jeudi 29 août 2019

Paroles, paroles : du Brexit comme un cas exemplaire

Au cas où vous ne le sauriez pas, il y a plus de trois ans les britanniques ont voté pour quitter l'Union européenne et ils sont toujours là. Voir mon billet de l'époque... Depuis ce moment, personne n'a réussi à se mettre d'accord sur les modalités de ce départ, ou même sur un nouveau vote. La mécanique interne du Parlement ne l'a pas permis, ni la première Ministre d'avant (Un "deadlock" comme on dit en Jamaïque (non, je (r)igole). Nostalgie, quand tu nous tiens :


Boris J., le nouveau premier ministre, a décidé hier de rendre public un mouvement qu'il avait en réserve depuis longtemps : suspendre le parlement pour pouvoir décider tout seul avec ses ministres "durs" de l'avenir. Deux scénarios sont possibles : sortir sans accord le jour d'Halloween (le plus probable), ou faire plier l'UE sur des sujets fondamentaux pour elle, en tant qu'Union et en tant que groupe solidaire comportant l'Irlande en son sein. En fait ce qui intéresse Boris et l'aile dure des conservateurs c'est de disposer rapidement d'une majorité solide pour voter enfin des lois bien à droite et pour mettre au point rapidement un traité commercial avec les USA, ce qui sera plus rapide qu'un traité avec une UE fâchée contre son gouvernement. Comment dissoudre le Parlement sans en avoir l'air ? En le suspendant !

Le problème pour les britanniques c'est que leur système parlementaire est le plus ancien au monde, qu'il est à la base de leur politique et qu'il a servi de modèle à plein d'autres pays au Commonwealth et ailleurs. Un système où le Parlement décide in fine, sans président au-dessus des débats puisque cette fonction est prise (usurpée) par la Reine qui par tradition n'intervient jamais directement. Personne n'est censé répéter ce que la Reine a dit, et quand elle parle c'est pour répéter le discours écrit pour elle par le gouvernement. Ce qui ne l'empêche pas de penser et de porter des chapeaux.


Le "coup" de Boris attaque donc simultanément deux piliers du système britannique : la royauté et le Parlement. Difficile de faire mieux ! La presse se déchaîne, les manifestants emplissent les rues et une pétition lancée hier après-midi a déjà réuni plus d'un million de signatures. Et ce n'est que le début, puisque plein de tracasseries contre ce "coup" vont occuper l'espace au Royaume-Uni pendant les 2 semaines à venir, comme un chant d'hallali de ce Parlement muselé. Notons avec plaisir le mot "coup" comme coup d'État, joliment venu du français, puisque nous avons, nous, coupé la tête de notre roi à l'époque.

Impossible de comparer cette situation avec un autre pays. En Italie le coup de Salvini, extrême droite, a fait long feu et s'est retourné contre lui, malgré ses appels au peuple trahi par son Parlement. Un joli pied de nez d'un système parlementaire à un dictateur en herbe. En Allemagne, l'impossible majorité pour Angela est tellement fragile qu'elle ne résistera pas longtemps. En France, système présidentiel s'il en est (presque royal), le projet de réforme constitutionnelle vient justement d'être adopté en Conseil des ministres hier aussi, afin de donner un peu plus de pouvoir au Parlement...

La démocratie (britannique) est le moins mauvais des systèmes, disait Churchill. Boris vient de le faire mentir avec éclat.

Regardez ici quelques Unes de la Presse britannique et internationale. Cela traduit une sidération historique. Historique, oui. J'ai mis également quelques Unes ci-dessous... et vous pouvez voir ici quelques articles sur le sujet depuis 2016.

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