jeudi 13 novembre 2014

Vu d'Afrique

Vous l'avez compris, fidèles lecteurs, je suis à Dakar. Quelques impressions de Dakar mais aussi de toute l'Afrique puisque la réunion où je suis rassemble des universitaires africains d'un peu partout. C'est en vrac, comme l'Afrique.

D'abord le Burkina Faso, grand sujet de discussion ici, et pas seulement de la part des burkinabés. La perception juste de la première révolution populaire non guidée par une tentative plus ou moins avouée de coup d'état est à la fois une surprise majeure et une source de fierté et d'inquiétude. Les jeunes burkinabé ont montré à la face du monde africain le poids de la jeunesse, en prenant tout le monde de court. Un Blaise Compaore qui croyait que c'était une crise comme d'habitude ("une révolte Sire ? Non une révolution !"). Des militaires qui ont voulu garantir l'ordre tout en ne sachant plus comment s'en dépêtrer après. Une opposition divisée - comme dans tout pays démocratique... On sait déjà que le Burkina sera l'un des grands sujets entre chefs d'Etat francophones dans deux semaines. Mais le poids de cette jeunesse est perçu, surtout par des universitaires censés les former, comme un retournement majeur de la situation politique.

Ensuite Ebola. a Sénégal, pas de souci officiel mais c'est dans toutes les têtes. Les locaux de Dakar qui savent discuter se plaignaient avant de la baisse de qualité du tourisme dans ce pourtant beau pays : moins d'argent pour les touristes, surtout les jeunes, qui calculent tout à l'avance, à cause de la crise au Nord et de l'Internet qui pousse les touristes à être beaucoup plus avertis qu'avant ; interdiction des manifestations en préparation du Sommet de Dakar pendant presque un mois et surveillance policière renforcée empêchant la vie quotidienne ; menaces terroristes pendant le Sommet du groupe nigérian qui a des alliés partout en Afrique de l'Ouest... Mais Ebola en plus est venu couronner le problème en faisant annuler plein de réunions internationales...

Et enfin la CAN 2015 sur un continent où le foot est très important. Le Maroc a officialisé son refus de l'organiser aux dates prévues et les organisateurs (la CAF) ont décidé de retirer au Maroc le statut d'organisateur. Le Maroc n'est plus qualifié du tout, puisqu'il l'était en tant que pays organisateur et devra vraisemblablement payer des amendes et indemnités lourdes. Le Maroc a invoqué le risque majeur sanitaire lié à Ebola et à l'afflux de spectateurs venus de partout. C'est une decision justifiée du point de vue du Maroc, mais seulement de lui. La CAF est en train de choisir un autre pays pour organiser la CAN aux mêmes dates. A suivre.

Les affaires sénégalaises passent un peu à la trappe dans ce climat. Mais à l'autre extrême, j'ai vu des yeux émerveillés, comme les miens, à l'annonce de l'atterrissage de Philae sur la Comète. 30 millimètres d'erreur à 500 millions de kilomètres, ça peut faire rêver en effet. Et ce n'est pas parce que cela se passe si loin, que cela ne peut pas toucher des gens dont le quotidien est à mille lieues de là. C'est une des beautés de la science. Qu'elle soit européenne ou pas. Finalement, ça reste de la science. Et dans le ciel de Dakar, beaucoup on levé les yeux quand ils l'ont appris. C'est idiot non ?... Non !



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