mardi 26 juillet 2016

Pokémon Go...ogle

Celui qui n'a pas entendu parler de Pokémon Go n'est pas connecté !
Celui qui n'a pas entendu parler de Pokémon Go n'est pas connecté !
Celui qui n'a pas entendu parler de Pokémon Go n'est pas connecté !

Bon, j'arrête de paraphraser le foot. Il s'agit aujourd'hui d'un autre sport, basé sur la marche.

Je vous épargne les articles qui expliquent le jeu ou donnent des cartes de Pokémon rares, des astuces comme ici, y compris ici par le premier joueur qui les a tous attrapés (pour professionnels obsédés uniquement) ou à propos d'anecdotes toutes aussi bizarres les unes que les autres. Je voudrais vous parler de ce qu'il y a derrière.

Le jeu se passe dans la réalité mais le regard fixé sur l'écran peut entraîner des accidents. En France, lancé officiellement dimanche seulement, les premiers accidents de la route ont été enregistrés, ainsi que les premiers retraits de points sur les permis des dresseurs de Pokémon. Il déconcentre complètement par rapport aux autres activités, sauf quand on est habitué des jeux vidéo et/ou en ligne, car il rend captif le joueur qui s'y laisse prendre. Un phénomène bien connu mais surprenant à observer chez les débutants. Les joueurs souriront, mais il est facile de se laisser happer car le jeu mélange plusieurs dimensions : un univers artificiel et mignon, un jeu de découverte et de batailles, une réalité augmentée qui est nouvelle et une visite de votre environnement qui fait découvrir des lieux insoupçonnés (et vaguement culturels).


Les politiques sont vieux et n'ont pas connu les Pokémon. Ils doivent bien avoir des enfants ou des petits-enfants mais visiblement ils ont toujours traité cela avec mépris. En plus, bien peu de politiciens maîtrisent l'internet et encore moins les réseaux sociaux et le jeu en ligne, sans même parlée de réalité augmentée ou virtuelle. Leurs réactions sont désopilantes. C'st ce qu'on pourrait appeler gouverner un pays en regardant dans le rétroviseur plutôt que vers l'avant. Bien peu sont capables de mesurer l'intérêt causé par ce type d'activité. On admirera la réaction ridicule de la ministre de la famille dans ce tweet qui a beaucoup été moqué



Le jeu vidéo (première version) a été créé il y a vingt ans, un peu après le Web. On écrit Pokémon avec un accent aigu, explications fascinantes à lire ici... Les joueurs sont issus de plusieurs générations puisque les 25-35 ans sont nés dedans et sont plongés en pleine nostalgie de leur enfance devant des écrans minables et des cartouches de jeu dans lesquelles il fallait souffler : le fantasme des Pokémon envahissant le monde réel les a habités longtemps, et la réalité a enfin rattrapé l'imaginaire. Quant aux plus jeunes qui sont nés bien après et avec les nouvelles générations de Pokémon, ils jouent comme aux autres jeux et essayent de gagner, individuellement et à travers leurs factions. L'intérêt de ce type de jeu est effectivement qu'il peut se jouer à différents niveaux d'investissement sans se voir imposer un modèle uniforme pour tous. La preuve, j'ai créé un compte...

Au plan commercial c'est un franc succès : 200 pays où il est disponible, des milliards attendus de recettes et plein de produits et de services dérivés à venir : publicité en ligne pour les commerces de proximité, attirance vers des lieux spécifiques et des événements où l'on viendra aussi pour trouver un Pokémon rare, offres spéciales couplées à des Pokémon, (Comme Monoprix qui a essayé de distribuer un kit du dresseur avant de se faire dévaliser et ridiculiser), objets dérivés, et tous moyens de nous rendre captifs... Cela ne vous rappelle rien ?

Les gigantesques recettes attendues ne sont pas pour n'importe qui. L'action Nintendo a pris beaucoup de valeur en quelques jours, mais rechute depuis : les actionnaires ont enfin compris que Nintendo ne récupérerait qu'une infime partie des bénéfices, même moins que Apple par exemple puisque 30% des recettes du jeu sur iPhone vont automatiquement à Apple, comme pour tous les jeux sur cette plateforme. Les recettes vont aller principalement à Niantic. Niantic ? Une filiale de Google. Celle qui est spécialisée dans la réalité virtuelle et qui avait lancé un jeu de même nature il y a quelque temps. Cette société a simplement réutilisé son savoir-faire dans un univers emblématique, plus connu et plus ludique. C'est donc Google qui va tirer la grosse partie des recettes.

Car le jeu est dangereux, si on ne se maîtrise pas, comme toutes les addictions. Même Que Choisir nous alerte (à lire !).  Il représente une disruption dans le jeu vidéo, une vraie, au-delà du phénomène de mode, en plein été, quand il est agréable de marcher dehors. Il offre aussi une disruption dans l'équilibre financier du monde du jeu vidéo, avec l'arrivée massive de Google au détriment des concepteurs initiaux des Pikachu et autres. L'aspirateur Google de données est en marche et rien ne l'arrêtera dans ce secteur, comme dans d'autres.

Quand on parle de Google et qu'on sait que le jeu capte plein d'informations personnelles, on commence à frémir : votre nom, votre prénom, votre e-mail, votre numéro de téléphone, votre adresse IP (opérateur), le numéro d’identification de votre smartphone, votre localisation, votre âge, votre sexe, votre pays de résidence, votre date de naissance, vos loisirs, jouets et jeux préférés... et on en passe. Comme en plus les joueurs fanas peuvent dépenser de l'argent alors que le jeu est gratuit, on arrive à une situation de rêve pour Google.

Grâce à Pokémon Go, Google enregistre des centaines de millions de données qui lui servent à nous connaître, à nous pister, à vendre de la pub ciblée et à enrichir ses bases de données qui décrivent le monde. Comme si Google récupérait des millions de salariés non payés, qui doivent en plus payer pour travailler. Génial... du point de vue de Google.

Pokémon Go...ogle, vraiment !


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