lundi 16 novembre 2020

Monsieur et Madame Pomme... changent de vie - Épisode 216

Premier épisode là et épisode d'hier ici

Monsieur Pomme a envie de calculer aujourd'hui. Il est revenu à Paris quelques jours, loin de Madame Pomme mais il va bientôt retourner la rejoindre. En attendant, il travaille encore plus qu'en télétravail.

Et comme il aime les chiffres, il ne peut s'empêcher de sourire avec l'usage marketing qui en est fait, à propos des vaccins putatifs contre le coronavirus. Le premier germano-américain annonçait 90% de réussite (d'efficacité). Le deuxième, russe, 92%. Le troisième, américain, 94,5%.

Mais où cela va-t-il s'arrêter ?

On en attend d'autres, au moins une dizaine. À ce rythme, on aura dépassé les 100% avant Noël et les 150% au printemps. 

On parle d'efficacité. C'est quoi l'efficacité ? C'est d'obtenir les résultats attendus, sans s'occuper des coûts et de l'influence de ce résultat sur d'autres aspects. L'efficience, c'est la même chose sauf qu'on fait attention à y consacrer les moyens nécessaires, pas plus, notamment quand on veut dupliquer ou industrialiser le résultat. Être efficaces, sans être efficients, c'est gâcher des ressources (des centaines de millions de dollars ou d'euros) et ne pas s'occuper des autres aspects. Un truc de riche (de riche patron de laboratoire s'entend, puisque beaucoup de ces patrons viennent d'encaisser des super bonus et des profits énormes en revendant leurs actions, mais c'est normal nous dit l'économiste libéral-capitaliste moyen). Pas besoin de faire des économies puisque les vaccins vont s'arracher avec des États prêts à surenchérir comme au début de l'épidémie où les masques et autres ventilateurs se faisaient voler sur les taramas des aéroports. Un peu comme ces tankers rouillés qui sillonnent les mers en changeant 10 fois de propriétaires, d'armateurs, de pavillons, de capitaines, de destination et même souvent de description de leur cargaison.

Tout le monde est bien conscient que ces chiffres ne représentent que du vent marketing, mais tout le monde les cite. Personne n'a le recul pour juger du moyen ou long terme (quelle immunité après quelques mois par exemple). La magie des chiffres ! Pour le marketing, les élections ou n'importe quelle courbe...

Monsieur Pomme se rappelle cette citation de Edmond et Jules de Goncourt : « La statistique est la première des sciences inexactes ». Ou celle-ci de Mark Twain : « Il y a trois sortes de mensonges : les mensonges, les sacrés mensonges et les statistiques ». Mais il préfère évidemment celle de Coluche : “Les statistiques, c’est comme le bikini: ça donne des idées mais ça cache l’essentiel!” Aaaaah, Madame Pomme !

Il y a tellement de paradoxes en statistiques, comme le paradoxe de Simpson (lien ici en anglais, ça vous fera réviser). Ou un exemple classique sur le vaccin contre la grippe : 

Sur une épidémie de grippe, 90% des malades étaient des personnes vaccinées, preuve évidente que les vaccins sont inefficaces, non ? Explication : Imaginez que l'épidémie à touché 100 000 personnes. 1 400 000 personnes ont été vaccinées. Parmi ces 1 400 000 personnes, 70 000 sont tombées malades. De l'autre côté, 40 000 personnes n'ont pas été vaccinés. Sur ces 40 000 personnes, 30 000 sont tombés malades. En résumé : 95% des gens vaccinés n'ont pas eu la grippe, 25% des gens non vaccinés n'ont pas eu la grippe, mais tout de même, comme le nombre de personnes vaccinés est très grand par rapport a celui des personnes non-vaccinées, on en arrive quand même à 70% des personnes malades qui étaient vaccinées.

Monsieur Pomme se gratte le trognon. C'est un peu compliqué, mais c'est implacable. Dès qu'on déforme les chiffres, on peut dire n'importe quoi. Des exemples ici. Ou là (1954 mais pas pris une ride, sauf des zygomatiques)

Mais enfin, tout ça c'est bien beau. Monsieur Pomme revient à l'essentiel avec cet article, lui qui doit prendre le métro serré comme des sardines pommes...




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