mardi 17 novembre 2020

Monsieur et Madame Pomme... changent de vie - Épisode 217

Premier épisode là et épisode d'hier ici

Monsieur Pomme écoutait ce matin la radio, pendant qu'il se réveillait, se levait pour aller pisser, se recouchait, rêvait, se relevait, se rasait le duvet matutinal, faisait son échauffement sportif, se lavait avec le pommeau de la douche, arrosait les fleurs de son balcon, étendait le linge, repassait sa chemise, cirait ses pépins, préparait son café et ses madeleines, pesait son sucre, versait son jus de pamplemousse (rose), choisissait une tenue, allumait son ordinateur, cirait le parquet, repeignait les murs, faisait couler du béton pour refaire les murs et allumait le moteur de sa fusée spatiale.

Euh, en fait non, Monsieur Pomme écoutait la radio en rêvassant. Et dans les brumes de son trognon de cerveau, il entendit qu'on parlait de "la perte de confiance des français dans la Science".

Ça l'a réveillé d'un coup. Monsieur Pomme s'est dit alors, comme Alphonse Allais

Mon sang ne fit pas cent tours.
Mon sang ne fit pas cinquante tours.
Mon sang ne fit pas vingt tours.
(J’abrège pour ne pas fatiguer le lecteur.)
Mon sang ne fit pas dix tours.
Mon sang ne fit pas cinq tours.
Non, mesdames ; non, messieurs, mon sang ne fit pas seulement deux tours.
Vous me croirez si vous voulez : mon sang…
Mon sang ne fit qu’un tour !

Monsieur Pomme, en effet, croit en la Science. Un peu moins dans les scientifiques, mais comme il faut des scientifiques pour produire de la Science, il est bien obligé de les soutenir. Sauf que...

Au début de la pandémie, Monsieur Pomme avait vu là une occasion unique pour que les peuples, en France en particulier, pays de Descartes et de Coluche, pour que les peuples, dis-je, sans vouloir tirer à la ligne comme ces écrivaillons payés à la ligne et qui cherchent des moyens dilatoires de se faire payer plus par des éditeurs assoiffés de leur sang et du liquide qu'ils vont générer avec les kilomètres de papier vendus et remplis d'encre noire, puisque la plupart des livres sont publiés dans cette couleur sombre, comme pour fêter le deuil temporaire espérons-le des librairies pendant la crise sanitaire qui n'en finit pas de continuer comme cette phrase d'ailleurs, nonobstant l'envie irrésistible des lecteurs de cette page de cliquer sur le bouton retour, puisqu'ils en ont forcément marre de cette logorrhée inexplicable et de cette bouillie pseudo-littéraire qu'un auteur désoeuvré leur propose comme un boudin aux pommes indigeste car mal cuisiné, donc pour que les peuples, dis-je, redécouvrent combien ils aiment la science et combien elle leur apporte tous les jours, toutes les heures, toutes les minutes, et même, oh oui, toutes les secondes, à chaque battement de coeur et à chaque rayon de lumière qui vient frapper les cellules de leurs rétines, là-bas tout au fond de leurs yeux, donc pour que les peuples se remettent à aimer la science et à voir en elle le sauveteur de l'Homme, de la Femme, des enfants, des chats, des chiens, des momies, des journalistes scientifiques, des artistes qui en parlent si mal et globalement de tous ces vrais ou faux experts qui hantent les plateaux télé et radio et qui petit à petit étaient censés nous éduquer !

Geluck, auteur génialement bavard

Monsieur Pomme est donc en colère ce matin. Lui qui est si calme et synthétique d'habitude se sent plus bavard, au cas où vous ne l'auriez pas remarqué, voire éloquent, avocaillon, avocat, babelair, babeleur, babillard, baratineur, baveux, bon bec, bon grelot, bonimenteur, bonne tapette, bruyant, cancanier, causant, causeur, commère, copieux, discoureur, disert, expressif, gazette, indiscret, jacasse, jacasseur, jacassier, jacteur, jaseur, laïusseur, long, loquace, malavisé, orateur, papotier, parlant, parleur, parolier, péroreur, phraseur, pie, pipelet (Merci Eugène Sue), prolixe, rabâcheur, ramageur, redondant, verbeux, verbiageur.

Les gens auraient moins confiance en la Science ? En fait, sérieusement, beaucoup de scientifiques n'inspirent pas confiance, à force de chasser la lumière des projecteurs et de se contredire les uns les autres, beaucoup d'institutions scientifiques démontrent leur préférence pour le business et sont soupçonnés de manipuler les opinions, beaucoup de politiciens arrangent la Science selon leurs stratégies politiques ou personnelles, et la plupart des gens n'y comprennent rien car peu de scientifiques savent expliquer honnêtement les choses.

Monsieur Pomme rêve d'un monde où la Science serait bien expliquée, synthétiquement. Il n'est pas un de ces scientistes qui croient que le monde pourrait être dirigé par des scientifiques. Surtout pas. Mais il n'est pas non plus un obscurantiste qui dénonce toute science au profit de croyances en tout et n'importe quoi, donc complotiste, parano ou simplement j'menfoutiste. Mais ce monde ne lui apparait pas clairement rationnel. Cette crise sanitaire est-elle une occasion ratée pour la Science du fait des scientifiques eux-mêmes qui n'ont pas réussi à transformer l'essai, ou du fait des différents acteur de pouvoir qui ne pensent qu'aux résultats et aux manières de les exploiter ?

Monsieur Pomme connait les millénaires de travaux scientifiques formels et informels, de savoir-faire et de compréhension intime de la Nature qui ont amené à Lui, la Pomme, le Monsieur Pomme (et Madame Pomme encore plus), à la forme la plus parfaite de l'Univers, la quintessence de la beauté et de l'efficience, le symbole de la Nature, donc de la Science qui tente de l'expliquer. Monsieur Pomme se regarde dans la glace. Il se sourit.

Mais, zut, son café est froid. Il repart s'en faire un autre avant sa journée de télétravail. C'est l'heure !

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