vendredi 4 décembre 2015

Une COP21 entre crochets

Un peu de COP21 avant que la coupe ne soit pleine ?

Fin de la phase deux demain samedi. Après la phase 1 lundi dernier, avec les discours mobilisateurs des Chefs d'Etat dans un bel ensemble, la semaine était pour les technocrates et diplomates, avant la phase trois et finale pour les ministres. Partis d'un gros texte initial de 54 pages ils doivent arriver à un texte digérable et signable par les ministres. Le texte initial était ici  A lire si vous avez le courage mais à regarder de toute urgence par chacun pour comprendre ce qu'est un texte en support de négociation internationale. Procurez vous l'application Scribd si vous ne l'avez pas déjà et inscrivez-vous. C'est gratuit et Scribd est un site sérieux sur lequel on peut lire toutes sortes de textes et de rapports en toute légalité.

Les crochets et les options sont les astuces utilisées dans ce genre de document pour écrire noir sur blanc les points de désaccord. On part d'un texte simple, puis chacun fait rajouter entre crochets ses positions différentes. Ensuite, une fois presque tous les crochets visibles, le travail consiste à en éliminer le plus possible, ce qui suppose de se mettre d'accord sur l'une des options possibles. Cette méthode a des avantages puisqu'elle obligé à expliciter tous les désaccords avant de les résoudre. Exemple page 16 :

1quater. [[Developed country Parties should take the lead and][Developed country Parties[, Parties with economies in 
transition] [and Parties [in a position][with capacity] to do so]] [All Parties [in a position][with capacity] to do 
so] [shall][should][other] provide support to assist developing country country Parties with respect to both 
mitigation and adaptation [and others in a position to do so should complement such efforts].] 

Pas facile à lire hein ? Mais les habitués savent le faire et les anglophones connaissent la différence entre shall et should. Le problème des crochets c'est quand ils sont contradictoires : il faut en choisir un des deux, ne rien écrire, ou proposer une autre rédaction... Sachant qu'en plus l'objectif est d'avoir un texte plus court et avec moins de crochets, c'est un exercice délicat. Et nocturne, puisqu'en général Ca se résoud entre deux cafés la dernière nuit.

Or donc, samedi, un texte raccourci et avec moins de crochets doit être envoyé aux ministres qui se réunissent à partir de lundi. Gageons que ce texte ne sera prêt que lundi matin tôt. Puis les ministres discutent et se mettent d'accord avant vendredi dans une semaine. Gageons là aussi que cela traînera jusqu'à samedi ou même dimanche, car c'est comme ça que marche l'ONU, en accélérant dans la dernière ligne droite qui s'allonge au fur et à mesure où on court dessus. Sachez aussi que d'autres textes son écrits en parallèle, plus simples et traduisant les inévitables compromis. Entre les crochets, les options, la taille du texte et le type de document, ça consomme beaucoup de papier !!!

Cette méthode a fait ses preuves mais elle ne remplace le courage politique.

Elle est quand même plus efficace que le bling bling médiatique : exemple ce jour avec la réunion de mille maires et personnalités au nom de grandes villes du monde à Paris, avec la Maire de Paris of course. Et quelques stars hollywoodiennes... Une déclaration attendue. Sans crochets...


jeudi 3 décembre 2015

Dordogna fluctuat nec mergitur (idem)

Paris tente de se réveiller après les attentats, en pleine COP21 et élections régionales - particulièrement tendues ici. Sa devise est de plus en plus visible. Apparue spontanément après le 13 novembre, elle commence à fleurir un peu partout notamment grâce à une campagne de pub organisée par la Mairie. Une réappropriation de symboles, particulièrement nécessaire en ce moment. En ce qui concerne Paris, cette devise est ancienne mais n’a été officialisée que par le préfet de Paris, un certain baron Haussmann, en 1853. Lire ici son histoire. Enfin, elle est surtout devenue populaire grâce à Brassens et ses copains d’abord, potaches en cours de latin.

Instagram / Norbert_Goff

Mais d’autres endroits auraient bien besoin d’une telle devise de résistance et de courage : la Dordogne est face à une crise importante pour elle, depuis la découverte de cas de H5N1 dans des élevages du coin, avec des milliers de canards et d’oies abattus, et l’interdiction d’exporter animaux vivants et oeufs. Cela faisait au moins huit ans. Ca ne sent pas bon pour le foie gras, principal produit d’exportation de la région. L’Etat a beau rappeler que ce virus ne se transmet pas à l’homme par simple ingestion de produits alimentaires - comme le foie gras, le magret ou le confit - cela jette un froid en pleine période d’achat de foie gras et de fêtes. La Corée (du Sud) a déjà annulé ses importations prévues...

Evidemment, juste avant les élections et les fêtes, les médias restent discrets sur cette catastrophe départementale, régionale, que dis-je, française, mondiale, voire même galactique. Ne troublons pas le consommateur. Tant pis pour le principe de précaution largement utilisé lors des dernières crises similaires pourtant - mais c’était des produits non français... Tant pis pour l’image de qualité supérieure liée aux produits français, tant utilisée pour obtenir des subventions et des prix imposés au détriment du consommateur. Il n’empêche que les producteurs sont inquiets,  même ceux qui sont loin de la Dordogne, car le consommateur ne regarde pas forcément d’où vient le foie gras qu’il achète (ou qui lui est servi au restaurant).

C’est donc sans danger de manger du foie gras... La cuisson détruit le virus... Tant pis pour le foie mi-cuit. Enfin, sans danger... Pas plus que d’habitude en tous cas pour votre taux de cholestérol. Mais que diable, ce sont les fêtes, et on doit faire la fête, ne serait-ce que par esprit de résistance ! Et tant qu’à la faire, autant la faire avec du foie gras, non ? Ou du pâté comme on dit là-bas, puisqu’on en mange partout et à toute occasion. Il y aura de l’ambiance sur les marchés au gras en Périgord et les noms de volailles vont voler...


Bon, je vais m’acheter un petit foie gras, moi... et oui je sais, en latin on dit Duranius pour Dordogne... Mais c’était avant Charles Martel.

mercredi 2 décembre 2015

Une droite qui dérape

On se rapproche à grandes enjambées et à la surprise générale du premier tour des élections régionales ce dimanche et c'est la semaine de toutes les dérives à droite. 

Le FN est en tête dans trois régions, même au second tour en cas de triangulaires. Le nord, l'est et le sud-est. En gros nos frontières avec les barbares de l'est venus en hordes égorger nos fils et nos compagnes. Au début on parlait d'une seule région gagnable, puis deux puis trois. Et le sud tout court, la quatrième ? On sent des ailes pousser aux leaders de ce parti qui proposent tout et son contraire pour faire venir le plus possible d'électeurs crédules chez eux. Les proposition de Marion par exemple sont venues éclairer d'un jour nouveau le grand degré de tolérance du FN et son allégeance aux franges royalistes et ultra chrétiennes : il s'agit d'interdire les musulmans en France sauf s'ils prêtent allégeance aux symboles religieux français. Du grand n'importe quoi qui se transformerait vite, si cela ne dépendait qu'eux, en expulsion pure et simple. Vous ne rêvez pas, nous sommes au XXIÈME siècle. 

Sarkozy, lui, a encore droitisé son discours - eh oui c'est possible - tout en voulant se comporter comme le chef de l'opposition. C'est donc la course aux déclarations tout en clamant que sa ligne est différente de celle du FN. Il cherche à exister, le pôvret, en disant par exemple tout le mal possible de l'Internet : il faudrait emprisonner tous ceux qui vont visiter les sites djihadistes, interdire les jeux vidéo violents, et pourquoi pas censurer tout ce qui ne lui plait pas. En ce 2 décembre triplement bonapartiste, on sent une velléité de péter plus haut que ses talonnettes. Mais entre Austerlitz, le sacre de Napo et le coup d'état du petit Napo, c'est un sacré challenge. Tout ceci cache mal la pire crainte de Sarkozy, des régions FN qui s'imposerait donc comme une légitime troisième composante de la vie politique française réglée depuis des décennies sur le gauche-droite ronronnant. De plus, en tant que chef assumé de l'opposition "républicaine" il serait le responsable de la défaite. Ce qui ne l'empêche pas de refuser tout retrait de liste au second tour.

À gauche (à droite de la gauche en fait, donc au PS) on est tétanisé par la situation et chacun y va dans son coin. L'Île-de-France paraît perdue et ce n'est pas grâce  au charisme de Pécresse mais plutôt à l'absence d'icelui chez Bartolone. Le fait que la cote de François ait temonté de manière magique cette semaine est l'arbre qui cache la forêt d'arbres malingres. Dans le Nord, les militants cherchent des responsables et tout le monde regarde ses pieds. 

Encore une fois, l'abstention devrait être la grande gagnante de l'élection, avec peut-être un petit sursaut au second tour le 13. Le 13 ? Un mois après les attentat et en plein week-end de publication des résultats de la COP21 ??? Ce sera un jour historique. Peut-être. 

Alors vous êtes décidés à aller voter ?

mardi 1 décembre 2015

Sida, une stabilité inquiétante



Journée mondiale contre le SIDA. Encore une, car le SIDA progresse encore. Même en France, il ne baisse pas  C'est un constat cruel. Il touche plus de jeunes, soit parce qu'ils ont été contaminés pendant leur gestation par leur mère, soit parce qu'ils représentent une population à risque. Surtout les jeunes homos et les étrangers hétéros d'origine africaine qui représentent une grosse majorité de ceux qui sont le plus touchés par cette maladie. Sans cliché, mais sans compromis, ces statistiques nous rappellent que cette épidémie est encore active. On nous promet sa fin dans 15 ans... Hum. En attendant, en cas de prise de risque, lisez ça. Et donnez des sous si vous en avez, à Sidaction par exemple, avant le téléthon du week-end prochain.

Les traitements ont beaucoup progressé, exemples ici, surtout dans le domaine du préventif. Aujourd'hui, l'espérance de vie d'un séropositif pris assez tôt est comparable à celle d'un individu non atteint... En tous cas s'il vit dans un pays riche avec un bon système social. Et le préservatif reste un outil très efficace de prévention. En pleine COP21 attention quand même à la pollution des villes (exemple du Cameroun) ou à celle des mers, quoique les plastiques forment un puits de carbone ralentissant le réchauffement climatique (un paradoxe écologique de plus). Les capotes écolos arrivent, alors que la majorité sont encore aujourd'hui non biodégradables (intéressant ce lien et son titre : les préservatifs pénètrent l'écologie).

Par ailleurs...

Depuis plusieurs années, la Mairie de Paris organise l'opération café-capote. Ca commence ce matin pour une semaine - tant que les stocks sont là... Vous commandez un café et hop vous avez une capote en cadeau. Attention à ne pas abuser de café quand même, c'est mauvais pour votre sexualité. Il y a aussi des sous-bocks avec les mêmes visuels, avis aux collectionneurs, les cervalobélophiles bien connus. D'ailleurs il y a aussi des préservatophiles, si, si, je vous assure... On notera donc la jolie campagne de pub pour cette campagne 2015. La poésie de la capote, true, man ! Au-delà du clin d'œil, il s'agit d'une campagne de santé publique. Elle va de pair avec le développement des tests instantanés qui permettent de toucher des catégories de la population qui n'avaient pas accès auparavant aux tests classiques. Une piqûre au bout du doigt et en quelques minutes un pré-diagnostic facile. Comme tous les outils de santé publique, il faut faire attention cependant à qui les contrôle. Quelques racistes, homophobes ou autres xénophobes pourraient évidemment imposer de tels tests au nom de je ne sais quelle protection obligatoire cachant mal un ostracisme ou même un eugénisme rampant. Juste une réflexion en passant, car il faut toujours à la fois garder de l'humour en toutes circonstances, être pragmatique, rêver et faire attention aux cauchemars possibles en cas de victoire du FN aux élections (au hasard)...