mardi 12 mai 2015

Pendant que François vole de Cuba en Haïti

Après sa fameuse poignée de main et un entretien d'une heure avec Fidel Castro, François a quitté Cuba avec son cortège d'accompagnateurs (plus de 200) pour aller à Port-au-Prince. Il aura sillonné la Caraïbe francophone et francophile dans tous les sens ou presque. On oublie Sainte-Lucie et les paradis fiscaux du coin, ça ferait mauvais genre. Déjà que la droite s'agace contre le salut historique à Fidel, comme si le boulot d'un président n'était pas de serrer la main à plein de responsables, démocrates ou non.

C'est un petit vol entre les deux pays. Il aurait même pu y aller en bateau... On suppose que l'avion présidentiel n'a pas survolé Guantanamo pour ne pas énerver les américains. En Haïti aussi il y a u boulot pour renforcer la place de la France, face à un Canada et à des américains très présents, notamment à cause de l'importante diaspora haïtienne qui se trouve dans ces pays.

La coopération avec Haïti est plus traditionnelle, mais la dette reste un sujet majeur. Quelle dette ? Vaste question. François a dit par exemple "Haïti, première colonie libre, première République noire ayant fait échec au rétablissement de l'esclavage [par Napoléon]"... Depuis cette époque et tout au long du XIX° siècle, Haïti a dû ainsi dédommager les riches propriétaires colons (français pour la plupart évidemment). On estime cette dette à plus de 17 milliards d'euros d'aujourd'hui. Une sacrée addition pour un des pays les plus pauvres de la planète.

François n'acquittera pas la dette financière de la France, puisque la France continue à penser que le dossier est clos, même si le "débat sur les réparations" n'est pas épuisé pour lui. Mais en annonçant qu'il allait acquitter la dette, il a certainement voulu parler de dette morale. Une morale que la France a mise à toutes les sauces avec son passé - et un peu de son présent - autour du colonialisme, jamais revisité officiellement.

Depuis le séisme de 2010, Haïti ne s'est toujours pas relevé. Ses élites continuent à fuir le pays malgré le développement de programmes de coopération et de co-développement de plus en plus importants en Haïti pour les retenir autour de structures efficaces et attrayantes. La multiplication des ONG et des coopérations internationales pompe également beaucoup d'énergie et de ressources humaines qui ne sont pas employées directement dans le pays. C'est par exemple seulement maintenant que le principal hôpital universitaire de la capitale est reconstruit. La crise politique intérieure a, il est  vrai, empêché beaucoup de projets de se lancer, sans même parler d'aboutir.

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