s'y être enfin lancée. Il sera intéressant d'observer la suite et les autres étapes de la Mairie, de NoLoveLocks ou d'autres. Car dans ce combat contre le vandalisme égoïste et bête, il faut que les différentes forces s'unissent...


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