samedi 4 octobre 2014

Nuits blanches et entre-deux

Tout le monde annonce que ce samedi est le dernier jour de l’été et que l’automne commence demain. Je parle de Paris bien sûr.

J’ai passé une nuit blanche dans l’avion en revenant de Montréal où ce samedi était également le premier jour froid après la pause de l’été indien. Chez nos cousins c’est donc le début des frimas. A Paris aussi. Ne pas dormir pendant un vol de nuit n’a rien à voir avec la météo, sauf quand il y a pas mal de turbulences comme cette nuit. Mais ça reste comme une sorte de rite de passage entre deux mondes, deux temps, deux rythmes. Et il faut marquer les passages. Le voyage doit rester un voyage et pas un simple déplacement ou transport. On oublie trop souvent cette dimension magique du voyage et de la découverte qui lui est associée.

Ce soir c’est La Nuit Blanche à Paris et ailleurs. Une petite douzaine d’années après la première, cette création de la ville de Paris a été reprise par Anne Hidalgo qui essaye de la rendre plus visible, plus explicite, plus pédagogique. Moins cryptique en un mot. L’Art est nécessaire, de jour comme de nuit et tout stationnement anti-art devrait être interdit. Le temps est en rupture à Paris et la météo de la Nuit Blanche va être délicate à gérer. Encore des histoires de turbulences.

Et la journée de samedi alors ? C’est une ouate délicate et blanchâtre entre deux nuit vraiment blanches. Le temps ne se laisse pas contrôler complètement et le jet-lag me met dans un état intermédiaire entre l’humain et le minéral, avec un petit côté légume sur le canapé. Le gris de ces journées entre deux nuits blanches est un ailleurs agréable au fond. Une parenthèse décalée dans la vie. Une exception dans la routine. Un lieu sans turbulences.

Et les turbulences vont s’amplifier, c’est couru d’avance avec les temps modernes : turbulences dans les airs de plus en plus nombreuses à cause du changement climatique, avec pour conséquence des vols plus agités et moins propices au sommeil ; turbulences dans l’Art, consubstantielle à la notion d’Art lui-même et aux intermittences fulgurantes des acteurs de ce monde ; turbulences sociales, dans les journées grises qui peuplent nos jours tranquilles (à Clichy) ; turbulences politiques en ce milieu de règne entre-deux lui aussi.

Nuits blanches et entre-deux nuits ? Ou jours ensoleillés et épisodes nocturnes ? A vous de décider. Mais ce week-end est traditionnellement le dernier du vrai été ou le premier de l’automne, c’est selon. C’est donc un entre-deux, une transition. Le moment de se remettre en question !

vendredi 3 octobre 2014

La Suède et Le Grand Pardon et la fin de l'été

Vendredi étrange pour le Moyen-Orient.

La Suède annonce son intention de reconnaître l'Etat palestinien (l'Etat de la Palestine). Il y a un nouveau premier ministre en Suède et c'était l'un de ses engagements de campagne. La Suède serait ainsi le premier état européen à reconnaître l'Etat palestinien en tant qu'Etat. La France par exemple ne reconnait que l'autorité palestinienne, comme une ambassade politique et diplomatique, mais pas l'Etat. Evidemment Israël et les USA vont protester contre ce projet. Il faut savoir que la Suède oscille entre neutralité historique et ferme soutien des USA.

C'est ce week-end (ce soir au coucher du soleil) que commence Yom Kippour, le Grand Pardon, la plus grande fête juive, sur fond de guérilla entre colons israéliens extrémistes qui s'approprient des colonies et qui évacuent de force des immeubles occupés par des palestiniens déplacés. La notion de pardon est intéressante à creuser : il faut pardonner aux autres mais aussi à soi-même et se mettre en situation pour que les autres vous pardonnent : c'est pas gagné dans la région.

En même temps c'est la fête de l'Aïd pour les musulmans, avec la fin du pèlerinage à la Mecque. 33 ans que ce n'était pas arrivé (vous avez dit 33 docteur ? Oui l'âge où est mort le Christ). La dernière conjonction date de 1981 (une année socialiste s'il en fût).

Il y a beaucoup d'activité guerrière contre ISI, ou DAECH ou DAESH ou l'EI comme vous préférez. Plusieurs Etats de la région soutiennent cette lutte, y compris les principaux Etats musulmans, dans une alliance étrange et de fait avec Israël et les USA. Un ennemi commun peut-il aider à rassembler les ennemis d'hier ? Paradoxe de la vie politique internationale.

Je reviens demain en France. Montréal nous a offert cette semaine un très beau temps mais la température va baisser dès mon départ... L'été indien se termine et Halloween se rapproche. Quelques photos quand même ? Allez, rapidement alors.




jeudi 2 octobre 2014

Deux cents ans en courbes

Petite histoire statistique du monde, sur près de deux cents ans. Le rapport original de l'OCDE est à lire ici en anglais et à parcourir de manière interactive sur cette page. Un article résumé en français ici par exemple.

Le boulot de statisticien n'est pas facile. Quand on travaille sur du court terme - par exemple un sondage sur une élection à venir - on risque de se tromper tout le temps et d'être accusé à la moindre erreur. Quand on travaille sur du long terme - comme ce travail sur la manière dont nous vivons au quotidien depuis 1820 - on peut à juste titre se faire accuser de manipuler les chiffres puisqu'il est impossible de garantir une uniformité des données sur une si longue période.

Un vieux Lord anglais, Sir Kendall, co-inventeur de la statistique moderne a dit une fois dans un congrès de statisticiens spécialisés dans les prévisions à court terme un truc du genre : "Vous êtes fous de vous consacrer à des prévisions à court terme : tout le monde pourra voir vos erreurs. Consacrez-vous plutôt à des prévisions à long terme, voire très long terme : plus personne ne sera là pour vous critiquez si vous vous trompez !"... C'est aussi vrai pour les rétrospectives.

Mais l'effort de ce groupe d'experts est intéressant pour ceux qui aimer l'histoire. Certaines courbes sont par exemple des indicateurs utiles pour accompagner l'histoire des XIX° et XX° siècles. Je prendrai un exemple avec le graphe ci-dessous extrait de leur rapport :


De quoi s'agit-il ? Tout simplement de la mesure de la démocratie en France depuis 1800, sur une échelle qui va de -10 (autocratie) à +10 (démocratie complète). Elle n'est pas belle la vie ?

Vous remarquerez plusieurs choses : La démocratie a été la plus forte entre 1930 et 1958, sauf pendant la période Pétain. Aujourd'hui elle est bonne mais moins forte qu'à cette époque. Les Empereurs et la démocratie ne font pas bon ménage du tout, alors que les monarchies constitutionnelles s'en sortent un peu mieux, mais rien ne vaut les républiques. La période De Gaulle a été du niveau de la république de 1848 seulement, et la plus basse des temps modernes...

On conclut de ce dessin que les experts auteurs de l'étude ne sont pas gaullistes ;)

Plus sérieusement, on voit bien que les régimes parlementaires intégraux ont leur préférence. Comment mesure-t-on la démocratie ? Quelle est la formule - selon eux ? C'est évidemment une formule composite. Elle est basée sur le degré d'ouverture de la compétition pour devenir chef de l'exécutif et la clarté des règles qui encadrent cette compétition (coups d'Etat s'abstenir), les contraintes qui lui sont imposées, et la même chose pour le législatif. On remarquera que cet indice est défavorable à la France encore une fois. Une autre démonstration du fait que la France a gardé un système présidentiel très (trop ?) fort. Voici une comparaison avec certains pays européens par exemple. Regardez les notes en bas du tableau... Vive l'OCDE et son penchant libéral et pour les idéaux anglo-saxons encore une fois...


L'étude complète est pleine d'autres courbes moins subversives, sur l'évolution du coût de la vie, de la taille des individus, du niveau d'éducation et de la santé des populations. Pour chacun de ces critères ont peut penser que c'est plus facile à mesurer que la démocratie. Pas toujours. Combien de romans du XIX° siècle avez-vous lus qui parlaient d'argent - et d'or surtout - sans savoir exactement à combien cela équivaudrait aujourd'hui ? La France, pays de rentiers d'Etat sous Balzac et Zola a-t-elle autant changé ? La parole est aux historiens alors. Et plus aux statisticiens libéraux de l'OCDE.

mercredi 1 octobre 2014

76 centimes

Hier nous parlions ici de deux mille milliards d'euros, le chiffre magique de la dette publique en France. On est très au-dessus du chiffre d'aujourd'hui. Avant de revenir à ces 76 centimes, je complète le billet d'hier.

Je suis au Québec pour quelques jours et le système économique y est très différent de celui de la France mais le débat y est aussi fort entre partisans de l'austérité ou de la croissance, entre partisans d'un service public proposant des services de qualité ou libéraux ne voulant en conserver que le minimum y compris dans des secteurs aussi importants pour la population que la santé par exemple. Il est remarquable de constater que lorsqu'un débat est organisé entre les deux "tendances" - proches de la gauche et de la droite avec plein de guillemets - la France est citée comme contre-exemple par les deux parties : La France est perçue comme mal gérée depuis des lustres et comme n'ayant pas réussi dans aucune des deux dimensions - contrôler son déficit et sa dette, ou utiliser cette souplesse pour investir et relancer le pays... Et pourtant ici la France reste un territoire observé avec minutie. Les débats autour de la dette ou du déficit ou de la quantité de services publics traversent toutes les économies. Ce qui est clair pourtant c'est que chaque système est complexe et différent. Le cocktail d'avancées sociales et de trous est unique et ne peut se transposer dans un autre pays, même si des pans entiers de l'économie sont mondialisés. Il y a une résilience très forte des systèmes à bouger.

Mais, loin de ces grands chiffres qui nous dépassent, il y a les petits nombres. Ceux de tous les jours.

Le premier janvier prochain, la Poste augmentera de manière très forte ses tarifs. Le timbre "normal" passera ainsi de 66 à 76 centimes, soit 15% d'un coup. Il est vrai que l'on achète de moins en moins de timbres, même pas un par semaine en moyenne par ménage. De plus en plus d'échanges sont numériques et la lettre papier devient de plus en plus rare. Le système postal est utilisé de plus en plus pour des raisons commerciales ou administratives. La Poste a du mal à s'adapter. C'est un gros paquebot. Et le fait d'avoir augmenté autant le timbre est un pari : les recettes supplémentaires ainsi générées devraient permettre à ma Poste de se réformer plus vite (ah bon ?) tout en ne diminuant pas trop le nombre d'usages du timbre (et de tout ce qui est message transporté physiquement). Ca pourrait au contraire précipiter la fin de ce service public (cf. le paragraphe précédent). Quant à l'argument officiel qui dit que cette hausse est exceptionnelle car il y a un encadrement sur 4 ans des hausses et qu'on aura mangé la première année quasiment la moitié, je n'y crois pas. Un autre gouvernement autorisera sans problème de nouvelles hausses. Il ne faut pas être naïf.



76 centimes pour une lettre ? Cette hausse de 10 centimes par lettre, donc d'un euro par carnet de 10 timbres sera très visible. Et mauvaise pour le moral des plus pauvres, ceux qui sont obligés d'utiliser des lettres. C'est un choix bizarre.

Vont-ils nous mettre une nouvelle image ? Après le scandale de la pseudo militante Femen, ils pourraient choisir Marine Le Pen ou Joséphine (de Bonaparte) ? Quel suspense.